CHAPITRE CINQUIEME
HISTOIRE DE L'ABBAYE DEPUIS L'INSTITUTION DES GRN0YÉFA1NS JUSQU'A SA SUPPRESSION , EN 4789.
Le P. Kaure, en même temps qu'il envoyait ou conduisait ses disciples dans les diverses maisons qui demandaient la réforme, s'occupait avec amour de ses chers novices qu'il regardait à bon droit comme les premiers soutiens de son entreprise. Ce fut pour compléter et assurer son œuvre qu'il eut la pensée de fonder, dans chacune des malsons de la congrégation , un collège ou séminaire dans lequel les enfants seraient admis , dès l'âge le plus tendre, pour être préparés de bonne heure aux habitudes de la vie religieuse. Il exposa ses idées à ce sujet dans un mémoire qu'il adressa au cardinal de La Rochefoucault , qui , par son titre d'abbé de Sainte-Geneviève et par la bienveillance qu'il avait toujours témoignée au P. Faure, avait droit à cette preuve de déférence. Dans cet écrit, le P. Faure examine successivement toutes les questions d'éducation, a un point de vue trop exclusif peut-être, puisque ces écoles étaient surtout destinées à former des religieux ; mais il est difficile de ne pas être frappé de la prévoyance , de la sagesse avec laquelle il règle jusqu'aux moindres détails, indiquant quels sont les enfants qu'on doit recevoir, comment il faut les instruire, les former à la piété, etc. Le mémoire est divisé en quatre points , dans lesquels il traite successivement : 1° des vues qu'il faut-avoir dans l'institution de ces écoles chrétiennes; 2» du choix qu'il faut faire des enfants qu'on y recevra ; 3° des règles qu'il faut suivre dans leur éducation ; -t° des qualités nécessaires aux personnes entre les mains de qui on les confie. On nous pardonnera ce qu'il peut y avoir de préoccupation personnelle dans la complaisance avec laquelle nous analysons brièvement le mémoire.
Le but que se proposait le zélé supérieur dans l'établissement de ces collèges était de recruter ses religieux parmi des jeunes gens élevés suivant les règles de la morale chrétienne. L'expérience lui avait appris qu'il fallait peu compter sur les vocations de circonstance, inspirées par des vues d'intérêt ou d'orgueil, qui débarrassaient les grandes familles de la surcharge des cadets, mais
qui n'en faisaient pas de véritables religieux. Poursuivi par une pensée de régénération, que rendait plus vive encore le spectacle de désordres toujours croissants, le pieux abbé, arrivant à la seconde partie de son mémoire, voulait qu'on ne reçût que des enfants de l'âge de six à sept ans, qui n'avaient pu perdre encore l'innocence du baptême, quels que fussent d'ailleurs les témoignages qui auraient pu les recommander à la bienveillance du supérieur. Cette sévérité, que nous appellerions peut-être rigide aujourd'hui, se tempérait suivant les circonstances ; mais elle restait inflexible vis-a-vis de ceux que de longues habitudes auraient pu rendre dangereux pour leurs condisciples. Peut-être, dit-il, leurs mauvais penchants paraîtront amortis pendant l'année de leur noviciat; le respect humain pourra les retenir; un commencement de piété et de dévotion suspendra momentanément la tyrannie de l'habitude; mais ce changement extérieur, à moins d'être le résultat d'une conversion radicale, ne peut durer longtemps, et tôt ou tard ils reviendront à leurs premiers désordres. A ceux là, dit-il plus loin, il faut des remèdes plus violents. Pour eux, Dieu a établi les religions d'une grande austérité, où le pécheur doit enterrer jusqu'à la pensée même de ses fautes. Il veut de plus qu'on examine avec soin l'esprit , le naturel et même les qualités du corps. Il ne serait pas raisonnable , dit-il , d'offrir à Dieu ce qu'on n'aurait pas trouvé assez bon pour le monde, et par une conséquence qu'expliquent suffisamment la noblesse de son origine, et les idées du siècle, il ne défend pas d'avoir égard à la naissance des enfants, au point que, toutes choses égales d'ailleurs, on devra préférer ceux qui auront pour eux l'illustration du rang. Cette innocente condescendance se trouve immédiatement corrigée par un sentiment de charité chrétienne , qui ordonne de recevoir quelques pauvres, qui doivent être traités comme les autres, dans l'intérieur du monastère.
Ces précautions prises, il fallait, par des moyens efficaces , assurer la bonne éducation des enfanta; quelle que soit la date du mémoire que nous analysons , et quoique nous soyons disposés à reconnaître les progrès qu'a pu faire depuis deux siècles l'art d'instruire la jeunesse, nous ne craignons pas de recommander cette partie de l'œuvre du P. Faure aux méditations de tous les maîtres. La bonne éducation comprend deux choses. Tout en développant l'intelligence par des études proportionnée*