‹ Abbayes et monastèresChapitre 16 sur 52 · MONASTERE DE SAI NT - RIQU 1ER · texte numérisé non relu

MONASTERE DE SAI NT - RIQU 1ER

à la cérémonie du couronnement de l'empereur d'Occident. Angilbert profita de ses relations avec le souverain pontife pour enrichir son abbaye de nombreux privilèges spirituels. Il mourut le 18 février 814, et fut enseveli dans son église abbatiale. Jusqu'à la fin il conserva l'amitié de son maître. Charlemagne était

mort le 28 janvier, et l'avait institué un de ses exécuteurs testamentaires.

Parmi ses richesses, le monastère de Saint-Riquier possédait une magnifique bibliothèque. Ajoutons qu'il fut longtemps renommé pour sa régularité et sa science. Pour donner une idée de sa grandeur et de sa puissance au moyen âge, nous citerons une phrase de Chateaubriand : « Le dénombrement, dit-il, des églises, villes, villages et terres dépendant de Saint -Riquier présente les noms de cent chevaliers attachés au monastère, lesquels chevaliers composent à l'abbé, aux fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, une cour presque royale. En résumé, le monastère possédait la ville de Saint-Riquier, treize autres villes, trente villages, un nombre infini de métairies, ce qui produisait un revenu immense. Les offrandes en argent faites au tombeau de saint Riquier s'élevaient seules par an à quinze mille six cents livres de poids, près de deux millions numériques de la monnaie d'aujourd'hui '. 3>

> A nalyae rai sonnée de V histoire de France.

SAINT- VICTOR DE MARSEILLE SAINT-MÉDARD DE SOISSONS, SAINT-REMI DE REIMS

La célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille eut pour fondateur Cassien, qui vint de Rome en France au commencement du ve siècle ^ Il était Scythe de nation, s'il faut en croire Gennadius; mais il est plus probable, et lui-même le donne assez à entendre, qu'il était originaire de la Provence*. Dès sa plus tendre jeunesse, il sentit un attrait irrésistible pour la vie religieuse. C'était une de ces âmes privilégiées de Dieu, éprises de bonne heure pour la perfection évangélique; un de ces caractères énergiques auxquels les sacrifices les plus pénibles ne semblaient rien coûter; esprit distingué, en même temps doué des rares qualités du génie, et versé dans les sciences divines et humaines. Conduit par la Providence, comme par la main, il passa en Palestine et embrassa la vie monastique dans un des couvents de Bethléhem. Pou-

J Le P. Hélyot, Ordres monastiques, tom. IV, p. 162. 2 Voy. HisL littér. de la France, tom. II, p. 215.

vait-il s'instruire à meilleure école? Il visita les solitudes les plus reculées de la Thébaïde, et conversa avec les anachorètes les plus célèbres. Après avoir admiré de près les merveilles du désert, il vint à Constantinople, où il fut ordonné diacre par saint Jean Chrysostome, dont il avait été le disciple. Après un second voyage à Rome et un séjour d'une année entière à Lérins, il se fixa à Marseille. Ordonné prêtre, il fonda, en 409, un monastère dédié à saint Pierre et à saint Victor, où l'on assure qu'il réunit plus de cinq mille moines sous sa conduite. Il bâtit également un couvent qui servit d'asile à de pieuses filles. Il prit à tâche de faire observer aux uns et aux autres les règles qu'il avait admirées et étudiées en Egypte. On a dit que Marseille alors n'eut rien à envier à l'Orient. Cette ville, en effet, vit se renouveler les prodiges de mortification et les actes de sainteté extraordinaire qui avaient si profondément ému le monde chrétien en Orient.

Vers l'an 420, saint Castor, évêque d'Apt, ayant établi un monastère dans les terres de son patrimoine, et désirant y voir fleurir la discipline qui produisait en Asie tant de fruits d'édification, pria Cassien de lui faire connaître, avec quelque étendue, les observations qu'il avait recueillies dans ses lointaines pérégrinations. A sa demande, Cassien se mit à l'œuvre et composa ses Institutions monastiques, en douze livres. Trois ans après, il écrivit les vingt-quatre Conférences des Pères du désert. Ce dernier ouvrage était destiné à mettre en lumière la vie intérieure et spirituelle des moines d'Egypte, dont il avait décrit les pratiques extérieures dans ses Institutions.

Les ouvrages de Gassien rendirent son nom célèbre dans les Gaules; mais ils excitèrent de grands troubles au sujet de quelques erreurs qu'ils contenaient. La plus dangereuse était celle qui concerne la grâce : saint Prosper en fit la réfutation sous ce titre : Contre Vauteur des Conférences. Mais, du temps de Gassien, l'Église n'avait pas encore prononcé sur ce point; aussi la réputation de Gassien n'en souffrit-elle alors aucune atteinte. Il mérita même d'être choisi par le grand saint Léon, alors archidiacre de l'Église romaine, élu pape depuis, pour combattre l'hérésie de Nestorius ^ Gassien mourut en 433.

La régularité était si parfaite dans l'abbaye de Saint- Victor, qu'elle mérita d'être surnommée la Porte du Paradis. Malheureusement elle fut atteinte, dès 464, par le fléau des guerres; les Visigoths s'en emparèrent et la ruinèrent. Plus tard, les Normands lui firent subir le même sort. Après avoir traversé les plus dures épreuves, elle sortit, pour ainsi dire, de ses ruines, lorsque Guillaume, comte de Marseille, la répara l'an 1000. Peu de temps après, elle atteignit l'apogée de sa splendeur. Elle servit de modèle à plusieurs monastères en France et en Espagne, et l'on s'estimait heureux d'obtenir quelques religieux de Saint-Victor, pour réformer les maisons qui avaient vu peu à peu se refroidir leur ferveur primitive. Les souverains pontifes se plurent à lui accorder dinsignes privilèges. Mais , hélas ! vint un temps où cette illustre abbaye eut elle-même besoin de réformation , et dès

« Hist. littér., tom. U, p. 219.

lors elle ne cessa de décliner, jusqu'à ce qu'elle disparut.

Cette abbaye a donné plusieurs prélats à l'Église. Le pape Urbain V en avait été abbé , et il y a sa sépulture. Il en confirma les privilèges, aussi bien que saint Grégoire VII, Honorius III, Nicolas III et Nicolas IV.

En terminant sa Notice sur Saint-Victor, le P. Hélyot rapporte une pratique singulière de cette abbaye: « c'est la communion générale que les religieux de cette maison font le jour du vendredi saint dans leur église. Quelques-uns croient que c'est en vertu d'une bulle qui leur a été accordée. Les séculiers n'y peuvent communier que par une permission expresse du pape, comme il y en a un exemple en la personne de Renée de Rieux, baronne de Gastellane, à qui Clément VIII, par un induit donné à Rome le i^r juin 1591, permit de communier le jour du vendredi saint dans l'église de cette abbaye K y>

De l'antique et illustre monastère de Saint- Victor de Marseille, que reste-t-il aujourd'hui? Quelques constructions souterraines connues seulement des amis de l'archéologie chrétienne. 11 en est de même de l'abbaye royale de Saint-Médard de Soissons. A part quelques constructions des derniers temps, on reconnaît à peine de faibles vestiges de l'établissement primitif. Nous avons pu pénétrer dans des grottes obscures, où l'on nous a montré le tombeau d'un prince de race royale, et la prison du descendant de Char-

i Histoire des ordres monastiques, tom. IV, p. 174.

lemagne. Tout ici respire la tristesse. Le passé est représenté seulement par des ruines, et la gloire des hommes y est rappelée par des tombeaux. N'importe, le prestige des souvenirs survit aux débris et rayonne au-dessus des décombres. Cette abbaye fut fondée vers Tan 560, par le roi Glo taire 1er, en l'honneur de saint Médard, évéque de Noyon. Ce saint pontife, dont la mémoire resta toujours si populaire dans les provinces septentrionales de la France, mourut en 545. De nombreux miracles attiraient les populations à son tombeau : chaque jour des flots de pèlerins inondaient les saints parvis. Plein de vénération pour ses restes précieux, le roi Clotaire ordonna de transférer ses reliques de la cathédrale de Noyon à Soissons, où il faisait sa résidence habituelle. Cette translation fut accompagnée des démonstrations les plus expressives de la dévotion populaire, et s'accomplit avec une pompe extraordinaire. Le roi voulut porter sur ses épaules un fardeau si précieux, aidé de ses enfants et des principaux seigneurs de sa cour. Quantité de prélats relevaient la solennité par leur présence, et les plus nobles personnages tenaient à figurer dans ce cortège d'honneur. Le corps du glorieux évêque de Noyon fut déposé dans un oratoire du village de Crouy, à deux cents pas environ de Soissons, en attendant que le monastère où il devait reposer fût entièrement terminé. Une grande célébrité était réservée à cet établissement. Déjà, dès le temps de saint Grégoire pape, cette maison fut déclarée la principale des communautés bénédictines dans les Gaules. Les souverains pontifes la décorèrent de privilèges insignes. Plu-

sieurs princes y furent couronnés, entre autres le roi Pépin, par saint Boniface, en 752. Cette cérémonie, personne ne l'ignore, eut l'importance d'un des plus grands événements historiques : ce fut le signal et, on peut le dire, en même temps la conclusion d'une immense révolution pacifique. Qu'il nous soit permis, au milieu des derniers vestiges d'un illustre monument, d'indiquer en deux mots comment fut inaugurée la dynastie carlovingienne, et comment prit fin la race abâtardie des Mérovingiens.

Pépin le Bref, second fils de Charles-Martel, avait été élu roi à Soissons, en 752, dans l'assemblée des états généraux de la nation. Cette élection était l'acte de déchéance de Childéric III, surnommé Vlnsensé, prince faible et incapable de gouverner. Le monarque déchu fut enfermé dans le monastère de Saint-Bertin , où il finit tranquillement et obscurément ses jours, tandis que Thierry, son fils, subissait le même sort dans l'abbaye de Fontenelle. Pépin se montra digne de sa haute fortune. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ses exploits. Il posséda à un degré éminent les qualités d'un héros et celles d'un prince sage et habile. Avant de mourir, il fit son testament, en présence des grands officiers de sa maison et des possesseurs à vie des principaux domaines de ses États : à cette époque la propriété était autrement constituée qu'aujourd'hui, et la transmission des terres annonçait l'organisation prochaine de la féodalité. Grâce à un acte que nous devons regarder comme providentiel, Charles, fils de Pépin, eut en héritage les provinces qui constituaient alors le cœur de la France; Carloman, son frère, eut

TAustrasie, depuis le Rhin jusqu'aux derniers confins de la Thuringe. Ce Charles n'est autre que Gharlemagne, et ce nom dit assez.

La basilique de Saint-Médard fut témoin des plus augustes solennités. La grande collection historique connue sous le titre de Gaule chrétienne fait mention de douze conciles tenus dans son enceinte. Vers 884, cette église fut pillée par les Normands. En 886, elle fut livrée aux flammes par ces hardis pirates, qui désolèrent alors la France entière. Après de longs siècles de prospérité, elle eut encore à souffrir durant les guerres des Anglais, et, au xvi® siècle, des sauvages profanations des huguenots. En 1637, cette abbaye s'unit à la congrégation de Saint-Maur. Quand la révolution se déchaîna sur notre patrie, Saint-Médard ne fut pas épargné.

Beaucoup plus heureuse fut l'abbaye de Saint-Remi de Reims, gardienne, jusqu'en 1793, de la sainte ampoule contenant le baume précieux qui servait au sacre des rois. Les bâtiments réguliers, plusieurs fois reconstruits, sont occupés maintenant par un hospice, et la magnifique église, après avoir traversé bien des siècles et des orages, est consacrée au service d'une paroisse considérable.

La cathédrale de Reims est célèbre dans nos annales; personne n'ignore la noblesse et l'élégance de sa structure. Non moins connue est l'égUse abbatiale de Saint- Remi. Dédiée primitivement à saint Clément et à saint Christophe, cette basilique, située dans le cimetière des chrétiens, hors des remparts de la cité, fut choisie pour recevoir la dépouille mortelle de saint Rémi. Trop

étroit pour contenir la foule des fidèles qui se pressaient autour de la tombe du grand évêque qui baptisa Clovis, et mérita le surnom d'Apôtre des Gaules, ce modeste sanctuaire fut agrandi et décoré somptueusement par les soins et grâce à la munificence de sainte Clotilde. Dès lors, et d'après un texte de saint Grégoire de Tours , qui fait mention d'Épiphane , abbé de Saint-Remi, en 573, quelques auteurs ont pensé que cette église était desservie par des religieux. Si l'on tient à s'en rapporter uniquement à des témoignages certains, l'histoire nous apprend qu'en 786 l'archevêque Tilpin y étabht des moines de l'ordre de Saint- Benoît. Les bénédictins y demeurèrent plus de mille ans, et furent constamment entourés de la vénération de tous à cause de leur régularité, de leurs vertus, de leur piété et de leur science. Les miracles obtenus par l'intercession de saint Rémi attiraient autour de sa tombe glorieuse des pèlerins de plus en plus nombreux. L'archevêque de Reims Sonnatius, en 633, fit relever, dans de plus amples proportions, l'édifice antique : la nouvelle construction, exécutée avec une magnificence digne de l'illustre pontife dont on y vénérait les reliques, passa quelque temps pour une des merveilles de l'architecture sacrée en France. On en vantait les belles proportions, la variété des ornements, la richesse de la décoration et l'originahté du plan. Elle était comparable, sans doute, sous quelques rapports, à la splendide basilique de Saint-Martin de Tours, œuvre de saint Perpet. Après deux siècles à peine d'existence, elle menaçait ruine : on la releva avec plus de magnificence encore qu'auparavant; cha-

cun luttait de générosité pour lui donner plus d'éclat et égaler sa richesse à sa réputation. En 863, le savant Hincmar en fit la dédicace. L'entrée de ce temple

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