‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 22 sur 42 · SECOND GROUPE · texte numérisé non relu

SECOND GROUPE

OBSERVATIONS D'ABCÈS FROIDS SOLITAIRES OU MULTIPLES A DIVERS DEGRÉS DE LEUR ÉVOLUTION, SANS LÉSIONS CHRONIQUES DES OS.

Obs. XVI. — Abcès froid de la cuisse gauche ; nodosités tuberculeuses et gommes sur diverses régions du corps. — Jean Luller, âgé de 2 ans et demi, entre à l'hôpital le S avril 1879, salle Napoléon, n° 18. Cet enfant a été nourri par sa mère et n'a pas fait de maladies proprement dites avant son sevrage. Il a eu cependant beaucoup de gourmes qui ont été accompagnées d'engorgements ganglionnaires au cou; il a eu en même temps de la conjonctivite chronique. La mère raconte qu'il y a environ un mois elle s'est aperçue accidentellement d'un petit gonflement sur la partie antérieure et un peu externe de la cuisse gauche dans son milieu. Ce gonflement était dur, puis il s'est un peu ramolli ; elle l'amène pour cela à l'hôpital. Je l'ai pris dans mon service et voici son état actuel : Enfant assez fort, un peu bouffi, il a manifestement quelques attributs de scrofule, glandes au cou, lobule de la lèvre un peu saillant, blépharites anciennes. La tumeur pour laquelle il entre à l'hôpital a le volume d'un petit œuf, elle est très fluctuante; la peau à son niveau n'a plus changé de couleur ; elle est sous-cutanée, et ne se rattache à aucune lésion des os ; on ne découvre dans le fémur aucune altération; d'ailleurs, la tumeur est parfaitement mobile sur les parties profondes. Après avoir mis l'enfant complètement à nu et examiné les différentes régions du corps, on trouve à la fesse du même côté un petit noyau sous-cutané, indolent, légèrement adhérent à la peau, du volume d'un pois. Il en existe un second sur la face externe de l'avant bras droit vers son milieu ; celui-ci a le volume d'une petite cerise; il n'est pas entièrement ramolli. L'état général de cet enfant est très bon, l'examen de sa poitrine n'a rien révélé. (Obs. extraite des Bulletins de la Société de chirurgie, 1880, t. VI, p. loi).

Obs. XVII. — Abcès tuberculeux à divers degrés d'évolution. — Emilie Rochard, âgée de 10 mois, nous est amenée à l'hôpital Sainte- Eugénie au mois de mars 1880.

Parents bien portants; l'enfant est bien constituée et nourrie au sein par sa mère. Elle porte au niveau de la malléole externe gauche une tumeur de la grosseur d'une noix muscade ; la peau qui la recouvre est rouge, tendue, exfoliée. L'abcès est ouvert, le pus qui s'écoule n'a pas les caractères du pus osseux; un exa-

men attentif ne montre pas de lésion osseuse. Un autre abcès plus petit siège à la partie externe de la jambe du même côté. Sur la moitié droite de la région dorsale de la cuisse droite se voit une petite tumeur comme un grain de millet, au devant de laquelle la peau est normale ; cette tumeur est indolore, arrondie et roule sous le doigt. Nulle part de lésions osseuses. (Observation extraite de la thèse de Bézy.) .

Obs. XVIII. — Abcès froid idiopathique du volume d'un petit œuf, occupant la région inférieure de la cuisse droite. — Excision de la poche après application de la bande d'Esmarck. Pansement de Lister. — Le nommé Philippe Michaud, âgé de 5 ans, entre à l'hôpital Sainte- Eugénie le 1" février 1880, salle Napoléon, n° 39. Cet enfant est de médiocre apparence, il porte quelques indices de scrofule : blépharite ciliaire chronique, quelques glandes cervicales sont appréciables. Il a eu la rougeole il y a dix-huit mois.

Sa mère raconte qu'il y a un mois qu'elle s'est aperçue du gonflement de la cuisse droite ; mais comme il ne s'en plaignait pas et qu'il ne boitait pas, elle ne s'en est pas autrement préoccupée. La tumeur a augmenté insensiblement, et voici son état lorsqu'elle l'a conduit à l'hôpital. — Immédiatement au-dessus et en dedans de la rotule, existe une tumeur du volume d'un petit œuf, faisant un relief assez marqué. La peau à son niveau n'a pas changé de couleur ; elle glisse sur elle. La fluctuation y est évidente. Il n'existe pas d'empâtement périphérique, si ce n'est en haut où la tumeur paraît adhérer à l'aponévrose fémorale. L'examen du fémur de la synoviale du genou n'offre rien d'anormal, et on ne découvre sur aucune région du corps de parlicularité qui mérite d'être signalée.

La poche a été ouverte sous le lister avec application préalable de la bande d'Esmarck. Après avoir été incisée et vidée du pus qu'elle contient, elle présente une surface interne inégale mamelonnée ; il y existe des inégalités, qui ont le volume d'un petit pois chiche. Ce sont de gros bourgeons rougeâtres vasculaires, dont la couleur est un peu modifiée par l'application de la bande d'Esmarck. A côté des gros bourgeons, il en est d'autres beaucoup plus petits, comme une lentille, une tête de mouche. Près de ces points bourgeonnants, sont des rides, des plis qui parcourent la surface de la poche. En certains points, on voit, en soulevant la poche, comme une colonne qui la traverse, ce sont des vaisseaux recouverts eux-mêmes par la paroi; mais ces vaisseaux ne sont pas libres dans la cavité, ils sont incomplètement entourés, et au delà d'eux la poche forme des culs-de-sac. Sur la face externe de la paroi, on remarque, comme particularité, des prolongements sous forme de bourgeons, qui s'engagent dans les petites dépressions ou

dans les petites ouvertures de l'aponévrose fémorale ou encore dans les parties molles le long des vaisseaux.

Après avoir excisé la poche, et enlevé avec une curette toutes les fongosités, les lambeaux cutanés ont été rapprochés, un petit tube à drainage a été placé pour l'écoulement des liquides. En quelques jours, la réunion était obtenue (Observation extraite des Bulletins de la Société de chirurgie, 1880, t. VI, p. 151).

Obs. XIX. — Abcès froids tuberculeux chez un enfant très scrofuleux sans lésion des os. — François Giovelli, 2 ans, entre à Sainte-Eugénie le 8 février 1880.

Les parents de cet enfant sont bien portants ; il a été allaité par sa mère et il a eu une gourme abondante la première année de sa vie. Il n'a pas trop mauvaise apparence bien qu'il porte tous les attributs de lascrofule rauxyeuxuneblépharite, àla lèvre supérieure des croûtes impétigineuses avec hypertrophie ; au cou, du côté gauche, un gros ganglion, et de l'autrecôté quelques petites glandes.

Membre supérieur gauche. — Il porte une ulcération croùteuse sur l'avant-bras, qui me paraît être un abcès tuberculeux ulcéré ; mais je me borne à une simple hypothèse. Il n'a rien aux os.

Membre supérieur droit. — Rien aux os, mais au-dessus du coude, au niveau du ganglion de Blandin, existe une tumeur que je crois pouvoir rapporter à ce ganglion, car cette tumeur est sousaponévrotique et a la forme globuleuse et rénitente du ganglion. Il est mobile sur les parties profondes. Enfin on trouve une gomme sur la partie moyenne du bras.

Membre inférieur droit. — Sur le dos du pied, immédiatement après la racine des troisième et quatrième doigts, se trouve un abcès sous-cutané, d'un volume supérieur à celui d'une noisette, fluctuant, paraissant mobile sur les parties profondes. J'ai cherché avec soin, sans pouvoir la trouver, une lésion des os. A la racine de ce membre, ganglion crural abcédé et prêt à s'ouvrir.

Application de la bande d'Esmarck, après avoir endormi l'enfant par le chloroforme. J'ai ouvert la poche et il en est sorti, non pas du pus, mais une matière caséeuse, franchement tuberculeuse. Cette matière est jaunâtre, grumeleuse, analogue à du mastic un peu mou. J'ai en vain recherché une lésion des os, sans la trouver, et les gaines des tendons, sur lesquelles la poche reposait, sont normales. J'ai enlevé avec une curette toutes ces fongosités et il n'est plus resté qu'une cavité parfaitement lisse, creusée dans le tissu cellulaire. La réunion a été prompte. (Obs. extraite des Bulletins de la Société de chirurgie, 1880, t. VI, p. 152.)

Obs. XX. — Abcès tuberculeux multiples. — Irma Urvoa, 14 mois, est conduite à l'hôpital Sainte-Eugénie au mois d'avril 1880.

Elle a été nourrie au sein par sa mère qui est bien portante. Le père a eu un rhumatisme articulaire et un ulcère de la cornée. — Depuis un mois on s'est aperçu que l'enfant, jusqu'alors bien portante, avait du côté droit de la mâchoire une tumeur dure non fluctuante, mobile, avec intégrité de la peau. L'os maxillaire est sain. On trouve en même temps plusieurs petits abcès tuberculeux du volume d'une noisette, sur lesquels la peau est rouge, amincie et presque ulcérée. Ces tumeurs siègent au niveau du genou gauche, de l'avant-bras droit et de l'hypochondre du même côté. — Pas de lésions osseuses. (Observation extraite de la thèse de Bézy.)

Obs. XXI. — Abcès froids multiples de la cuisse sans lésions des os. — Marie Bonnet, 22 mois.

On constate sur la cuisse droite la présence de trois abcès : l'un, le plus considérable, occupe le côté interne et va du condyle jusqu'à la racine du membre. Les deux autres, situés en dehors et en bas, sont indépendants l'un de l'autre ainsi que de la grande poche ; ils sont beaucoup plus petits que cette dernière. L'examen du squelette n'a révélé aucune lésion.

Obs. XXII. — Abcès froid profond de la cuisse. — Liquide filant. — Pus de lésion osseuse appréciable. — Louise Jacquet, 8 ans, entre le 1 er mai 1879, salle Sainte-Eugénie, n° 43.

Pas d'antécédents héréditaires. L'enfant a eu la rougeole à l'âge de 4 ans, elle a bonne apparence, ne tousse pas, et n'a pas eu de glandes au cou. D'après la mère, son affection daterait de deux mois et aurait fait des progrès lents sans douleur et sans fièvre. Quoi qu'il en soit, elle vient à l'hôpital pour un vaste abcès froid de la partie postérieure de la cuisse.

L'exploration la plus attentive du fémur et des os du bassin n'a pu me faire découvrir le point de départ osseux de cet abcès qui est du reste profond et infra-musculaire. Je tends cependant à admettre une lésion du fémur.

17 mai. —L'abcès est ouvert largement sous le lister; il sort un liquide couleur café au lait léger, filant comme de l'huile, quoiqu'il ne tache pas le papier à la manière de l'huile. L'introduction du doigt n'a pu me faire découvrir la moindre lésion osseuse même après l'extirpation de la poche. On a mis un tube dans la plaie et fait chaque jour le pansement de Lister. Guérison le 20 juin.

Obs. XXIII. — Gommes tuberculeuses au début. — Adèle Ripaux, 2 ans, est conduite à l'hôpital Sainte-Eugénie le 15 mars 1880 pour une adénite cervicale.

Parents sains, pas d'antécédents morbides. — L'enfant étant nue, nous voyons qu'elle porte sur le bras droit et sur la cuisse gauche plusieurs noyaux tuberculeux. Ces noyaux ne dépassent pas beau-

coupla grosseur d'une tête d'épingle ou dun grain de millet; ils sont durs, mobiles, indolents et nettement séparés les uns des autres. Ce sont des gommes tuberculeuses surprises à leur début. (Observation extraite de la thèse de Bézy.)

Obs. XXIV. — Vaste abcès froid ab domino -fémoral. — Jules Depoesier, 14 ans et demi, entre le 21 juillet 1879, salle Napoléon, n" 40.

L'enfant ne présente pas de déformation du côté des vertèbres. — La portion abdominale de l'abcès forme une tumeur plus grosse qu'une tête de fœtus à terme; la portion fémorale occupe la gaine du psoas.

Ouverture de l'abcès. — Les deux poches sont en communication par un trajet étroit, à travers lequel il faut enfoncer le tube à drainage, pour être sûr de laver toute la surface de l'abcès. Le liquide qui s'écoule à la suite de l'incision est noirâtre et mélangé à des lambeaux de membranes analogues à des débris sphacélés. Ces débris obslruent souvent le drain, et je suis obligé de les faire sortir à travers les lèvres de l'incision, en refoulant de tous les côtés la paroi de l'abcès. Cet abcès a été traité par les injections phéniquées et le pansement de Lister: la guérison a été extrêmement lente ; une fois elle paraissait accomplie lorsque le trajet s'est rouvert. Néanmoins à aucune période nous n'avons jamais pu découvrir une lésion des os.

Obs. XXV. — Abcès multiples. — Ulcérations et cicatrices. — Joséphine Gauthier, 13 ans, entre à l'hôpital Sainte-Eugénie le 2 mars 1880.

Elle a été nourri eau biberon et a marché à quinze mois. — La mère a eu un abcès à la jambe, d'origine inconnue, une sœur de la mère porte des cicatrices au cou. Il y a cinq ans la jambe gauche a été le siège d'abcès froids qui ont laissé des cicatrices adhérentes au niveau de lamalléole interne, au-dessus de la malléole externe et de la partie inférieure du péroné. A la partie postérieure du cou, on voit deux cicatrices anciennes qui remontent au mois de mai 1878. Au-dessous, on trouve cinq ulcérations qui remontent à octobre 1873 et sont en voie de cicatrisation. En décembre 1879 s'est montré un abcès qui suit le maxillaire droit et forme une tumeur fluctuante grosse comme une noix, avec rougeur et amincissement de la peau ; les ganglions du côté droit du cou sont engorgés. Abcès fistuleux dans le creux de l'aisselle, cicatrice en arrière du cubitus droit avec sensibilité de l'os à ce niveau. Abcès du volume du poing au côté interne de l'humérus. Gros abcès de l'avant-bras gauche avec amincissement de la peau; cubitus douloureux à la pression, mouvements de pronation entravés. Jamais, au dire de la mère, il n'est sorti d'esquille par les fistules qui ont succédé aux autres abcès. (Observation extraite de la thèse de Bézy.)

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