‹ Abbayes et monastèresChapitre 12 sur 52 · ABBAYE DE WESTMINSTER · texte numérisé non relu

ABBAYE DE WESTMINSTER

une influence capitale sur le mouvement de l'architecture en Angleterre. Matthieu Paris, moine de Saint- Alban, nous apprend dans sa Chronique que l'éghse servit de modèle pour tous les monuments du même genre. L'ouvrage, confié à des mains habiles, fut poussé avec vigueur. Rien ne manqua de ce qu'il faut à un chef-d'œuvre. L'architecte possédait tous les secrets de l'art difficile de bâtir; le monarque fournissait l'argent en abondance; les matériaux étaient bien choisis; les ouvriers n'épargnaient ni leurs soins, ni leur peine. Telle était la tradition de cet âge : chacun s'employait avec ardeur à remplir du mieux possible la tâche qui lui était confiée. Enfin, après un labeur assidu de plusieurs années, la dédicace du temple eut lieu le 25 décembre 1065, fête de la Nativité de Notre-Seigneur, en présence du roi, devant les principaux membres du clergé et de la noblesse. Rarement cérémonie s'accomplit avec plus de pompe. Ce fut pour l'Angleterre une fête nationale. Le roi Edouard était depuis quelque temps miné par la maladie. Il voulut néanmoins assister à la cérémonie, signa l'acte de fondation, où sont énumérés les dons qu'il off'rit à l'abbaye, et fit insérer à la fin de ce document mémorable de terribles imprécations contre ceux qui oseraient violer les privilèges du monastère et le dépouiller de ses domaines. Les courtisans, ici comme ailleurs, imitèrent le roi dans sa munificence : chacun fit une riche offrande. Hélas ! dix jours après cette spleiidide solennité, Edouard rendait le dernier soupir, le 5 janvier 1066. Jamais roi ne fut plus sincèrement pleuré de ses sujets. Les larmes sont l'éloge le plus flatteur d'un

peuple pour ses gouvernants. Les regrets furent unanimes, et, nous devons ajouter, ne furent jamais mieux mérités. Les vertus de ce prince et les miracles qui s'opérèrent à son tombeau ont fait inscrire son nom au catalogue des bienheureux. La fête de saint Edouard le Confesseur est fixée au 5 janvier, jour de sa mort; mais la solennité principale se célèbre le 13 octobre, jour de la translation de ses reliques.

En 1220, Henri III entreprit de rebâtir le chœur de l'église abbatiale, suivant le style d'architecture qui prévalait alors, auquel on doit tant de chefs-d'œuvre. Deux siècles plus tard, le chef de la dynastie des Tudors, Henri VII, voulut reconstruire la chapelle de la sainte Vierge avec une magnificence capable de recommander sa mémoire à la postérité. Rien, en eflfet, ne fut épargné pour exécuter dignement le dessein du roi. Malheureusement, à la fin du xv© siècle, le goût de la belle et noble architecture avait dégénéré. On estimait avant tout la richesse et la multiplicité des ornements. La décoration fut donc prodiguée, et étala mille découpures fines et gracieuses. La pierre des voûtes y est ciselée avec une adresse prodigieuse qui éblouit le regard. Pour le curieux non initié aux principes de Tart, le chœur de l'église abbatiale de Westminster est la merveille de l'architecture anglaise. Pour tout le monde, ce sera un des plus beaux et des plus complets échantillons de l'architecture et de la sculpture qui précédèrent immédiatement la Renaissance.

Quand ce bijou fut achevé, les mauvais jours pour la religion se levèrent sur l'Angleterre avec le règne de Henri VIII, d'abord protecteur, ensuite persécuteur

de la foi. Les fausses idées de ce prince ouvrirent un drame où le ridicule le disputa quelque temps à l'absurde, mais qui ne tarda pas à glisser dans le sang. On vit alors la dépravation conduire aux plus tristes excès. Henri VIII, justement condamné, méprisa la sentence dont le pape Clément VII Pavait frappé. La vie de ce prince débauché fut un tissu de cruautés et d'infamies : il répudia deux reines, et en fit monter deux autres sur l'échafaud; il fit périr deux cardinaux, vingt et un évoques, plus de cent chanoines et docteurs, treize abbés, cinq cents moines ou prêtres, quarante et un ducs, marquis, comtes ou autres personnes de haut rang, plus de trois cents gentilshommes de moindre qualité, cent dix dames de condition, et une foule de personnes d'un état commun. En 1547, dans la nuit du 28 au 29 janvier, Henri VIII rendit le dernier soupir. « Dans les derniers temps de son existence, dit l'auteur de V Histoire des révolutions d'Angleterre, ce prince n'estoit plus que le tombeau de luy-mesme, où ses plaisirs et ses chagrins avoient enseveli avec luy sa religion, sa conscience, sa gloire, et tous les sentiments d'équité, de bonne foy, d'humanité K :s> Sur le point d'expirer, il parut tourmenté par des visions sinistres, et la dernière parole qu'on lui entendit murmurer fut celle-ci : « Tout est perdu ! 3>

1 Le P. d'Orléans, lom. H, p. 440.

L IRLANDE MONASTIQUE SAINT PATRICE. — BANGOR. — MONASTÈRES DU NOM DE CLUAIN

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