‹ Abcès froids et tuberculose osseuseChapitre 9 sur 42 · PI. II · texte numérisé non relu

PI. II

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ner et rechercher avec un soin extrême les origines osseuses. Nous ne devions que les signaler ici, ce chapitre étant uniquement consacré aux abcès froids idiopathiques.

Étude microscopique des parois des abcès froids. — Je 1 31 Clt'J.'l

dit, quelques auteurs avant Hunter, et après lui Dupuytren, et surtout Delpech, avaient insisté sur l'existence d'une membrane plus ou moins comparable à la couche des bourgeons charnus des plaies, circonscrivant l'enceinte de la cavité des abcès froids. Mais, en établir le caractère constant sur le vivant ne pouvait être fait que par la dissection ou la décortication de cette même paroi. D'autre part, en faire une étude plus approfondie, en établir la véritable nature et montrer qu'elle n'existe qu'en vertu de l'apparition de produits élémentaires spécifiques, dont l'évolution se rattache aux diverses phases que suit cette membrane elle-même, impliquait l'intervention de l'examen microscopique; c'est à cette étude que j'ai été naturellement conduit par l'emploi des procédés qui me permettaient de prendre la paroi en totalité ou en partie. Les préparations ont été faites au laboratoire du Collège de France par M. Vignal, répétiteur au laboratoire de M. Ranvier; je suis heureux de le remercier ici du soin et de la part qu'il a pris à cette collaboration.

Je tiens aussi à remercier M. Ranvier de l'obligeance avec laquelle il a accueilli et suivi ces travaux dans son laboratoire.

Description générale d'une coupe de la paroi d'un abcès froid. — En se servant d'abord d'un faible grossissement (25 à 60 diamètres) pour l'examen de coupes perpendiculaires de près de 1 centimètre de long, on trouve diverses apparences que l'on peut résumer dans une esquisse générale rapide. Le bord tangent à la cavité n'est pas uni ; il présente des sinuosités, de grandes dentelures d'inégale longueur, et quelquefois des anfractuosités en forme de cratère (pi. II, fig. 3). Des fissures simples ou rameuses, à direction rectiligne d'habitude plus ra-

rement obliques, pénètrent profondément dans la paroi et séparent les anfractuosités précédentes. Terminées par des culs-desac arrondis ou ovoïdes, ces fissures ou plutôt ces trajets ont un aspect caractéristique et ne sauraient trouver de meilleure comparaison qu'avec les glandes en tubes isolées. Quelquesuns de ces trajets aboutissent à une cavité placée dans l'épaisseur même de la paroi.

La présence de ces cavités pariétales, petites et arrondies, ou plus allongées et inégales, appelle ensuite immédiatement l'attention de l'observateur. Ces cavités sont ouvertes, c'est-à-dire vides de leur contenu ou sur le point de le devenir. On en rencontre deux, trois, ou davantage dans une préparation, mais on les trouve si fréquemment que l'on peut dire que toute membrane d'abcès froid qui a un peu vieilli en est pourvue. En résumé : cavités spacieuses et irrégulières, petites cavernes en voie de formation, follicules communiquant avec la cavité de l'abcès, tels sont les premiers points saillants de la préparation.

La paroi est exclusivement formée d'éléments cellulaires embryonnaires; depuis le bord interne de l'abcès jusqu'à sa limite extérieure dans les tissus voisins, ces éléments forment une couche continue qui n'est interrompue que par quelques foyers hémorrhagiques, de gros vaisseaux capillaires embryonnaires et par des amas caséeux. Ici, les éléments embryonnaires sont irrégulièrement distribués, juxtaposés comme les cellules épithéliales ou pressés les uns contre les autres; à côté ils présentent un groupement remarquable, et ils se trouvent rangés autour d'une cellule géante, ou associés entre eux de manière à constituer des corps arrondis ovoïdes dont on suit aisément les évolutions successives; enfin, il en est qui s'ouvrent dans les follicules ou les cavernes signalées plus haut. En un mot on découvre facilement une disposition de certains éléments dans un ordre déterminé et précis, que l'irrégularité dans la distribution des autres fait encore mieux ressortir. Au surplus la paroi est

d'inégale épaisseur, et si l'on parcourtle champ d'observation depuis son bord libre jusqu'à ses limites adhérentes, on est promptement édifié sur la nature des différents aspects que présente ce territoire de cellules et sur les transformations qui se font dans les diverses zones de la paroi. Le bord libre est plutôt un contour granuleux qu'une ligne arrêtée ; des fragments de cellules que ne colore plus le carmin, des bâtonnets ou des fragments irréguliers de fibrine, des amas irréguliers sans forme, prêts à tomber dans la cavité de l'abcès et ne tenant plus que par un angle ou un bord, des cellules enfin, mêlées a des noyaux granuleux et granuleuses comme eux, forment ce contour.

La zone qui suit ce contour se compose tantôt de cellules embryonnaires presque toujours granuleuses, tantôt de cellules épithélioïdes à un, deux et quelquefois plusieurs noyaux. Comme les précédentes, ces cellules sont à peine colorées par le carmin, elles sont infiltrées de granulations et en voie de destruction sur bon nombre de points. Au milieu d'elles se rencontrent des cellules géantes libres ou faisant partie d'un follicule, des tubercules élémentaires à tous les âges, des follicules ouverts dans l'abcès, des amas exclusivement caséeux, et quelquefois des foyers hémorrhagiques disposés en nappes ou sous forme de traînées le long des capillaires détruits. Toutes ces particularités, très diverses, n'ont cependant rien d'insolite. Comme nous le dirons ultérieurement, elles se rattachent exclusivement à des altérations plus ou moins avancées de dégénérescence et de mort, d'un certain nombre d'éléments anatomiques de cette couche. Beaucoup plus uniforme et d'une autre nature se trouve la zone la plus excentrique limitrophe des tissus ambiants. Celle-ci est presque exclusivement composée de cellules embryonnaires fortement colorées par le carmin, et disposées de la façon la plus irrégulière. De petits tubercules élémentaires d'une époque plus récente que dans la couche précédente y sont épars et reconnaissables au mode d'association des éléments qui les forment.

Les tissus environnants sont envahis à des degrés différents par cette prolifération embryonnaire abondante au point d'être excessive, et remarquable en outre par la tendance qu'a le tissu conjonctif de proliférer à tel point que souvent il détruit les éléments qu'il entoure ; il est aussi envahi par cette même prolifération cellulaire, et il s'infiltre d'éléments embryonnaires et lymphatiques.

De telle sorte que, si on se livre à une comparaison devenue presque nécessaire des deux limites de la paroi, il en ressort cet aperçu qui permet de comprendre l'évolution de tout abcès froid. En dedans, du côté de la cavité, les éléments organisés sont l'objet d'un travail incessant de désagrégation et de destruction, d'où résulte l'augmentation de volume du contenu. En dehors, dans les tissus, il existe au contraire une prolifération pleine d'activité jointe à une organisation plus ou moins avancée, qui n'a de temps d'arrêt que dans les résistances locales provenant d'obstacles tirés de la texture même de ces tissus. Et, dans l'intervalle de ces deux limites, les éléments obéissent à l'une ou a l'autre de ces tendances ; ou ils se détruisent et leurs débris s'amassent dans des cavernes, dans les follicules tuberculeux, ou bien ils s'unissent les uns aux autres pour former du tissu conjonctif, comme on le voit autour de la paroi de certains vaisseaux par exemple.

Description des tubercules de la paroi. — Cavernes et cavités.

— Transformation caséeuse. — Foyers hémorrhagiques pariétaux.

— La description générale qui précède était nécessaire, mais elle serait incomplète et manquerait de sens, si elle ne comprenait pas un examen plus approfondi de la donnée la plus essentielle de cet échafaudage; je veux parler des tubercules élémentaires dont nous n'avons pour ainsi dire que fait entrevoir l'existence. Or, ces tubercules se présentent sous différents états qu'il importe d'envisager. Nous ne nous attarderons pas dans l'examen des discussions que soulève le tubercule élémentaire tel que l'a défini Kôster. Ne pouvant trouver dans un

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élément spécial et spécifique, bien défini anatomiquement, le critérium de la tuberculose, le plus grand nombre des histologistes d'aujourd'hui considèrent que c'est sur le groupement et le mode d'association d'un certain nombre d'éléments anatomiques que doit reposer toute distinction fondamentale. C'est à ce groupement ordonné, établi sur des rapports réciproques et constants, que le professeur Charcot, avec sa haute et légitime autorité, a donné le nom de follicule tuberculeux.

Parvenu à complet développement, un follicule microscopique est un corps arrondi ou très légèrement ovoïde, et son centre peut être occupé par une, deux ou plusieurs cellules géantes de forme généralement arrondie ou irrégulière. Ces cellules prennent quelquefois des proportions gigantesques (pi. III, fig. 1 et 2). Elles sont opaques et présentent parfois un grand nombre de noyaux. Immédiatement autour d'elles et sur leurs bords se trouve une collerette plus ou moins complète d'éléments embryonnaires fortement colorés par le carmin; plus en dehors on rencontre une zone importante de grandes cellules dites épithélioïdes, remarquables par le grand volume du protoplasma, au sein duquel on trouve un noyau plus ou moins volumineux. Ces cellules sont parfois granuleuses et leurs noyaux ont disparu, fait qui indique que le tubercule devient caséeux ; elles forment quelquefois deux ou trois rangées concentriques autour de la cellule géante, et c'est dans leurs intervalles que s'engagent les prolongements de la cellule géante, lorsque celle-ci en possède.

Enfin, cette couche de cellules épithélioïdes est elle-même entourée d'éléments embryonnaires disposés en cercle autour d'elle ou perdus indifféremment dans les éléments voisins. Tel est le follicule tuberculeux, sur lequel Brissaud vient encore d'appeler l'attention dans un récent mémoire sur les tuberculoses locales paru dans les Archives générales demédecine (I).

(1) E. Brissaud, Tuberculoses locales (Archives générales de médecine, p. 129, août 1880).

Non seulement on le rencontre sous cette forme dans les parois des abcès froids, mais il y apparaît encore sous un autre état, lorsque parvenu à une période plus avancée, il s'est ouvert dans la cavité de l'abcès. Il est alors comparable d'aspect, à un follicule glandulaire (pi. II, fig. 2 et 3) ; mais, avant de décrire les transformations qui le conduisent par étapes à ce dernier état, nous croyons nécessaire d'établir que le follicule, constitué comme précédemment, n'est pas la forme exclusive du tubercule élémentaire. La cellule géante n'en est pas un élément constant, et l'étude de la paroi des abcès froids en fournit abondamment la preuve. Tandis que les follicules à cellules géantes occupent de préférence le voisinage du bord libre de la paroi, et qu'ils sont là disséminés au milieu d'éléments en voie de destruction et à côté de cellules géantes libres, on rencontre dans les régions plus extérieures de la paroi, dans la zone d'envahissement, des corps de nouvelle apparence (pi. IV). Ce sont de petites masses arrondies, de même forme et de mêmes dimensions que le follicule proprement dit, exclusivement composées de cellules embryonnaires très impressionnables au carmin. Le contour de ces masses est très net, bien qu'elles soient entourées de cellules analogues dispersées. Sur quelques-unes d'entre elles, on voit se former au centre un premier travail de dissociation marqué par un état granuleux dans les cellules, et par l'interposition d'une substance opaque et amorphe entre elles. Il est possible que ce dernier aspect indique un acheminement, un premier pas vers la formation de la cellule géante centrale, et telle est l'opinion de Gonbault (I ) et de Brissaud (2) surtout, qui fait passer le follicule par cette phase intermédiaire. Mais qu'on donne aux cellules géantes une telle origine ou qu'on admette, comme autrefois Cornil (3), « qu'elles naissent toujours dans l'intérieur d'un vaisseau obli-

(1) Gombault, Société de biologie, août 1878.

(2) E. Brissaud, loc. cit.

(3) Cornil, Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1878.

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