CHAPITRE XI
LES JARDINS D'iREM
Des jardins d'un vert sombre, arrosés par des sources vives, des fruits qui viennent au-devant de la main, des palmiers, des grenades, un ombrage éternel, voilà le paradis que le livre de vérité promet au fidèle l. Ce paradis, Abdallah en avait reçu l'avant- 5 goût sur la terre. Au bout de quelques années, rien n'était plus beau que sa plantation, jardin plein de fraîcheur et de paix, charme des yeux et du cœur. De blanches clématites tournaient autour des acacias et des oliviers; des haies de myrtes entouraient de 10 leur feuille toujours verte des carrés où croissaient le dourah, l'orge et le melon; une eau fraîche, courant par vingt rigoles, baignait le pied des jeunes orangers; il y avait des raisins, des bananes, des abricots, des grenades dans la saison, et des fleurs toute l'année. 15 Dans cet heureux séjour, d'où la tristesse n'approchait pas, la rose, le jasmin, la menthe, le narcisse aux yeux gris, l'absinthe aux fleurs bleues 2 semblaient sourire, et leur douce odeur plaisait encore quand l'œil s'était rassasié de les admirer. Quel bocage échappe à l'œil 20 perçant de l'oiseau? De tous les points du ciel étaient accourus ces amis des fruits et des fleurs. On eût dit qu'ils connaissaient la main qui les nourissait. Le matin, quand Abdallah sortait de sa demeure pour 1 Coran, XIII, 35; LV, 68; LXXVT, 14. * Skick.
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étendre le taj>îs de la prière au milieu des herbes brillantes de rosée, les passereaux le saluaient de leurs cris joyeux; à sa vue, le ramier, caché sous les larges feuilles du figuier, roucoulait plus tendrement: les
s abeilles se posaient sur sa tête, Les papillons voltigeaient autour de lui; fleurs, oiseaux, insectes bourdonnants, eaux murmurantes, tout ce qui vivait semblait le remercier; tout élevait l'âme d'Abdallah vers Celui qui lui avait donné l'abondance et la paix.
10 Ce n'était pas pour lui que le fils d'Ilalima avait désiré la richesse, aussi l'avait-il partagée avec les siens. Au bout du jardin il avait creusé un bassin profond où l'eau tombant à gros bouillons gardait sa fraîcheur pendant les sécheresses de l'été. Les oiseaux
15 qui voltigeaient à l'entour attiraient de loin les caravanes. "Quelle est cette eau? disaient les chameliers. Depuis tant d'années que nous traversons le désert nous n'avons jamais vu cette citerne. Nous sommesnous trompés de direction? Nous axions empli nos
20 outres pour sept jours, et voilà que nous trouvons de l'eau dès la troisième marche. Sont-ce les jardins d'Irem ' qu'il nous est permis de voir? Dieu a-t-il
1 Cheddad, roi du peuple d'Ad, ayant entendu parler du paradis et de ses délices, voulut établir un palais el des jardins qui pur leur magnificence rivali < le paradis. Un cri parti du ciel
détruisit ce monument d'orgueil, ou plutôt le rendit invisibl un certain Ibn-Kelabah prétendit les avoir vus sous 1<- règne <lu calife Moaviah. Les jardins d'Irem sont aussi célèbres chez les Arabes que la tour de Babel 1 bez li Hébreux. Coran, LXXXIX, 0, « ommentateurs.
pardonné à cet orgueilleux qui voulait construire un paradis au milieu même du désert? "
Et Halima répondait aux chameliers: "Non, ce ne sont point les jardins d'Irem; ce que vous voyez, c'est l'œuvre du travail et de la prière. Dieu a béni mon 5 fils Abdallah."
Et le puits fut nommé le puits de la Bénédiction.