‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 7 sur 42 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La distinction établie entre les abcès froids et les abcès chauds est de date très ancienne; et, bien qu'à diverses époques il existât sur la formation du pus des opinions qui n'étaient fondées sur aucune sévérité de jugement, néanmoins la démarcation entre ces deux variétés d'abcès était tellement accentuée qu'elle était depuis longtemps nettement formulée. On trouvait d'une part des phénomènes préalables, ceux de l'inflammation ; de l'autre, l'absence de toute réaction locale rappelant de près ou de loin un acte inflammatoire. Aussi les définitions de l'abcès froid sont-elles toutes analogues et indiquent-elles ce fait. Une seule, croyons-nous, fait exception; c'est celle de Royer (1), qui a défini l'abcès de la manière suivante : « Cet abcès résulte de la fonte purulente d'une tumeur dans laquelle les symptômes qui caractérisent l'inflammation n'ont pas été marqués , surtout au commencement de la maladie. » Ainsi Royer constatait la présence d'une tumeur primitive , mais il ignorait quelle était la nature de cet engorgement préalable ; et, à l'époque où il vivait, il ne lui eût été guère possible d'être éclairé sur ce dernier point. Au surplus, il est, probable que Royer, comme les auteurs qui

(1) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 3 e édition, t. I", p. 70.

ont suivi, considérait cet engorgement uniquement comme un état préparatoire à la formation du pus. Cela nous paraît si vrai que Thompson déclare que l'inertie des abcès froids n'est pas aussi grande qu'on le pense, et qu'on y trouve quelques phénomènes inflammatoires, un peu de douleur, un peu de chaleur locales. C'était en définitive accepter l'opinion défendue par Hunter (1) et émise avant lui par Simpson, Morgan, etc., qui considère le pus comme un produit de sécrétion d'une surface enflammée. En un mot, si le fait révélé à Boyer par l'observation pure, la constaiation d'une tumeur antérieure, n'était pas une pseudo-membrane sécrétant le pus, ce fait n'avait plus aucun sens.

Cette dernière opinion fut soutenue par un ardent défenseur, Delpech de Montpellier : « Dans tous les cas où il y a du pus formé et déposé soit dans ce qu'on appelle improprement une cavité naturelle, soit dans ce qui mérite réellement ce nom, soit dans un espace insolite pratiqué dans l'épaisseur des parties, soit même à la surface d'une solution de continuité traumatique : partout on trouve un revêtement pseudo-membraneux ; nulle part le parenchyme des organes, les surfaces naturelles ne sont en contact avec la matière purulente. Bichat avait bien vu la pseudo-membrane à la surface d'une plaie, formant les mailles du tissu cellulaire commun, supposant au passage de l'air insufflé Mais il n'avait pas saisi le

rapport constant de celte organisation accidentelle et de la formation du pus (2). »

Il serait actuellement superflu de chercher une harmonie entre cette conception d'une membrane isolable et la série des actes qui aboutissent à la suppuration dans l'inflammation. La question est jugée, les éléments constitutifs du pus existent à l'état d'infiltration avant d'être réunis en collection, et ils apparaissent dès le premier stade de l'inflammation. Il est vrai

(1) Hunter, Œuvres complètes, traduites par Richelot, III, 504. (?) Delpech, Chirurgie clinique de Montpellier, 1828, t. II, p. 358.

qu'alors ils peuvent suivre diverses directions qui les conduisent indifféremment à un état d'organisation plus parfait ou qui les maintiennent à l'état stationnaire, mais peu importe, les éléments du pus n'en existent pas moins dans cette première période.

On ne saurait établir d'ailleurs aucun rapprochement entre ce résultat de l'inflammation et les phénomènes qui se passent dans les abcès froids. La tumeur primitive de ces derniers abcès est, ainsi que nous le verrons plus loin, une néoformation tuberculeuse, et, pour arrivera constituer l'abcès, elle traverse deux phases capitales dans son évolution. De ces deux phases une première a trait aux transformations que subit la tumeur elle-même, elle se ramollit et se liquéfie. La seconde phase se rattache à la formation et au développement d'une membrane périphérique qui limite, en les renfermant, les produits liquides de ce ramollissement.

Cette membrane a pour caractère propre de contenir dans son épaisseur des follicules ou des nodules tuberculeux.

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