COMPLAINTE 1)E L ÉGLISE PAROISSIALE DE CERISY
0 vous, qui prenez intérêt à Dieu, à Jésus-Christ son fils et à l'église, voyez mon malheur et daignez jeter sur moi un regard de commisération !
Je suis l'église paroissiale de Cerisy ; de la noblesse de mon extraction je suis fille du Roi des Rois et l'une des épouses subalternes de l'homme de Dieu ; j'ai pris naissance aussi bien que les autres sur le calvaire. Je fus une petite portion de cette eau mystérieuse qui sortit de son côté, il m'a donné place dans sa maison et par une alliance perpétuelle que j'ai contractée avec lui je suis devenue la mère des vivants dans le territoire de Cerisy.
Dès le VIe siècle, Saint Vigor, évêque de Bayeux, fut appelé par le seigneur Volusien dans mon canton ; il y trouva vingt-cinq hameaux, il y trouva des chrestiens, il y mit des religieux. Je vis par son moyen mes enfans pulluler dans mon sein et de pieux solitaires faire partie de mon troupeau. Comme ils étoient laïques, qu'ils n'avoient point encore de prêtres parmi eux et qu'ils s'occupaient au travail manuel et à la culture des terres aussi bien qu'aux exercices cénobitiques, on les vit dans les premiers commencements s'assembler sous mes ailes et se ranger sous la houlette de mes pasteurs pour assister aux offices de la paroisse et surtout au sacrifice de la messe qui leur étoient commun. Dans la suite on introduisit l'étude dans le monastère, on éleva des sujets pour le sacerdoce, ils se formèrent un oratoire, ils se nommèrent des prêtres pour se séparer du peuple et se concentrer davantage dans la solitude.
Je commençai donc à avoir une sœur dans l'enceinte de mon territoire, l'église du monastère ; elle ne disputoit point avec moi en splendeur et en magnificence ! Je jouissois paisiblement de ma dot qui consistoit dans les dixmes et les offrandes des fidèles, le monastère jouissoit des fonds concédés par le seigneur Volusien et du produit de ses travaux. Robert-le-Libéral, duc de Normandie, dans l'onzième siècle et plusieurs seigneurs de sa cour voulurent travailler à l'avantage des deux églises et faire fleurir le règne de Jésus-Christ ; ils firent venir à Cerisy des moines de Saint-Benoist. Le duc donna à l'abbé Varin et aux religieux, le lieu de Cerisy et les appartenances, il lui donna les dixmes et la conduite des deux églises tant celle de la pai^oisse
que celle du monastère '. Je cédai dès lors le précéput à ma cadette, elle devint ma tutrice et je devins la pupille. Le duc et les barons firent pleuvoir sur elle biens, privilèges, exemptions. Nous demeurâmes pourtant quelques siècles en bonne intelligence, nous ne faisions qu'une famille sous la conduite d'un même père. C'étoit donner à l'une que de donner à l'autre et tout ce que l'on faisoit pour ma sœur je le regardais comme s'il eût été fait à moi-même. Mais bêlas ! Saint Bernard, enfant de Saint Benoist l'a bien reconnu luimême, la piété est utile à tout, elle est la mère de la richesse, mais la richesse est une fille ingrate et dénaturée qui donne la mort à sa mère. Les religieux comblés de biens, ne voulurent plus travailler, ils se déchargèrent du soin et de l'embarras qu'entraîne avec soi le gouvernement des paroisses, ils aimèrent mieux jouir du repos et de la tranquilité du cloitre que de courir par les villages pour prêcher et administrer.
D'ailleurs, un concile de Latran vint ordonner que ceux qui gouverneroient les paroissses soit qu'ils fussent réguliers ou séculiers rendroient compte à leur évêque de leur administration et seroient par eux corrigés. Les Prémontrés et les Chanoines réguliers se soumirent volontiers à cette ordonnance. Les Bénédictins qui se targuaient de leurs privilèges et de leurs exemptions, éloignèrent le joug des évèques pour vivre dans l'indépendance. Ils ne voulurent point ni de leur sinode, ni de leur correction, ils le firent retomber sur la tête des prêtres séculiers qu'ils appelèrent à leur secours et à leur place pour la conduite des âmes et le gouvernement des paroisses ; ils en furent quitte, en retenant les dixmes, de leur payer une modique pension dont ils étoient eux-mêmes les arbitres et se réservèrent encore le droit de les déposer à leur volonté.
Alors nous commençâmes, ma sœur et moi, à faire distinction entre le tien et le mien. On fit des partages, on mit presque tout d'un côté, presque rien de l'autre on me confia à des paroissiens étrangers qui, étant dénués de biens, ne pouvoient avoir soin de ma parure et de ma décence. On arracha les ornements de ma tête, mes pierreries, mon collier, mes bracelets; on me dépouilla de la robe de couleur qui me rendoit brillante et majestueuse dans les jours
1. Le curé parait avoir oublié l'invasion des Normands qui un siècle auparavant avaient détruit le monastère, confisqué au profit du domaine ducal les terres de Cerisy aussi bien que les églises veuves de leurs pasteurs. C'était justement pour . assurer aux populations les bienfaits de la religion que le duc Robert y plaça, ne pouvant s'adresser à l'autorité épiscopale, les moines de Saint-Benoît chargés dès lors exclusivement du service divin.
de solennités. Je fus exposée au mépris et à l'abandon, il ne me resta que les ornements intérieurs de la grâce et de la vertu qu'on ne pouvoit m'enlever. Ce sont eux seuls qui peuvent me consoler de la perte des autres par ce qu'ils ont toujours fait ma principale gloire. Omnis glona ejus filiœ régis abintvs. On auroit dû me donner un lieu d'assemblée pour réunir mon peuple sous mes ailes. Mon temple fut renversé dès l'an 1032 par le duc Robert pour faire place à ce vaste édifice qui fait encore aujourd'hui l'église du monastère. Le duc avoit promis d'en donner un autre et n'a pu exécuter sa promesse parce qu'il mourut à Nicée dans son voyage à la Terre-Sainte et n'est jamais revenu en Normandie. Guillaume-le-Conquérant son successeur porta ses vues du côté de l'abbaye royale de Caen et fut toujours embarassé par des guerres qui se succédèrent les unes aux autres ; tout ce qu'on a pu me donner est une espectative ; en attendant ce sont des murs et une couverture qu'on ne possède que par usufruit. Tout ce que j'ai pu faire a été de conserver mon cimetière. Il étoit placé autrefois dans le terrein qui est encore aujourd'hui entre l'église et l'étang, cela se prouve par la quantité d'ossements de corps morts que l'on en tire encore actuellement et par la porte de communication pour y entrer que l'on a conservée jusqu'à ce jour et qui sert aujourd'hui au peuple pour amurer l'église des religieux ; mais il se trouva embarassé de matériaux pour la bâtisse, il étoit à propos aussi de le tirer hors de l'enclos religieux, il fut donc transféré de l'autre côté de la rue dans une portion de la pièce qui s'appelle l'Aumonerie. Deux ifs d'une grosseur prodigieuse qui y subsistent actuellement sont des témoins irréprochables que ce changement est fort ancien. C'est là toute la possession que j'ai pu conserver, semblable en cela à notre ancien patriarche Abrabam qui, dans la terre de Chanaan qui fut promise pour ses descendants, ne posséda qu'un tombeau.
On auroit dû laisser à la paroisse un clocher et des cloches, l'usage en avoit été introduit dans le huitième siècle, on en avait reconnu l'utilité, il est sans cloute qu'il y en avoit à Cerisy qui étoit un lieu si considérable qu'il avoit attiré l'attention des ducs de Normandie et qu'ils y faisoient quelque résidence, comme l'histoire en fait foi. On prit soin d'en mettre dès l'an 1032 à l'église du monastère, on en mit aussi à la chapelle Notre-Dame de l'Epine pourquoi n'y en aurait-il pas eu à l'église paroissiale et pourquoi en est-elle dépourvue depuis près de 700 ans? '.
1.11 faut renoncera réfuter toutes les erreurs historiques entassées dans ce mémoire. Encore une fois, il n'y avait qu'une seule et même église, l'abbaye étant chargée du service de la paroisse. La chapelle de L'Épine ne fut utilisée comme paroisse provisoire que lorsqu'on construisit l'addition dans le cours du XIIIe siècle.
On anroit dû laisser au curé un logement, il ne s'est point écoulé un si long enchaînement de siècles sans qu'ils en aient eu. Pourquoi parmi le nombre de tant de bâtiments multipliés ne s'en est-il pas trouvé pour lui? et qu'il est encore aujourd'hui sans presbitère.
On auroit dû laisser à la paroissse les obits et fondations qui sont à titre onéreux. Ce sont les paroissiens qui les ont fondés, c'est à leur paroisse qu'on les doit annoncer et qu'on invite les familles à s'y trouver aux jours et heures marqués. On a retenu à l'abbaye toutes les anciennes fondations jusqu'en 1660. La paroisse ne possède guère que celles qui ont été fondées depuis ; elles n'étoient pourtant données aux religieux que par ce qu'ils gouvernoient la paroisse et qu'ils faisoient les fonctions curiales, c'étoit donc à la paroisse qu'il falloit les laisser lorsqu'ils en ont quitté le gouvernement.
On auroit dû faire à la paroisse une portion honnête des dîmes qui étoient mon ancienne dot et qui subsistoient auparavant l'abbaye ; elles sont la récompense ordinaire des ouvriers de la vigne évangélique qui portent le poids du jour et de la chaleur. A peine a-t-on donné du pain à des vicaires amovibles, il a fallu que l'autorité royale soit intervenue pour assurer leurs vivres et leur entretien et leur donner une portion congrue.
Il restoit encore une dernière entreprise à faire, c'est qu'il falloit me donner un coup de mort et me détruire tout à fait par l'extinction de mon titre et l'expulsion de mes vicaires. Je ne puis m'erapècher d'en frémir quand je me rappelle le souvenir de ce qui se passa à ce sujet en l'année 1692. Après les déclarations du roi en 1686 et 1690, qui règlent les portions congrues, établissent les droits des curés, rendent les vicaires titulaires et inamovibles, les religieux pour n'être pas obligés de nommer un curé en titre à Cerisy, firent venir un abbé Bouin se disant procureur-général de l'ordre de Cluny.
Celui-ci, après avoir fait dresser un procès-verbal de l'état de l'église et de la paroisse, ordonna que le titre de la paroisse seroit éteint, qu'elle seroit desservie à l'abbaye par un des religieux, que l'office abbatial deviendrait un seul et même office avec le paroissial. Il falloit pour cela interdire l'autel paroissial et transférer à l'abbaye le Saint-Sacrement et les vases sacrés.
Lorsque le peuple en fut informé, il fut saisi d'étonnement et marqua bientôt son déplaisir et son mécontentement, il s'ameuta, il fit des assemblées tumultueuses, il s'attroupa pour la défense de ses autels et de ses foyers, il forma des barricades pour ôter la communication de la paroisse à l'abbaye, il menaça d'en venir aux dernières extrémités. L'abbé Bouin en fut tellement intimidé qu'il abandonna sur le champ la partie.
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Ce fut là une menée des anciens religieux ; en voici une des nouveaux. A peine la congrégation de Saint-Maur fut-elle introduite dans l'abbaye en 1716 que dès la même année elle fit venir Pierre Riouf, vicaire général et officiai de Monseigneur l'abbé de Cerisy, lequel dans une visite de l'église paroissiale de Cerisy le 18 novembre 1716 ordonna que le grand autel de la paroisse sei'oit ôté et transféré en la chapelle Saint-Nicolas, proche le chœur des religieux, du côté gauche, que les petits autels de la Vierge et de Saint-Jacques seroient transférés dans le croisillon de l'abbaye, que les bancs de l'église paroissiale seroient ôtés et mis dehors h moins qu'on ne justifiât dans les quinze jours la concession faite d'aveux par l'abbé et les religieux, etc. On interjetta appel comme d'abus de ces ordonnances et les choses ont subsisté dans le même état.
C'est dans ce temps qu'on cro}roit m'avoir anéantie que j'ai commencé à reprendre vie ; à la faveur des lois sagement établies par nos monarques, j'ai retrouvé une portion congrue sur mon ancien patrimoine, mes vicaires sont devenus titulaires et inamovibles, ils ont reprit le nom de curé qu'on osoit leur disputer. Je commence à reprendre tant soit peu vigueur etje vas renouveler comme une aigle ma jeunesse l.
Si je me trouve inférieure en richesse, je suis dédommagée par ma fécondité ; la multitude de mes enfants me dilatte le choeur, les mœurs et la conduite de mes prêtres me comblent de joie, Ces prêtres sont attachés à leurs devoirs et à la sainte doctrine, ils n'ont connu les profanes nouveautés que pour les combattre et en garantir mes enfans. J'en donne pour preuve que pendant que la religion protestante a inondé et désolé presque toute la France, jamais huguenot n'a pris assiette ni domicile à Cerisy. Maintenant donc, habitants de Jérusalem et vous chef de la citadelle de Sion prononcez votre jugement entre ma cadette et moi. Falloit-il tant de siècles pour me rendre un temple dont j'ai été privée, aussi bien que du logement de mes pasteurs. Falloit-il me laisser sans cloches et sans clocher, en danger de voir mes solennités abandonnés ? Falloit-il me dépouiller de tous biens et de tous revenus pour les entasser dans une abbaye? L'on opposera sans doute la possession d'un temps immémorial, qui milite en faveur\de l'abbaye et l'impuissance où je suis de produire aucun titre en faveur de la paroisse. Est-ce que les archives de l'abbaye n'auroient pas dû être un dépôt commun pour y conserver
1. Imbus des mêmes idées d'indépendance, le curé de Cerisy et son vicaire n'hésitèrent pas à prêter le serment civique et devinrent des intrus. Est-ce donc là ce renouvellement de jeunesse si pompeusement annoncé ?
les titres des uns et des autres ? Est-ce qu'un abbé ou un prieur qui gouverne une paroisse n'auroit pas dû avoir pour elle les soins et la tendresse d'un père? Est-ce qu'une injuste possession quelque longue qu'elle soit peut purger de tout vice et valider une violente usurpation?
Est-ce que Jésus-Christ a coutume de répudier ses épouses et que je n'ai pas contracté avec lui une alliance indissoluble de sa part? On me dira que ce ne sont pas les lois du barreau. Eh bien! si les hommes me condamnent, j'en appelli à ce souverain juge qui jugera la justice même et qui commencera les châtiments par le sanctuaire. Autres sont les lois de la terre, autres sont les lois du ciel. Alice sunt leges fori, aliœ sunt leges cœlil Ah! si j'avais à souffrir de telles choses de la part des infidèles et des ennemis de la religion, je les supporterais avec patience ; qu'il m'est dur, qu'il m'est sensible d'avoir à souffrir de la part même des fidèles et dans le sein de la catholicité !
C'est vous, illustre prélat du diocèse de Bayeux, qui allez essuyer mes larmes et me rendre ma joie et ma sérénité parfaite. Il vous étoit réservé de faire refleurir pour moi la justice et la paix. Votre illustre prédécesseur Monseigneur de Nesmond commença de me donner aide, faveur et protection dans le temps qu'on voulut me porter le dernier coup et me déraciner tout à fait par l'extinction de mon titre, l'expulsion de mes vicaires et l'union avec l'abbaye. Achevez par vos sages ordonnances le rétablissement d'une paroisse qui s'est vue proche de sa ruine et qui a besoin d'une main puissante pour la relever. C'est sous votre étendard qu'elle veut combattre, c'est sous vos ailes qu'elle cherche un abri ; puisse-t-elle devenir l'objet favori de vos soins lorsqu'elle rentre avec plaisir sous votre obéissance et qu'elle se glorifie d'être une portion de votre troupeau !
Il est temps maintenant de proposer et de résoudre les différentes questions qu'on peut faire à ce sujet.
I. Question. — La paroisse de Gerisy fait-elle un titre différent de l'abbaye ? A-t-elle pour patronne Sainte-Magdeleine ? — On avoit tellement envie d'anéantir la paroisse qu'on est venu jusqu'au point de mettre en problème si cette paroisse avoit un titre différent de l'abbaye !
On a soutenu avec hardiesse que c'étoit le sieur Rogereau qui se fit pourvoir en cour de Rome à la cure de Cerisy par un per obitum de l'an 1696, qui avoit inventé le titre de Sainte Magdelaine que la paroisse reconnut pour patronne.
Messieurs les religieux pourroient, bien mieux que personne, nous instruire sur cet article. Ils ont les anciens titres dans leur chartrier : ils pourroient nous les produire. Ce que nous en savons, c'est qu'avant Saint-Vigor et le
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sixième siècle il y avoit des chrétiens à Cerisy et par conséquent une église ou lieu d'assemblée que la tradition du pays croit avoir été auparavant un temple d'idole dont il reste encore quelques vestiges qu'on appelle le Vieil Enfer dans le lieu cy-devant indiqué entre l'église du monastère et l'étang. Quand le duc Robert s'est donné pour fondateur ou restaurateur du monastère l'an 1032 il a donné à l'abbé et les religieux, les églises de Cerisy, il y en avoit donc une pour la paroisse, une pour le monastère ?
Par un titre de l'an 1499 qui contient une concession de banc accordée par MM. les abbé et religieux à M. de Sallen et au sieur de Brient pour le prix et somme de dix sols par an dans la chapelle Saint-Jacques en l'église paroissiale de Cerisy, il demeure constant que l'église de la paroisse étoit partagée dans ce temps là par un mur de l'église abbatiale, que les petits autels des chapelles étoient adossés contre cette cloison, dans les sous-ailes, d'où l'on conclut qu'ils ont été transférés depuis pour les adosser contre les piliers du chœur comme ils sont encore aujourd'hui. L'on conclut aussi que c'étoit deux églises différentes. Il y a quantité de titres anciens et modernes qui parlent de l'église paroissiale de Cerisy et qui la distinguent de l'église du monastère. Elle a toujours eu pour patronne Sainte-Magdeleine au lieu que l'église des religieux a d'abord été sous l'invocation de Saint-Pierre et de Saint-Paul et dans la suite sous celle de Saint-Vigor.
Quand M. l'abbé Habert fit la cloison et balustre du chœur et des sousailes, vers 1638, qui subsistent encore aujourd'hui, il construisit sans doute l'autel et décora le tabernacle, il y mit à côté les tableaux de la Sainte Vierge d'un côté et de la Magdeleine de l'autre, et lorsqu'il en fit la visite en 1648 il la trouva décemment ornée.
Ce n'est point lui qui donna la Magdeleine pour patronne à la paroisse. Elle étoit fêtée avant lui. Voici comment parle Robert Bernard, vicaire perpétuel de Cerisy, dans les registres baptismaux qui sont si concis qu'il met à peine une ligne ou deux pour chaque acte.
Le mercredy 22e juillet 1626 jour et fête de la Magdelaine a esté baptisé, etc.
Le samedy 22e jour de juillet 1634, jour et fête de Sainte Marie-Magdelaine a esté baptisé, etc.
Le dimanche 22e jour de juillet 1635 jour et feste de la bienheureuse Magdelaine, etc.
Le dimanche 22° jour de juillet 1663 jour, etc.
M. Jacques son successeur parle encore plus positivement :
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Le 22° jour de juillet 1688 jour et feste de Saint-Magdeleine patronne de cette paroisse, etc.
Dans une sentance rendue en Bailliage à Baveux le 20 mai 1692 il est parlé de l'église paroissiale de Sainte-Marie-Magdeleine de Cerisy et pour comble de conviction c'est que pour opposer un adversaire à MeRogereau, M. de Vendôme, abbé de Cerisy, fit nommer en 1696 par M. de Cbaulieu son grand vicaire Me Pierre de Gournay à la cure de Sainte-Marie-Magdeleine de Cerisy. On ne peut pas dire que ce soit Me Rogereau qui lui ait suggéré cette patronne c'est que c'étoit une cbose reconnue et sur laquelle il n'y avoit pas de doutes comme il n'y en a pas eu depuis dans tous les actes qu'il seroit inutile de rapporter.
IIe Question. — L'édifice de l'église paroissiale appartient-il aux paroissiens ? — L'église paroissiale appartient en propre aux religieux ; les paroissiens n'en ont que l'usage en attendant qu'on leur en fasse bâtir une autre. Messieurs les religieux ont conservé la propriété de cette église qui fait une portion de la leur, quoiqu'elle en soit séparée par un mur intermédiaire depuis l'année 1747 ; les paroissiens se sont bien donnés de garde de leur disputer cette propriété et se contentent/le l'usage. L'église de l'abbaye et l'église de la paroisse sont deux moitiés d'un même tout. Si vous les prenez toutes les deux séparément, elles sont toutes les deux estropiées comme le seroit un corps humain qui seroit scié par la mottié ; si vous les prenez tout ensemble, c'est un tout bien composé qui a ses proportions et ses appartenances. On a scié en deux ce grand colosse qui représente la statue de Nabuchodonosor pour laisser la tête d'or, les épaules, la poitrine et les bras d'argent d'un côté, on a laissé de l'autre le ventre d'airain, les cuisses de fer, les jambes et les pieds moitié de potin, moitié d'argille. C'est-à-dire que MM. les religieux ont pris pour eux le chœur bien voûté, le clocher et cinq belles cloches, les ailes, croisillons et trois arcades de la nef, le tout bien pavé ; la paroisse à cinq arcades de cette nef dont deux forment son chœur et trois forment la nef, sans pavé, sans voûte, sans lambris et sans clocher.
Les religieux possèdent l'église en principal ; ils possèdent donc aussi l'accessoire ; ils ont toujours conservé la propriété de la portion attribuée à la paroisse ; ils possèdent eux seuls le dessous des sous-ailes qui sont deux longs appartements larges d'environ douze pieds, longs d'environ soixante-douze ; ils y mettent plusieurs choses de ménage parceque cela n'est point éloigné de leur cuisine et que de cette cuisine ils ont pratiqué une communication, et de cet endroit comme d'une longue tribune ils peuvent par le moyen des fenêtres qui sont ouvertes vers le chœur et vers la nef de la paroisse assister aux
offices, sermons et instructions qui se font à la paroisse. Ils ont conservé aussi la propriété de la communication d'un promenoir supérieur qui fait le circuit de toute l'église en dedans aussi bien de leurs portions que de celle de la paroisse. Ils sont chargés par leur lot de l'entretien de toute cette église en entier et des lieux claustraux au moyen d'une somme de cinq cents livres qui leur est payée par le receveur de M. l'abbé suivant l'arrêt du conseil du 34 janvier 1722 et ils l'entretiennent en effet pour la couverture, charpente, maçonnerie, vitrage et fermetures.
Ce sont MM. les abbés et religieux qui ont fieffé les bancs dont les fieffés subsistent encore dans l'église ; il n'en reste à présent que pour 35 sols. M. de Vendôme a concédé un banc à M. de Vaubadon le 20 février 1680 dans notre église paroissiale. M. Détrechy, receveur au nom de M. de Vendôme et de concert avec les religieux, a fieffé au sieur Hubert le 15 janvier 1681 une place de banc dans la nef de l'église paroissiale pour le prix de 20 sols payables aux mairs dud. receveur de l'abbaye.
C'est encore aux religieux qu'on demande la permission d'avoir une fosse dans l'église paroissiale quand les familles y choisissent leur sépulture, quoique néanmoins ils ne puissent la refuser lorsqu'elle est demandée. On trouve aussi des inscriptions ' contre les murs de la paroisse qui font foi qu'on y inhumait des religieux, ce qui n'a été fait que pour en conserver la possession. On ne peut néanmoins expulser les paroissiens de cette église et les priver de leurs usages à moins qu'on ne leur en bâtisse une autre parceque l'église paroissiale qui subsistoit avant le monastère et qui étoit au même endroit a été détruite dès 1032 pour y bâtir l'église d'à présent.
Le duc Robert promit à la paroisse de lui en faire bâtir une autre et pendant qu'il étoit occupé à la bâtisse de la grande église, comme tout étoit un désordre autour d'icelle et rempli de matériaux, il fit bâtir à la hâte et pro-
1. On enterrait aussi sous le porche, car il existe encore une inscription placée à côté d'une arcade sculptée dans la partie ruinée près de la chapelle Saint-Gerbold; on y ht :