SAINT BENOIT. — SAINTE- SCHOLASTIQUE. — SUBIACO LE MONT CASSIN
En 480, naquit à Nursie, dans le duché de Spolette, un enfant de bénédiction , comme son nom même l'indique, Benoit, BenedictiLS, que Dieu avait prédestiné à devenir le patriarche des moines de l'Occident La famille bénédictine devait un jour, en efifet, couvrir l'Europe entière, et exercer dans le monde une influence extraordinaire. De son sein sortirent des papes, des évêques, des abbés illustres. Dans ses écoles se formèrent des hommes éminents, dont les noms resteront à jamais synonymes du progrès moral, littéraire et scientifique. Plus qu'aucun autre ordre religieux, l'institut de saint Benoît a rendu d'éminents services à l'Église et à la société. Telle est, d'ailleurs, sa nature vivace, qu'aujourd'hui même, après tant de siècles écoulés, après tant de révolutions qui ont changé la face du monde, il répond encore à toutes les conditions de sa fondation.
Dès sa première enfance, Benoît fut conduit à Rome, pour y recevoir une éducation convenable à sa naissance et aux espérances de ses parents. Ses progrès aux écoles publiques furent rapides. Tout en lui faisait présager un digne représentant de la gens Anicia, à laquelle il appartenait. Mais bientôt son âme délicate se trouva blessée au spectacle de la dépravation générale. A peine échappés à l'enfance, ses compagnons d'étude se laissaient entraîner à un libertinage effréné. Révolté à l'aspect d'une corruption qui lui semblait la continuation des dissolutions païennes, il renonça aux études et s'éloigna de ses condisciples. U résolut enfin de mettre sa conscience à l'abri de tant de dangers et de fuir jusqu'à l'aspect des séductions. Prévenu des grâces d'en haut, son cœur, comme la sensitive, frissonnait et s,e repliait sur lui-même au moindre contact.
Il avait seize ans quand il quitta Rome et prit le chemin de la solitude. Il se dirigea vers les montagnes du vieux Latium, et s'enfonça sans hésiter dans le désert de Subiaco, à environ soixante kilomètres de Rome. Cette retraite ne manque pas d'un certain charme mélancolique, et des artistes de nos jours y trouvent des perspectives pittoresques pour leurs tableaux. Les eaux recueillies au milieu des rochers, comme dans une coupe gigantesque, forment un lac, d'où s'échappe l'Anio, dont les cascades et les cascatelles à Tivoli sont connues de tous les voyageurs. Caché dans une grotte obscure, le jeune solitaire, loin des rumeurs de la ville, passait les jours et les nuits dans les prières et la méditation. U goûtait une paix profonde;
rien n'y pouvait troubler la sérénité de son âme. Un souvenir cependant se dressait parfois dans son imagination comme un fantôme qu'il ne pouvait dissiper. Quand il était absorbé dans ses pieuses contemplations, soudain la vision revenait plus brillante et plus séduisante. C'était l'image d'une jeune fille qu'il avait connue à Rome. Le démon de la volupté lui suggérait mille tentations importunes. Un jour, pressé plus vivement que jamais par les ardeurs d'une passion déréglée, il se roula au milieu des épines, jusqu'à ce que la douleur eût entièrement amorti tout autre sentiment. Dieu le récompensa de cette action héroïque. A partir de ce jour, il n'éprouva plus jamais aucun mouvement désordonné. Il n'en demeura pas moins attentif et vigilant sur lui-même. Saint François d'Assise, visitant Subiaco en 1223, se mit à genoux devant le buisson d'épines jadis ensanglanté par la lutte et la victoire du pieux anachorète. Il versa quelques larmes sur ce champ de bataille où avait été remporté un des plus difficiles triomphes. Il planta ensuite, au lieu de ronces, des rosiers qui fleurissent encore aujourd'hui. La réputation de sainteté de Benoît ne tarda pas à se répandre de tous côtés. Des moines du voisinage désirèrent le prendre pour abbé. Le saint reclus y consentit avec une extrême répugnance. Il savait que les religieux de Vicovare vivaient dans un extrême relâchement, et que la plupart même ne conservaient du religieux que l'habit. Benoît, dès son arrivée parmi eux, n'eut rien de plus à cœur que de les rappeler à la dignité de leur vocation. Mais ces hommes indisciplinés trouvèrent trop lourd le joug de la réforme. Du
mécontentement ils passèrent vite aux murmures; des plaintes ils se laissèrent aller à des regrets coupables; il^ glissèrent bientôt dans l'abîme. Quelques-uns d'entre eux tramèrent l'affreux complot de se défaire de leur abbé en l'empoisonnant. Ils lui présentèrent donc une coupe de vin mêlé de poison. Suivant son habitude, Benoît ayant fait un signe de croix au-dessus, le vase se rompit aussitôt. Le serviteur de Dieu connut ainsi les desseins perfides formés contre sa vie. S'étant levé de table, il assembla aussitôt les religieux, et leur dit avec un visage serein et d'un ton plein de douceur <r qu'il priait Dieu de leur pardonner leur criminelle entreprise, et qu'ils pouvaient se choisir un autre supérieur, attendu que leur manière de vivre différait trop de celle qu'il avait adoptée. y> Ayant prononcé ces mots, il se retira, et revint dans sa chère solitude.
Subiaco est situé au milieu des montagnes * ; le voyageur qui s'y rend se repose agréablement vers le milieu de sa route, en traversant les frais vallons de Tivoli, l'ancien Tibur, et en suivant le cours sinueux de l'Anio. Il peut alors, s'il est artiste ou poète, rêver chemin faisant, et méditer en paix au bruit joyeux des cascades et des cascatelles. Après quelques heures de marche, il arrive enfin à la petite ville de Subiaco, où il contemple un bel arc de triomphe érigé en l'honneur de Pie VII, de douce et sainte mémoire. En sortant de la ville, il rencontre à la distance d'un mille le couvent de Sainte-Scholastique, siège du noviciat des
1 Voy. Fleurs mon,, p. 56.
itO ABBAYES ET MONASTÈRES
bénédictins et résidence de Tabbé. La position de ce premier couvent est singulièrement pittoresque. Un