CHAPITRE III
Le Syndicat
Fondation et Fonctionnement du Syndicat,
Lorsque se trouvent dans une ville des ouvriers d’une même corporation, il suffit de l’initiative d’un camarade intelligent pour tenter de réunir tous ces ouvriers. Après avoir, au préalable, tâté quelques-uns d’entre eux sur leurs idées, sur leurs récriminations, il lui est facile d’attirer et de réunir les autres sous un prétexte quelconque.
Sous forme de fête, concert, bal, banquet, causerie technique, rien de plus facile de les rassembler et de parler avec eux des intérêts de la corporation.
Inévitablement, quelques-uns des moins timides diront leurs griefs, montreront leurs rancœurs sur les mauvais traitements des exploiteurs, sur la modicité du salaire, la longueur de la journée de travail, le peu de loisirs, les vexations, etc., tandis que les autres appuieront de leurs assertions et s’exclameront : « Ah ! si l’on voulait s’entendre !... »
Le mot est alors lâché ! ,
C’est le moment de proposer la fondation du Syndicat.
En faisant appel aux plus courageux, aux plus sympathiques, on organise une réunion publique ou privée, suivant les circonstances et suivant les milieux.
i\près avoir, à cette réunion, montré les avantages et la puissance du Syndicat, après en avoir démontré la légalité et l’utilité ; on fait appel aux ouvriers de la corporation pour désigner publiquement ou secrètement le Comité provisoire du Syndicat, lequel désigne son secrétaire et son trésorier en se conformant à la loi de 1884.
Ceci fait, sous double copie, on fait parvenir au maire de la commune les noms des syndics, au nombre de sept, parmi lesquels le secrétaire et le trésorier, en demandant immédiatement un avis de réception, ou récépissé, qui ne peut être refusé.
Le Syndicat est fondé.
Le premier soin du Comité est de se réunir pour élaborer les Statuts du Syndicat et les soumettre aussitôt que possible à une Assemblée générale des ouvriers de la corporation convoqués spécialement... Sitôt les Statuts adoptés, on les envoie à l’impression et l’on en fait parvenir cinq exemplaires à la mairie de la commune. La mairie se charge de les adresser à la Préfecture et au Ministère. (Voir aux documents annexes les Statuts types de Syndicat, p.
Si l’Assemblée a ratifié son Comité, celui-ci — de provisoire qu’il était devient définitif pour la durée fixée par les Statuts.
A ce sujet, il ne faut pas craindre de dire aux ouvriers qu’ils doivent choisir
leurs syndics, leurs délégués de Syndicats parmi les plus actifs, les plus intelligents, les plus désintéressés, les plus dévoués d’entre eux.
Ce sont là les qualités à exiger des membres du Comité et de son Bureau.
Si, à ces qualités, peuvent se joindre encore la sympathie personnelle, la facilité de parole, l’esprit d’organisation chez les militants, le Syndicat est vraiment bien né. Il est viable, car il a dès lors, tout ce qu’il faut pour prospérer.
Cela ne signifie pas que les fonctionnaires du Syndicat doivent être et sont tout pour le Syndicat. Il faut éviter même qu’il en soit ainsi. Un individu ne doit pas personnifier le Syndicat qui est l’émanation de tous.
Les militants eux-mêmes voudront n’être pas pris pour des bergers, ce qui laisserait à penser que les autres sont des moutons.
Leurs qualités de militants en beaucoup de circonstances les mettront sans doute à la tête de leurs camarades, aux postes dangereux ; mais ils y seront poussés en avant par la masse des syndiqués qui les suivront de si près, qu'il leur serait, en cas de défaillance ou de remords, impossible de revenir en arrière.
C’est ainsi que doit se comprendre le rôle du syndicaliste militant.
Aussitôt le Comité nommé et le Bureau établi, il est d’urgence que celui-ci réclame la nomination d’une Commission de contrôle. Il n’y a pas là une question de susceptibilité à poser. C'est
une garantie pour tous et surtout pour ]es fonctionnaires du Syndicat et pou», le Comité.
Il ne faut pas non plus que le Syndicat soit un rouage bureaucratique annihilant toute initiative. Au contraire, il faut qu’il soit un stimulant, une coopération d’initiatives, un foyer d’action.
Selon ses ressources et l’urgence de la besogne, le Syndicat assurera l’existence d’un permanent. Mais le Syndicat prendra garde de ne pas créer une siné • cure à l’un de ses membres.
S’il s’agit simplement du placement syndical, sans autre travail d’activité et de propagande, plutôt que d’arracher de l’atelier un homme jeune, gagnant bien sa vie, il placera un brave camarade, trop âgé pour trouver du travail chez les patrons et lui allouera une indemnité équivalente à ses besoins, et supérieure, si possible, au salaire que lui donnerait un patron.
S’il est nécessaire qu’il y ait un militant en permanence, il faudra logiquement que ce soit le secrétaire du Syndicat s’il peut répondre au travail de propagande et d’organisation que comporte sa fonction, en outre de la paperasserie indispensable au secrétariat.
Si ce permanent militant syndicaliste prend son rôle à cœur, quelle que soit l’importance du Syndicat, il ne manquera pas de travail. En admettant qu’il tienne le placement syndical pendant
plusieurs heures, il aura besoin de trou ver du temps pour ses procès-verbaux, convocations et sa correspondance courante.
Il faut que le nombre des adhérents soit relativement fort et les cotisations assez importantes pour qu’un Syndicat puisse ainsi assurer l’existence d’un permanent et quelquefois le loyer d’une salle ou d’un bureau.
C’est pourquoi le secrétaire est presque toujours un camarade dévoué qui — trop souvent sans rétribution — passe plusieurs heures de sa nuit, après sa journée de travail, pour assurer le fonctionnement du Syndicat. Mais son dévouement est heureusement parfois contagieux. Alors, d’autres dévoués camarades se font un plaisir d’aider leur secrétaire dans sa besogne. Et tout marche très bien.
Ce ne sont pas les Statuts et les Règlements qui donnent de la vitalité, de la vigueur aux Syndicats, c’est la valeur, le dévouement et l’esprit de sacrifice de leurs militants; la solidarité et l’accord de tous leurs membres.
fc
Un des premiers soucis du secrétaire du nouveau Syndicat, sera de lier des relations avec les autres Syndicats de la localité ou de la région et de demander l’adhésion de son Syndicat à l’union locale, départementale v ou régionale existante, et d’en faire a niant pour la Fédération de métier ou d’industrie
à laquelle peut se rattacher son Syndicat.
Pour tous renseignements utiles à ce sujet, il écrira à la Confédération Générale du Travail (1) qui le renseignera selon ses besoins.
Au cas où il n’existerait pas d’Union locale de Syndicats, ni de Fédération auxquelles puisse se rattacher le Syndicat nouveau, le secrétaire pourra, malgré cela, demander son adhésion à la C. G. T. comme Syndicat isolé, s’il approuve les Statuts et les conditions d adhésion.
Il n’oubliera pas, en demandant des i enseignements, d’envoyer deux exemplaires des Statuts de son Syndicat en outre de tous les renseignements que lui-même donnera au secrétaire de la C. G. T. Il fera de même, en demandant son adhésion à l’Union locale, départementale ou régionale comme à la Fédération nationale d’industrie à laquelle peut se rattacher son Syndicat.
(1) 33, rue de la Gramre-aux-Belles, Paris-Xe Arrondissement.