‹ Abbayes et monastèresChapitre 23 sur 52 · ABBAYE DE I U L D E · texte numérisé non relu

ABBAYE DE I U L D E

né à Mayence, et formé aux écoles de Tours par Alcuin, imprima aux études la plus vive impulsion. Jour et nuit il méditait les saintes Écritures; il puisa dans la connaissance approfondie de la parole de Dieu ce sentiment des choses célestes, ce parfum de piété, qui répandent sur ses écrits tant d'éclat, et leur com-

muniquent une si douce onction. Ses ouvrages firent les délices de ses contemporains; et comme les vérités religieuses demeurent toujours les mêmes, aujourd'hui, comme autrefois, on peut dire que c'est une mine où la piété la plus exigeante trouve toujours de véritables trésors. Le savant cardinal Baronius a dit de lui : € Raban brilla comme un astre éclatant; les écrits qu'il a laissés à la postérité doivent être comparés à autant de rayons de lumière qui attestent le génie élevé de leur auteur : l'Allemagne a raison d'être fière d'un tel maître. y> La réputation de Raban Maur resta longtemps populaire et sans rivale. Pour vanter la vaste science d'un homme célèbre, on disait : c II est docte comme Raban : doctus ul Rabattus. > D'abbé de Fulde, il fut élu archevêque de Mayence, en 847. Il se distingua plus encore par sa bonté que par sa science dans le gouvernement de son vaste diocèse. Durant une famine qui sévit en 850, il déploya toutes les vertus d'un bon pasteur; chaque jour il nourrissait cinq cents pauvres, et il se réservait à peine une petite partie de ses revenus pour subvenir à ses propres besoins. Il fut l'âme de deux conciles qui se célébrèrent, l'un à Mayence, en 852, l'autre à Francfort, l'année suivante, et qui eut un grand retentissement. 11 mourut en odeur de sainteté à Winfeld, à l'âge de soixante-huit ans, en 856. Ses œuvres ont été recueillies et publiées souvent \ Quoiqu elles aient perdu de leur importance, à cause des travaux scientifiques exécutés depuis, on les consulte toujours avec fruit. Ce qui

> Voy. Patrolofjie latine, loin. CVU-CXU. six volumes in-^i**.

sera un éternel titre de gloire pour Raban Maur, comme pour son maître Alcuin et l'école de Tours, c'est qu'il put se rendre, vers la fin de sa vie, ce consolant témoignage : <r Je crois, dit-il, que, par la grâce de Dieu, j'ai constamment défendu la foi catholique dans tous ses points; je n'ai rien avancé qui fût de mon invention *. » Ces belles paroles, dignes d'un évêque, dignes d'un philosophe chrétien, devraient être méditées par ces pseudo- philosophes, si nombreux aujourd'hui de l'autre côté du Rhin. Fiers de leurs vaines théories fondées sur une fausse science, ils enseignent les erreurs les plus étranges. Plaise au Ciel que sur une terre jadis illustrée par tant de labeurs sérieux et de la plus haute valeur scientifique, dans le sentiment de leur faiblesse, ils s'écrient comme Raban Maur : « Aussi longtemps que je serai dans ce corps mortel, guidez-moi, Seigneur, dans le droit sentier de la foi catholique M 3>

Raban Maur eut à Fulde des successeurs qui prirent soin d'y entretenir la régularité et l'amour des belles-lettres. Les beaux-arts y étaient également cultivés. Nous citerons seulement en preuve le nom de Sigheard, habile architecte, qui bâtit un pont de plus de soixante mètres sur la rivière de Fulde, entreprise gigantesque et hérissée de difficultés, à une époque surtout où l'on n'avait pas résolu, comme on l'a fait depuis, tant de problèmes compliqués dans la construction des voûtes.

ï De Insh'tutione clevicorum Epist. ad avchiep. Mogunl, 2 Prologus ad lib. de sancta Cruce.

Le xie siècle fut témoin de graves désordres : la politique en fut cause. Les abbés de Fulde, dont la juridiction s'étendait sur un vaste territoire, furent entraînés par les circonstances, et comme malgré eux, à se prononcer dans les différends qui troublèrent l'Allemagne au sujet de la succession à l'Empire. A l'occasion de ces désordres, le relâchement s'introduisit peu à peu dans le monastère. Pour parer aux dangers extérieurs, que les malheurs du temps multipliaient chaque jour, l'abbé Marquard fit entourer de murailles fortifiées le bourg de Fulde, et en fit une ville en 1150. Mais, pour éviter les dangers du dehors, il ne sut pas prévenir les périls intérieurs. En 1331, en effet, les bourgeois, oubliant ou méconnaissant que les abbés étaient les fondateurs et les bienfaiteurs de la ville, se révoltèrent ouvertement contre leur autorité. Ils portèrent si loin l'esprit d'insubordination que,' s'étant rendus maîtres de la citadelle, ils la démolirent, s'emparèrent des bâtiments de Tabbaye, ruinèrent les lieux réguliers, pillèrent Téglise et la maison, s'emparèrent des meubles et enlevèrent tout ce qu'il y avait de précieux. Les mutins, dans l'ivresse de leur victoire, se laissèrent entraîner aux plus déplorables excès. II en est ordinairement ainsi dans les émotions populaires. Les moines de Fulde furent obligés de céder à la force; pouvaient-ils laisser impunis tant d'actes de brutale violence? Leur abbé, Henri de Hombourg, porta ses plaintes à l'empereur Henri VII. Ce prince, jaloux du pouvoir, apprit avec colère ce qui venait d'arriver à Fulde. II ordonna à l'archevêque de Trêves de prendre les mesures nécessaires pour réduire les

rebelles à la raison. Douze des plus coupables furent condamnés à mort, et douze autres furent condamnés à Texil. En 1525, des désordres plus violents encore éclatèrent et ensanglantèrent les campagnes.

Ces emportements doivent être considérés comme le prélude des horreurs qui se commirent à l'époque de la prétendue réformation. Ce n'est point ici le lieu d'en retracer le triste tableau. Disons seulement que les monastères eurent le plus à souffrir, jusqu'à ce qu'ils fussent détruits par l'orage. Au nom de la liberté chrétienne, les paysans, réunis en bandes nombreuses, pillaient, incendiaient, assassinaient. Ces fanatiques avaient brisé les portes des prisons et grossi leurs rangs d'une foule de scélérats. Ils avaient réussi à la fin à former une armée de 40,000 hommes. Le mal s'accrut alors d'une manière effroyable. De tous côtés on fut obligé de recourir aux armes : la terreur était universelle. Mais leur audace causa leur perte; ils furent écrasés à la bataille de Frankenhausen, en 1525. Quelques-uns des principaux chefs, faits prisonniers, montèrent sur l'échafaud, où ils subirent le juste châtiment de leurs forfaits.

L'Allemagne, comme la France et la Grande-Bretagne, trouva jadis, et conserva à travers le moyen âge, comme source principale de sa prospérité, tous ces vieux monastères, dont les débris jonchent le sol. Chacun de ces établissements a son rôle dans l'histoire de la civilisation en Germanie : Fulde, Aldenberg, Saint- Emmeran de Ratisbonne, Reichenau, Prum, Salzbourg, Kempten, Lanckeim, Marienthal, Marienwald , Weissembourg, etc. Nous aurions désiré.

si cela nous eût été possible, saluer, au moins, d'un regard reconnaissant tant d'illustres asiles de la piété, de la science, de la pénitence, du travail, du zèle apostolique et de toutes les vertus chrétiennes. Ces cloîtres, jadis animés par une population d'élite, sont aujourd'hui silencieux et déserts. Mais, pour la consolation des cœurs catholiques, ils resteront, jusqu'à la fin des temps, surmontés d'une auréole glorieuse.

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