Trésorier de l'émir
pour lequel ils ont combattu ensemble, pour lequel ils lureol combattre encore; c*est entia rin-*
ceudie de leur cité qui appelle une vengeance. S'il refuse d*ètre leur chef, c'est aux chrétiens eux-
mèiiics qu ilbiiout eu demander un.
A ces derniers mots» Abd-el-Kader, qui jusqu'alors a résisté, est vaincu. Il s'agit pour lui d'un devoir religieux : sa résolution est prise*
« Qu'il soit iaii, dit-il, selon la volonté de Dieu I Seulement, rappelez-vous que pour vous laisser un souvenir toujours présent de votre liahison et des serments que vous venez de me faire, jamais je ne rentrerai, autrement que pour prier à la mosquée, dans une ville que vous avez laissé souiller par les cbrcliens. Bappelez-vous encore que je punirai de mort tout individu qui entrera en relation avec rennemi, en commençant par Maameur^ que je condamne, pour ce fait, à être pendu. »
Le jugement fut immédiatement exécuté, et Abdel-Kader put se convaincre qu'il était obéi c<Mnme par le passé. C'est à cette exécution que se borna la vengeance de Témir. A tous ceux qui Bravaient été coupables qu'envers lui, Abd-el-Kader accorda le plus généreux pardon, et jamais il ne fit allusion à la trahison dont Mascara avait été la première victime. Il poussa même si loin Tonbli, que, quel-
1. Cet individa était Ynn de ceux qui s'étaient le plus compromis par ses rapports avec les Fiançais.
MÂSGABA. 131
ques jours après , El-Aouari, agha des Hachems- Gharabâs, étant venu lui rapporter, avec ses excuses, le parasol qu'il lui avait cuievé :
« Garde-le^ dit-il> car peut-être un jour tu seras
sultan. »
Cette parole ironique fut la seule punition infligée
à Kl-xVûuari, que Témir alla jusqu'à maintenir dans sa position première.
Telle était la fortune d'Abd-el-Kader, tel était le prestige qu'il exerçait déjà sur les Arabes 1 £n quelques tieures, il était tombé du souverain pouvoir et rédoit à la position d'un proscrit ; trois jours après, ^ grande par lie grâce à nos fautes, le proscrit se rdewt plus puissant qu'il n'avait été jamais, car le peuple sentait qu'il avait besoin de beaucoup se dévouer^ pour se faire beaucoup pardonner.
132 TLEMSEN.
Négoc ii ons. - El-Gbomari.— Expédition de Tlemsen. — Les
Kouloughlis. — Contribution et bastonnade. — Les Arabes se jettent dans les bras d'Abd ei-Kader. — Occupation du «US; chûuar. — Câmpagnc sur ie Chélif . — Le camp de la Ttfna. ^ Le général Bugeaud. — Combat de la Sikak. — Abd-el-Kader abandonné.
Aumoment où Abd-el-Kader, fugitif et abandonné des siens, se retirait auprès de sa famille, un événement qui devait avoir des conséquences importantes se passait de notre côté. L'un des chefs les plus considérables du parti de Féinir, et son meilleur homme de guerre, El-Mezari, qui jusque-là avait maintenu sous l'autorité d' Abd-el-Kader une portion des Douairs, dont l'autre moitié avait passé sous nos drapeaux, faisait sa soumission entre les mains du maréchal ClauzeL El-Mezari était le neveu
TLEMSEN. 133
de Mousta{>ha-ben-Isiiiail, qui, comme nousTuvoiis TU, s*était enfermé dans le imd^mr de Tlemsen avec 750 koulûughlis, et avait résisté depuis lors a tous les efforts d'Abd^el-Kader.
La nouvelle de celte défection avait causé èFémir une douleur tellement vive, qu*il ne fut pas assez niaiUe de lui pour la dissiinuler. En la recevant, on Tentendit s^écrier : « Qu'ai-je donc fait à Mezari pour qu'il m'abandonne ainsi? » Personnellement, Abd-el-Kader n*avait usé que de procédés généreux à r égard de ce chef indigène; il lui avait témoigné constamment une grande considération, et s'était plu à le combler de faveurs en rapport avec les services que cet homme de guerre lui rendait. Mais Ei*Mezari n'ignorait pas combien ces faveurs lui avaient suscité de jalousies et de haines de la part de certains conseillers, qui cherchaient à se venger en le perdant ; il savait aussi qu'un Maure d'Alger, Bouderba, qui était en relations constantes avec Abdel-Kader, l'avait accusé d'entretenir avec les Français une correspondance active. Ces diverses circonstances lui faisaient apinéhender que ses ennemis ne parvinssent à ourdir une trame assez habile pour éveiller le cloute dans Tesprit de l'émir, el mettre ainsi sa téte en péril. Ces craintes furent la cause de la défection d'El-Mezari, et, par conUe-coup, de rexpédition de Tlemsen.
Moustapiia-ben-Ismail, enfermé depuis plus d'une
134 TLEMSSN.
aunée dans le mechoiuir de cette ville, était entré
une première fois eu relation avec le goiiéral Trczel,
auquel il avait demandé des secours, que cet officier
général, lié par les insU actions du général d'Erlon, n'avait pu lui accorder. La défection d'£l-Mezari assurait maintenant à Maustapha un puissant avocat auprès du nouveau gouverneur ; il se décida en con^ séquence à reprendre, sous les auspices de son neveu^ des négociations qui n'avaient encore produit aucun résultat utile. Grâce aux instances d'£l* Mezari, le maréchal Glaïud prit le parti, sans même réclamer Tautorisation du ministre de la guerre, d'aller déliver Mousiapha et ses compagnons. Une expédition contre Tiemsen fut donc résolue, mais résolue comme tout se faisait alors, sans conviction, sans même savoir ce que i on ferait du mAclu)uar^ après en avoir retiré les kouloughlis.
Le marécliai Ciauzel, arrivé le 12 décembre à Mostaganem, repartit presque immédiatement pour Ora% d*oiL il espérait pouvoir s élancer sur Tiem*' sen après avoir donné deux ou trois jours de repos à ses troupes. Mais il avait calculé sans les néces* sités des immenses approvisioniiements que comportent les armées régulières et les lenteurs qu^ila entraînent. Pris louL à coup d'un excès de dècoui agement, le maréchal, qui venait de promulguer peu de jours auparavant Tarrôté qui divisait en trois beylil£s la province que le traité ûesmichela avçiit
TLËMS£N. 135
cédée à AM-cl-Kader, se décide à entrer dans la Toie des négociations avec ce même émir, dont, moÎDS d'un mois auparavant il repoussait les avances, dont il n*y avait pas huit jours il annonçât la destruction dans une proclamation datée de Mestaganem. Quelle idée Abd-el-Kader devait-îl se faire d'un pouvoir qui agissait avec une pareille inconséquence! Ne devait-il pas se convaincre, de plus en plus, qu'à force de le fatiguer, il parviendrait à Tentralner à abandonner T Algérie, ou du moins à n'occuper, comme les Espagnols au Maroc, que quelques villes du littoral. Ces n^ociations n'abou* tirent point, non pas qu'Abd-el-Kader eût retusé d'y prêter la main, mais parce qu'il fut oWigé de se porter brusquement sur Tlemsen, alin de protéger cette ville contre les Angades arrivant du sud au secours de Moustapha-ben-IsmaU. Aiosi l'émir se
trouvail avoir siumllanément sur les bras une année .française, les nombreux contingents d'une des plus puissantes tribus saharieiiiics conduites par le fils de ce même £l-Ghomari qu'il avait fait traduire, peu d'années auparavant, devant un tribunal et condamner à mort pour trahison ; enfin les défenseurs du mechouar.
Mais Abd-el-Kader a calculé qu'il a le temps de
frapper un grand coup sur les Angades avant que nos troupes aient pu se mettre en mouvement. Il
s'avance donc à marcbe forcée sur Tlemsen, met en
136 TLBlfSHN.
pleine déroute les contingents d*£l-Gbomari, qui est lui-même blessé à mort. Tranquille désormais de ce côté, il n'a plus à se préoccuper que de Tarmée française et des kouioughlis du mechouar.
L*occupation de cette espèce de citadelle par ' Moustapha-ben-Ismali dérangeait singulièrement les plans qtt*Abd-eI*Kader aurait pu former. Il ne pouvait songer & défendre la ville, comme il avait tenté de le faire pour Mascara, car avec le mechouar qui ouvrjfa ses portes aux Français, avec le 7ne«ehûuar d'où l'ennemi pourra tirer sur ses troupes, la résistance est impossible. Il ne lui restait donc qu'un parti à prendre : faire le vide devant notre armée et évacuer la ville.
Cette évacuation, comme on peut se le figurer, donna lieu à un effroyable désordre^ chacun s'ef* forçant d'enlever ce qu'il avait de plus précieux et les défenseurs du mechouar d'exercer des représailles sur une population qui , depuis trois ans , leur avait fait endurer toutes les souffrances. Mais enfin l'ordre d'Abd-el-Kader fut exécuté, et lorsque, ^ le 13 janvier 1836, Tarmée pénétra dans Tlemsen^ elle n'y trouva que les juifs pour la recevoir. Quant aux habitants, ils s'étaient réfugiés à quelques lieues de la ville, sous la protection des troupes d*Abd-el- Kader, qui attendait, dans une position formidable que , comme ils l'avaient fait pour Mascara, les Français abandonnassent Tlemseo*
TLËMSËN. la?
Trois jours après y être entré, le maréchal ClauzeU qui, depuis Oran, n*avait pas rencontré d*ennetnis, chargea deux brigades d'attaquer ïémir dans sa position d'Achouba. Le gouverneur s*attendait à une résistance désespérée; il n'en éprouva cependant aucune, grâce & i^une de ces circonstances avec lesquelles Abd-el-Kader eut si souvent à compter, et qui exercèrent parfois une influence considérable sur ses projets. Le matin même du jour où les deux brigades Pcrrégaux cl d'Arlanges sortaient de Tlemsen, s'avançant vers Achouba, quelques hommes appartenant à Tinfantcrie régulière de Témir s'étaient oubliés à fumer près delà koubba (tombeau) d'un marabout située au milieu de leurs campements ; cette inadvertance constituait un manque de respect à l'égard du saint personnage. La nou- Telle s'en était aussitôt répandue dans l'armée, qui, dès lors, persuadée que le marabout ne manquerait pas de demander à Dieu la punition de riusulte qui lui avait été faite, jugea qu'il n*y avait paâ de combat possible dans des conditions aussi défavorables. Vainement Abd-el-Kader fait-il appel à ses troupes frappées d'une terreur superstitieuse; tout est inutile. Son infanterie se débande dans di- * verses directions, et iui-^mème se voit forcé de battre en r^raite avec sa cavalerie, laissant à notre discré- -tion une partie de la population de Tlemsen, que nos colonnes poussèrent devant elles et obligèrent à
13S TLEMâ£N.
rentrer dans la ville. Les Arabes avaient déjà oublié les serments quW avaient faits i AiMi-el«Kader au
lendemain de noire entrée à Mascara 1
Le maréchal Glauzel, qui sTétait décidé à faire
rexpédition sans aatorisation, et dans Tunique bnt de délivrer les défenseors da medymar^ avait résolu, avant son départ d'Oran, d'abandonner Tiemsen comme il avait abandonné Mascara. Mais, arrivé sur les lieux, il comprit qa*une telle mesure était irréalisaMa, qu*il fallait continiier à occapo* lé chouar d'où nos troupes venaient d'arracher les koulougtilis, car autrement cVût été rendre meilleure la position d'Abd-el-Kader, puisque l'expédition n*aiirait en d*antre résultat que de feire tomber xitre ses mains une forteresse dont il avait en vain cherché à sVmparer.
La révélation tardive de cette nécessité plaçait le gouverneur général dans une situation embarrassante : comment payer les dépenses d'une occupalion non prévue ? Le maréchal ne s'arrêta pas devant cette difficulté, et il eut raison; mais le moyen qu'il employa pour y remédier eut des conséquences bien autrement graves que celles de la non-occupation de Mascara. Le maréchal Glauzel décida que, pour faire face aux dépenses de la petite garnison qu'il se voyait forcé de laisser dans le mcchouar^ une contribution spécide, et dont la quotité ne fut pas dV bord indiquée, serait levée sur la population indi-
TLËMSBN. 139
gène. Les kouloughlis, c*est-à-dire nos alliés, ceux qui depuis ptasiears années faisaient cause commune avec nous en résistant à Abd-el-Kader, qai nous avaient appdés comme des libécaleurs, gui s'élmnt « Kvrés à nous, les compagnons de lloustapha-ben- Isman furent condamnés» comme les habitants, à payer Timpôt.
Il n*y avait encore là qu'une fiiute politique; mais quel nom donner à Tacte que notre devoir d'historien nous oblige à rappeler? Une coraimission, présidée par Moustapha-ben-Mekallech qui, peu de jours après, devait être nommé bey de Tlemsen, et dans laquelle figurait un juif indigène, fut chaînée de ftrire rentrer la contribution. Impuissant à arracher aux gtorieux défenseurs du mec/tot^, ou aux habitants de Tl<»mscn ;car amis cl ennemis étaient compris dans la m^ne mesure), la part à laquelle il les imposait arbitrairement, le futur bey de Tlemsen, malgré les supplications adressées par Moustapha-bên-Ismaïl en faveur de ses soldats, ne craignit point de les soumettre à la bastonnade, et c'est sous les coups du bdton qu'il parvint à leur enlever, non point un or qu*ils n'avaient paSt mais les bijoux de leurs feiimies. Assurément, le marédial Glauzel ne donn pas un pareil ordre, mais il en toléra l'exécution, et la part de responsabilité qui lui incombe pour œ fait est œcore assez grande, puisqu'elle Ta obligé à se justiiier devant la Chambre
140 TLEMSËN.
des députés qui, protestant par son vote contre les actes commis à ïlemsen, alloua un crédit de 94 444 francs destiné à rembourser aux victimes les sommes perçues à Xàidt de procédés aussi indignes de la Fi ance. On eût voulu servir les intérêts d'Abdel-Kader qu'on n'eût pas agi autrement que la commission de Tlemsen.
Les conséquences, au surplus, ne se firent pas attendre. L'émir fait proclamer partout le récit de ces événements et annoncer que c'était sur les ordreiï d'un juif que des musulmans avaient été livrés aux mains des chaouchs. Ce fait n'était pas rigoureuscment exact ; mais pouvail-on exiger de Témir de dire que ce personnage avait été beaucoup moins occupé à compter les coups de butoii infligés qu*à estimer des bijoux qu'il prenait pour son pro» pre compte, sauf à verser dans les caisses du trésor le montant d'une évaluation arbitraire. Ce qu'Abd-el-Rader n'oublia pas, au surplus, fut de faire remarquer aux Arabes que si nous nous con«* duisionsde cette manière avec nos amis, il leur était facile de prévoir le sort que nous réservions à nos ennemis.
A ces nouvelles, habilement propagées, les contingents de toutes les tribus, jusque-là indiffé*rentes, courent se ranger sous les drapeaux de l'émir, et les Angades, ses ennemis la vieille encore de notre arrivée devant Tlemsen, lui conduisent ces
TLEMSËN. 141
mêmes chevaux de soumission qu'ils amenaient au maréchal ClauzeL Quelques jours après, les conséquences des fautes commises se firent sentir lorsque, voulant s'ouvrir un chemin ju$qu*à la mer, le gouverneur gcncral poussa une reconnaissance vers la Tabla. Abd^et-Kader , abandonné le 15 janvier h Achoubapar son armée, pouvait déjà, le 25, opposer au maréchal une force de 12000 hommes décidés à une résistance désespérée. Après deux combats livrés sans résultat les 26 et 27 janvier, le maréchal Clauzel donna Tordre à ses troupes de se replier sur Tlemsen , et Abd-ctl-KadeiBtfput faire publier, non sans quelque apparence de raison aux ;eux des Arabes, qu'il avait remporté la victoire. Toujours est-il que le maréchal ne réalisa pas le projet qu'il avait formé de percer jusqu'à la mer. C'est dans Tune de ces deux rencontres qirAbd-el- Kader fut blessé pour la première fois à Tépaule.
A son retour à Tiemsen, le gouverneur général organisa définitivement le bataillon qu'il devait laisser pour occuper le meclwuar, et après l'avoir placé sous les ordres du capitaine Gavaignac, il reprit le chemia d'Uran, harcelé par les Arabes, qui, ne pouvant s^expliquér ces pointes poussées vers 1 intérieur, mais toujours suivies de retraites, crurent encore une fois que Farmée fuyait devant eux. £n arrivant à Oran, le maréchal Clauzel, que sa récente proclamation de Mostaganem eût dû cepen^-
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dant rendre plos cirooiisfiecl, annonça à rarmée
qu'Abd-^l-Kader était Taincu et la guerre terminée; puis il |iu1it paat Alger, laissant le '«Mnmandemeut de la proFinceau général Perrégaux, et celui de la place an général d'Arlan^es, qui Tont être, pendant quelques mois, et avec des diances diverses, te plus directemenl engagés avec Abd-el- Kader,
Au i^nlemps de Tannfie 1836, le général P^régaux tit une ei^pédition au milieu ées tribus voi* skies du Ghélif , qui , subissant depuis longues anx^sriailuence de la famille des Sf-£i-Aril», s étaient toujours montrées moins faTOraMement disposées pour Abd-el-JLader« Cette expédition ne donna lieu 4}u*à quelques eomluls insif nifiiHits dont le plus important fut la surprise du camp de Uabib-bou-Almi, aghades-Gharabas. Mais les résnitate olkenus au* raient dû ouvrir les yeux au gouvernement, et lui pron?^ qa*en attisant les haines, en favorisant les rivalités, on pouvait idcilemeat arriver à former un noyau de résistance indigène contre l'émir, et miner son pouvoir avant qu'il fût arrivé à un tel degré de grandeur qu'une armée de 106000 hommes devînt nécessaire pour le reaverser« Le général Perr^aux, pendant une excursion de seize jours, parcourut un grand nombre de tribus, qui, non contenles reconnaître notre autorité, s'empressèrent d'alimentar la colonne, eomme an lendemain de noirs