‹ Abbaye Royale de St. Vincent à Senlis Histoire et description par l'Abbé Magne. Umschlagtitel Notice sur l'ancienne abbaye de St. Vincent à SenlisChapitre 12 sur 20 · GS · texte numérisé non relu

GS

à l'Age tle l'élève, mais toujours sérieuses, et telles que le xvn e siècle savait les faire , surtout dans les cloîtres , on doit s'occuper de former le caractère de l'enfant aux habitudes de bienséance et de politesse; elles ajoutent, dit le P. Faure, un grand éclat aux qualités plus importantes de l'esprit et du cœur. Les détails les plus minutieux appellent son attention; ainsi, il recommande qu'on veille, avec un soin scrupuleux , à la propreté des lieux destinés aux élèves , tels que réfectoire , dortoirs , salles d'études; les enfants négligés dans ce qui regarde l'extérieur, ajoute- t-il, se négligent A leur tour et deviennent grossiers. Par eux-mêmes, c'est encore lui qui parle, ils sont incapables de veiller sur leur santé; c'est aux maîtres A prévenir toutes les imprudences, que se permet trop souvent l'indiscrète témérité de leur âge. Aux yeux d'un maître chrétien, le point important de l'éducation est d'inspirer A l'enfant confie A ses soins des sentiments et des habitudes de piété. Le P. Faure s'étend longuement sur cet article, dont, plus que personne, il pouvait apprécier l'importance , en se rappelant ses débuts dans la vie religieuse. On doit faire aimer la religion aux enfants, sans contrainte, en dirigeant vers la piété les élans de leurs cœurs innocents; mais il ne veut pas qu'on leur fasse A tous moments des sermons et des catéchismes, qui les rebuteraient bientôt; peu de maîtres , sans doute , refuseraient de souscrire A ce programme. On devine facilement quelles étaient les qualités qu'il exigeait de ceux qui étaient préposés A l'éducation des élèves; A des mœurs irréprochables, ils doivent joindre une capacité proportionnée A leur emploi ; leur charité doit les porter A se sacrifier pour le bien des enfants, que Jésus-Christ confie A leur garde; leur patience doit être plus forte que tous les dégoûts qui les attendent souvent, dans de si rudes et si difficiles fondions ; en un mot , ils doivent montrer, dans toute leur conduite A l'égard de leurs élèves , une douceur ingénieuse et tendre, comme celle d'une mère, qui insinue par l'amour, l'habitude du bien et le sentiment du devoir. Et comprenant que ces vertus ne sont pas naturelles, même aux maîtres les plus zélés, il élève leur ministère A la dignité d'un sacerdoce, en leur faisant un devoir de rechercher le salut des enfants qui leur sont confiés, plutôt que la vainc satisfaction de leur apprendre quelques mots de latin et de grec , dont ils pourraient, ajoute-t-il, absolument se passer, sans en être beaucoup plus malheureux.

Un dernier mol sur les personnes employées au service de* élèves, complète ces observations pratiques, que la prudence et la piété semblent avoir dictées de concert.

Il ne restait plus qu'à réaliser un projet si sagement conçu. La première école fut établie à Saint- Vincent , et bientôt on put voir un grand nombre d'enfants se former, sous d'habiles maîtres , à toutes les vertus du chrétien et à tous les devoirs de la vie civile. Le P. Faure insistait beaucoup dans ses instructions sur ce dernier point , et nous le remarquons comme une chose assez frappant» dans une école monastique, au commencement du xvn e siècle. Les enfants qui furent admis les premiers dans ce nouveau collège répondirent si bien aux desseins du P. Faure, qu'on put recueillir, dans un livre, les actions remarquables de vertu qu'on admirait en eux, afin de pouvoir toujours les proposer à l'imitation de ceux qui viendraient après eux. Telle fut l'origine des collèges que fondèrent les Génovéfains; et le P. Faure voulut inaugurer lui-même cette œuvre nouvelle de sa congrégation; il vint à Saint-Vincent donner la soutane au premier élève qui se présenta. Plus tard encore , dans une circonstance critique pour le collège, il eut occasion de témoigner l'affection qu'il lui portait.

Les Espagnols avaient envahi la Picardie , et leurs coureurs arrivaient jusqu'aux portes de Senlis. Dans la crainte d'un siège qui paraissait imminent, on dut prendre des précautions pour la défense de la ville. Le gouverneur , très-mal intentionné à ce qu'il parait pour les religieux , commença par les obliger à renvoyer leurs élèves sous prétexte que c'étaient des bouches inutiles; il taxa ensuite la maison à de grosses sommes, menaça d'abattre le dortoir pour fortifier la ville; il voulut même y mettre des soldats en garnison , et loger quatre cents prisonniers dans les cloîtres. L'intendant de la province l'empêcha de mettre à exécution ces derniers projets ; mais les élèves furent forcés de quitter la ville. Le P. Faure ne voulut pas les laisser retourner dans le monde; il les appela à Paris, où il les garda sous sa protection, pendant six semaines, à l'abbaye de Sainte-Geneviève ou au prieuré de Sainte-Catherine. Lorsque les ennemis se furent retirés, le roi ayant fait un voyage à Senlis, le P. Faure alla V\ trouver et en obtinl des lettres-patentes qui assurèrent l'existence du rollégo. Il se soutint toujours avec une réputation mérité»

jusqu'au moment de la révolution (1). Le P. Anquelil, auteur de VHistoIre de Fronre, en fut l'un des derniers et des plus crtèbres directeurs (2).

Quatre années s'étaient écoulées depuis l'établissement de Sainte- Geneviève , sans qu'aucune assemblée générale eût encore réuni les membres de cette nouvelle famille qui croissait et se multipliait tous les jours. Il y avait cependant plusieurs choses à régler qui demandaient le concoure de toutes les maisons de Fordre. On fixa donc l'ouverture d'une réunion générale au 10 août 168» , et on voulut accorder à Saint-Vincent l'honneur de recevoir cette première assemblée dans son enceinte. Au jour indiqué, on vit arriver les représentants de tous les monastères de la congrégation. Il est inutile de dire que le P. Faure fut l'àme de l'assemblée ; tous s'empressant d'écouter sa voix et de suivre ses conseils, tout se décida avec la plus cordiale unanimité. 11 n'y eut qu'un point sur lequel le P. Faure ne put faire prévaloir sa volonté, ce fut lorsqu'il offrit , avec de nombreuses instances , sa démission des fonctions de supérieur général de la congrégation. Ce saint homme, qui n'avait pas refusé cette charge lorsqu'elle devait être pour lui l'occasion de beaucoup de peines , ne voulait pas la conserver lorsqu'il n'y avait plus qu'à jouir du fruit de ses efforts; c'est de part et d'autre la même simplicité et la même humilité. Ses religieux ne voulurent pas consentir à priver la congrégation du bienfait de sa direction : il fut donc maintenu dans ses fonction* de supérieur général. Ne devant plus rencontrer le nom du P. Faure dans notre histoire, nous dirons ici, qu'après avoir gouverné la congrégation jusqu'en 1652, il mourut regretté de tous les chanoines. Par un dernier témoignage d'affection , il voulut que son rreur reposât à Saint- Vincent. Nous ne savons pas ce qu'est de-

(1) Nous avons retrouvé les programmes des exercices pour la distribution des prix, au collège des Génovéfams de Saint-Vincent, en 1748 et en 1769. Voir aux notes <l}.

(2) Il était né à Paris en 1723 , et il mourut en 1806. Ses nombreux ouvrages ne prouvent ni un grand talent d'écrivain , ni beaucoup de sens historique.

venu ce précieux dépôt, qui y fut solennellement porté après la mort du saint religieux (1 ).

Cette assemblée générale fut la seule tenue à Saint- Vincent. C'est àl'abbayo de Sainte-Ceneviève, devenue le centre de la congrégation, qu'elles se réunirent désormais; mais par un privilège spécial, et pour distinguer l'abbaye de Saint- Vincent de toutes les autres maisons de l'ordre, on décida qu'elle serait le siège des chapitres de la province de France qui se réunissaient tous les trois ans, au mois de septembre. On en compte quarantetrois qui se tinrent à Senlis, depuis 1650 jusqu'en 1786. Six de ces chapitres, de 1737 à 1772, furent présidés par le révérend père Le Couraycr (2) , dont le nom se trouva mêlé aux discussions théologiques qu'agita le xvhp siècle, au sujet de la validité des ordinations de l'Eglise anglicane.

Pendant que se passaient les événements que nous venons de raconter, Jean-Philippe Berthier était commendatairc de l'abbaye, qu'il posséda depuis l'an 1620 jusqu'à l'an 1667. Que fit-il pendant ces quarante-huit ans? Nous laissons répondre le manuscrit. • 11 ne fit, pendant ces quarante-huit ans, que sucer le bien quenos aneiens abbés et religieux avaient acquis à la sueur de leur front, et plaider et chicaner continuellement ceux qui en portaient les charges, qui en acquittaient les fondations; » et cependant, s'il l'avait voulu, il avait de magnifiques occasions d'exercer sa générosité. Car dans la période de son administration , on rebâtit, pour ainsi dire à neuf, le monastère tout entier, puisqu'on reconstruisit le cloître, le dortoir, les chapelles, etc. A la même épo que, on exécuta de grands travaux de décoration à la vieille église, que nous voyons encore heureusement respectée dans cette seconde reconstruction de l'abbaye. « A la place d'un antique autel, « on en éleva un nouveau dans le style du temps, peu conforme au caractère de l'édifice. En effet, il était composé d'un « riche

11} Voir aux notes (Si) 1 epitaphe du P. Pamc

(?) Le Courayer, né à Rouen en 1681 , mort à Londres en I77fi. Ses opinions, an moins très-hasardëes , lui méritèrent la sympathie dos Anglicans; il conserva cependant toujours jusqu'à sa mort le titre de chanoine régulier de Saintc-GcncYicvc

et haut rontre-rétable, environné de sept colonnes de cuivre et de riuatre autres, et de huit chandeliers. » On blanchit et on repolit l'église; on lit des stalles au chœur, et c'est à cette même époque ipie remonte le buffet d'orgues qui se trouve aujourd'hui à l'église Notre-Dame de Senlis, et qui vient de l'église de l'abbaye, l.e riche bénétieier eut le cœur, suivant les expressions de la chronique, de voir les religieux se retirer le pain de la bouche pour exécuter ces divers travaux , sans leur faire présent d'une maille; aussi l'historien ne lui garde-t-il pas une grande reconnaissance : « Il est mort , dit-il , riche de près d'un million de biens d'église , dout il a laissé environ cinq cent mille francs à l hôtel-Dieu, aussi bien que son cadavre, l'un et l'autre par nécessité et le plus tard qu'il a pu ! Dieu lui fasse miséricorde ! » Nous serons plus justes que le chroniqueur mécontent, et, n'ayant pas les mêmes raisons que lui pour juger J.-P. Berthier d'une façou aussi sévère, nous devons dire à sa décharge qu'il n'avait pas le. cœur aussi dur qu'on veut bien le dire. Les fondations qu'il Ct à Saint-Lazare le prouvent suffisamment : il légua à cette maison " tous les meubles qu'il avait coutume de laisser en son abbaye, à la réserve de ses livres, comme aussi tous les meubles et bestiaux fie ladite abbaye, même les grains qui se sont trouvés, au jour de sa mort, dans ses granges et greniers, et ceux qui étaient ensemencés sur les terres de la ferme de la Basse-Cour, ne demandant rien autre chose sinon qu'en donnant à dîner ou à souper aux pauvres, ou à quelque autre heure du jour plus commode, on les obligeât à dire : Dieu veuille avoir pitié de l'àme de Jean-Philippe.» Le même abbé, ou peut-être son prédécesseur, avait fondé deux lits au même hôpital de Saint-Lazare, et avait établi à ses frais , ù Senlis , deux sœurs de charité pour soigner les pauvres honteux. S'il fut moins généreux envers ses chanoines, n'est-ce pas par suite des querelles intérieures qui existaient toujours entre le commendataire et ses religieux ?

Le successeur de Jean-Philippe Berthier, Louis- Armand-Marie de Simiane, avait trop de titres et trop de fonctions pour pouvoir s'occuper d'une manière active de l'abbaye. 11 était en effet chanoine et comte de l'église cathédrale de Lyon, abbé de la Koé, en Anjou, prieur de Saint-Lô de Bouen , évèque et duc de Laugres, pair de France et premier aumônier de la reine.

Il prit possession de l'abbaye, en tw>7, et le I août de l'année ltf'n,

un arrêt, homologué au parlement le 1 er aoùl 1073, mettait fin aux querelles toujours pendantes entre les chanoines et l'abbé. Kn vertu de ce concordat, le commendataire était tenu aux ré l>arations et autres charges de l'abbaye. Voulant pleinement > satisfaire et décharger sa conscience , il laissa au prieur le soin d'accomplir cette obligation, en lui cédant, sous forme de compensation, certains droits que lui avait réservés l'acte de par tage. Ce fut pour les mêmes motifs tpi'il céda aux religieux la maison abbatiale et ses dépendances.

La bonne volonté de l'abbé de Simianc n'eut pas des conséquences de longue durée : H échangea l'abbaye de Saint- Vincent , en 1082, avec Laurent de Bergcrat, qui annula tous les arrangements conclus par son prédécesseur. Le parlement intervint comme toujours, et une transaction eut lieu; il serait trop long et tout-à-fait inutile, d'ailleurs, d'en exposer les clauses diverses; nous voyons les mêmes difficultés se reproduire avec chaque commendataire. Mlles étaient les conséquences d'une situation fausse, qui était plus forte que la volonté des intéressés. Les luttes judiciaires se continuèrent, avec les mêmes incidents, sous les abbés Charles-Alexandre de Saillans d'Eslain, et Louis de Chaumejan de Fourille, qui prit possession en 1718. Le dernier abbé de. Saint-Vincent, Claude-Charles de Montéjouls, aumônier de Madame, fut nommé en 170*5. Nous n'avons pu recueillir que le souvenir de sou nom.

Trente ans plus tard (I), toutes les discussions étaient terminées, et la congrégation des chanoines réguliers, autrement dits Cénovéfains , avait disparu de Saint-Vincent aussi bien que du royaume, et l'abbaye, qu'une grande reine avait fondée sept siècles auparavant, qui avait donné à l'Eglise une famille nouvelle, qui avait souvent accordé l'hospitalité aux princes de la

U.i C'est en 1791 que les municipaux de Sculis , d'après le décret de l'Assemblée nationale, formèrent les églises et les maisons religieuses de la ville : on ne conserva pour l'exercice du culte que l'église Notre- Dame. Les chapelles Saint-Etienne cl Saint-Martin, aujourd'hui détruites, fuient provisoirement respectées, comme oratoires à l'usage des faubourg.

royale maison de France (J), était devenue successivement un hôpital militaire, puis une caserne pour la troupe et une prison pour les prisonniers de guerre. Nous ne pouvons cependant pas nous plaindre d'une pareille profanation , puisque c'est à cette destination qu'elle a dû d'être conservée à peu près intacte au milieu de la destruction presque générale de tant d'autres monuments analogues. Lorsqu'il n'y eut plus de malades militaires à Senlis, lorsqu'il n'y eut plus de prisonniers de guerre à loger, on ne songeait plus à renverser, et le 4 octobre 1804, un bail assura pour soixante ans la jouissance des bâtiments de l'abbaye à un manufacturier, dont le passage laissa des traces trop visibles dans l'antique église. Ce bail, qui, d'après les clauses, ne devait se terminer qu'en 1864 , se changea en un acte de vente définitive qui reUra l'abbaye du domaine public. Elle resta quelque temps manufacture; et, enfin, elle allait être démolie faute d'acquéreur, lorsqu'en 1836 quelques prêtres du diocèse de Beauvats en devinrent propriétaires. Au mois d'octobre de la même année, ils y établirent une maison d'éducation. Elle fut d'abord dirigée par M. l'abbé Poullet, qu'une mort prématurée enleva, en 1846, lorsqu'il n'avait pas encore trente-sept ans , aux espérances et à l'affection de ses nombreux amis et de ses élèves. Pendant le peu de temps qu'il lui fut donné de passer à Saint-Vmceût, il avait déjà relevé bien des ruines : la vieille église était rendue au culte, les diverses salles de l'abbaye étaient restaurées. Ces travaux ont été continués et se continuent tous les jours , comme on pourra en juger par ce qui nous reste à dire de l'état actuel du monument.

(1) Senlis possédait un château royal dont il reste encore de belles et curieuses ruines. Souvent, dans le moyen-âge, les rois et les priuces venaient y passer quelques jours : il n'était pas rare que dans ces voyages ils vinssent visiter le monastère; quelques-uns même y séjournèrent plusieurs jours.

Page 1