‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 28 sur 42 · PI. A · texte numérisé non relu

PI. A

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Nous avons déjà parlé d'une coloration rouge plus ou moins intense qui se présente sous forme de taches plus foncées que ne l'est comparativement le côté sain. C'est la coupe qui donne cette apparence de taches, car en réalité une certaine épaisseur du tissu spongieux est atteinte. Pour que cette augmentation de couleur ait une valeur positive, il faut qu'elle concorde avec un agrandissement des aréoles de l'os; cet agrandissement est en effet un caractère décisif de l'ostéite.

Quelquefois la coloration est plus intense et l'es prend, par places, une couleur lie de vin qui ne disparaît plus par le lavage. La moelle dans ces cas paraît exubérante et elle peut présenter le même aspect dans le canal médullaire, dans d'autres os éloignés. Bonnet a décrit cette apparence sous le nom de bouillie splénique ; mais elle avait été signalée avant lui par Nichet, et elle a été l'objet de recherches intéressantes de Gonzalès Echeverria et de M. Robin (loc. cit.).

A côté de ces aspects, il en est d'autres qui frappent par leurs dissemblances avec les précédents. Ici, le tissu aréolaire se décolore et il prend une teinte d'un jaune clair, comme huileux ; à côté, il se trouve rempli par une substance gélatineuse, adhérente, demi-transparente, d'un gris vitreux. Près de la surface enfin, dans les points où les cartilages sont détruits, il peut exister de véritables ulcérations de l'épiphyse dont le fond est formé par les cellules osseuses agrandies pleines de pus ou d'une sanie purulente noirâtre, qui a coloré dans le même ton les cloisons osseuses où elle est renfermée. Enfin, au milieu de toutes ces altérations on voit des cavités pleines de fongosités qui se continuent avec les fongosités de parties molles voisines.

Quelques-uns des états anatomiques précédents sont suffisamment définis par leur aspect sans qu'il soit besoin d'insister plus longuement.

C'est ainsi, par exemple, que la couleur jaune ou l'état huileux indiquent une transformation anticipée de la moelle, une vieil-

lesse de cause pathologique, ou mieux une dénutrition. Étudiée avec soin parle professeur Richet, cette transformation a été depuis reconnue bien des fois dans les tumeurs blanches, et on l'a trouvée non seulement dans les os atteints, mais encore dans les os éloignés où elle coïncide avec une friabilité spéciale de ces os. Elle se rencontre également dans l'affection tuberculeuse non seulement au voisinage des lésions locales, mais sur l'autre extrémité de l'os ainsi que dans les os voisins. Dans le fémur représenté pi. VIII, fig. 1, on voit la moelle infiltrée de granulations miliaires, la partie supérieure de cet os présente les lésions de la carie vulgaire, et l'articulation est détruite en grande partie par des fongosités. L'extrémité inférieure se trouve tellement raréfiée qu'on voit dans l'épiphyse des cavités du volume d'un haricot. Ces cavités sont remplies d'une moelle d'un jaune clair, presque liquide, et le tissu osseux présente une friabilité excessive. La rotule du même membre ainsi que la plupart des os du pied offrent une raréfaction identique et un contenu semblable ; la rotule en particulier est presque réduite à sa coque cartilagineuse.

L'altération gélatiniforme de la moelle, mentionnée surtout par les auteurs allemands, Volkmann, Billrolh, se rencontre encore assez fréquemment dans l'affection tuberculeuse. Nous ne l'avons jamais trouvée dans la moelle du canal médullaire, mais seulement dans celle du tissu spongieux. La moelle gélatiniforme est remarquable par son aspect demi-transparent, par sa couleur d'un gris jaune, par sa consistance plus grande et par son adhérence aux cloisons des cellules osseuses. Celles-ci sont généralement très agrandies, de telle sorte que la moelle, sous la forme précédente, paraît remplir des cavités très spacieuses relativement aux cavités voisines. La moelle gélatiniforme contient peu de médullocèles et les myéloplaxes n'y sont que tout à fait à l'état d'exception ; elle est exclusivement constituée par un tissu conjonctif myxomateux absolument comparable à celui de la gélatine de Wharton ; en quelques points le tissu conjonctif

est mieux formé, il est parvenu à un degré plus complet de développement. Si l'on voulait donner une signification à cette transformation gélatiniforme, on doit la considérer comme accusant franchement une tendance vers la réparation des désordres provoqués par l'irritation destructive; mais il n'est pas facile de dire quelle en est l'origine et ce qu'est devenue la moelle dans les régions où elle la remplace ; aussi doit-on se borner à voir en elle une organisation qui n'a rien de défavorable, qui ne peut que concourir à la cicatrisation des désordres produits. Au surplus, puisque nous parlons ici de tissu conjonctif, il nous paraît utile de faire remarquer l'influence que l'irritation exerce sur l'apparition de ce tissu dans les os en voie d'accroissement, sinon dans ceux qui ont achevé leur développement. On sait qu'a l'état normal le tissu conjonctif n'existe pas dans les os en dehors des parois des vaisseaux et des fibres de Sharpey. Or, maintes fois, dans le spina ventosa, dans les ostéites tuberculeuses épiphysaires du tibia, nous avons constaté dans le canal médullaire et surtout au voisinage du cartilage de conjugaison, l'existence de réseaux assez abondants de tissu conjonctif, dans les points où l'irritation formatrice médullaire est active.

Nous n'avons pas l'intention de reprendre en sous-œuvre toutes les particularités que comporterait l'étude de l'ostéite raréfiante; nous ne suivrons donc pas plus loin les conséquences qu'elle peut entraîner dans le tissu osseux, suppurations partielles, formations de petits séquestres, ulcération à la surface des os, etc., etc.

Nous ne nous occuperons pas davantage des modifications des cartilages articulaires ou épiphysaires qui se lient de la manière la plus directe à ce travail de destruction des os. Un seul point nous arrêtera. On a vu comment l'ostéite raréfiante vient s'ajouter comme complément inévitable et initial à la néoformation tuberculeuse ; mais elle n'apparaît tout d'abord que comme un accident borné à une zone peu étendue autour des

granulations. Faut-il considérer l'extension que prend ultérieurement cette ostéite et qui est telle parfois, que le tissu compact d'un os long est perforé ainsi que le spina ventosa en fournit la preuve journalière, faut-il considérer, dis-je, que cette extension est liée au développement simultané de nouvelles granulations tuberculeuses? Cela est possible, mais nullement nécessaire et ne doit pas arriver dans la majorité des cas. Il est vrai que, lorsque l'évolution tuberculeuse s'arrête et borne ses effets à la formation d'une caverne par exemple, l'ostéite périphérique se limite au pourtour de cette cavité; elle change de forme même en amenant au lieu d'une raréfaction une condensation de l'os qui dénote une tendance favorable à la réparation et qui est un acheminement vers la cicatrisation de la caverne. 11 est encore vrai que les recherches de Rester, auxquelles il faut ajouter les observations de Cornil, Laveran, Brissau et les nôtres, ont fait voir avec quelle facilité se fait la genèse des tubercules élémentaires dans les synoviales ; d'autre part l'examen des abcès ossifluents dont nous avons donné plus haut l'analyse témoigne de la fréquence extrême de tubercules élémentaires dans la paroi de ces abcès. Ce sont certes de très bonnes raisons pour subordonner l'ostéite avec les désordres qui l'accompagnent à des poussées successives de tubercules élémentaires. Pourtant la chose n'est nullement démontrée ; d'ailleurs, la démonstration est difficile à donner parce que les granulations tuberculeuses comme les tubercules plus élémentaires, se transforment plus ou moins vite, et, parvenus à leur période de destruction, ils disparaissent au milieu des autres produits de la suppuration ; leurs débris tombent avec eux dans les articulations ou dans les abcès ossifluents. De telle sorte qu'à une période avancée on ne rencontre plus dans les épiphyses, au moins à l'œil nu, les caractères certains de la tuberculose ; l'examen microscopique est nécessaire pour faire reconnaître les tubercules élémentaires dans les fongosités des ulcérations ou des cavités osseuses, et cet examen lui-même

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peut ne rien donner lorsque la période destructive a atteint son dernier terme. C'est pour cela qu'il est indispensable de compléter ces recherches par l'examen de la moelle voisine du canal médullaire, et même par celui d'os éloignés qui ne sont nullement en cause ; il est encore plus nécessaire de faire une étude minutieuse des parties molles qui ont été l'objet d'un travail de propagation et de chercher dans les fongosités ou dans les parois des abcès ossifluents l'existence des tubercules élémentaires.

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