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ronce d'une éclatanle victoire, firent preuve d'une rage frénétique. On les vit se précipiter sur nos canons, sur la boiomiette de nos soldais, combatUe corps à corps avec eux, et nous faire éprouver, dans une retraite compromise, une perte de 300 hommes.
Au bruit de cet avantage, de nouveaux contingents étaul accoui us se ranger sous les drapeaux d'Abdel-Kader, il dut nous considérer comme une proie certaine. L état de la mer ne permettait pas d'arrivages ; nos soldats, rédnits à vivre d*nne poignée de riz, allaient jusqu'à se disputer la chair des chevaux morts de faim ; une affreuse catastrophe étût imtsà* neute, si des secours ne parvenaient promptement. Ils arrivèrent enfin. Après quarante-neuf jours de Uocus, le général Bugeaud débarquait à la Ta&ia à la tête de trote régiments venant de France.
Dès ce moment, la positicm se trouvait complète* ment modifiée. D'une part, ce renfort permettait de reprendre l'oflensive ; de l'autre, Arabes et Kabyles, fatigués d^une longue attente, éloignés de chez eux, au moment où. leui; présence était réclamée par les travaux de la moisson, avaient commencé à regagner leurs tribus. Le général Bugeaud sut profiter de ces circonstances pour ramener presque sans combat à Oran des troupes dont ia moitié était épuisée par les privations, et Abd-el-Kader, désolé, reprit le chemin de Nedroma. Il ne se doutait pas que l'homme qui venait de lui arracher des mains
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fat coloaue du général d'Arlanges, après avoir été rinsfrument momentané de sa grandeur, serait un jour i'iaâtrument principal de sa chute.
En attendant, le général Bugeaud devait préluder à ces jours de triomphe» et faire oublier momentanément nos malheurs passés, par Vune des victoires les plus complètes que, jusque-là, nous eussions remportées sur Abd-el-Kader. Le général avait reçu une double mission : débloquer le camp de la Taina, ravitailler la garnison du mechouar. Il «venait d*en accomphr la première partie avec bonheur; il allait accomplir la seconde avec un bonheur plus grand encore. Un mois, jour pour jour, après son débai quement à la Tafna, le général Bugeaud, chargé du convoi qu'il devait conduire à Tlemsen, rencontrait rémir sur les rives de la Sikak, et, par une retraite simulée, il l'amenait à passer la rivière et à accepter le combat dans une position qui, en cas de dé* laite, devait amener un désastre : 250 hommes lais*séssur le diamp de bataille, liOO blessés, 130 prn sonniers, 6 drapeaux, 500 fusils, la plupart sortant de nos arsenaux, donnés ou vendus à Abd-el-Kader pendant la période de paix qui avait suivi le traité Desmichels ; tels furent les résultats de cette journée*
Après ce combat, la France n'avait encore qu'à vouloir pour anéantir la puissance d'Abd-el-Kader; elle en laissa échapper l'occasion. En eûet» malgré le souvenir de récents avantages, malgré les ser-
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ments qu'ils lui ont faits à Mascara» le jour où ils le forcèrent à reprendre le pouvoir, les Arabes, vaincus, ne songent plus qu'à regagner leurs douars, Abd-el-Rader se voit abandonné de tous, même des débris de son infanterie régulière, et le soir de cette Journée, pour lui si fatale, errant à l'aventure, il ne trouve qu'une vieille femme qui, sans le connaître, lui indique son chemin et lui donne quelques figues sèches pour soulager sa faim. Une marche de l'armée sur Mascara, Toccupation de cette ville, et toutes les tribus, fatiguées de la guerre, rassurées par notre présence, accouraient se ranger sous notre obéissance; c'en était fait du pouvoir du jeune sultan. Mais le général Bugeaud se trouvait lié sans doute par les instructions du cabinet.
Abd-el-Kader n'ayant plus d'armée à commander, songea qu'il avait du moins un devoir à remplir. Le lendemain du combat, il se dirige vers Nedroma, où l'on a transporté une partie des blessés de laSikak. Aux uns, il fait entrevoir comme consolation les récompenses d'en haut qu'ils ont gagnées dans les combats du Seigneur : « Si Dieu a permis qu'ils fussent blessés, c'est qu'il a voulu les marquer afin de les reconnaître au jour du jugement; » aux autres, il prodigue ses soins; à tous il apporte un soulagement ou maïériel, ou moral. Les Kabyles qui lui ont fourni leurs contingents dans les précédents combats s'émeuvent à ce
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spectacle inaccoutumé et Fentourent; quelques acciâmations se font entendre, et bientôt ces acclamationS) répétées de domr en douar^ viennent apprendre à Mascara qu*Abd-el-Kader est toujours le sultan. C*est qu*en effet, profitant du trouble occasionné par la nouvelle de sa défaite, un homme s*est levé chez les Beni-Amers, qui a eu la prétention de prendre la succession de Témir. Les Arabes, ront accueilli avec faveur. Gomme tous ces eheurfas que nous avons dû combattre, il promet aux musulmans qui se lèveront à sa voix les secours d'en haut, et, aussitôt, se produisent dans les tribus ces scènes de désertion dont l'histoire de l'Algérie est parsemée, qu'elles aient eu lieu, en faveur d'Abd-el- Kader ou à notre avantage.
Le pouvoir de cet inspiré ne fut pas de longue durée. Indigné de ce nouvel abandon, après les serments qui lui ont été faits, l'émir réunit les Kabyles des environs de Ncdroma, quelques cavaliers qui lui ont été amenés par son beau-frère, Moustaphaben-Tiiami, et jure de ne pas descendre de cheval avant d'avoir ch&tié l'imposteur et les insensés qui l'ont suivi. Il tint parole, et les Uibus révoltées se considérèrent comme fort heureuses d'obtenir leur pardon en livrant à Témir le fanatique qui avait eu la pensée de se poser comme son compétiteur.
La situalion n'était donc pas modiûée pour Abdel-Kader. En Tespace de sept mois, sans tenir
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compte de quelques petits comLalb inblgiiiflants» trois grands événements se sont accomplis, dont nous n*ayons pas su tirer avanfage, et qui auraient pu entraîner la chute de l'émir. A la suite de notre luurche sur Mascara, sans môme avoir éprouvé un seul échec sérieux, Abd-el-Kader avait été trahi par ses troupes, et renversé par ces mômes tribus qui l'avaient élevé au pouvoir; à la suite de Texpédiiion de Tlemsen, il avait été délaissé une seconde fois par son armée, frappée d*une terreur superstitieuse; à la suite, enfin, du combat de la Sikak, il s*était vu une troisième fois abandonné de tous, réduit à demander un refuge à quelques pauvres Kabyles des environs de Nedroma. Et cependant, chaque lois Àbd-el-Jîader s*est relevé plus puis^sant que jamais! Après ces trois événements, destructifs pour tout autre que pour lui, rien n'est modifié, ni dans sa position, ni dans la n6tre, sauf que nous avons remplacé par un bataillon français les 750 kouloughiis du mechouar. Gomme par le passé, nous sommes bloqués dans ûran, dans Ar- ' • 5çew, dans Moslaghanem ; comme par le passé, Abdel-Kader est maître de tous les espaces situés en dehors de la portée de nos canons. Sans doute, un tel résultat était dû en grande partie aux incertitudes du gouvernement, a rignorancc où nous étions alors de tout ce qui touche aux Arabes ; mais il serait injuste de ne pas en chercher également la cause
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dans le génie de ce jeune homme qui, longtemps
convaincu qu'il avait reçu de Dieu la mission de délivrer du joug chrétien une terre musulmane, sut puiser dans un pi olond senliment religieux rénergie qu*il déploya pendant quinze années, el fut, en dér linitive, le Pierre TUermile de rislaujibiue«
L£ TRAITÉ D£ XAFNA.
Première expédition de Oonstantine. — Tegdemt. — Le blocus d'Oraa et Beo-Durand.— Le général Bugeand à Oran. — Sa mission. — Projets de campagne. — Négociations. — Ravitaillement de Tlemsen. — Embarras du général Bugeaud. Il se décide à traiter. — Ses péripéties. — Traité. — - Erreurs de traduction. — Batiâcation.
Les deux expéditions dirigées par le aiaréclial Clauzel dans la province d*Oran avalent du moins produit un résultat utile : elles avaient convaincu le gouverneur, qui, mieux que tout autre» savait à quoi s'en tenir sur ses proclamations,, que le système suivi jusque-là était désastreux, qu'il fallait se résoudre à occuper les points principaux de la ligne de Tell, Médéah, Milianah, Mascara, Tlemsen et ConsiaiUiue, ou prendre son parti d*étre bloqué dans Alger et dans Oran, comme les Espagnols dans Melilla. Restait à faire partager cette conviction au
cabinet, et c'est dans ce but que le maicchal .^c rendit à Paris. Il ne lui fut pas difficile de prouver qu'il était nécessaire de conquérir la province de TiUery et d'occuper Conslantine. Le gouyemement is'eiiipressa de donner son adhésion à ce double projet; mais, ces prémisses admises, il ne yoolut pas en admeUre les conséquences, car ces conséquences se traduisaient "par nn renfort de 10000 hommes que demandait le maréchal Glauzel. C'est à cette fatale économie que nous fûmes redevables de l'échec de Constanline.
Ën entreprenant la conquête de cette ville, nous faisions trop bien les affaires d'Abd-el-Kader pour qu'il cliercbàt à nous créer des difficultés; car, de deux choses Tune: ou nous triomphions d'Ahmcd- Bey, et alors, délivré d*un rival odieux, parce qu'il était le dernier représentant de la domination turque en Algérie, l'émir pouvait réunir contre nous rensemble des forces arabes dont une partie obéissait à une influence autre que la sienne ; ou nous étions vaincus, et, dans ce cas, la défaite nous allaiblissait, peut-ùtre môme nous amenait-cllc à mettre à exécution cette idée d'abandon que, depuis 1835, il voyait discuter chaque année à la tribune ; enfin Ahmed-Bey avait cherché à s'étendre du côté de Médéah et à s'emparer du pajs qu'Abd-el-Kadcr occupait; à tous ces points de vue, il était dangereux.
Ces réflexions conseillaient à l'émir de ne point
154 TRAITÉ DE LA T-\t^iS'A.
gêner notre expédition. Il adopta en effet le parti de l'abstention absolue» et il en poussa si loin les con* séquences qu'il ne s'opposa même pas au ravitaillement du mechouar de TIemsen, qui s'opéra sans obstacle. Abd-el-Kader scntaîL d'ailleurs que, quel que fût le résultat de Texpédilion de Constantlne, il fallait se disposer à la guerre » et il n'avait pas trop de temps pour s*y préparer. Dans la dernière campagne, il avait vu nos troupes pénétrer jusqu'à Mascara et à Tlemsen. Ces deux pointes ?ers l'intérieur lui avaient démontré le danger qu'il y aurait pour lui à placer ses approvisionnements dans des villes aussi rapprocliées de la cô(e ; dès lors, il avait conçu le projet de porter sa véritable ligne de défense sur la lisière même du Tell, et de créer loin de nos attaques» des centres dont II espérait faire de véritables arsenaux. Abd-el-Kader réalisa en partie cette pensée durant la paix qui suivit le traité de la Tafna ; mais» dès 1836» il commença à la mettre à exécution en faisant relever les remparts de Tancienne ville de Tegdemt ^ qu'il destinait à devenir sa capitale. Les ruines de cette cité prouvaient assez quelle avait été son antique splendeur. « Les murailles » « dit M. Defrance, enseigne de vaisseau, prisonnier « de Témir» à l'époque où commencèrent ces tra- « vaux» les murailles avaient sept coudées d'épais-
1. Tegdemt était situé au sud-est de Mascara, sur la lisière du Tell , et à 160 kilomètres de la mer.
< seur dans le bas ; à quelques pieds du sol, elles « s'élevaient en retrâit et n>n présentaient plu$ que « cinq. Neuf tours en défendaient rapproche. » On doit juger^ d'après ces renseignements, de Timportance qtt*eût pu avoir dans Tavenir une forteresse de cette nature, les diilicultés que nous eussions éprouvées à transporter à une aussi grande distance de la côte le matériel indispensable pour abattre de tels rempartSvMais ces projets nécessitaient du temps pour être mis complètement à exécution, et la Fratfce ne le laissa pas à l'émir.
Abd-el'Kader était occupé à présider à ces travaux, que rînsouciance arabe traînait eu lon^^iieur, lorsque lui parvint la nouvelle de notre échec devant Constantine (novembre 1836). Dès ce moment, la situation changeait complètement de face; il fal* lait profiter de noUe malheur sur un point pour nous accabler sur tous, sauf à se trouver ensuite en présence d'Ahmed-Bey. Des ordres sont en conséquence transmis à ses principaux cbefs, afin que de tous les côtés à la fois Taltaque rccoiniiienee, ' Les Hadjouths, commandés par Mohammed-es*- Seghlr, klialifali de Milianali, se répciiidcnt dans la Metidja, brûlent plusieurs fermes près de Boufarik, tandis que les Gharabas resserrent le blocus d'Oian, ralëvent le troupeau de l'administration, et, une fois encore, réduisent la ville aux plus cruelles extrémités.
Abd-el-Kader devait chercher naturellemeDt à tirer paiHi de la posilion embarrassante où il venait de BOUS placer sous le rapport des approvisionnemenls. Aussi le voyons-nous députer au général de Brossardt qui commande à Oran, son ancien consul à Alger, le futur négociateur du traité de la Tafna, Ben<-Durand enfin. Cet homme habile, surtout lors* que son intérêt se trouvait en jeu, était chargé de tenir au général le langage suivant : « La garnison française a besoin de blé et dé viande ; Témir a besoin de fer, d'acier et de soufre. Que chacun donne à Tautre ce qui lui mangue, et tout le monde y trouvera son avantage ; car si tou^ deux peuvent, il est vrai, se procurer, celui-ci du blé et de la viande, celui-là du- fer, de Pacier et du soufre, ce n'est qu'en payant ces divers objets le double de ce qu ils valent; que l'on s'entende, cl le bénéfice sera réciproque» Au surplus, ajoutait Ben- Durand, ne craignez rien, cette proposition ne vous engage à aucune démarche envers l'émir : Abd-el-Kader n'apparaîtra pas plus que vous dans le marché, il n'y aura que moi. Je vous vends des bœufs ; vous me vendez dq l'acier et du soufre; seulement l'émir saura que les bœufs sont pour vous « comme vous saurez que le fer et le soutre sont pour lui. »
Le général de Brossard accepta ce singulier marché, qui lui mis immédiatement à exécution.
En réalité, cet arrangement était tout à l'avantage
d*Abd-eI*Kader, car il obtenait ainsi par noire entremise des objets de première nécessité pom: la. guerre, et que leur poids ne lui permettait pas dMntroduire par le Maroc ; tandis que nous» dominant la mer, nous pouvions toujours ravitailler la place, sinon de manière à nous procurer tout ce qui était nécessaire , du moins suffisamment pour ne pas avoir à craindre d*être réduits par la famine. Il paraît, du reste, que Témir fut satisfait du traité passé avec Ben-Durand 9 car lorsqu'il vit approcher le moment du ravitaillement du mcchouaï\ il n'hésita pas à donner Tordre à cet Israélite d'entrer en pourpai 1er avec le général de Brossai d et de lui oiïi ir de se charger de cette opération, Ben-Durand proposa donc au général de faire pénétrer dans la cita-, délie une quantité déterminée d'approvisionnements, à condition qu'il livrerait lui-même à Abd-el-Kadcr une quantité également convenue de fer, d'acier et de plomb. C'était appliquer au mechouar le même système qu'à Oran*
Mais, au moment de conclure , Abd-el-Kader simula l'intention de rompre le marché , et donna mission à Ben-Durand de faire connaître au général de Brossard le motif de ses hésitations. Le négociateur devait jouer vis-à-vis du général le rôle d'un indiscret, et lui confier que si l'émir hésitait, c'était parce qu'il n'avait aucune raison plausii>le à donner aux Arabes pour justifier à leurs yeux un arrange-
menl qui devait avoir pour conséqueuce de prolonger la résistance du mechouar. Il était donc chargé d'insinuer qu'il fondrait trouver un moyen de couvrir la responsabilité de l'émir vis-à-vis des niusulmans» et après en avoir présenté plusieurs qu'il savait inacceptables, il arriva enûn à la proposiliou que Témir désirait voir adopter: la restitution des 130 prisonniers faits au combat de la Sikak. À tous les points de vue, Abd-el-Kader ambitionnait ce résultat. Chaque jour il était obsédé par les familles des ' prisonniers réclamant leurs parents ; par le parti religieux, qui lui reprochait de laisser de iidèles musulmans dans les fers des chrétiens. Et puis, quelle gloire pour lui, quelle œuvre méritoire aux yeux de Dieu, que de faire rendre à leur pays des combattants de la guerre sainte l Le négociateur était habile ; il réussit. Les prisonniers de la Sikak furent rendus, et constituèrent ainsi les épingles du marche passé pour le ravitaillement du mechouar. Telle était la situation-de la province d'Oran lorsque le général Bugeaud y fut envoyé avec des pouvoirs spéciaux qui le rendaient presque indépendant du général Damrémont» nommé gouverneur général en remplacement du maréchal ûlauzeL On retombait ainsi, malgré Texpérience du passé, dans les mêmes fautes qui, après de regrettables tiraille* ments, avaient produit le traité Desmichels et allaient amener celui de la Tafna*
Le gouvernement, sorti une seconde fois de son
état d'indifférence à l'égard de l'Algérie après l'échec de Gonstantine, comme il en était sorti une première fois après la délaite de la Makta, avait décidé que, coûte que coûte, cet échec serait suivi d'une réparation. Mais se lancer vers Test dans une expédition dont on ne pouvait plus se dissipiulerlesdifûcullés, en ayant d'un autre côté Abd-el-Kader sur les bras Sans les provinces d'Alger et d'Oran, c'eût été exiger un eûbrt et des dépenses que le gouver-. nement ne pouvait se résoudre à faire avec le sys-^ tème d'occupation limitée qu'il poursuivait. Il voulut donc qu'avant d'entreprendre une nouvelle expédition contre Ahmed-Bey, on se débarrassât de toute préoccupation du côté de Touest, soit en abattant, au moins pour quelque temps, le pouvoir d'Abd cl-Kader, soit en traitant avec lui sur des bases acceptables. Le moment paraissait d'autant plus propice pour entrer en négociations avec l'émir que celui-ci en avait pris, en quelque sorte, l'initiative en écrivant, vers le milieu du mois de février 1837, & M. Mécbain, notre consul général à Tanger, pour le prier de solliciter du gouvei nemeut une réponse aux pourparlers qui avaient eu lieu au sujet de la paix, soit entre le général d'Erlon, soit entre le maréchal Olauzel et lui, au moment de l'expédition de Tlemsen. En môme temps que cette lettre était transmise à Paris, le général Bugeaud recevait «
d'Oran, où il avAît conservé de nambreusos relations, avis de la démarche faite par Abd-el-l^ader. Il s*empressa en conséquence de solliciter du roi, au nom des services déjà rendus, l'honneur d'ôtre appelé au commandement de la province d'Oran avec les pouvoirs nécessaires pour traiter. Dans le cas où il en reconnaîtrait l'impossibilité, il devait, dans une campagne de deux ou trois mois, abattre tellement la puissance de Témir qu'il lui fût impossible d'être pour nous un embarras pendant les opérations dont la province de Constantine allait devenir le théâtre, au mois d'octobre suivant.
Le général Bugeaud arriva à Oran vers la fin du mois de mars 1837, précédé du souvenir de ses récents triomphes^ suivi de renforts considérables, et pourvu de moyens de transport qui allaient être |)lus que jamais nécessaires s'il lui fallait poursuivre la guerre avec activité. Mais la fatalité voulut qu'après avoir annoncé dans une proclamation rintenlion de réduire toute résistance par une guerre à outrance (il montra plus tard ce qu'il savait faire sous ce rapport), le nouveau commandant delapro* vince d'Oran se trouvât en présence d'un homme dont ces projets belliqueux minaient les spéculations lucratives. Après avoir été le mauvais génie du général Drouet d'Erlon, Ben-Durand devait être c^lui du général Bugeaud, en le décidant à entrer
dans la voie des négociations avant de tenter le sort des armes.
Les pouvoirs du général, pour le cas où il croirait devoir adopter le parti de la paix, lui prescrivaient, comme conditions sine qud non^ à imposer à Fémir, les quatre points suivants :
l*" Reconnaissance de la souveraineté de la France par Abd-el*Kader ;
2*" Limitation de son pouvoir au Cliélif ;
3* Payement d'un tribut ;
k"" Remise d'otages comme garantie de rexéculion du traité.
Nous verrons bientôt que le traité de la Tafna ne contient aucune des conditions, que le cabinet po^ sait cependant sine qud non,
A peine arrivé à Oran, le général Bugeaud reçut la visite de Ben-iiurandi qui lui lut présenté et recommandé par le général deBrossard. Ben-Durand, qui était en outre porteur d*une lettre d'Âbd-el* Rader à travers laquelle il élail iacile de voir le désir de traiter, commentant le langage de son maître, déclara que, de toutes ses conversations avec Téniir, résultait pour lui la certitude qu'il voulait la paix, et que rien ne serait plus facile que d y arriver si le générai la désirait de son c6té. En présence de cette ouverture, le général Bugeaud crovant avoir aliaire à un homme chargé des pouvoirs d*Âbd-el-Rader, prit le parti de brusquer la discussion des condi-
tioDS qu'il posait à un traité, .car il savait combien
il était urgent puui liii, à l'époque de l'année où l'on était parvenu, de se mettre en campagne si les négoualiuiis ne devaient pas aboutir. Ben-Duiaiid n'ayant opposé aucune fin de non^^recevoir absolue, le général eut le tort d'en induire que ces conditions seraient acceptées par Témir, et de faire concevoir cette espérance au gouvernement par une lettre du 21 avril, dont le passage principal va faire connaître la nature et i'éiendue des demandes qu'il formulait alors ^
J'ai reçu d'Abd-el-Kader une lettre Irès-polie, mais digne. I l vn se rapprocher de moi et s'établir sur le Sig Le juif Beo-Darand qui a toute sa confiance, se rendra demain près de lui, et lui portera mes conditions écrites. Il correspondra avec moi tous les jours pour disculerjes articles qui souiTriraieot des difûcuUés.
Il faut que la paix soit conclue et ratifiée dans vingt jours. Je prie le gouvernement de bien se pénétrer de cette nécessité que c'est dans viugt ou vingt-cinq jours qu li est nécessaire de commencer les opérations, si la paix ne peut avoir lieu.
Je crois que j'obtiendrai ;
La reconnaissance de la souveraineté de la France ;
2« De limiter la puissance d*Àbd-el-Kader dans la province d'Oran ;
1. Cette lettre et les pièces que nous reproduisons sont extraites de celles qui ont été communiquées aux Chambres dans la session de 1 83a.