‹ Abbayes et monastèresChapitre 29 sur 52 · VÉZELAY. — LA CIIARITÉ-SUR-LOIRE SAINT-ÉTIENNE DE NEVERS · texte numérisé non relu

VÉZELAY. — LA CIIARITÉ-SUR-LOIRE SAINT-ÉTIENNE DE NEVERS

Il y a quelques années, je visitais la magnifique église de Vézelay, la plus belle peut-être de la riche province de Bourgogne, en compagnie d'un savant ecclésiastique de Nevers. Dans mes pérégrinations archéologiques, je dois en convenir, j'ai rarement éprouvé autant de plaisir que dans ce voyage, où se trouvaient unis les pieux sentiments d'un pèlerinage, de curieuses observations scientifiques , les études artistiques les plus variées, le charme des perspectives les plus pittoresques, à travers des contrées fertiles et cultivées. Bâtie en amphithéâtre sur une éminence assez élevée, la petite ville de Vézelay domine un pays étendu. Les maisons s'étagent sur les flancs de la colline dans un désordre qui n'est pas dépourvu de charme. Les derniers débris de vieilles fortifications du moyen âge forment comme l'encadrement du tableau. Au sommet, et presque dans la région des nuages, l'antique église abbatiale protège toujours, à la suite des révolutions,

les habitations groupées à ses pieds, et couvre de son ombre les campagnes environnantes. Durant de longs siècles, Vézelay, avec sa vieille abbaye, passa pour une place imprenable. La nature avait beaucoup fait pour rendre inutile toute tentative des ennemis; l'art en avait rendu les abords difficiles; la religion y avait ajouté sa sauvegarde toujours respectée.

Le voyageur le plus indifférent ne saurait voir sans émotion ce théâtre des plus entraînantes prédications de saint Bernard. Là, en effet, se décidèrent les plus graves résolutions relatives à la seconde croisade. Le roi Louis VII avait convoqué à Vézelay un grand parlement pour la fête de Pâques de Tannée 1146. On devait y agiter la question de la croisade. Suger, l'intelligent ministre du roi de France, n'était pas favorable à cette expédition d'outre- mer : les renseignements venus d'Orient le rendaient circonspect. Mais l'éloquence de saint Bernard l'emporta. L'abbé de Clairvaux avait reçu ordre du pape de prêcher la guerre sainte. Qu'on se figure à Vézelay, se pressant autour du trône du prince français, des milliers de chevaliers en armes; des flots de peuple inondent la campagne : l'enthousiasme se propage comme le feu au milieu de matières inflammables. Saint Bernard parait, et, aux accents de cette parole véhémente, rien ne résiste. Les chevaliers portent la main à leur épée, et jurent de venger les injures du Christ et du peuple chrétien. Tous font vœu de verser leur sang, s'il le faut, pour la sainte cause de la religion. On avait préparé d'avance une quantité considérable de croix d'étoffe blanche. Toutes étaient enlevées, et l'orateur n'avait pas

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cessé de parler. Chacun se faisait attacher sur l'épaule ou à la poitrine cette marque d'un engagement sacré. Afin de satisfaire une ardeur qui ne pouvait souflFrir le moindre délai , le saint abbé de Clairvaux fut obligé de mettre ses habits en lambeaux. Jamais on ne vit pareil empressement; à la suite de cette prédication, les femmes arrêtaient, enfermaient même leurs maris, pour les empêcher de subir l'ascendant du prédicateur de la croisade. Avec le roi se croisèrent la reine Éléonore, son épouse; Robert, comte de Dreux, son frère; les comtes de Toulouse, de Champagne, de Soissons, de Ne vers, et une foule de seigneurs. Parmi les prélats on compta Geoffroi de Langres, Simon de Noyon, Arnoul de Lisieux.

L'expédition s'ouvrait sous les plus heureux auspices. Un moment on songea à placer saint Bernard à la tête des armées. Avec ce tact qui caractérise les actes importants de sa vie, saint Bernard refusa, comprenant que sa robe de moine ferait triste figure au milieu des cottes de mailles de ces guerriers plus courageux que disciplinés. Il eut raison. L'avenir ne tarda pas à montrer qu'il ne suffit pas des vertus guerrières, mais qu'il faut les vertus chrétiennes, portées jusqu'à l'héroïsme, pour assurer le succès des plus saintes entreprises.

L'histoire nous l'a suffisamment appris, la première croisade, malgré les désastres qui l'accompagnèrent, produisit d'importants résultats; elle prépara, en outre, un état* de choses qui causa une véritable révolution en France. Lors de la seconde expédition, les mœurs asiatiques, molles et relâchées, exercèrent malheureu-

sèment une funeste influence sur les soldats de la croix. La licence avait pénétré partout; les rudes guerriers de l'Occident se trouvèrent mal préparés pour résister à ces influences pernicieuses. Pour comble d'infortune, la reine Éléonore, femme imprudente, se trouva bientôt en butte aux plus fâcheuses attaques; sa réputation succomba : le roi, son époux, dissimula; mais dès ce moment il prit la résolution de la répudier, résolution qu'il réalisa à son retour en France, et qui eut pour notre pays de si funestes conséquences. La seconde croisade, on le sait, ne fut pas heureuse. Le roi Louis le Jeune rentra en France avec Vhonneur. L'expérience qu'il venait de faire lui enleva à tout jamais la pensée de revoir l'Orient.

Revenons à Vézelay. L'abbaye fut fondée en 821 par Gérard dé Roussillon, comte de Nivernais, et par Berthe sa fille. Ce fut dans l'origine un monastère de femmes; mais les religieuses qui occupaient celte maison ayant été dispersées par le malheur des temps, le pape Jean VII, venant au concile de Troyes, les remplaça par des moines de l'ordre de Saint-Benoît. Ce fait se passait vers l'an 879, époque à laquelle eut lieu, à ce qu'on prétend, la translation des reliques ou d'une portion des reliques de sainte Marie Madeleine, patronne de l'église. En 1538, les religieux furent sécularisés sous le règne de François ler, et formèrent un chapitre qui subsista jusqu'à 1790.

L'église de Vézelay est un des plus vastes monuments d'architecture monastique en France, et une des œuvres incontestablement les plus remarquables du moyen âge. L'édifice a été restauré récemment aux

frais de l'État. Les caractères de la construction sont assez saillants pour qu'il soit possible de reconnaître l'âge des parties principales. Le porche , grand comme une église, et d'une structure digne d'attention, la nef et la crypte, furent bâtis durant la première moitié du xie siècle. Le portique des catéchumènes, le chœur et la salle capitulaire, où l'ornementation byzantine a déployé le plus grand luxe, où l'ogive s'unit au plein cintre, semblent dater du commencement du xiiie siècle. Un incendie dévora le chœur en 1165, comme nous l'apprend un chroniqueur. De grands travaux furent entrepris à la suite de ce désastre ^

L'église de Vézelay est remarquable non-seulement par l'ampleur de ses dimensions, mais encore par la richesse de sa décoration. Nous avons vu que le souvenir d'un comte de Nevers s'y rattache d'une manière assez glorieuse; il en est de môme d'un édifice. Saint -Etienne, qui, après la cathédrale, fait l'ornement de la ville de Nevers. Saint -Etienne remonte presque à l'origine de la vieille capitale du Nivernais, Cette église, selon la tradition, fut fondée par saint

> Dimensions do réjjlise Sainte-Madeleine de Vézelay : Longueur depuis le portail jusqu'à Fabside, hors

œuvre 123 ni. 40 c.

Longueur du chœur 3o

Largeur des trois nefs réunies 26 10

Largeur de la nef principale 7 50

Longueur des transsepts 29 45

Hauteur de la nef (partie ancienne) sous clef. . 17 95

Hauteur de la nef 'deuxième partie). voiUe ogivale. 20 80

Hauteur des bas côtés 7 50

Hauteur du portique des catéchumènes. ... 19 43

Hauteur du chœur 21 iO

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