‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 18 sur 42 · ABCÈS FROIDS PARENCHYMA.TEUX · texte numérisé non relu

ABCÈS FROIDS PARENCHYMA.TEUX

11 n'entrait pas dans le plan de cette étude de faire l'histoire des abcès froids tuberculeux qu'on rencontre dans les viscères et les différents parenchymes glandulaires. Mais il était utile d'en dire quelques mots, ne fût-ce que pour montrer la question sous toutes ses faces. A ce titre, nous avons cru devoir présenter le résumé des recherches des auteurs sur ce sujet.

Mamelle. — Les abcès froids tuberculeux de la mamelle ne sont pas très rares, et Velpeau (1), qui les avait maintes fois rencontrés, leur a consacré dans son livre quelques pages qu'on peut lire encore avec fruit. Ces abcès peuvent siéger sous la peau, ou dans le parenchyme lui-même, quelquefois dans la couche cellulaire rétro-mammaire. Le début est uniforme ; une jeune femme rarement saine et vigoureuse, plus souvent maladive et affaiblie, porte au niveau du sein une ou plusieurs tumeurs indolentes qui sont prises pour des adénomes ou des tumeurs plus malignes; plus tard elles se ramollissent et deviennent des poches purulentes, des abcès froids. A l'ouverture de ces abcès, on trouve un pus mal lié mêlé de grumeaux caséeux. Tantôt l'abcès est simple et sans lésion des organes voisins (abcès froid idiopathique de Velpeau); tantôt, au contraire, il est en relation avec une lésion des côtes, du poumon ou des

(1) Velpeau, Traité des maladies du sein, 1858, î' édition, p. 123, 334, ne.

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organes du médiastin (abcès froid symptomatique de Velpeau). On a cité des cas d'abcès froids de la mamelle consécutifs à l'ouverture d'une caverne pulmonaire à travers un espace intercostal.

M. le professeur Gosselin, daus une communication orale toute récente, nous a fait part d'un abcès froid de la mamelle ouvert par lui, dont la paroi renfermait de nombreux follicules tuberculeux.

Organes génitaux. — Nous pouvons en dire autant des abcès froids des organes génitaux de l'homme et de la femme.

Le professeur Brouardel (1), dans un travail des plus importants, nous a fait connaître toutes les formes de la tuberculose génitale chez la femme. Tantôt, on trouve les cavités des trompes et du corps de l'utérus remplies d'une matière caséopurulente ; tantôt, cette matière est collectée et enkystée et ne diffère nullement de celle qu'on rencontre dans les cavernes pulmonaires, les abcès par congestion, les coxalgies suppurées, etc. L'ovaire est quelquefois réduit à une coque purulente qui peut atteindre le volume d'un œuf de pigeon. On peut trouver dans ces ovaires différents degrés de tuberculisation : tubercules crus, abcès froids tuberculeux à contenu caséeux, ou liquide séro-purulent, séreux, etc. Ces abcès de l'ovaire s'ouvrent assez souvent dans le rectum, plus rarement dans le péritoine ou dans la vessie.

Dans une thèse plus récente, M. Reclus, étudiant la tuberculose du testicule, nous a donné de précieux renseignements sur les abcès froids tuberculeux du testicule, de l'épididyme et de la prostate (2). Ici encore, nous voyons les tubercules crus s'établir d'abord dans le parenchyme glandulaire, s'agréger en masses plus ou moins volumineuses et dures au début,

(1) Brouardel, De la tuberculisation des organes génitaux de la femme, thèse de

Paris, 1865.

(2) P. Reclus, Tubercule du testicule, thèse de Paris, 1875.

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puis se ramollir et former des abcès à contenu caséeux qui crèvent et se vident, en laissant des cavernes et des fistules d'une interminable durée.

Reins. — Les reins présentent assez souvent des abcès froids tuberculeux; en général, la tuberculose rénale s'accompagne de tuberculose des bassinets, des uretères et de la vessie. Outre les tubercules miliaires dont nous ne parlerons pas, on rencontre dans les reins de véritables foyers kystiques remplis par des masses caséeuses ou caséo-purulentes, dont l'origine tuberculeuse ne fait pas un doute. M. Lancereaux a étudié avec soin toutes ces formes de la tuberculose rénale (1).

Foie et rate. — Dans ces derniers viscères, les abcès froids tuberculeux sont beaucoup plus rares, et habituellement la granulation miliaire et le tubercule cru sont les seuls degrés qu'on observe. Les auteurs qui décrivent des foyers caséeux dans le foie et la rate les ont souvent confondus avec les infarctus, si communs dans ces organes.

Encéphale. — Le cerveau est plus souvent le siège de ces gros tubercules jaunes qui peuvent se ramollir et constituer de véritables abcès froids enkystés, d'origine nettement tuberculeuse. Concurremment avec ces abcès froids du cerveau, on relève l'existence de lésions tuberculeuses dans d'autres organes, dans le poumon, dans les os (carie du rocher). La protubérance peut quelquefois présenter ces gros tubercules en foyer qui donnent lieu à une symptomatologie spéciale.

Appareil digestif. — Les ulcérations tuberculeuses de la langue, la phthisie linguale si bien décrite par Julliard (2) et par

(1) Lancereaux, Anatomie pathologique, texte, p. 349; atlas.pl. XXXV et XXXV Id. art. Rein du Dictionnaire Decbambre.

(2) Julliard, Des ulcérations de la bouche et du pharynx dans la phthisie pulmnnaire, thèse de Paris, 1865.

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le professeur Trélat (1), rentrent par certains côtés dans la catégorie des abcès froids tuberculeux. En effet, comme l'ont démontré les auteurs que nous venons de citer, la lésion initiale est constituée par de véritables tubercules, durs au début, plus tard ramollis et formant de véritables petits abcès. Ce n'est qu'après la rupture de ces abcès qu'on voit les ulcérations. Quelquefois même l'abcès est volumineux et ressemble à une gomme. M. Féréol (2) en a rapporté un exemple des plus remarquables, dont nous résumerons les traits principaux. Un homme de soixante-deux ans, forgeron, présentant des signes de tuberculose pulmonaire avancée, porte sur la partie moyenne de la langue une cavité déchiquetée, cratériforme, ressemblant à une gomme qui vient de se vider. Cette cavité, au fond de laquelle on aperçoit des détritus pultacés, logerait facilement une grosse noisette. Le pourtour de l'ulcère présente de petits points jaunes (abcès miliaires tuberculeux). Des lésions analogues ont été notées dans les autres parties du tube digestif, pharynx, intestin, etc., nous n'insisterons pas davantage.

«angiions lymphatiques. — Les abcès froids ganglionnaires sont d'une fréquence extrême et ils ont été le sujet dans ces derniers temps de travaux très considérables. De très vives et très ardentes discussions se sont élevées sur leur nature, et la question n'est pas encore complètement résolue. Nous ne prendrons pas parti dans cette lutte qui a soulevé des passions aussi bien en France qu'en Allemagne, nous bornant à remarquer d'ailleurs qu'au point de vue qui nous intéresse, le litige n'existe que sur un point. Les anatomo-pathologistes sont, en effet, unanimes dans les deux camps à admettre l'existence des abcès froids tuberculeux proprement dits. Mais, à côté de cette variété fort importante et indéniable, on trouve dans les gan-

(1) Trélat, Noie sur l'ulcère tuberculeux de la bouche et en particulier de la langue [Arch. f/én. méd,, 1870).

(2) Féréol, Société méd. des Hôpitaux, 14 juillet 187G.

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glions des produits caséeux, qui auraient, d'après certains auteurs, une tout autre origine. Susceptibles de se transformer en abcès, ces abcès ne seraient donc plus tuberculeux. En un mot, Virchow, Rokitansky, et après eux la plupart des Allemands, Cornil en France, prétendent que l'inflammation ganglionnaire peut avoir pour terminaison un produit caséeux, sans que ce produit dérive nécessairement de l'existence antérieure de tubercules. L'inflammation caséeuse serait l'apanage des scrofuleux, et n'impliquerait nullement la donnée constante de la tuberculose représentée par le tubercule de Laennec. Le débat sur ce terrain est encore ouvert, et il est probable que le désaccord existera longtemps encore ; nous ne devions que l'indiquer, en faisant remarquer qu'il ne porte pas sur l'existence, admise par tous, des abcès tuberculeux proprement dits.

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