‹ Abbaye Royale de St. Vincent à Senlis Histoire et description par l'Abbé Magne. Umschlagtitel Notice sur l'ancienne abbaye de St. Vincent à SenlisChapitre 13 sur 20 · EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE

Lorsqu'on pénètre dans la cour d'entrée de l'Institution , qui n'a rien conservé de l'aspect grave et solennel d'un monastère, on a devant soi une massive et lourde façade percée de quatre rangs de fenêtres toutes carrées, sauf celles du centre dont l'arc est légèrement courbé, petites et sans ornement. La façade est terminée par un attique dont le milieu supportait jadis sans doute l'écussou de l'abbaye. Les angles offrent encore quelques restes de sculpture. La porte principale est représentée par une grande arcade fermée, accompagnée d'ornements et de guirlandes. Le centre de l'arcade est occupé par une fenêtre, et à la partie inférieure un entablement d'ordre dorien, supporté par deux colonnes, annonce le cloître dans lequel il donne entrée. Deux grandes colonnes s'élèvent de chaque côté de l'arcade jusqu'à la hauteur du deuxième étage; elles ont un chapiteau dont les ornements ne rappellent rien de classique. Aux étages supérieurs , il n'y a plus que des formes de pilastres; les derniers seulement, qui touchaient à l'attique, sont terminés par une, large corniche sculptée (1).

A gauche, reliée au monastère par un hors-d'œuvre bâtard , s'élève la façade de l'antique église, avec son pignon aigu, son contrefort dépourvu de tout ornement, et ses pierres de moyen appareil. Au centre, une rose à grandes dimensions, enlourée d'un cercle de têtes de clou, dont l'intérieur, privé de ses rayons, ne présente plus que quelques carreaux de verre blanc renfermés

I) Voyez aux planches.

dans de misérables châssis en bois; au-dessus, une fenêtre à double ouverture qui a retrouvé depuis peu son meneau avec deux colonnes latérales ; voilà tout ce qu'il y a à remarquer dans cette façade, car nous ne parlons pas de la partie inférieure, dans laquelle s'ouvre la porte : c'est une addition du plus mauvais goût qui disparaîtra bientôt sans doute (1).

Si nous poursuivons ce rapide examen de l'extérieur de l'église, nous trouverons , sur le côté septentrional, trois grandes fenêtres ogivales, sans ornement et sans division ; à ces fenêtres, correspondaient trois arcades aujourd'hui fermées, toujours ogivales, percées dans la partie inférieure du mur, et qui indiquent l'existence d'une nef latérale d'une construction plus récente peut-être et dont il ne reste pas d'autres traces. Le mur, construit de moellons et appuyé sur des contreforts assez saillants, mais très-simples, ne présente plus cette régularité que l'appareil moyen donne à la façade. Au-dessus des fenêtres, on voit se prolonger une ligne de modillons simples, seul débris de la corniche qui, primitivement, supportait le toit; dans l'une des nombreuses restaurations qu'a subies le monument, le toit fut exhaussé et la corniche supprimée. A l'angle même du transsept s'élève la tour quadrangulaire , flanquée à chaque angle d'un double contrefort qui l'accompagne jusqu'au sommet, en se rétrécissant à chaque étage. Entre les deux contreforts , se détache une colonnette qui porte son élégant chapiteau jusqu'à la naissance même du toit. Chacune des faces de la tour est percée d'ouvertures superposées deux à deux , sans être réunies sous un arc commun. Les premières, d'un style encore imparfait, dépourvues de tout ornementant, en guise de colonnes, des pieds droits supportant un arc dont l'ogive , à peine ébauchée , a pour unique accompagnement un modeste cordon qui se profile autour de son dessin. A l'étage supérieur, ces ouvertures offrent d'élégantes colonncttes, ornées de chapiteaux à feuilles enroulées, et une archivolte en dents de scie, terminées de chaque côté par des tètes grimaçantes. Les modillons du toit sont simples et sans ornements. La tour est terminée par un toit à quatre faces, dont le faite est

(1) L'ouverture de l'ancienne porto de l' église existe encore derrière ce portique du xvir siècle.

élevé à quarante et un mètres au dessus du sol. L'ensemble de la tour, d'une simplicité gracieuse et d'une régularité parfaite , à cause de l'appareil formé de pierres de mêmes dimensions ; sa couleur, que la destination dernière du monument a assombrie davantage (i ), tout lui donne un aspect religieux et antique, et en fait l'une des parties les plus curieuses de l'édifice (2). Un escalier, dont il ne reste plus que les premières marches, conduisait autrefois de l'intérieur de l'église jusqu'au sommet du clocher.

Arrrivés au transsept, nous signalerons d'abord les doubles contreforts qui flanquent ses angles. Ils ressemblent à ceux de la nef, avec cette différence, qu'au transsept, ils présentent deux retraits successifs dans leur élévation , tandis que les premiers conservent la même saillie jusqu'au point où, suivant un plan incliné, ils vont se confondre avec le mur. La fenêtre du centre du croisillon est en plein cintre d'assez grande dimension, sans aucun ornement. Des traces d'ouvertures plus récentes, établies pour les besoins de la fabrique, se remarquent encore dans ce mur, qui subit alors, comme le reste de l'éditice, de graves et nombreuses modifications. L'extérieur du chœur ne donne lieu à aucune remarque nouvelle : les fenêtres sont à plein cintre , sans colonnes, et elles ne sont pas ouvertes à la même élévation. Quoi qu'il en soit, à l'intérieur comme à l'extérieur, cette disposition anormale ne peut produire qu'un assez mauvais effet. C'est surtout dans les monuments de dimensions relativement petites, que l'œil a besoin de symétrie.

11 nous serait difficile de tenir compte des nombreuses mutilations dont l'édifice a été victime dans ses différentes parties, et qui , malgré l'épaisse couche de mortier sous laquelle on les a en partie dissimulées, ont laissé des traces trop visibles sur le mur extérieur. Contentons-nous de dire qu'au commencement du siècle, l'église dans laquelle on avait installé tous les appareils de la filature , fut divisée en plusieurs étages par des planchers superposés; on comprend dès lors comment les ouvertures de l'édifice durent être modifiées.

(!) La tour a servi pendant quelques années de cheminée à la pompe à feu qu'on avait établie pour la manufacture.

,5) Voir aux planches.

Le côté oriental du transsept, outre un enfoncement qui formait un sépulcre , était percé d'une arcade ornée de chapiteaux peints , qu'on aperçoit encore mutilés et emprisonnes dans le mur. Cette arcade indique un prolongement du transsept parallèle au chœur, avec lequel il communiquait par une grande arcade, semblable sans doute & celle de la nef, et dont on peut encore suivre le profil sur le mur. Toutefois , ce prolongement ne pouvait pas s'étendre bien loin , arrêté qu'il était à l'entrée du sanctuaire, par un énorme contrefort, dans lequel on avait ouvert une arcade pour ménager un passage aux dépens de son épaisseur.

L'apside, terminé par un mur carré, qui se relie au toit hexagonal par une série de saillies successives d'un effet assez bizarre, est éclairé par trois fenêtres, à plein cintre; suivant la disposition généralement suivie en pareille circonstance, eelle du centre est plus grande que ses deux voisines; elles ont été récemment garnies de vitraux.

La face méridionale de la nef, appuyée contre le cloître, cachée en outre en partie par une construction toute moderne, n'offre de singularité que dans les contreforts : à la partie inférieure , ils sont de dimensions très-considérables , puisqu'ils mesurent deux mètres environ de saillie ; aussi, on a pratiqué dans leur épaisseur deux passages superposés; le premier, au niveau du pavé; le second, & la hauteur du toit du cloître, conduisait à une petite chapelle, adossée à la face occidentale du transsept, et qui servait de chapelle particulière à l'abbé. Les contreforts repren nent ensuite des proportions plus modestes par trois retraits successif» en plan incliné, et se terminent tous, excepté le premier, par une plate-forme formant saillie, et qui atteint les modillons du toit primitif. Rien n'explique aujourd'hui cette disposition toutà-fait particulière.

Contre la dernière travée de la nef, du côté du chœur, vient s'appliquer une des ailes des bâtiments du monastère, qui se confond ainsi avec le croisillon méridional du transsept. Cette partie de l'église fut d'ailleurs la plus maltraitée à l'époque de la dernière reconstruction de l'abbaye , comme il était facile de le voir à l'intérieur, avant une dernière restauration qui a res litué, autant que possible, les formes primitives de la voûte.

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