Le général Trèzel avait perdu un œil
lA MAKTA.
r^etté de tous ceux qui, juges impartiaux de la
sUuation, avaient vu en lui un officier Lrave, énergique, mais trahi par la fortune. Il fut remplacé par le général d'Ailanges, et le général comte d'Erlon par le maréchal Giauzel.
YIII
Préparatifs d'attaque et de résistance. — Un bey in partibus. —
Tenlatives de rapjuûclieiiient. — Marche bur }dai>cara. — L'uiir proscrit. — Incendie de Mascara.
Dans la session de 1835, M. Thiers déflnissait ainsi le système jusqu'alors ^uivi en Algérie : « Ce n'est pas de la colonisation ; ce n*est pas de la grande oc* cupation, ce n*est pas de la petite; ce n est pas de la paix , ce n'est pas de la guerre : c*est de la guerre mai laite. »
De la guerre mal faite parce que le soldat manquait de courage et les chefs de la science du commandement? Assurément non; mais de la guerre mai faite parce que la guerrCi n'étant qu'un moyeui a besoin d'un but. Or ce but n'existait pas. Les pages qui précédent ont prouTé, la suite des événe-
ments qui nous séparent de 1841 prouvera combien M. Thierjs avait raison* Malheureusement, ce que M. Thiers disail à propos du général Ûrouet d'Erlon, son adversaire politique, devait être également vrai pour le maréchal Glauzel, qui, commelui, appartenait à Topposition dynastique. Aussi, le général Bugeaud pouvail-il, avec autant de raison que M. Thiers en 1835, dire à la tribune de 1838 : « Ces expéditions, qui n'étaient que des coups d'épingle, n'ont eu d'autre résultat que de forcer les Arabes à se jeter dans les bras d'Abd-el-Kader. »
Nous Tenons d'essuyer l'échec de la Makta. Pour détruire l'effet produit par cet événement et donner à l'opinion la satisfaction qu'elle réclame, le gou* veruement a résolu de répondre à cette défaite par l'occupation de la capitale de l'émir, et, afin d'éle* ver cette campagne à la hauteur d'une démonstration politique, d'autoriser M. le duc d'Oriéans à y prendre part. Jugeant les événements qui se passaient de l'autre côté de la Méditerranée avec des idées tout européennes, il avait supposé qu'il suffirait de s'emparer de Mascara pour amener Abd-el<- Kixder à implorer la clémence du vainqueur. Les faits allaient se charger de démontrer au cabinet combien il avait tort de raisonner ainsi*
De son côté, Abd-el-Kader se disposait à la guerre. Il avait appris par les espions qui le servaient , soit à Alger, soit à Oran, qu'une armée se préparaît à
venger sur sa capitale Téchec de la Makta , et que le fils da Roi devait foire partie de Texpédition. Dès lors, son plan fut arrêté. Il savait trop bien, même par rexpénence de son récent triomphe, qu'il 7 aurait folie de sa part à opposer en rase campagne ses hordes indisciplinées et \e& deux bataillons régu* liers qu'il était parvenu à former, à une armée de 12 000 Français; il ne commeltra paÀ cette faute. C'est dans Mascara, dans les jardins qui l'entourent, qu^il concentrera la résistance; et li, grâce à la connaissance des lieux, aux abris que pourront présenter des murailles, il est certain de triompher 8*il parvient à traîner la guerre en longueur, à la prolonger de dix ou douze jours, et par ce moyen à épuiser les approvisionnements et les munitions que nous devons porter avec nous. En conséquence, il fait fermer les brèches de la ville, construire des ouvrages en terre derrière lesquels s'abriteront les Kabyles que lui amènera Bou-Hamedi, et placer sur les remparts quelques mauvaises pièces de canon, jadis endouées, et dont on est parvenu à ouvrir les lumières. Onant à lui, voltigeant avec sa cavalerie autour de Tarmée, il s'efforcera de l'inquiéter, de suspendre sa marche, sachant bien quMl réduira la durée du siège de Mascara d'autant de jours qu'il parviendra à nous arrêter en route. Tel est le plan conçu par Abd-el-Kader. Gr&ce à ses soldats, il ne devait pas réussir, mais il reposait sur
un principe malkeureusemeut trop vrai, puisque» Tannée suivante, il devait amener notre échec devant Gonstantine.
En même temps qu'il se prépare à la résistance, l'émir ne renonce pas à Tattaque» car Fatlaque, habilement dirigée, doit jeter l'inquiétude au milieu de nous et éparpiller nos efforts. Aussi, tandis qu'il fait harceler par les tribus les plus voisines les Douairs et les Zmélas, réfiigiés sous le canon même d'Oran, il donne Tordre à son khalifah de Milianah de Iftdier dans la Metidja les belliqueux Hadjouths, et de serrer Alger, comme il fait serrer lui-môme le chef-lieu de la province de Touest, qu'il réduit encore uue fois à la plus cruelle disette.
Cette situation de blocus ne se modifia qu^au bout de quatre mois par l'arrivée des troupes destinées à ftiire partie de Pexpédition. Devant les rassembleinents français qui se concentrent à Oran, les rassemblements arabes ^éloignent et disparaissent pour aller rejoindre Àbd-el-Kader sur la route de Mascara, à un endroit appelé Sidi-Embarek.
Ëntin, le 27 novembre 1835, Tarmée se met en marche sous les ordres dû maréchal Glauzel. Elle s'attend à de grands événements, à une conquête sérieuse, définitive, car le maréchal a fait connaître avant son départ Vinlention d'occuper définitive* ment Mascara et d'y placer, comme bej, Ibrahim, Tun de nos serviteurs les plus dévoués*
Les quatre premiers jours s'écoulèrent sans que l'on eût aperçu l'ennemi; à peine si dans lejointaia on distinguait quelques cavaliers suivant les mouyements de l'armée : de résistance» imlle part. C'est qu'avant d'en venir aux mains, Abd-el-Kader avait voulu faire un Sûprème effort en faveur de la paix. Il connaissait tous les débals qui s'étaient produits à la tribune ^ ; il n'ignorait pas que le gouvernement ne s'était décidé que sous la pression de l'opinion publique à envoyer des renforts en Algé^ rie; il se rappelait les dernières tentatives du général d'Ërlon pour arriver à conclure un nouveau traité avec lui ; de toutes ces circonstances, il conclut que la paix était péut-ètre encore possible.
En conséquence, Abd-el-Kader se décide à envoyer Tun de ses principaux ofliciers, Bel«Âziz, au chef indigène qui commande les contingents arabes de notre armée, à Ibrahim, déjà bey de Mostaganem, et que le maréchal Glauzel s'est engagé à nommer bey de Mascara. Bel-Aziz était chargé de Caire pressentir à Ibrahim les dispositions de Témir, de lui assurer que sa loi religieuse seule Tempèdiait de proposer la paix, mais que la France l'obtiendrait
1. On a nié qu'Abd-el'Kader fût tenu au courant de nos débals pailraentaires; c'est une erreur. Nouaavons eu entre les mains plusieurs lettres qui ont été saisies lors de la prise de la-^ma]ah, et nous y avons trouvé une analyse très-ézacte d^s discours prononcSs à la Irlbune , arec le nom des orateurs.
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si elle voulait la demander. Toute ne^^ociation étant impossible sur un semblable terrain, Bel-Âziz regut Tordre de quitter le camp.
Dès ioi's Abd-el-Kader n'avait plus d'espoir que dans la guerre , mais, fidèle au plan qu'il s'est tracé, il se borne à nous inquiéter par quelques démonstrations sur nos lianes et notre arrière-garde, sauf à profiter des fautes que nous pourrions commettre. Ne sait-il pas que, grâce aux impedimenta qui alourdissent notre marche, il lui sera toujours facile.de nous devancer à Mascara, où il a résolu de se défendre. Mais Âbd-el-Kader avait compté sans les Arabes, qui devaient en quelques heures détruire toutes ses combinaisons.
Ën apprenant que notre armée a forcé le passage de Sidi-Embarek ; que, par conséquent, elle n'est plus qu*à quelques heures de Mascara,^ sans se préoccuper des dispositions que Fémir a pu prendre pour couvrir sa capitale ou pour y combattre, les Hachems, les Gharabas, les Beni-Ghougrftn, tous les individus des tribus voisines qui n'ont pas suivi leur sultan, fondent sur la ville, comme autant d'oiseaux de proie, et, sous prétexte qu il ne faut pas laisser tomber les richesses qu elle contient et les approvisionnements que leur maître y a accumulés, entre les mains des chrétiens, ils la met Lent eux-mêmes au pillage. A la nouTelle qu'ils ont été devancés dans celte œuvre de dévastation par leurs frères des tri-
122 idASCARA.
^ bus, les contingents qui marchent avec Abd-el-Kader se débandent aussitôt pour prendre part à la curée* et Témir demeure avec ses deux bataillons d'infanterie régulière et 200 caTaliers environ.
Abd-el-Kader, suivi de ces faibles débris de son armée, voie à Mascara, espérant rappeler à leur de* voir les hommes qui l'abandonnent. Efforts inutiles 1 il assiste au désarmement de ses soldats, an pillage des magasins, où sa prévoyance a entassé les munitions qui devaient l'aider se défendre. Il veut parler aux pillards, mais ceux-ci ne reconnaissent plus la voix de leur sultan. L'émir, accusé de trahison, menacé par les siens, seul contre des for* cenés qui ont repris leurs instincts sauvages, reconnaît que la lutte est inutile. Il se relire, le cœur dévoré par l'indignation et le dégoût; disons le mot, il fuit, se dirigeant vers Cacherou, où il espère • trouver sa famille. Mais* sa famille n'a pas été pins que lui à l'abri de l'insulle et du piOage*; elle a dû chercher un refuge dans les bois de Sfisef. A Khesi- ^ bia, de nouvelles avanies l'attendent. Les Hachemsi «c'est-à-dire les hommes de sa tribu, cemqui ont vécu du bien de son père, de sa fortune à lui, sont les pretniers à lui reprocher un désastre dont ils sont la cause première. Sa tente, ils la déchirent en lambeaux; ce qu'elle renferme, ils se le par f agent; et, pour dernière insulte, El-Aouari, agha des Haehems^jharabas, lui enlève le parasol, signe du
commandement, témoignant ainsi qu'il n'était plus digne d'être le sultan des Arabes. Abd*el*Kader, brisé, anéanti, apprend enfin quel est Tasile choisi par les siens; il parvient à ralteindre. Mais, au lieu des cris joypux qui recevaient naguère le maître revenant de la guerre sainte, il est accueilli par des pleurs et des cris de détresse. Ce fut alors qu*à sa vieille mère, lt^sa femme, qui accouraient lui demander quelques paroles de consolation, il fit cette réponse , qui indique bien la situation de son àme : « On aura pitié de vous, parce que vous êtes des feaunes; pour moi, on n'aura pas un mot de pitié, parce que je suis un homme. »
Quelques heures ont donc suffi pour renverser la puissance d*Abd-el-Kader et pour en faire d'un sul-^ tan un proscrit. Pendant ces graves événements, qu'est devenue Farmée française? Elle a continué sa mardie sur Mascara, étonnée d^avoir vu disparaître si soudainement ces cavaliers, ces fantassins, qui, la'veilie au soir, couronnaient encore toutes les hauteurs et semblaient prêts à lui disputer le passage. Cependant elle n'avance qu'avec circonspection, car elle craint un piège : k EUBordj eniin, le maréchal Glauxel recueillit de la bouche d*un juif fugitif divers détails sur les événements de Mascara, sur le pillage de la ville, l'arrivée d*Abd-et-Kader * et sa fuite. Dès lors, la disparition de cette armée qu'il croyait à chaque instant avoir à combattre est
expliquée pour lui. Il se précipite audacieusement
en avant, suivi de son état-major, du duc d*Orléans, de quelques cavaliers d'escorte» et arrive presque seul devant Mascara. Le bonheur voulut qu'il n*y eût pas dans la ville vingt hommes pour lui en fermer les portes, et dans la campagne cent cavaliers pour enlever avec lui Théritier présomptif de la couronne. Kien ne saurait mieux démontrer le désordre qui régnait dans la contrée et l'état d'impuissance auquel la révolte avait réduit Abd-el-lvader.
Le maréchal Glauzel était, comme on le voit, servi aussi bien que possible. par les événements : la puissance de Témir se trouvait anéantie, son prestige détruit, Mascara abandonnée, excepté par quelques juifs, par quelques coinmerçants du M^&b qui avaient su délendre leurs biens du pillage. Rien ne venait donc mettre obstacle à ce qu'il occupât Mascara, point central d'où il pouvait couvrir le pays placé entre cette ville et la mer, propager la désertion parmi les tribus qui, comme les Hachems et les Oul&d-sidif^Messaoud, offraient d'abandonner la cause de Témir. Celte occupation était d'autant plus fiicile à réaliser qu'en admettant que le maré* chal ne voulût pas laisser une garnison française dans une ville éloignée de 70 kilomètres de la côte, il avait sous la main les Douairs qui, au nombre de 4000, proposaient de garder Mascara pour le compte • de la France. Nous ajouterons que les approvision-
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ncments étaient assurés pour longtemps, car les maisons regorgeaient de grains qui n'avaient pu être enlevés, et, dès le lendemain môme de rentrée des Français, les Arabes avaient commencé à amener au marché les bœufs, les moutons qu'ils avaient volés & leur ancien maître.
Que serait-il arrivé si le maréchal Glauzel eût, à cette époque, réalisé les intentions qu'il avait manifestées avant son départ de Mostaganem? Peutêtre la guerre eùl<«lle été réduite de dix années. Mais, hélas î nous en étions encore à cette période fatale de notre histoire aigérienne que M. Thiers caractérisait si bien par les paroles que nous venons de rappeler. Le maréchal Glauzel s'arrêta au seul parti qu'il n'aurait pas du prendre, celui d'abandonner Mascara. Entré dans cette ville le 6 décembre 1835, il annonça, le 8, à l'armée stupélaite qu'elle allait reprendre le chemin de Mostaganem. On prétend que le motif de cette.brusque détermination fut la nécessité où ^e trouva le maréchal de faire transporter immédiatement en France le duc , d'Orléans, qui venait de tomber grièvement malade. Gette explication ne parait pas adnûssible, car si elle peut donner, jusqu'à un certain point, la clef de la retraite, elle ne justifie pas la non-occupation d'une position aussi importante que celle de Mascara. A la responsabilité de cette faute, doit-on aiouter la responsabilité de Tordre qui aurait été
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donné par le gOQfeinenr général de détruire pêêt
rincendie unç ville qu'il ne voulait pas conserver ? Nous ne le croyons pas. Sans doute, Topinion eon* traire est généralement admise , et l'autettr des Amales algériennes, qui faisait partie de Fexpédition» accuse formellement le maréchal d*aTok transmis cet ordre impolitique et sauvage, qui devait avoir pour résultat de forcer les Arabes à se jeter dans les bras de l'homme dont ils venaient de renverser la puissance* Le maréchal Gkuuel, quoi qu'on en ait dit, y demeura étranger.
Nous avons vu que les Douairs et les Zmélas avaient apporté leurs contingents à l'armée dans l'expédition de Mascara, le concours de ces deux tribus puissantes n'élait pas seulement la conséquence de la convention passée avec le général Trézel; il avait été acheté moyennant l'engagement pris le 8 octobre, par le maréchal Glauad» de nommer bey de Mascara Ibrahim Boiichnak, déjà bey de M ostaganem. Il est donc évident que Tabandon de la première de ces villes constituait un manque de parole vis-à-vis des Douairs et des. Zmélas. Ceux-ci en conçurent un ressentiment d'autant {dus lif» que iôO d'entre eux étaient propriétaires, à Mascara, de maisons qui avaient été féquestrées par fémir, après la reprise des. hosli* lités , et dans la possession desquelles ils avaient compté pouvoir rentror. Blessés dms leurs inlé-
rêls, indignés de voir méconnue la convention du
8 octobre^ mais, d'un autre côté, déddés à ne point laisser leurs propriétés retomber dans les mains de rennemi, ils prirent la i^ësolution d'y mettre le feu. A peine nos troupes ont-elles commencé leur DMHiveinent de retraite, que de toutes parts s'élèvent vers le ciel des torrents de fumée. L'armée, dont les tètes de colonnes s*éloignaieDt déîà, ifît dans cet incendie rcxécution d un ordre de son général; de leur côté, les partisans d'Abd-^l-Kader propagèrent cette crojaiice, parce qu'elle serrait fat cause de leur maître. Il n'eu était rien, de qui , prouve, au surplus, que le maréchal resta étranger àœt évéuenient, c'est que lai-mème et son étatmajor, surpris par le feu, pressés par les Ûammes, tarent contraints d'évacoer la ville avant le momoit fixé pour le' départ, et d'abandonner plusieurs dépftis considérables de cartouches, faute du temps nécessaire pour les enlever. Le bonlieur voulut que Tincendie s'éMgntt bientôt faute d'aliments; et surtout grâce au hasard d'une de ces pluies comme
9 en tombe en Afrique. Nom ne fômes donc pas forcés de reconstruire Mascara lorsque, cinq années après, nous ea prîmes définitiveuMit poises* sion.
liS lendraiain du départ de nos colonnes, un
lioiume s'arrêtait en deliors de Tune des portes de la YiUe; il était suivi d'un seul serriteur et réduit.
pour s'abriter contre les torrents de ploie qui tom-
baient^ à dresser lui-même une mauvaise tente éduippée au pillage, et à ramasser de ses mains quelques débris pour entretenir le feu qui devait le protéger contre la bise déchaînée : cet homme, c'était Abd-el-Kader. Le voici abandonné de tous, proscrit, mais se dressant comme un reproche silencieux vis-à-vis de ce peuple qui Ta trahi, après lui avoir tant de fois juré de le suivre aveuglément Cependant peu à peu le bruit se répand parmi les Arabes que ce sultan, qu'ils ont cra fugitif, est aux portes mêmes de Mascara, vivant d*un peu, d*orge grillée que lui a apportée Tun de ses derniers ser- ' viteurs, Sid-el-Hadj-Bokbari. Soudain, un revirement s'opère parmi eux. Ils accourent.... mais la bonté et la crainte les tiennent éloignés de la tente où repose leur ancien sultan ; ils n'osent affronter sa vue y et demeurent à distance, silencieux et consternés. Quelques chefs, toutefois, qui ont la conscience d'avoir iaii leiu* devoir, puisque, jusqu'à la dernière heure,* ils ont lutté contre le torrent, s'avancent vers Témir. Celui-ci les accueille avec bienveillance et les fait asseoir à ses cAtés. Dés événements qui viennent de s'accomplir, pas un mot, comme pas un reproche pour ce peuple qui, non content de ravoir délaissé, Va insulté et s'est partagé ses dépouilles. Abd-el-Kader se borne à annoncer à ses derniers fidèles qu'après avoir reconnu Timpos-
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sibilité de supporter plus longtemps le fardeau d'un pouvoir qu*il airaiC accepté dans l'intérêt de la religiou» 11 a pris la résolution d aller avec sa famille finirse^ jours au Maroc.
c Seulement» ajoute l'émir, les tribus qui m'a- Tûent appelé à les commander ne voudront pas, par respect pour elles-mêmes, que celui qui fut leur sultan soit désormais à la merci de la misère. Je leur demande donc, ou de me faire rentrer dans les biens qui m*ont été pris, ou dè me donner, à titre de présent, les moyens de pourvoir à mon existence et à celle des miens, snr le territoire de Mouley Âbd-er-Rahman. Vous ferez connaître la décision des tribus à El-Hadj-Djilali*. »
Puis, après avoir serré une dernière fois la main de ceux qui l*entourent^ et leur avoir adressé ses adieux, Abd-el-Kader sort tranquillement de sa tente et monté à cheval. Mais ce peuple, qui tout à rtieure dévorait sa honte en silence, à peine a-t-il appris la résolution Je son sultan, que soudain il se précipite, se jette à terre pour emnècher son cheval d'avancer, tandis que d'aulros, baisant ses mains, son burnous, ses étriers, implorent leur pardon et le coDjui ent d'oublier leur conduite criminelle. C'est le souvenir de son père qu'ils in* voquent; c'est en même temps le nom du Dieu