‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 17 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

11 est incontestable que les phénomènes locaux liés à l'évolution des abcès froids s'opèrent sans réaction appréciable ; le malade lui-même n'en est guère averti que par l'apparition d'une déformation visible, et par la découverte d'un gonflement anormal. Pourtant, dans quelques cas, un peu de gêne et même de légères douleurs éveillent son attention avant la constatation de la tumeur. C'est la nature latente de ce travail, qui a fait qualifier ces collections du nom de tumeurs froides, par opposition à celui d'abcès chauds qu'on ajustement réservé pour désigner exclusivement les foyers, dont l'apparition s'annonce par un cortège de phénomènes locaux et généraux plus ou moins intenses. Dans l'abcès froid, au contraire, cet appareil fait défaut, et s'il survient accidentellement, ce n'est qu'à titre de complication, et il ne prend aucune part à la formation ou au développement ultérieur de l'abcès. Nous avons vu quel était le mécanisme d'accroissement de la tumeur et comment elle se propageait aux parties voisines; il était alors intéressant de chercher si les phénomènes liés à ce travail se passaient véritablement dans un silence absolu et ne s'accompagnaient pas de changements dans la température locale. Thompson avait bien indiqué un certain degré de chaleur appréciable à la main dans quelques cas, mais il ne l'avait pas mesurée et comme il signale en même temps la coexistence de douleurs, il

est probable, il est certain même, qu'il n'avait cherché ces manifestations locales que pour montrer la nature inflammatoire de ces tumeurs .

La température des parties molles en regard de ces collections a été prise sur six sujets. On l'a relevée sur chacun d'eux plusieurs jours de suite, matin et soir; puis on a attendu quelque temps pour recommencer une nouvelle série d'expériences ; second temps d'arrêt, seconde reprise de ces recherches et ainsi de suite. La température locale sur la région symétrique du corps, la température générale du sujet ont été prises chaque fois concurremment. On trouvera dans les observations les résultats particuliers et nous ne pouvons indiquer ici que les points essentiels de ces résultats.

La température générale est augmentée de quelques dixièmes en moyenne; les sujets étant des enfants depuis cinq ans jusqu'à treize ans et demi, on trouve quelquefois comme données de la température générale du matin 37°,8, 37°, 7, plus ordinairement 37°, 4, 37°,5et jusqu'à 37°, 6. Nous ne l'avons jamais trouvée au-dessous de 37°, 3 et rarement à ce degré. On peut donc dire que la température générale du corps présente deux à trois dixièmes de degré d'augmentation sur l'état normal.

La température locale présente encore des résultats plus précis. On a toujours constaté une différence entre la partie affectée et la partie saine, et cette différence est accusée par deux, trois, quatre et cinq dixièmes en faveur de la région atteinte. Là où siège l'abcès, en un mot, on trouve une élévation de température appréciable, qui se traduit par une augmentation de quatre dixièmes d'après une moyenne des faits.

Ces températures ont été prises sur des régions occupées par des abcès tuberculeux indépendants, d'un certain volume, et par des abcès ossifluents loin de la source osseuse. Aucune différence ne m'a paru devoir être mentionnée dans les deux variétés d'abcès. Comme la marche et l'accroissement de ces abcès sont généralement des phénomènes lents et progressifs,

il devenait intéressant de connaître l'influence qu'une évolution plus rapide pouvait amener dans ces résultats. Pour y parvenir, nous avons fait la ponction simple de quelques-unes de ces collections, et nous avons attendu quelques jours pour ne pas mélanger les résultats dus au traumatisme lui-même avec ceux dus à l'activité de la paroi et à la réapparition du liquide. Comme tous les chirurgiens, nous avons remarqué que les ponctions simples, avec le trocart ordinaire, sont suivies d'une réaction générale légère ou plus intense qu'il importait de séparer de ce qui allait se passer localement du côté de la paroi. Voici un de ces résultats qui me paraît parler aux yeux plus sûrement que toute description.

Une jeune fille de treize ans et demi portait un vaste abcès fémoro-abdominal probablement symptomatique d'une lésion de l'os iliaque ; la collection fémorale était telle que j'en ai retiré le 9 juillet, par une ponction, plus de 300 grammes de liquide, dont l'analyse chimique a été faite. Cette collection n'était le siège d'aucun travail inflammatoire, elle était encore sousaponévrotique. Nous avons attendu six jours, c'est-à-dire jusqu'au 15 juillet, pour prendre la température locale. L'enfant n'avait accusé d'ailleurs aucun symptôme de réaction bien appréciable après la ponction.

Le 15 juillet, le liquide s'était déjà un peu reproduit et cette reproduction n'a fait que s'accroître les jours suivants, avec une telle rapidité, qu'il s'est fait une perforation spontanée de l'abcès le 21 juillet.

La température générale du matin était à 38° ; la température locale, du côté de l'abcès, marquait 37°, 6, du côté sain 36°, 4.

16 juillet : température générale 38°. — Locale, côté malade 37°, 6; côté sain 36°, 7.

17 juillet: température générale 38°, 2. — Locale, côté malade 37°, 3; côté sain 36°,5.

18 juillet : température générale 38°. — Locale, côté malade 36°, 5 ; côté sain 36°.

20 juillet : température générale 38°. — Locale, côté, malade 37°, 5; côté sain 36°,2.

Le 21 juillet, le liquide remplissait la poche comme avant la ponction, elle s'est ouverte spontanément ce même jour.

22 juillet : température générale 37°,5. — Locale, côté malade 35°, 5; côté sain 36°, 4.

24 juillet : température générale 38°. — Locale, côté malade 37°, 5 ; côté sain 37°.

Il serait inutile de prolonger davantage cet exposé de chiffres quotidiens; ils indiquent ce qui était à prévoir, que le travail d'activité de la paroi se traduit par une élévation de température d'autant plus considérable, que ce travail est lui-même plus inlense.

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