‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 11 sur 48 · Espèce d« citadeUe · texte numérisé non relu

Espèce d« citadeUe

Ce fut aux environs de Tlemsen qu'eut lieu, entre le vieux chef du makhzen turc et le jeune sultan des Arabes, Feutrevue qui avait été arrêtée après le combat de Mabraz. Que s'y passa>t-il? On prétend que lorsque Moustapfaa-ben-Ismall se rendit auprès d'Abd-el-Kader, il aurait trouvé ce dernier occupé à recevoir les plaintes de quelques pauvres gens que Témir aurait continué à écouter, malgré l'ar- # rivée de son visiteur. Mousiapha, blessé de ce qu'il considérait comme un manque d'égards pour lui, se serait retiré immédiatement en jurant « que sa tète blanche ne s*iuclinerait jamais devant un enfant. » Toujours est-il que Mouslapha, à peine entré sous la tente d'Àbd-el*Kader, sortit en donnant les signes d'une grande éniolion, et reprit le chemin de son camp. £n y arrivant, il réunit ses soldats, et après leur avoir fait ses adieux, il se réfugia avec sa famille dans le mechouar de liemsen, dont il fut appelé dès ce moment à prendre la direction.

Un nouveau Irioniphc était réservé a l'cmir. Grâce à l'intervention d'Ei-Mezari, neveu de Moustapba, qui a succédé a son oncle dans le commandement des Dbuairs, < le vaillant chef des Angades, £l-Ghomari, se décide à faire sa soumission et se rend à Mascara. Mais bientôt, repentant de sa démarche, cédant aux reproches et aux sollicitations de Moustapha-ben-Ismail, qui Finvite à venir se joindre à

lui dans le mechouar^ Ël-Giioinari s'échappe lurtivement de la ville et cherche à gagner Tlemsen. Poarsuivi par les caYaiiers de l'émiri il parvint d'abord à se réfugier dans une caverne, où, pendant quelques jours, il trouva un asile. Mais Lientôt, vaincu par la faim, il fui forcé de sortir de sa retraite, tomba entre les mains des Arabes qui le cherchaient, et se vit ramené prisonnier à Mascara. Malheureusement pour lui, pendant son absence» on avait découvert dans les papiers qu'il avait eu rimprudence de laisser des lettres compromet-* tantes, qui révélaient un concert entre lui et Moustapba-ben-Ismaïl. iienvoyé comme trailre devant un tribunal i*oulemas (docteurs), il fut condamné à mort et exécuté.

Ainsi, des trois rivaux d'Abd-el*Kader, un est mort; le second a disparu momentanément de la scène politique, et s'est enfermé dans une forteresse ; quant au troisième, Sy-el-Aribi, battu une première fois près d'El-Bordj, il est vaincu une seconde fois sur les bords de la Mina, abandonné de tous les siens et forcé de venir se remettre à la discrétion de son ennemi. Abd-el-Kader ne le lit pas traduire, comme EL-Ghomari, devant le tribunal ; il se borna à le faire mettre en prison pour avoir levé Téiendard de la révolte au moment même du djehdd. Au bout de quatre mois de détention , Sy-el-Arabi mourut, non par reflet du poison, comme on l'a prétendu,

mais d'une attaque dé choléra qui envahit Mascara à cette époque et fit de ce dief Vuiia de ses premières victimes'.

Désormais, à part le fnechouar de TiemseD et les trois villes que nous oceupoas, Abd-el-kader est maître de toute la province d'Orau, depuis les frontières du Maroc jusqu'aux rives du Chéhf, depuis la mer jusqu'à la région saharienne. Le Imt que te général Desmichels s*est proposé est donc atteint; il n'y a plus qu*un seul chef pour la profince. Reste à * içavoir si, comme l'a prétendu le général, ilsuflira, pour rendre Fémir impuissant, d'éloigner de lui la main de la Frauce, qui a si largement contribué à son élévation.

1. Àbd-el-Kader, s'il eût voulu se défaka irioleinmeut de Sycl-Âribi^ n'avait pas besoin de tecourîr au poison; il lui suffisait de le (aire passer eu jugement, car le crime de révolte était évident. On oomprend, du reitt, (Écilenient que k mort de Sy^-d*- Aribi ait pu donner naissanco au bruit qui sa répandit chez les Arabes, si Ton se rappelle ce qui s'est passé à Paris pendant le choléra de 1832.

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KXTENSION I>£ PUISSANCE

UTBNSION DE PUISSANCE.

Principes d or^^anisaliou. — Division politique de la province (i'Oran. — Ajipel du Tittery. — Difficultés soulevées parle traité Desraictiels. — Lo général Trézel à Oran. — El-Hadj- Moussa. — Passage du Ctièlif. — Ëntrée à Médésh.-— Faibksse du géoéral Ikooet d'irloo.

Le premier soin d*Abd-cl-KïMler fut d'asseoir son gouvernement dans la province qui lui obéissait. 11 avait deux choses à créer : l'armée régulière pour iortitier sa puissance et réaliser ses projets uitérieurs; le gouvernement, afin d'assurer l'exécution de ses ordres, la réformation des abus, Tadmimstt*ation de la justice et la rentrée des impôts. L'armée, c'est sous ses yeux mêmes qu'elle se coiiëtj^ tuera; c'est lui qui veillera à son organisation, à son perfectionnement. Quant au gottverMnent, ii accordera une délégation de ses pouvoirs à de

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92 BXTEiSISlOi^ DE PUISSAiSCfi.

gtands^chefs indigènes (khalifahs), au-dessous desquels seront placés des chefs inférieurs {aghas)^ recevant les instructions des premiers et les transmettant à un troisième ordre d'agents (kaïds) investis spécialement du commandement d*une tribu. Au jour du combat, ces chefs politiques, devenant chefs militaires, réuniront leurs coulingents et les conduiront à l'ennemi. Telle est l'organisation si simple et si bien appropriée au caractère arabe qu'établit Abd'-el-Kader. Nous ne nous étendrons pas davantage, quant à présent, sur cette organisation, nous réservant d'en parler avec plus de détail lorsque, après le traité de la Tafna, l'émir lui donnera tout le développement qu'elle comportait. Il nous suffira, pour le moment, de dire que la province d*Oran fut divisée par Abd-el-Kader en deux grands commandements : khalifalik de Test, que l'émir confia à MoustapharBen-Thami, son beaufrère, et khalifalik de l'ouest, qui fut placé sous les ordres de Bou-Hamedi. Le premier, ayant Mascara pour chef-lieu, fut divisé en sept aghaliks ; le second, relevant de Tlemsen, cooipta seulement cinq aghaliks.

Deux mois furent employés par Abd-el-Kader à mettre en œuvre celte organisation. Lorsqu'elle fono tionna régulièrement, il put se dire avec raison qu'il tenait dans sa main la province' d'Oran. £t •

non-seulement il la tenait par la force, mais encore

plus par le dévouement de tous les hommes sages qui lui étaient reconnaissants de la tranquillité dont ils jouissaient. Abd-el-Kader avait trouvé la province dans un état effrayant d'anarchie, soumise au droit du plus fort, livrée à toutes les horreurs du brigandage. Vingt mois s*étaient à peine écoulés depuis sa proclamation dans la plaine de .Ghris, et, malgré les embarras inséparables d'un pouvoir naissant, malgré les diilicullés de la lutte qu'il avait eu à soutenir» le désordre ayait disparu ; les coupeurs de route, les voleurs, traqués de toutes parts, fuyaient devant le châtiment, et les Arabes, traduisant cette siluailoii prospère dans leur langage imagé, disaient « qu'une jeune fille pouvait sans crainte parcourir le pays avec une couronne d'or sur la tète. »

Le bruit des heureuses modifications survenues dans la province d'Oran n'avait pas tardé à se répandre de proche en proche dans les villes et dans les tribus de celle d'Alger. Ces villes (à Texception d'Alger) et toutes les tribus se trouvaient dans une situation identique à celle où était placée la province d'Oran au moment où Abd-el-Kader avait pris en main le pouvoir; elles avaient soif d'un chef assez puissant pour absorber tous les rivaux qui se déchiraient entre eux, pour ramener la paix, rendre les Arabes à leurs cultures et rassurer les hommes ennemis du trouble. Lorsqu'elles eurent appris

94 vsrtEsmm de pdissangs:.

qii*iin chef véritablraient digne de ce nom avait

airgi du côté de Touesi, que ce chef avait rendu la tranquilUlé au pays, immédiatament tous les yeux se tournèrent vers lui. Une députatiou de notaMes fut envoyée à Abd-el-Kader pour le prier de prendre en main le pouvoir et de faire pour le Tittery ce qu'il avait £ait pour le beylik d*Onui.

L'émir fut sans doute Hatté d*tuie démarche qui ouvrait devant lui un nouvel horizon^ À vrai dire, le traité qu'il avait conclu avec le général Dcsnûchel» ne s'opposait pas à ce qu'il élevât des prétentions sur Tancien beyiiiL de Tittery, puisque» dans ce traité, il n'avait pas même élé question de limites. Gependaat il est probable qu'Abd*ei-Kader conçut quelques inquiétudes sur la manière dont la France envisagerait cette augmentation de territoire. U se liorna donc à faire aux députés uue réponse qui, en leur laissant l'espérance, lui donnait le temps de sonder le terrain avant de pi endre une résolution.

Une drcoostance favorable se présentait de con-* naître les dispositions de la France. Afin de mettre un terme aux tiraillements qui avaient constamment existé entre les généraux commandant à Or^m * et le général en chef, et d'imprimer une direction unique tant à la politique qu'aux opérations militaires, un gouverneur général venait d'être envoyé à Alger. C'était le général Drouet d Krlon. L'ému prit occasion de Tarrivée du gouverneur pour con*

naître ses intentions à Tégard de la province de Tit-

tery. En conséquence, il lui adressa une lettre de félicilalîon qu*il loi fit porter par -ce même Ben* ▲rrach, qui avait élé si Jieureux une première fois dans ses négociations avec le général Desmichels. < Le kalid Miloud-l>en-Ârrach, disait-il, vous informera de tont ce qui nous regarde. Je le charge de vous denoander vos vues sur la manière d'établir la tranquillité dans tous les distriete, soit maritimes, soit de rintérieur, sur ks plages d'Alger et d Orm^ dans les plaines et les montagnes, depims Thtmm et Mas4Sêru jusqu'à Médéah et ks environs d'Alger. •»

Abd-el-Kader posait ainsi d'une manière incidente k question de souveraineté sur tous les pays autres qne tes quatre villes que nous occupions dans les {provinces du centre et de l'ouest, et cette question» il la tranchait à son avantage.

L'émir attendait, non sans quelque anxiété, la réponse du gouverneur, car si le général Drouet d'Ërlon n'admettait pas qu'il eiU à s'occuper du gouvernement des Arabes en dehors de la province d'Oran, il lui dirait qu'il n'avait à entrer avec lui dans aucune explication sur des questions qui ne le regardaient nullement. Abd-el-Kader allait donc savoir s'il lui était permis d'aspirer, sans rompre le traité, à régner sur la province de Tittery comme il régnait déjà sur celle d'Oran.

La lettre du |;ouveme«r était de nature à autori*

ser toutes ces prétentions* On y lisait les incertitudes de rbouiuie qui, nouvel arrive dans un pays» sans parti pris, ni de son côté» ni du côté du gouvernement qui l'envoie» n'a reçu qu'une insU uction, celle de vivre, coûte que coûte» en paix avec Abdel-Kâder» et de ne se mettre jamais dans le cas de demander 4es renforts à la France» laquelle» agitée par les tentatives du parti révolutionnaire, a besoin de toutes ses troupes pour assurer sa tranquillité. Des insinuations de Témir à l'égard de rancien beylik de Tittery» il n*en était pas même question.

Celte réponse n'était sans doute pas une autorisation» mais elle n'était pas un veto. Il est donc probable que» débarrassé de Sy-el-Âribi» de Moustaptiaben-Ismail et du cheikh EUGhomari» encouragé par le général Desmicbels» qui l'engageait lui-même à marcher sur le Tittery, l'émir aurait dès ce moment réalisé les espérances qu'il avait lait concevoir aux députes de Médéali, lorsque le choléra, éclatant avec violence au milieu de son armée» Tobligea à suspendre rexéculion de ses projets.

Mais avant que la cessation du fléau pût lui permettre de se porter sur la province de Tittery, deux faits graves étaient survenus. D'une part» Abd-el- Kader, placé entre les dénégations du général Desmicbels à Fégard du second traité» et l'affirmation par lui de son existence, avait envoyé au général Dronet d'Erlon, par l'intermédiaire du juif Ben-Du-

rand, une copie de la pièce sur laquelle le commandaat d'Oran avait apposé sou cachet. Le gouverneur avait vu dans celle pièce, demeurée inconnuejusquelà, un trailé secret, presque une trahison; il avait demandé et obtenu le changement du général Desmichels et son remplacement par leg^ënéral TrézeL D'aulre part, Abd-cl-Kader avait fail demander au gon verneur général les coins de Tancienne régence» annonçant Tintenlion de s'en servir pour batlre monnaie, et, par conséquent, de faire acte de prince indépendant. Cette révélation et cette demande avaient éclairé le gouverneur sur l'interprétation qu'Abd-el-Kader donnait au trailé du 26 février et à son corollaire. Le général Drouet d'£rlon se trouvait donc mal disposé à son égard lorsque, dans les derniers jours du mois de décembre 1834, l'émir rentretint de nouveau de la nécessité où il était de céder aux vœux des habitants de Médéah et de se porter dans la province du centre pour y rétablir l'ordre et mettre fin aux dissensions entre les tribus. Le général Drouet d'Erlon, plus explicite que la première fois, fit connaître à Abd-el-Kader qu'il désapprouvait tout projet, tant sur la province de Tittery que sur celle de Gonstantine; il ajoutait:

€ Je vous ferai remarquer que le général Desmichels n'a jamais eu de pouvofar que dans la province d'Oran, et qu'il n*a pu, par conséquent, rien stipuler de ce qui concerne los

96 JXTENSION DE PUlSbAAGE.

antres provinces de randeone régence*, fin nUerprétaotde

la maïuère la plus large le traité passé avec vous, aii mois de février, vous ne pouvez avoir de prétenlions que sur la province d'Oran, limitée^ comme il a plu à la souveraineté de la France de le faire. Mon intention, en ce moment, est que vous ne dépassiez pas, à l'est, le Chélif inférieuretla hvière de fiiou jusqu'à Godjidaii. Gouvernes^ <:e pays suvant Ja loi musulmane et la justice de Dieu, nous serons amis; mais nous ne pouvons vous permettre d'entrer dans la province de Tittery. Ce qui s y passe me regarde, et je ne suis pas en guerre avec ses habitants. Je n'ai point encore de projet arrêté pour former des établissements français a lilidah et à Buufcink; mais lorsque je le croirai de i luiérôt de ia France, je le larai sans m'embarrasier di^ personne. >

Cette réponse était noble et digne de la France; mais les actes allaient bientôt se trouver en désaccord avee les paroles. Cependant la ieUre du général firouet d*Erlon eut au moins pour conséquence ffarrêler momentanément ALd-el-Kader. II comprit, d*un côté par renvoi du général Trézel à Oran, de Tautre par la fermeté du gouverneur, qu'il y aurait imprudence à donner cours à ses projets ; et puis, en ce moment môme le fanatisme nmsulman lui créait à Tintérieur des difficultés dont il fallait triompher avant de se porter plus loin. En effet,

1. Cela était vrai en droit, mais non en fdt, car le général Desmichels avait stipulé que U général commandanl à Alger n'anTŒU pas de pouvoir tur les Arabes 'qui v knéirai efU dans eeiH-vilH avec PawMisaHm de leurs éhefs.

quelques tribus, lui reprochant le traité du 26 féwier, avaient été jusqu'à proclamer que Tanciea moudjahed n'était plus qu'un infidèle, auquel il ne fallait plus payer rimpôU L'émir se porta immédia-* tement sur ces tribus, qui recevaient leurs inspirations des fila de Sy*el*Aribi, et se trouvaient établie» le long du Chélif. Il était donc en présence de Cft noaveau Rubieon, lorsque loi parvint la nouvelle qu'un cherif du désert, nomuié EI-Hadj-Moussa, était entré à Médéab sur l'appel des habitants, qui, fatigués de réclamer vainement rintervention du [ils âe Midihi'-el-fitnt s'étaient donnés au premier indi«vidu qui ieur avait paru assez fort pour les protéger. Cet événement mit lin aux hésitations de Témir» Voyant que le gouverneur ne s'était pas opposé à la prise de Médéah par El-Uadj-Moussa, il en condul naturellement qu'il ne se serait pas opposé davantage à ses projets, s'il les avait réalisés. Dès ce nKH ment, sa résolution fut prise. Il passe le Chélif et marche sur Médéah» suivi des contingents de la province d'ûran et de deux bataillons réguliers* De son côté, El-Hadj-Moussa sort de la ville pour lui offrir le combat et s'avance du côté de Miliaoah» proclamant et faisant proclamer par les Derkaouas^ qui l'accompagnent, que Dieu loi a promis la vic<* totre et que les canons d'Âbd-el-Kader ne partiront

1, Ordre religieux composé des musulmans les plus fanatiques.

100 EXTENSION DE PUISSÀ^GË.

pas. Ce bruit, mille fois répété, s'était répandu jusque dans rarmée de Témir, et y avait jeté une sorte de déiaoralisalion. Pour arrêter la désorganisation qui menaçait ses troupes, Abd-el-Kader dut leur promellre que si, comme l'annonçaient les Derkaouas^ ses canons ne faisaient pas feu, il reconnaîtrait dans ce fait la preuve de la Yolonlé de Dieu et se soumettrait immédiatement à Ëi-Hadj-Moussa»

On peut juger par cet exemple de Tétat du peuple dont le jeune sultan avait entrepris la régénération. Que par une circonstance quelconque le leu ne se communiquât pas à la première pièce, que la poudre fût avariée, qu'un artilleur se fût laissé corrompre, c*en était fait de son pouvoir ! Mais le canon s*est fait entendre, et aussitôt ces soldats, incertains un moment auparavant, se précipitent d*un élan irrésistible sur un ennemi terrifié. Âu premier choc, les contingents du cherif se débandent, et lui-même n'échappe à la poursuite qu'en abandonnant aux mains du vainqueur ses femmes et ses enfants, qu'Âbd-el-Kader lui renvoya généreusement peu de jours après. Médéah s'empressa d'ouvrir ses portes à celui qu'elle avait si longtemps appelé ; l'émir y installa, en qualité de son khalifah pour le beylik deTittery, Mohammed-el-Berkani. Quant à Milianah, elle avait déjà donné Pèxemple de la soumission, et reçu comme kbalifah £l-Hadj-Mahhi-ed-Din-es- Seghir- Abd-el-Kader avait donc ouvertement con-

BXT£MSION DE PUISSANCE. 101

treyenu à riajonclioa que le gouverneur général lui avait transmise de ne pas traverser le Chélif. Dès lors un seul parti honorable restait à prendre : recourir aux armes et châtier rinfraclion que l'émir avait commise» non pas sans doute au traité du 26 février qui gardait un silence absolu sur la qucsliou des limites, mais au commentaire qui venait d'y être donué par le général Drouet d'Erlon. Ce parti, le gouvernement ne le prit pas; il fallait, pour le faire sortir de ce que nous consentons à nommer sa longanimité, Fheureuse défaite de la Makta.

Ne craignons pas de dire la vérité sur celte époque de notre histoire algérienne, aujourd'hui si éloignée de nous, d'avouer nos erreurs, car, autant que le génie d'Abd-el*Kader, elles expliquent la grandeur à laquelle il est parvenu. Tandis que le général Trézel, impuissant à dévorer Thumiliation infligée à la France, proposait de répondre à la prise de Médéah par une marche rapide sur la capitale même de l'émir, le gouverneur général envoyait à Abd-el-Kader,dam là vilh même qu'il venait dC occuper malgré sa défense^ le capitaine Saint-Hippolyte et le juif Ben*Durand pour lui porter des présents et lui proposer de substituer au traité Desmichels un nouveau traité, dont voici les bases :

1" Reconnaissanco de la souveraineté de la France ; 2<> Fixation précise du pouvoir de réunir, qui ne pourra

ë'exercr r que dans la province d Oran, limitée à Test par le Chélif depuis son embouchure jusqu'à sod coifluent avec rOoed-Rlou, et par la rivière de ce nom jusqu'à

Godjidali ;

S'^ Faculté pour les Français et les Européens de voyager dans la province d'Oran ; 4*> Liberté entière du commerce intérieur ;

5*> Engagement par Témir de ne faire le commerce d'exportation que paft les ports occupés par les Français; 6<> Tribut à payer par Abd*el-Kader et remise d'otages.

Le tribut est la coiiaéqueuce de la reconnaissance du droit de souverameté.

Mais pendant qa*Abd-el-Kader recevait à Hédéali

les envoyés du gouverneur général, un nouvel or^^e se formait contre lui dans la province d*Oran et le mettait dans k nécessité de retourner brusquement à Mascara. La faute que le général d*Erlon avait commise étaijL trop grave pour que Témir ne dterchât pas à en tirer parti contre nous. Nous venions de lui prouver combien était grand, de notre part, le désir d'oblciiir un nouveau Irai 16. Il lui suflisait donc d'en faire briller la perspective aux yeux de roffîcicr députe par le général d*Erlon, pour l'entrainer à le suivre dans la province de l'ouest* C'était un moyen de lui olîrir le spectacle d'une marclie triomphale au milieu de tribus, naguère insoumises» accourant aujourd'hui de tous côtés pour saluer leur sultan; c'était aussi une occasion de le présenter aux populations comme un envoyé chargé par la France

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£XT£KS10N m PUISSANCE

d'implorer la paix. L'effet produit lut immense. Quel était.donc, disaient les Arabes, le pouvoir de ee jeune chef qu'ils venaient d'acclamer, puisque la France elle-même se voyait réduite à solliciter son amitié? La conséquence qu'ils tirèrent de cette réflexion fut que, fiour eux, le meilleur parti à prendre était d'obéir.

Le surlendemain de son arrivée à Mascara, Abd« el-Kader, jugeant que la présence du capitaine Saint- Hippolyte lui était désormais inutile, se décida à le congédier. Toutefois, afin de ne point laisser entre- ▼mr à cet ofâeier le motif qu'il avait eu en l'entrâtlumtàsa suite, il lui remit une note indiquant à quelles condilmis il consentirait à traiter avec le ^'ouverneur général. Ën voici le texte :

l*' Les provinces qui sont sous la domination du prioce des fidèles et qui lui sont soumises resteront sous sa dé-

psodaace, conniie aussi le pays que possède le gouverneur général demeurera sous sa domination.

2** Quand l'émir jugera à propos de nommer ou de destituer les hakems (gouverneurs) de Médéah ou de Milianah, iî en préviendra le gouverneur général, afin qu'il les connaisse et qu'il puisse se servir de leur intermédiaire pour faire parvenir à l^émir toute dépécbe ou nouv^le qu'il aurait à lui transmettre.

3*> Le commerce sera libre pour tous; les Arabes seront respectés dans les marchés par les Français, comme les Français par les Arabes dans toutes les provinces sous la domination de Pémir.

k9 Le prince des iidèles achètera à Alger, par rentrcinise

104 £XT£NSION DE PUISSANCE.

du son oukil (mandataire), tout ce dont il aura besoin comme fusils, poudre, soufre, mortiers, etc.

L'émir rendra aux Français tous les déserteurs, et ré* cîproquement le goavemeur général en agira de même à regard de l'émir.

6*^ Si rémir projette un voyage sur Constantine ou ailleurs, il en informera le gouverneur général et lui en fera connaître le motif.

Ce projet n'était que le traité Desmichels aggravé, et n'avait d'ailleurs aucun rapport avec les propositions adressées par le général d'Erlon.Ni de prèS) ni de loin» il n'était question de la reconnaissance delà souveraineté de la France ; de restreindre ' la puissance d'Abd-el-Kader à la rive gauche du Chélil, pas davantage. Tout au contraire, en déclarant que les provinces qui sont soumises à l'émir resteront sous sa dépendance, Tarlicle 1' avait pour résultat de consacrer la prise de possession par Abd-el-Kader des beyliks de Médéali et deMilianah, et de nous renfermer dans les quatre villes d'Alger^ d'Oran, d'Arzew et de Mostaghanem. L'article 2, comme si l'article 1*" n'avait pas été assez clair, légitimait Toccupation de Médéah et de Milianah. L'article 3 seul nous était favorable en assurant la liberté du commerce. L'article 4 attribuait ouvertement à Abd-el-Keder le droit d'acheter des munitions de guerre, droit qui, inscrit dans la portion du traité Desmichels dont le gouvernement contestait la

valeur, devait être considéré par nous comme lettre morte. L'article 5 reproduisait 1q traité du 26 février; quant à Tarticle 6, il ouvrait à Abd-el-Kader les portes de la province de Gonstantine. Il est donc évident que, pour Témir, la remise au capitaine Saint- Uippolyte de la note ci-dessus ji*était qu'un moyeu d'éloig[ier cet officier de Mascara, au moment où il allait se trouver aux prises avec les difficultés qui avaient nécessité son retour dans Touest; quant à admettre que de semblables bases pussent servir de point de départ à des négociations sérieuses, Abd-el- Kader n'eut jamais une telle pensée. Aussi, quel ne fut pas son étonnement lorsque le général d'Erloa loi fit connaître qu'il venait d'arriver à Oran afin de se rapprocher de lui et d'entrer en pourparier ! Heureusement, le gouverneur général devait rencontrer à Oran un iiomme énergique qui lui ferait comprendre le danger de ses tentatives et ramènerait à f renoncer : nous avons nommé le général Trézel. Le général d*Er1on céda aux représentations de son lieutenant, et partit pour Alger sans avoir donné suite à ses projets.

Ainsi grandissait Abd-el-Kader, et déjà des hauteurs où nos fautes l'avaient élevé, il entrevoyait sans doute de nouveaux horizons pour sa puissance et Tcxpulsion, hors de la terre musulmane, des chrétiens qu'il espérait, sinon vaincre, du moins réduire par la fatigue.

LA MAKTA.

VU

Propositions des Douairs et des Zméîas. — Ajournement. — Conventioii du camp du Figuier. — Combat de ^ouiey-lsmaei. — Défaite de la Makta.

Il faut s'en féliciter pour la France, le traité du

26 Icviier ne devaiL plus avoir une longue existence.

Nûub avons dit plus haut qu'Abd-el-Kader s'était » vu forcé par les événements survenus dans la province d'Oran de précipiter sou dc^)ai L de Médéah. En effet, vers la ûn du mois de mars 1835, quelques chefs des Douairs et des Zmélas étaient entrés en pourparler avec le général Trézel, et lui avaitoffiert de^ se souuieUre à la coudilion que les deux tribus formeraient, comme du temps des Turcs, le makhzm de la proviuce, relèveraient directement du com-

LA MAKTÂ. 107

mandant d'Orau, et viendraient s'établir à JUeseï*giiin, où rarmée construirait à leurs fiaii> un klockbaiis pour les protéger.

Le général Trézel avait prêté une grande attention à ces propositions, qui oflTraient à la France des avantages considérables. Il en écrivit au général Srouet d'Erlon, et loi demanda Tautorisation de traiter d après les bases indiquées. Le gouverneur générait préoccupé ea ce moment même de Tidée de conclure avec Abd-el-£ader le nouveau traité doot il lui avait fait coommniquer les bases par le capitaine Saint-Hippolyte, comprenant les conséfienees qu^ime oonventi(tt a?ec les Dooairs et les Zinélas pourrait avoir au point de vue des négociations avec l'émir, répondit au général Trézel qu'il ajouniait toute décision jusqu'au voyage qu'il annonçait devoir foire prochainement dans la province d*Oran. Le général Drouet d'£rlon an iva dans cette ville vers le commencement de juin 1835, et après s'être fait rendre compte de la situation, il prescrivit au général Trézel de tratner l'affaire en longueur et de se maintenir dans mw position qui pût permettre ^acee^plus tard les offres d^ Douairs et des ZmUas ou de les rejeter. Mais les événements devaient domina cetle politique peu digne d*iin grand peuple* En ^et, à peine le général d'iilrlon est-il parti pour Algor, que l'émir, infomié par Ben*Ikhou, son consul à Oran, des pourparlers qui ont eu lieu entre

108 LA MAKTA.

les Douairs et les Zmélas, d'une part, et le général Trézel, de Taulre, donne Tordre à ces deux tribus de quitter leurs cantonuements et de se porter vers rintérieur de la province. L*agha El-Mezari est chargé de les contraindre en cas de désobéissance*

Deux partis s'offraient aux Douairs et aux Zmélas : obéir, et alors abandonner leurs biens, leurs moissons encore pendantes, toute leur fortune; ou se jeter dans les bras des Français. Ce fut à cette dernière résolution qu'ils s'arrêtèrent. Ils envoyèrent des députés au général Trézel pour lui faire connaître leur détermination et lui annoncer que, loin d'obéir à El-Mezari, ils faisaient, afin de se rapprocher d'Oran, un mouvement pour l'exécution duquel ils icclamaient son secours. Cet officier général n'était pas homme à refuser son appui à des tribus qui s'éUiciU compromises à cause de nous. Les événements qui marchaient à grands pas n'avaient point été prévus par le gouverneur; par conséquent, il ne se considérait pas comme lié par les instructions qu'il lui avait laissées.

Le général Trézel sort donc d'Qran et vient s'établir à Meserghin, dans une position d*où il couvre les Douairs et les Zmélas, annonce à ces deux tribus qu'il les prend sous sa protection^ et signe avec leurs chefs la convention suivante, qui a reçu le nom de convention du Figuier :

LA MAKTA.

damp du Figuier , le 16 juin 183&.

Art. l«^ Les tribus reconnaissent la souveraineté du roi

des FVançais et se réfugient sous son autorité.

Art. 2. Elles s'engagent à obéir aux chefs musulmans qui leur seront donnés par le gouverneur généraK

Art. 3. Elles livreront à Oran, aux époques d'usage, le tribut annuel qu'elles payaient aux anciens beys de la province*

Art. k. Les Français seront bien reçus dans les tribus,

comme les Arabes dans les lieux occupés par nos troupes.

Art. 5. Le commerce des chevaux, des bestiaux et de tous les produits du pays, sera libre, pour chacun, dans toutes les tribus soumises; mais les marcfaandises destinées à rexportalion m pourront être embarquées que dans les ports qui seront désignés par le gouverneur général.

Art* 6. Le commerce des armes et des munitions de guerre ne pourra se faire que par l'intermédiaire des autorites françaises.

Art* 7< Les tribus fourniront leurs contingents ordinaires toutes les fois qu'elles seront appelées par le commandant d Oran à quelque expédilion militaire dans les provinces d'Afrique. Pendant la durée do ces expéditions, les cavaliers armés de fusils et de yatagans recevront une solde de deux francs par jour, et les hommes à pied, armés de fusils, un franc. Les uns et les autres apporteront au moins cinq cartouches. Il leur sera donné de nos arsenaux dix cartouches. Les chevaux des tribus soumises qui seraient tués au combal seront remplacés par le gouvernement français.

Art. 8. Les tribus ne pourront commettre d'hostilité sur les tribus voisines que dans le cas où celles-ci les auraient attaquées, et alors lë commandant d'Oran devra être pré*

lia LA UASJA.

venu sur-le-champ alia quli leur porte secours et proteetion. ^

Art. 9. IiOrsqne les troupes françaises passeront, chez * les Arabes, tout ce qu'elles demanderont pour la subsistance des hommes et des chevaux sera payé au prix habituel et de bonne loi.

Art. 10. Les différeads entre les Arabes seront jugés par leurs kaïdâ et leurs kadhis; mais les a lia ires graves de tribu à tribu seront jugées par le Jcadhi d'Orau.

Art. 11. Un chef choisi dans chacune des tribus résidera à Oran avec sa famille.

Cette conveation était la rupture du traité du 26 février, non pas, si l'on veut, du traité soumis à rapprobaiîon du gouveroeoieut, mai» de Tartide â de racle sur lequel le général Desmichels avait apposé son cachet. Est-il nécessaire de faire remarquer l'importance de la coiivenlion du camp du Piguier ? Soumission de deux des plus importantes^ tribus de la province à Tautorilé des chrétiens; payeineiit d'un tribut ; alUanee offensive et défensive : telles en étaient les principales conséquences. Il y avait loin de là au traité Desmichels qui, interprété dans son sens le plus étroit, consacrait le pouvoir d'AJbd-elr&aéer mt toutes les portions de la province d'Oran qui n'étaient pas occupées par les Français à la date du 26 février 1834, et par conséquent sur les Douairs et sur les Zmélas*

Le général Trézel a prévu le désespoir que va éprouver le gouverneur en appreuwt les nou-

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veUes de la province d'ûran; il s'efforce de TarracheF à la déplorable influence qa*exerce sar lai le jaif Ben*-Durand, consul d'Abd-el-Kader à Alger. Après avoir tracé au général d*Erlon le récit des éfénements qui ont suivi son départ d'Qran, la nécessité où il s>st vu de prendre un parti immédiat et de marclier au secours des Douairs et des Zmélas :

li «si impossible, écrit-il, que» dans un tel état de choses, je ramène les troupes à Oran* Il faut que Fémir s'amende,

qu'il consente à ce que les Douairs et les Zmélas restent placés sous notre autorité immédiate, qu'il renonce au droit qu'il s'arroge de faire abandonner leur territoire aux tribus cfui confinent à celui d*Oran. Le la! laisser exercer, c*est le reconnaître souverain indépendant et absolu, et, comme il me récrit, maître de ne pas laisser entrer même un oiseau à Oran, et de traiter les Arabes comme bon lui semble, sans que nous ayons à nous mêler de ses aiïaires ; c*est consentir à ce qu'il consomme la ruine de ces deux tribus pour effrayer les autres, et place Oran dans un désert de huit lieues de rayon ; c'est enfin prendre un parti aussi honteux pour la France que cruel pour les malheureux qui ont imploré son appui.

Le général terminait sa lettre par ces nobles paroles : %

Je n'aunis pas le courage d^àecepter, même la rfq>on8abiUté d'exécution, d'un ordre de retraite, et si les instructions formelles du cabinet pouvaient obliger un de nos plus

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anciens et de nos plus glorieux chefs à le donuer, je Y0118 prierais de me ie faire traûsmettre par mon succeaseor.

En même temps, le général Trézel écrit k Abd-el-

Kader pour lui confirmer la résolution où il est de rester fidèle au traité du 26 fé?rier et de \ivre en paix avec lui; il lui tait remarquer que Texpressiou de déserteur ne saurait s'appliquer aux individus, et encore moins aux tribus,qui préféreraient à son gouvernement celui de la France; il termine enfin en annonçant la ferme volonté de protéger lesDuuairs etlesZmélas.

Abd-el-Kader pouvait d'autant moins reculer que, dans sa pensée, il ne faisait que réclamer Texécution pure et simple du traité qui lui avait « donné le commandement de tous les Arabes de la province. » Il répondit au général Trézel :

Vous savez à quelles conditions le général Desmichets s'est engagé avant vous, et vous m'avez fait les mômes promesses à votre arrivée de nous rendre chaque homme qui aurait commis une faute et se serait sauvé chez vous, et cela quand bien même il ne s'agirait que d'un seul individu. A combien plus forte raison doit-il en être ainsi lorsqu'il s'agit de deux tribus. Les Douairs et les Zmélas sont au nombre de mes sujets, et, d'après notr^ loi, j'ai le droit de faire d'eux ce que bon me semblera. Aujourd hui, si vous ôtez votre protection de dessus ces tribus, et que vous me les laissiez commander comme autrefois, rien de mieux ; mais si vous voulez contrevenir à ce qui a été convenu,

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mandez votre consul Abd-Allah auprès de vous, car, quand bien même les Douairs et les Zonélas entreraient dans Cran, je ne relirorais pas la main que j'ai levée sur eux, à moins qulls ne fassent pénitence de leur faute. Notre religion me déiend en efîet de me prêter à ce qu'un musulman soit sous la puissance d'un chrélien ou d'un homme d'une autre religioD. Voyez donc ce qu'il vous conviendra de faire; autre* ment, c'est Diea qui décidera*

Il était facile de prévoir, au langage tenu de part et d'autre, que les hostilités ne poiïvaient tarder à se produire ^ £lles commencèrent le 25, dans une rencontre fortuite, et se terminèrent le 28 juin par le malheureux combat de la Makta, qui, avec celui de Sidi-Brahim et la rètraite de Gonstantine, forment les plus douloureux épisodes de nos guerres d'Afrique. Les restes de la colonne, qui se composait, au début, de 2600 hommes, rentrèrent à Arzev^, après avoir eu 280 tués, 500 blessés et 17 prisonniers qu'Abd-el-l^ader prit sous sa protection. Nous avions perdu en outre un canon, plusieurs caissons et un certain nombre de voitures remplies de blessés qui furent égorgés par les Arabes.

L'avantage qu'il venait de remporter n'abusa pas l'émir. Son armée était victorieuse, il est vrai, mais elle avait essuyé des pertes bien autrement considérables que les nôUcs. Pas une tribu, pas uu douar ^

1« Abd-el-Kader avait prescrit, sùus pe%n$ de mort, à ses soldats de ne point attaquer et d'attendre le premier feu.

lU LA MAK I A.

presque pas une famille qui ne complat une vicliaie! Aussi, en rentrant à Mascara» au lieu des acclama* tions qu'il pouvait espérer, ce fui par les cris de désespoir des veuves et des enfants qu*il se vit ac-* cueilli. Abd-el-Kader prévoyait d'ailleurs ce qui allait arriver; il savait que la France, qui porte si haut rorgueil militaire, ne resterait pas sous le coup d'une défaite et qu'elle saurait tirer vengeance de celie <iu'elle venait de subir.

Cette défaite, que tout à l'heure nous ne craignions pas de qualifier d'heureuse, eut en effet pour l'Algérie des conséquences que nos victoires n'avaient pas obtenues. Elle fit sortir ropiniun publique de l'espèce d'apathie oii elle vivait par rapport à nos possessions d'Afrique, força le cabinet à marcher en avant, fit rappeler enfin un gouverneur, illustre débris de nos vieilles phalanges, mais à qui son . grand âge, ses glorieuses fatigues d'autrefois avaient enlevé l'énergie et l'activité nécessaires pour mener à bien une semblable guerre. Quant à l'infortuné général qui seul avait vu juste dans les allaires de la province d'Oran, qui seul avait compris qu'il y allait de rhonneur de la France de ne point livrer à !a vengeance d'Abd-el-Kader des tribus implorant notre appui, il quitta l'Algérie, objet de terreur pour les Arabes, qui parlent encore avec effroi du borgne* 9

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