LAS HUBLGAS DE BURGOS
ces deux traits, qui ne reconnaîtrait l'empreinte des luttes gigantesques d'une population éminemment catholique, défendant avec un courage indomptable sa foi et sa patrie contre l'invasion et le fanatisme d'une race ennemie du nom chrétien? Grâce à Dieu, les disciples de Mahomet ne pouvaient triompher des disciples de l'Évangile! Le peuple fidèle de l'Espagne
devait enfin refouler sur les rivages de l'Afrique les grossiers sectateurs du Coran.
Dès l'origine, le monastère de Las Huelgas, soumis aux règles austères de Cîteaux, fut comblé de faveurs et de donations de toute espèce. C'était la récompense terrestre que Dieu ne refuse pas toujours à ses serviteurs. L'abbesse étendit sa juridiction sur plus de cinquante villages, et obtint pour sa communauté de nombreux privilèges dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel. Elle-même avait le titre de princesse palatine : souvent, il est vrai, elle fut choisie parmi les religieuses issues des plus nobles familles et même du sang royal. Dans les pièces les plus anciennes elle se qualifie abbesse par la grâce de Dieu; son abbaye était exempte de la juridiction de l'Ordinaire, dépendant immédiatement d.u saint-siége. Ces prérogatives, il faut en convenir, étaient bien méritées. Ceux-là seulement peuvent s'en étonner, qui ignorent la force d'âme que ces saintes femmes eurent à déployer cent fois dans les conjonctures les plus critiques. La protection directe du souverain pontife, d'ailleurs, sur les maisons religieuses était à la fois, en ces temps périlleux, une récompense et un encouragement, récompense du dévouement, encouragement au martyre.
Nous n'avons pas à donner ici une description détaillée de l'église et des cloîtres. Nous dirons seulement qu'un des cloîtres, la Clatistrillay faisait partie du palais du fondateur. On y trouve quelque ressemblance avec le vieux cloître d'Amalfi, au royaume de Naples, où toutes les arcades sont à plein cintre, et appartien-
nent à ce type à la fois simple et élégant de Tarchitecture normande. Le chœur des religieuses renferme le tombeau du fondateur et de la fondatrice, et de nombreuses tombes des anciens rois. Ici saint Ferdinand, né en 1200, ceignit la couronne de Castille, par suite de Tabdication volontaire de la reine Bérengère, sa mère, en 1217, et la couronne de Léon par la mort de son père, survenue en 1230. Ce prince avait commencé à guerroyer contre les infidèles dès Tannée 1225. Son règne fut signalé par de nombreux et magnifiques succès contre les Maures : il prit les villes de Baeza, Useda, Cordoue et Séville. Ce prince était neveu de la reine de France Blanche de Castille, mère de saint Louis. Il occupe à plus d'un titre une place glorieuse dans l'histoire d'Espagne. Pendant que les murs de la cathédrale de Burgos s'élevaient, Ferdinand poursuivait le cours de ses exploits contre les Maures. Cordoue tomba en son pouvoir en 1236. Jadis le calife Almanzor avait fait porter à Cordoue, sur les épaules des chrétiens, les cloches de Compostelle; par une juste vengeance, le vainqueur les fit reporter en Galice sur les épaules des Arabes. Persuadé que la vraie grandeur ne consiste pas à gagner des batailles, mais à gouverner sagement les peuples, le monarque espagnol rédigea un code de lois, étabUt des règlements utiles, s'appliqua à déraciner les abus, et, en plus d'une occasion, humilia les grands qui tyrannisaient les petits ^ d Saint Ferdinand mourut en 1252. Son fils, Alphonse X ou le Sage, fut également cou-
• Voy. Les plus belles Eglises du inonde, p. 475.
ronné dans l'église Notre -Dame -la -Royale. Mais ce monarque paraît avoir été plus savant qu'habile. Élu empereur d'Allemagne en 1257, il ne sut pas profiter de sa fortune. Non-seulement il perdit toute influence sur les affaires de l'Europe, il faillit même perdre sa propre couronne : il mourut de chagrin en 1284. On lui prête un propos inconsidéré qui, s'il est vrai, montrerait en lui un homme enflé d'un vain savoir, un faux savant. « Si j'avais été du conseil de Dieu au temps de la création, aurait-il dit, je lui aurais donné de bons avis sur le mouvement des astres. > Alphonse X fut enseveli dans la cathédrale de Séville, ainsi que la reine Béatrix, sa femme.