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CHAPITRE IV

Fédéralisme

Unions locales ou Bourses du Travail.

Fédérations Nationales

de Métiers ou d’industries.

Internationalisme syndical.

La C. G. T.; ses deux sections.

Aussitôt que, dans une ville, se sont formés deux ou trois Syndicats, il est bien rare qu’il ne leur vienne pas à chacun l’idée de s’unir pour travailler, étudier, se loger, faire la propagande en commun. C’est l’éclosion de l’Union locale de Syndicats ou Bourse du Travail.

Cette dénomination de « Bourses du Travail » est restée pour désigner les Unions de Syndicats à cause de leur origine. Autrefois les Bourses du Travail seules réunissaient les Syndicats d’une localité. Par suite du développement syndical et des ennuis permanents des Bourses du Travail avec les municipalités, les Unions de Syndicats se sont substituées aux Bourses du Travail dans un but d’autonomie syndicale.

Il arrive fréquemment que les autorités communales, lorsqu’elles n’osent empêcher ce développement local de l’organisation ouvrière, paraissent sympathiques aux Syndicats et leur proposent de les aider par le don de subventions municipales ou d’un immeuble appelé « Bourse du Travail ». Ces largesses, intéressées pour ceux qui don-

nent, sont dangereuses pour l’indépendanee de ceux qui reçoivent.

Longtemps les travailleurs en ont profité. Mais, combien de Bourses du Travail subventionnées ont, de ce fail ; paralysé leur action syndicale en se mettant ainsi sous la dépendance de la générosité des élus ? Le meilleur est encore de se passer de tout secours étranger à l’organisation ouvrière pour rester libre.

Aujourd’hui, que le vent est à l’indépendance, grâce aux mesures de réaction prises par le gouvernement contre les Syndicats, les ouvriers essaient enfin d’édifier leurs Bourses du Travail par leurs propres sacrifices, avec leurs propres forces, et ils sauront éviter le piège législatif de déviation syndicale révolutionnaire où ils tomberaient en renriani leur Syndicat ou leur Union de Syir cats possesseur d’immeuble (1).

Au sens propre du mot, la Bourse du Travail n’est rien autre chose qu’un im-

(1) Au IXe Congrès des Bourses du Travail de France, qui se tint à Nice en 1901, la question d'indépendance des Bourses fut sérieusement envisagée. L'année suivante. à Alger, la même question fut l’objet d’intéressants rapports. Tout cela ne fut que des mots pour celles des Bourses du Travail qui ne surent pas tenir compte des vœux émis en faveur de tels ou tels moyens. Aujourd’hui, peut-être, elles regrettent leur apathie.

Disons de suite que parmi tous les moyens proposés, celui qui nous parait le plus sêr. le plus facile et le meilleur est celui de la Coopération de consommation, telle que nous l avons exposée dans notre rapport au Congrès de Nice et que nous résumons comme suit : Tous les syndiqués d'une localité ou adhérents à la Bourse du Travail édifient une Coopérative syndicale de Consommation. Les bénéfices en grande part, au lieu detre attribués «à chaque adhérent au prorata de sa consommation, sont versés dans une caisse spéciale et attribués à l'achat ou à l'amortissement de l’immeuble de là Coopérative qui devient ainsi une Maisçn du

meuble. C’est l’Union locale qu’elle abrite qui est tout dans l’organisation ouvrière. C’est donc l’Union locale qui adhère à la C. G. 1 T. (Section des Bourses).

Cependant, à titre de document, nous donnons les Statuts types de Bourse du Travail. (Voir documents annexes, p.

L’Union locale, nous l’avons dit, rassemble tous les Syndicats de la localité, les unit et leur permet d’échanger leurs vues sur les questions d’un intérêt plus général, d’une solidarité plus étendue, d’une propagande moins restreinte.

Tout y dépasse les questions strictement corporatives. Ce n’est plus les menuisiers ou les typographes qui se réunissent pour discuter « rabot » ou « composteur», «portes en bois» ou «pages

Peuple en accueillant chez elle la Bourse du Travail ou Union locale de Syndicats.Ce sont donc les Syndicats qui sont dans la Coopérative, les syndiqués qui sont chez les coopéra leurs; mais, syndiqués et coopérateurs sont les mêmes individus, bien que les deux organisations restent distinctes et autonomes. Modestement, on peut prétendre à un immeuble répondant à l'importance de la localité ouvrière qui veut s’affranchir de toute tutelle. Cet immeuble aurait, pour la Coopérative, le sous-sol et le rez-de-chaussée il aurait pour les deux organisations le premier étage et pour les Syndicats le second étage. Au sous-sol : caves et magasins; au premier étage : grande salle, bibliothèque; au second étage : bureaux de Syndicats, salles de Commissions et de Cours professionnels. Disons plus encore : la grande salle pourrait servir tous les jours d ecole aux enfants des ouvriers, puisque en dehors des époques de grève, cette salle ne servirait pas aux ouvriers. Ce serait l’idéal de pouvoir donner à nos enfants un enseignement vraiment libre, dans une école réellement libre. Quel beau début pour former une génération d’hommes conscients, affranchis des dogmes de l'Etat comme de ceux de l’Église.

en italiques », « prix de l’heure » ou du « travail aux pièces ». Mais, c’est la délégation de chaque Syndicat, c’est-àdire la représentation de tous les ouvriers de l’endroit, se mettant d’accord pour envisager la façon de soutenir telle corporation en grève, de concevoir telle entreprise de propagande et même de conjecturer sur l’organisation future de la production basée sur les besoins de la consommation.

L’Union locale organise des fêtes, des conférences dans le local commun, s’il s’y trouve une grande salle et installe les cours professionnels des différentes corporations. On y lutte contre l’alcoolisme; on y meuble une bibliothèque.

Le Bureau de l’Union est un Bureau de renseignements sur la prud’homie, les accidents du travail, etc., etc. Il peut devenir à des heures déterminées un cabinet de consultations médicales et juridiques à la disposition des ouvriers, syndiqués ou non.

On comprend facilement l’avantage matériel (pécuniaire) et l’avantage moral (éducation) qui résultent pour tous , de ce local commun.

Et l’on comprend aussi quelle satisfaction doivent éprouver les militants si leur Union locale est chez elle et s’ils ne sont sous aucune tutelle municipale.

Lorsque le nouveau Syndicat est adhérent à son Union locale ou départementale, c’est-à-dire lorsqu’il a obéi à Tin-

térêt de solidarité qui devait l’unir aux Syndicats voisins de toutes corporations, il est aussi de son devoir et de son intérêt de s’unir nationalement à tous les Syndicats de la même corporation réunis dans la Fédération nationale de métiers ou d’industries.

Cette Fédération représente pour lui des intérêts corporatifs réels qu’il serait oiseux d’énumérer ici, chaque corporation ayant des questions spéciales et particulières n’intéressant qu’elles.

La Fédération nationale de métiers réunit tous les Syndicats du même métier comme les Syndicats de mécaniciens, dans la Fédération des Mécaniciens; comme les Syndicats de peintres, dans la Fédération des Peintres; comme le-* Syndicats de mouleurs, dans la Fédération des Mouleurs ; comme les Syndicats de Menuisiers, dans la Fédération des Menuisiers, etc., etc.

La Fédération nationale d’industries réunit tous les Syndicats de métallurgistes dans la Fédération des Métallurgistes; tous les Syndicat du bâtiment, dans la Fédération du Bâtiment ; tous les Syndicats ou sections du Livre, dans la Fédération du Livre; tous les Syndicats agricoles, dans la Fédération Agricole; tous les Syndicats de l’Alimentation, dans la Fédération de l’Alimentation.

Mais l’on comprendra aisément que la Fédération d’industries l’emporte sur la Fédération de métiers. Ceci tuera cela, nécessairement. Pourquoi ?

Parce que d’abord l’industrie aidée du machinisme s’est tellement simpli-

liée en se développant que les ouvriers de métier disparaissent de plus en plus pour faire place aux ouvriers d’industrie. Dans une usine, l’ouvrier parfait n’a bientôt plus sa place. Les ouvriers SGnt spécialisés. Les machines-outils sont à un tel point perfectionnées qu’elles suppléent à l’habileté de l’artisan indispensable autrefois. Ce qui se constate pour l’industrie métallurgique se constate également pour le travail des champs.

En un mot, à mesure que l’exploitation s’accroît et se simplifie dans une industrie, les catégories de métiers disparaissent.

Au point de vue corporatif, il est aussi bien plus logique pour un militant d’une petite ville de vouloir former, par exemple, un Syndicat du bâtiment composé des menuisiers, des charpentiers, des maçons, des peintres, des couvreurs, etc., que de vouloir former un.

Syndicat de 14 menuisiers, un autre de 15 charpentiers, un autre de 16 maçons, un autre de 12 peintres, un autre de 13 couvreurs-zingueurs. D’ailleurs, dans la corporation des maçons, par exemple, un ouvrier de province n’est pas que maçon, il est aussi plâtrier, tailleur de pierres; le peintre est décorateur, peintre de lettres, peintre en bâtiment, etc.

Enfin, au point de vue de la lutte, le succès d’une grève est plus certain si un nombre considérable s’en mêle, que si un nombre infime se soulève sans trop gêner la marche normale de la production d’une industrie.

Il serait absurde de voir aujourd’hui

autant de Syndicats que de corporations, pour toutes sortes tTautres raisons encore que les Congrès ouvriers ont longuement discutées. D’ailleurs, tranquillisons-nous, quels que puissent être les motifs intéressés ou d^amour-propre qu’ont certains militants syndicalistes à conserver le statu quo, à s’opposer à la fusion des Syndicats de métiers dans ceux d’industrie, et des Fédérations de métiers dans celles d’industries, la force des choses, les exigences de la lutte, l’éducation ouvrière et l’esprit corporatif moins étroit chez les syndiqués arriveront quand même, en peu de temps, au résultat logique : la suppression des Syndicats et des Fédérations de métiers au profit de la puissance et de la force des Fédérations d’industries.

Certains Syndicats sont des Syndicats internationaux parce qu’ils renferment beaucoup d’ouvriers de nationalités différentes. Tous les ouvriers sont frères, c’est bién entendu, et ce n’est pas seulement pour cela qu’est prise cette dénomination d’internationalisme, mais pour que les ouvriers du pays voisin appelés à travailler en France ne puissent pas en douter, on a trouvé nécessaire de l’indiquer par le titre même du Syndicat. C’est surtout dans les grands ports de France et dans les villes frontières que cette dénomination a sa raison d’être.

Au point de vue légal, la seule chose

à observer est de ne point mettre au Comité ou Conseil d’administration du Syndicat un ouvrier de nationalité étrangère. Cela ne l’empêche pas de travailler avec les camarades et de militer aussi bien qu’eux. Seulement, son nom ne peut figurer sur les papiers et documents signés au nom du Syndicat.

Les Fédérations de métiers ou d’industries sont presque toutes en relations avec les organisations étrangère?

du même métier ou de la même industrie. C’est un fait logique, utile, indispensable. Quelques Fédérations sont même instituées internationalement selon les exigences de l’industrie, telle la Fédération internationale des Diamantaires par exemple.

La C. G. T. elle-même est adhérente à un organisme international qui s’appelle : Secrétariat International, dont le siège est actuellement à Berlin.

A l’Internationale de l’exploitation correspond naturellement l’Internationale ouvrière des Syndicats.

Chaque Fédération nationale de métiers ou d’industries, est adhérente à la Confédération Générale du Travail par la Section des Fédérations.

Chaque Union locale ou départementale, ou régionale est également adhérente à la Confédération Générale da Travail par la Section des Bourses du Travail.

La Confédération Générale du Travail

est formée des deux sections ou du Comité de chacune des sections.

Chaque Fédération adhérente à la C* O, T. a son délégué et son délégué-adjoint pour la représenter au Comité des Fédérations.

Chaque Union locale ou Bourse du Travail désigne son délégué parmi les militants connus d’elle, habitant ou voisins du siège de la C. G. T. de façon qu’il puisse assister assidûment aux séances du Comité. Tous ces délégués d’Unions de Syndicats forment le Comité des Bourses ou Comité de la Section des Bourses. Ils peuvent chacun représenter au plus 3 organisations :

Fédérations ou Unions. Chaque délégué doit être un militant de son Syndicat.

Son Syndicat doit être confédéré. Le Comité de chaque section nomme son Bureau : secrétaire, secrétaire adjoint.

Le trésorier seul est élu par les deux Comités réunis.

Les deux Comités réunis forment le Comité confédéral ou la Confédération Générale du Travail.

Il est nécessaire de bien connaître les Statuts de la C. G. T. et de les avoir sérieusement discutés avant de les adopter et d’adhérer à la Confédération, dont le principe est :

Tendre à la suppression du Patronat ei du Salariat.

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