‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 16 sur 48 · Rivière située à douze lieues d'Oran · texte numérisé non relu

Rivière située à douze lieues d'Oran

3* D^avoîr nue zofie bornée, à Touest, par le Rîo-Salado,

à lest, par le Chélif et la Makta, car je serai peut-élre forcé de me borner à celle dernière limile.

J'oubiiais une autre base essentielle et qui a de Tavenir : c'est la non-extraâitîon , eicepté pour les assassins, les incendiaires; j'y ajoute, pour les deux peuples, la faculté d'aller vivre l'un cheE l'autre*

Ces premières bases d'un traiié, conformes d'ail* lairs aux instructions du cabinet, sauf en ce qui touclie la remise des otages, furent envoyées à Paris par le télégraphe, et il fut répondu, le 30 avril, par la même voie, « que le général pouvait traiter à ces conditions; toutefois, qu'il éta^t bien entendu que le roi se résiiervait de ratifier. » Mais lorsque cette dépêche parvint au général Bugeaud, il avait déjà perdu, en grande partie, Tespoir d*un arrangement, car, portées à la connaissance d'Abd-el-Kader, les bases indiquées avaient été aussitôt repoussées. L'émir chargea Ben- Durand de faire remarquer au général que, « n'ayant subi aucun échec, ou ayant réparé les effets de ceux qu'il avait éprouvés, il ne pouvait être placé dans une condition inférieure k celle que lui avait reconnue le général Drouetd'£rlon ; que les Arabes ne consentiraient jamais à vivre sous le joug des chrétiens; que si la France voulait les y maintenir par la force, ce serait entre elle et eux des guerres interminables. » Ben-Durand devait ajouter « qu*Abd-el-Kader n'avait pas pris

Tolontairement possession de la province de Tittery ; qu'il avait élé appelé par les habitants eux-mêmes, et que son honneur, d'accord avec sa loi religieuse, ne lui permettait pas d'abandonner des iiommes qui s'étaient donnés à lui; qu'enfin, loin de vouloir étendre sa puissance sur des populations qui lui étaient hostiles, Tintérèt bien entendu de la France était de la restreindre aux seules villes du littoral par où s'effectuait le commerce de la Régence. » La province de Constantine étant d'ailleurs hors de question, puisque ni Tune ni l'autre des parties n'en était maîtresse, Abd-el-kader, pour toute conces* sion, consentait à ce que la France se réservât le Sahel d'Alger y c*est-à<-dire les environs immédiats de cette ville, et, autour d'Oran, le territoire situé entre Bridia et la Makta. £n outre, il renonçait au monopole que lui avait concédé le traité Desmichels, rendait le commerce libre, permettait aux chrétiens de s'établir dans Tintérieur, s'engageait à leur rembourser, sur le pied de dix pour un, tout dommage qu'ils pourraient éprouver, cl à ne céder à une puissance quelconque aucun point de la portion du littoral qui lui serait attribuée.

Le général Bugeaud répondit aux observations de Fémir par Vviliimtwn suivant :

1"^ L'émir reconoatlra la souveraineté de la France; a« La France se réserve, dans la province d'Oran, une

TRAITÉ D£ LA TAi<m.

zooe pariant du Rio-Salado et se terminant au Chelif. sur une laideur de dix k douze lieues. Dans la provioce d'Alger, la France se réserre Alger et toute la proYioce de ce

nom.

£ile cède à Témir la province de Tiltery et celle d*Ûran, moins la zone*; 3» L'émir payera un tribut annuel en orge, fhiment et

bœufs ;

4*' U y aura liberté de commerce;

^ Les biens que les Français ont acquis ou acquerront

dans le pays seroQt garantis.

Mais au moment où cet tdtimattm lui était envoyé, Abd-el-Kader avait déjà quitté la province d'Oran. En présence des premiers pourparlers qui avaient constaté une dilférence aussi considérable dans les prétentions des deux partis, ne jugeant pas qu*il fût possible d'arriver à une solution de ce côté, il avait résolu d'entamer des négociations directes avec le gouverneur général. Il avait donc écrit, vers la fin d'avril, au général Damrémont, une lettre par laquelle, en exprimant le désir de mettre fin aux maux de la guerre, il annonçait son arrivée prochaine à Médéab, d'où il pourrait facilement se mettre en rapport avec lui, s'il désirait la paix autant qu'il la souhaitait lui-même. L'émir« en

1. On volt combien le général Bugeaudentraitlargement dans la voie des concessions puisqu'il prenait sur lui d'abandonner à Ahd-el-Kader , contrairement aux instructions du cabinet , tout le beylik de Titlery.

166 tr-ut£ dk la tafna.

se décidant à ce voyage, n'avait pas seulement pour

but de se rapprocher d'Alger. Les premiers pourparlers avec le général Bugeaud avaient fait voir à Abd-el-Kader que la province de Tittery n'était pas hors de conteste, et, ne prévoyant pas que le négociateur français pùt prendre sur lui d*y renommer, comme il le fit bientdt» il s'agissait de faire un grand acte de possession sur cette province, en y constituant comme aftere^o pendant la guerre, si toutefois les négociations ne devaient pas aboutir, son frère £1- Hadj-Moustapha. Le général Damrémont, qui avait été laissé dans Tignorance des premiers pourparlers du général Bugeaud, répondit à Abd-el-Kader dans des termes qui, sans témoigner d'un désir trop vif de la paix, n'excluaient pas l'idée d'un arrangement possible. Cette réponse plaçait Témir dans une position avantageuse, car, se trouvant désormais en présence de deux négociateurs, il pouvait espérer obtenir de l'un ce qu'il n'aurait pu obtenir de l'autre.

Ben-Dm*and, qui était resté dans la province de l'ouest, menacé, par la direction que semblaient prendre les négociations, de perdre les avantages qu'il avait espéré retirer d'un traité dont il aurait été rintermédiaire, s'empressa de porter à la connaissance du général Bugeaud la démarche d'Abdel-Rader et l'accueil qu'y avait fait le gouverneur général. Il lui représenta que cet accueil remettait tout en question, qu'il avait été inspiré au gouver^

TKALlJi DE LA TAFNA. 167

neiir par le dépit» qu'enfin il rendait laccord plus difficile, puisque Témir, en se voyant recherché de

deux côtés à la fois, ne maïK^uerait pas d élever ses prétentions.

Il y avait assurément quelque chose de fondé dans ces observations; mais, si telles étaient les conséquences de la démarche du gouverneur, la faute n'en devait-elle pas être imputée au général Bn- . geaud, qui» malgré les instructions du ministre, avait laissé son chef hiérarchique dans Tignorance absolue de tout ce qu'il faisait 2 Au lieu de reconnaître cette faute, le général Bugeaud s'emporta en récriminations injustes contre le général Damrémont, et il eut le tort grave (tort quMl snt bientét avouer et réparer noblement) de donner un certain retentissement à ses plaintes. Au surplus, les difficultés survenues entre les deux généraux n'allaient pas tarder à ôLre aplanies. En présence des regrets manifestés par le général Bugeaud» le gouverneur fit connaître à Abd-el-Kader qu'il eùL désonnais a ^ entendre» pour traiter» avec le conunandant de la ^province d'Ûraii.

L'émir se h&ta de retourner dans l'ouest» où ti savait que le général Bugeaud était prêt à entrer en campagne» et de reprendre les négociations au point où il les avait laissées trois semaines auparavant. Il répondit en conséquence» le 12 mai» à ïtUUmatum du général» par les propositions écrites dont nous

TilAITÉ DE La TAFNA.

donnons la tradaction, telle qu'elle fat finvoyée au gouvernement

Art. l^''. L'émir reconnaît la souveraineté de la France *.

i. C-tUe phrase est, dans le texte arabe, la leproduclioii de VuHimatum du général iiugeaud que nous avons cilé plus haut; elle n'est donc pas l'œuvre d'Abd-el-Kader, qui s'est borné à la copier servilement. Seulement, il est à remarquer que la traduction française n'a aucun rapport avec le texte arabe. Tandis que la phrase française proclame , en termes tràs-explicites, la reeannaigionee de la souveraineté de la France par Témir, le texte arabe dit simplement : le prince des fidèles sait que le sultan est grand (Emir el-moumenin iaref soulthàn adhim). Évidemment Abd-el-Kader n'avait pas à accorder plus qu'on ne lui demandait; mais nous serions curieux de connaître la pensée qui a pu lui venirà l'esprit, lorsqu'il s est vu réclamer une sorte d'attestation constatant qu'il savait que le &*uitoH (on ne dit pas même lc(juel) ctait ffrand.

S'âgil-ii ici d'une simple erreur de traduction? Plusieurs y ont vu autre chose ; noiis ne saurions partager leur avis, et ce qui nous fait croire à Terreur, c'est précisément notre connaissance de la langue arabe. Nous défions, en effet, qui que ce soit de pouvoir traduire l'article autrement que par une péri* phrase y dont l'emploi eût demandé beaucoup \le tact et une grande habitude des deux langues.

Or, les premiers interprètes que nous ayons eus en Algérie, étaient, pour la plupart, ou des Maronites du Liban , ou des juifs indigènes. Les premiers, nouveaux venus parmi nous, n'avaient, à çetie époque, une connaissance suffisante, ni de ^ notre langue , ni du dialecte algérien qui se distingue de celui usité en Syrie; les seconds, témoin Ben-Durand , nous trompaient. Par un fatal concours de circonstances* les deux hommes qui furent précisément chargés des traductions verbales ou écrites que nécessita le traité de la Tafha, se trouvèrent être un Syrien, devenu aujourd'hui très-habile interprète, et le juif indigène que nous venons de nommer. L'un ne comprit pas le sens de la phrase Iraucaise^ Taulre, ne voulut pa:» la. comprendre.

Art. 2. Tous les musulinans qui habitent liurs des villes seront sous sa loi

Art. 3. Le territoire d'Oran sera de Bridia à la mer, et de Bridia jusqu'au marais de la Makta, et, du côté d'Alger, jusqu'à rOued-Beni-Azza

Art. k. 11 donnera, cette année seulement, 20 000 mesures de froment, 20000 mesures d'orge et 3000 bœofs*.

Art 5. L'émir achèlera en France la poudre, lu àouire, les armes *.

Art* 6. Les kouioughiis qui voudront rester à Tlemsen posséderont leurs propriétés et seront traités comme les hadars (citadins) ^.

Art. 7. Ceux qui s'en iront du territoire français ou du territoire de Témir seront réciproquement rendus sur la ré* quisition de l'une ou de l'autre partie.

car il savait fort bien qu'un obstacle inyincible, parce (jii'il était puisé dans la religion, s'opposait à ce qu'Abd-el-&ader la signât.

L Sens à peu près exact. Le texte arabe dit : Le pouvoir sur /ei mn$ulman$ qui sont hors des vUles Alger et éHOran^ et quelque part quHls habitent ^ sera dans la main de Vémir*

2. Telle qu'elle est traduite, cette phrase est incompréhensible; qu'on la compare avec roriginal : « Les Français posséderont du côté de Touest d'Oran, depuis Brîdîa et Sftr, en y compreiiaiit la Sebkha et le littoral de la mer jusqu'à la Makta. Du cùte d'Alger, ils auroot depuis la rivière des Beni-Azza jusqu'à Alger. »

3. Les mots : a Cette année seulement, » ne se trouTent pas dans le texte arabe.

h. Le texte dit : « L'émir achètera la poudre, etc., » sans dire où.

5. Voici le texte rectifié de Tarticle 6 : « Ceux des kouioughiis qulToudrent partir avec les Français, persenne ne s'y op])03era; ceux qui voudront rester, seront sous notre pui^ance et sous celle de nos lois. »

170 TRAITÉ DE LA TiVFNA.

Art. 8. La France cède à rémir Racbgoiui, Tlernsea, le

mechomrj les mortiers et canons qui y étaient anciennement. L'émir s'oblige à laire iraosporter à Oraa tous les ' effets de la garnison K

Ârt. 9* Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français. ^ * -

Art. 10. Les Français seront respectés cbei les Arabes, comme les Arabes chea les Français.

Arc. II. Les fermes et propriétés que les Français auront acquises dans la Metidja ieur seront garanties. Ils en jouiroot librement.

n 7 avait loin, comme on le Toit, de VuUvmatum envoyé par le général Bugeaud, dans les derniers jours du mois d*ayril 1837, au projet formulé par Abd-el-Kâder. Le général, contrairement aux instructions qu*il avait reçues de limiter la puissance de l'émir au Chélif, avait déjà pris sur lui de céder, en outre, à Abd-el-Kader la province de Tittery ; ce dernier ne jugeant pas que ce sacrilice fût suffisant, ou plutôt qu*il pût nous abandonner, non pas un territoire aussi considérable (peu lui importait rétendue du territoire), mais le gouvernement d'un aussi grand nombre de musulmans, il réclamait encore les neuf dixièmes de la province d*Al-

1. On vient de lire la tra luctioii française; qu'on la compare à la traduclion véritable : ^ Le?; troupes françaises sortiront de Tlemsen et du mecliouarj et elles laisseront les anciens canons et mortiers. Les troupes se retireront de Racligoun. » Il est vtai que l'obligation de faire transporter à Cran les effets de la garnison du meclioiiar avait été conclue verbalement

ger, et ne nous permettait pas même de nous étendre, au sud» jusqu'à TAtlas, puisqu'en nous limitant, de ce côté, à rOued-Beni-Azza, il avait pour but de nous enlever Blidah. Des limites, à Test et à Touest d* Alger, il n*en était pas question dans le projet formulé par Témir^ et il fallait se référer, sur ce point, aux propositions verbales qu'il avait fixit porter, dès le commencement des négociations, par Ben-Durand, c'est-à-dire qu'il nous restreignait au Satiel, en d'autres termes au pAté montagneux qui entoure immédiatement Alger. Ce qui pi uuYc, d'une manière évidente, que telle était la pensée d'Abd-el- Kader, c'est la disposition de l'article 11, qui garantit aux Français les fermes et propriétés achetées par eux dans la Metidja. Pourquoi, en effet, cette giurantie, si la France'eût dû étendre son pouvoir sur la plaine qui les renfermait? Nous verrons plus tard, lorsque nous ferons connaître les difficultés d'interpréialion soulevées par le traîté de la Tafna, les conséquences qu*Abd-el-Kader tirera des faits qui viennent d'ÔU'e exposés.

Le général Bugeaud» qui, peu de jours après, devait malheureusement changer d'opinion, ne Jugeant pas, qu'en présence des instructions du cabinet, il pût faire à Abd-el-Kader les concessions que celui-ci demandait dans la province d'Alger, se décida à recourir aux armes et à mettre ainsi à exécution la seconde partie de son programme, qui

consistait à abattre la puissance d'Abd-ei-Kader de

manière à se délivrer de toute inquiciude de son côté, au moins pendant Texpédition qui allait être eulrcprise contre Constantine. Le 15 mai, en eflet, il quitta Oran, et après avoir jeté dans Tlemsen un premier convoi, il se disposait à en charger un second qui lui avait été amené à Tembouchure de la Tafna, lorsqu'il s'aperçut que les ôuo mulets sur lesquels il avait compté prar tenir la campagne, pendant plusieurs mois consécuUis, étaient presque tous gravement blessés et incapables de faire le service qu il attendait d'eux. Il se voyait donc réduit» par suite d'une de ces circonstances imprévues avec lesquelles les généraux se trouvent si souvent aux prises, à une soi tc d'impuissance momentanée. Que faire î Le temps marchait. Privé de moyens de transport, il ne pouvait plus espérer, dans le seul mois qui le séparait des grandes chaleurs, anéantir le pouvoir de l'émir; d'un autre coté, l'époque lixée pour Texpédltion de Constantine approchait, et, avec elle, le moment où il lui laudrait faire passer dans la province de Test les troupes attendues par le général Damrémont. Privé de ces troupes, comment pourrait-il faire face à un ennemi qu'il n'aurait pas abattu alors qu'il disposait de tous ses uioyens d'action !

Le général Bugeaud se trouvait dans celte situation difficile, lorsqu'il reçut la visite d'un nouvel envoyé

d'Abd-el-Kader, Sy-iïamadi Sckkal, personnage considérable et considéré de la province. L'émir ayant reconau, par l'entrée en campagne du général Bugeaud, qu*il lui fallait renoncer à yoir accepter ses eondilions, pensa qu*il était nécessaire, pour obtenir la paix^ qu'il désirait plus encore que nous, défaire quelques concessions au négociateur français. Toutefois, avant de prendre aucun parti à cet égard, il voulut s'entourer de Tavis des principaux chefs militaires et religieux de la province d*Oran, qu'il réunit à cet eûét autour de lui. Après leur avoir exposé la situation de ses rapports avec le général Bugeaud, les propositions qui lui avaient été faites, celles qu'il avait transmises en réponse, il les appela à exprimer leur opinion sii^r la paix ou sur la guerre, déclarant que, quant à lui, les avantages que les musulmans retireraient de la paix lui paraissaient justifier le sacrifice de Blidab, et une extension des limites dans lesquelles il avait espéré d^abord ciicoiiscrirc la puissance de la France. Après avoir donné le commentaire de chacun des articles du projet de traité, Abd-el-Kader ajouta que l'abandon aux chrétiens d'un territoire plus étendu, ne présentait, au poiul de vue relii^ieux, que peu d'inconvénients, puisque tout musulman serait libre de quitter le territoire [raiiçais pour venir vivre sur le sien.

La plupart des clicls militaires et plusieurs uki-

rabouts se rangèrent à cet avis, qui fut seulement eombattu par quelques hommes appartenant au parti fanatique. Parmi ceux qui s étaient fait remarquer comme les plus ardents défenseurs des idées pacifiques, figurait Sy-ilamadi Sekkal, et c'est pour ce motif qn'Abd-el-Kader lui avait confié le soin d'aller porter au général fiugeaud les concessions suivantes : P abandon de Blidah; renonciation à tout pouvoir sur les musulmans qui habiteraient le territoire réservé à la France; y* extension des limites de ce territoire dans une certaine mesure»

Le général, convaincu qu'il ne pourrait obtenir des conditions plus avantageuses, jugea que Tintérôt de la paix était assez grand pour jusfifier, outre l'abandon de la province de ïittery, l'abandon de la majeure partie de la province d'Alger, et, le 26 mai, il envoya à Abd-el-kaderun nouveau traité, que nous ne reproduisons pas ici parce qu'il est à peu de chose près le même que celui qui fut définitivement signé quatre jours après. En transmettant le texte définitif au ministre de la guerre, le général Bugeaud s'exprimait ainsi :

«r Vous devez crc ire (iiTil m'en a coûté iîifiiiiment pour me déterminer à ne pas suivre vos prescriptions eu ce qui lottche la délimitation du territoire à concéder à l'émir; mais cela n'était pas possible^ et la paix, soyez-en bien certain, est meilleure comme je l'ai faiU'^ que si j'avais con- Hné Abd-el-lLader entre le Glàélif et le Maroc. »

Les raisons, ]e général ne les dit pas.

Voici le texte du traité qui a pris le nom tristement célèbre de traité de la Tafna.

Entre le lieutenant général Bugeaud, commandant les troupes françaises dans la province d'Oran, et Témir Abd* el-K.ader, a été convenu le traité suivant :

Art. l*"^. L'émir Abd-el-iSLader reconnait la souveraiueie de la France en Algérie

Art. 2. La France se réserve :

Dans la province d'Oran, * Mostaghanem, Mazagran et leurs territoires; Cran, Arzew^ plus un territoire ainsi délimité : à Test, par la rivière la Makta et le marais d'où elle sort ; au sud, par une ligne partant du niarais ci-dessus mentionné, passant par le bord . sud du lac, et se prolongeant jusqu'à TOued-Maleh, dans la direction de Sidi-SaYd, et de cette rivière jusqu*à la mer^ de ihanière à ce que tout le territoire compris dans ce périmètre soit territoire français ; Dans la province d'Alger,

Alger, le Sahel» là plaine de la Hetidja, bornée à lest jus-

qu'à rOued-Kaddara et au, delà^; au sud, par la crête de la première chaîne du Petit-Atlas jusqu'à la Chiffa, on comprenant Blidah et son territoire ; à l'ouest, par Ja Chiffa, jusqu'au coude duMazafran, et, de là, par une ligne droite, jusqu a la mer, renfermant Koléahet son terntone, de manière à ce que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.

1. On sait déjà à quoi s'en tenir sur cette prétendue reconnaissance dfli la souveraineté de la France.

2. Cette phrase est incompréhensible et, déplus, elle n'est pas française.

Art. 3. L'émir admiaistrera * la province d'Oraa, celle de Tiltery, et la partie de celle d'Alger qui n'est pas comprise,

à l'est, dans la limite indiquée par l'article 2 ; il ne pourra pénétrer dans aucune autre partie de la Régence.

Art. 4. L*émir n'aura aucune autorité sur les musulmans qui voudront habiter sur le territoire réservé à la France ; mais ceux-ci resteront libres d'aller vivre sur le territoire dont l'émir aura l'administration comme les habitants du territoirede Témir pourront s'établir sur le territoire français.

Art. 5. Les Arabes vivant sur le territoire français ezerçei oat libremeru leur religion. Ils pourront y bâtir des mosquées et suivre en tout point leur discipline religieuse sous l'autorité de leurs chefs spirituels.

Art. 6. L'émir donnera h l'armée française * :

30 000 fanègues d'Oran de froment;

Sû 000 fanègues d'Oran d'orge ;

5000 bœufs.

La livraison de ces denrées se fera à Oran, par tiers ; la première aura lieu du l*^'' au 15 septembre 1837| et les deux autres de deux mois en deux mois.

Art. 7. L'émir achètera en France la poudre, le soufre et les armes dont il aura besoin.

Art. 8. Les koulougblis qui voudront rester à Tlemsen, ou ailleurs, y posséderont librement leurs propriétés et y seront traités comme les hadars (citadins).

Ceux qui voudront se retirer sur le territoire français pourront vendre et affermer librement leurs propriétés.

1. Le texte arabe dit iahkeum (gouvernera, commandera), (^etle expression exclut toute idée de vassalité.

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