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ABBAYE DE FULDE

De tous les établissements dus à l'action bienfaisante du christianisme, le plus célèbre en Allemagne fut incontestablement l'abbaye de Fulde. Ici l'œuvre monastique eut tout à faire, et elle créa des merveilles. Ici, plus qu'ailleurs, les bienfaits les plus signalés ont eu pour récompense la plus noire ingratitude. Quand des fils rebelles se laissèrent entraîner à une révolte ouverte, ils ne se contentèrent pas de dépouiller leur mère, ils la calomnièrent. Mais les hommes ont beau faire, la victoire définitive ne reste pas au mensonge : tôt ou tard la vérité triomphe. La Providence est patiente; les siècles lui appartiennent.

Fulde fut pour l'Allemagne un centre de vertu, de piété, de science : ce fut, pour ce vaste pays, le foyer et comme l'initiateur de la vraie civilisation. De même que les noms si connus du Mont-Gassin, de Gluny, de Cîteaux, celui de Fulde resta justement célèbre. Pendant de longs siècles, des saints, des évoques, des missionnaires, des savants, des littérateurs se formèrent

à l'ombre de ses cloîtres. De là partirent ces conquérants pacifiques qui préparèrent et assurèrent à la Germanie chrétienne de si magnifiques destinées. Défrichées et cultivées par les moines, les sombres forêts firent place à des champs fertiles, et offrirent de riches moissons à des populations pauvres et à demi sauvages. Mais, en arrosant de leurs sueurs le sol dont ils faisaient la conquête sur le désert, ils jetaient en même temps dans les consciences la semence de TÉvangile. A l'abri des murailles de leurs pieuses retraites se groupèrent d'abord quelques familles, et naquirent ensuite ces cités maintenant si florissantes : plusieurs portent un nom qui indique clairement leur origine monastique.

Saint Boniface, archevêque de Mayence et apôtre de l'Allemagne, fut le principal fondateur de l'abbaye de Fulde. En parlant de ce monastère , il écrivait en 751 : (a J'ai légitimement conquis ce lieu, et je l'ai consacré au Sauveur du monde. 3> Les écrivains de l'Allemagne moderne sont forcés de reconnaître l'influence prodigieuse que cette maison exerça dans leur pays. « Le ton réfléchi et historique, dit Léo, donné par l'école de Fulde, a formé notre caractère national. » (( En un mot, ajoute le même auteur, tout ce qui a été fait de durable en Allemagne, sous le rapport ecclésiastique, politique et spirituel, repose sur le fondement établi par Boniface; Boniface dont le tombeau H Fulde devrait nous être plus sacré et plus cher que ceux des patriarches aux Israélites '. y>

• Orf'gities et Dcsh'iiées du pniple et de V empire allemand , 1854.

Pour assurer à l'empire de Jésus-Christ ces belles contrées de la Germanie, jusque-là si délaissées, saint Boniface avait demandé des collaborateurs aux monastères de l'Irlande et de la Grande-Bretagne. Une colonie de savants et zélés religieux avait répondu à son appel. Parmi ces premiers ouvriers évangéliques nous devons nommer Wigbert et Burchard de Wurtzbourg. Saint Sturme était destiné spécialement à former les moines de la Germanie; sainte Liobe, envoyée par Tabbesse de Wimborn, eut pour mission de donner aux filles des Germains les premières leçons de la perfection chrétienne. C'était donc un double courant de sainteté qui allait s'établir à la fois et emporter l'élite des âmes vers les chastes régions de la vie cénobitique. A sainte Liobe échut le gouvernement du monastère de Bischofshelm *, où, comme une fleur bénie du ciel, grandit et répandit de tous côtés un parfum céleste sainte Walburge, la thaumaturge d'Eichstaedt, dont le tombeau fut depuis glorifié par tant de miracles. « Dieu a voulu, dit A.- F. Ozanam, qu'il y eût des femmes auprès de tous les berceaux. y>

Sturme d'abord se retira, avec quelques compagnons, dans le désert d'Hersfeld; mais les insultes des Saxons, et les dangers auxquels leur vie était chaque jour exposée, les forcèrent de chercher un asile plus sûr. Docile aux avertissements de la Providence et aux ordres de son maître saint Boniface, Sturme, monté sur son âne, s'en va, seul, errant pendant plusieurs jours à travers les forêts du pays, chantant des psaumes

1 Littéralement maison fie l'eWque.

et priant Dieu de lui montrer un lieu convenable à la fondation d'un monastère. Sturme, en cette circonstance, fut un modèle de simplicité et de confiance en Dieu. Le soir, il s'arrêtait à l'endroit où la nuit le surprenait. Il traçait sur son front le signe de la croix, pour se garantir des attaques des bêtes féroces. Afin de protéger son humble et pacifique monture, il l'entourait d'une haie de branchages. Dieu veilla sur les jours de son fidèle serviteur. Un jour, au sein d'une immense forêt et d'une solitude profonde, il tombe au milieu d'une troupe de Saxons. Accoutumés à ne rien respecter, ces hommes pouvaient lui ôter la vie : ils se contentèrent de se moquer de lui, sans lui faire aucun mal. Le moine intrépide touchait au terme de ses explorations; la Providence le conduisit, comme par la main , vers le site qu'il cherchait. Il trouva un endroit merveilleusement disposé pour le dessein qu'il avait en vue. Ce désert alors n'avait pas de nom : on lui donna celui de Fulde, du nom de la rivière qui l'arrosait. Il ne pouvait être mieux choisi , étant situé entre la Franconie, la Hesse et la Thuringe, principal théâtre des prédications de saint Boniface. Aussi l'apôtre de l'Allemagne, dès le premier moment, prit-il ce lieu en affection singulière, et le choisit-il pour être l'emplacement de son tombeau.

Quand les bâtiments furent achevés, saint Sturme alla au Mont-Cassin , s'instruire de la règle de Saint- Benoît et des pratiques qu'on y observait. De retour, il s'appliqua à faire fleurir à Fulde, dans toute sa pureté, la discipline monastique. Depuis ce moment cette abbaye resta le modèle de l'ordre bénédictin en

Allemagne. Une autre gloire lui était réservée : Fulde devint la grande école du moyen âge. Raban Maur,

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