Pour Abd-el-Kader, toute la question était là
3. Voilà ce que Ton a voulu faire passer pour un trihuL Diaprés les explications échangées, ce doit était le prix de la remise de Tlemsen que nous abandonnions.
Art. 9. La Francd cède à Fémir : Kachgoun, Tiemsen, le mcchouar et les canons qui étaient anciennement dans cette citadelle.
L*émîr s'oblige à faire transporter à Oran tous les effets, ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison de Tiemsen*
Art« 10. Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français, qui pourront s*6tablir réciproquement sur Tun et l'autre ternioire.
Art. 11. Les Français seront respectés chez les Arabes, comme les Arabes chez les Français. Les fermes et les pro-* priétés que les Français ont acquises ou acquerront sur le territoire arabe leur seront garanties; ils en jouiront librement, et l'émir s^oblige à leur rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éproaver.
Art. 12. Les criminels des deux territoires seront réciproquement rendus.
Art. 1 3 . L*émir s'engage à ne concéder aucun point du littoral aune puissance quelconque, sans rautorisalion de la France.
Art. ] k. Le commerce de la Régence ne pourra se faire que dans les ports occupés par la France.
Art. 15. La France pourra entretenir des agents auprès de l'émir et dans les villes soumises à son administration, pour servir d'intermédiaire auprès de lui aux sujets français pour les contestations commerciales ou autres qu'ils pour* raient avoir avec les Arabes.
L'émir Jouira de la même iaculté dans les villes et ports français.
Tafna^ 30 mai 1837.
Le lieutenant génércd eommandatU à Oran*
BUGEÀUD.
(Cachet de l'émir, (Cachet du général,
touê le UxU arabe») sùus le texte françaie*.)
L Nous ne saunons nousempuciief Je iaue remarquer ie soin
TiUUTÉ DE LA TAFNA
Après la signature de ce traité» dont nous aurons
bientôt à faire connaître les conséquences, le général Bugeaud fit proposer à Abd-el-Kader une entrevue pour le lendemain. L*endroit du rendez-vous fat fixé à trois lieues du camp français, à six ou sept lieues du camp des ÂraLes.
C'est pour la premi^efois qu'un général français va se trouver en présence de l'émir; car, jusque-là, dans la crainte de soulever quelque difficulté d*étiqueUe, Abd-el-ikader a toujours relusé d'entrer en rapport direct avec eux. S4l se décide aujourd'hui à faire, en faveur du général Bugeaud, une exception, qui d'ailleurs fut unique, c'est qu'il a ses desseins : aux yeux des Arabes, il faut qu'il paraisse recevoir un hommage et nullement donner un rendez-vous. Tous ses efforts vont tendre vers ce but.
Le 31 mai, à neuf heures du malio le général Bugeaud, mxvii de six balaiiloas, de son artillerie et de sa cuvaierie,
que mettent le négociateur français et Abd^l-Kader à n'apposer leur caehet, Tun, que sous le texte Ihinçais, Tautre, que sous le texte arabe, voulant dire tous deux, sans doute : voilà ce que
Je comprends et voilà seulement ce que j'approuve.
l. Ces détails hont texlueiiemeiit empruntes à un article du Moniteur universel. Comme il est évident que personne, autre que le négociateur françnis, n'a pu connaître ce qui s'est passé entre Abd-el-Kader et le général Bugeaud . nu peut en conclure que rarlicle du journal officiel n'est que la reproduction, sous une forme un peu différente, du rapport du général sur l'enirevue.
TRAITÉ DE LA TAFjSA.
^litt rendu au lieu conTeuu ; Abd-el-Kader n'éCtli pas ar-
livé. Cinq heures se passèrent à attendre sans que personne parût. Enfin, vers deux heures, commencèrent à se suceMer phisieura Arabea qui apportaient, lesuna, des pHoleadila- Loii'es, les autres, des espèces d'excuses ; I erair avait ele Bialade ; il n'était parti de son camp que très-tard ; peuttoe demanderait-il que l'entrevue fût remise au lendemain ; il n'était plua loin, et puis il était tout près. Enin, un der* nier messager engagea le général Bugeaud à s avancer un peu. Lui disant qu'il ne pouvait tarder à rencontrer Abd-el* Kader* Il était cinq heures; le général qui voulait ramener ses troupes au camp et désirait en finir le jour même, se décida à se porter en avant, suivi de son état-major.
Aprèa avoir marché plus d'mB heurs sans rencontrer rémir, le général Bugeaud aperçut enfin Tannée arabe, rangée en assez bon ordre sur des mamelons épars. En ce moment, Bou-Hamedi vint à sa rencontre pour lui dire qu'Abd-ei-Kader se trouvait près de là sur un coteau qu'il ■Mntrmt du doigt. Au bout d*un quart d'heure, on aperçut Tescortede l'émir qui s'asançait du coté de la petite troupe ea tète de laquelle se trouvait le général. L'aspect en était imposant : on pouvait y compter -cent cinquante ou denx cents chefs d'an physique remarquable et que leur majestueux costume relevait encore, ils étaient tous montés sur de magnifiques chevaux qu'ils faisaient piaffer et qu'ils enlevaient avec beaucoup d'élégance et d'adresse. Abd-el-Kader lui» même était à quelques pas en avant, monté sur un beau cheval noir qu'il maniait avec une dextérité prodigieuse. Tantôt il l'enle^tt des quaU^ pieds à la fois, tantôt il le faisait marcher sur les deux pieds de derrière. Plusieurs Arabes tenaient ses étriers et les pans de son bournous.
Le général Bugeaud lance aussitôt son cheval au galop, arrive auprès de Témir et lui tend la main, que celui-ci
serre par deux fois. Pais tous: deQX, descendant de chevali s'assoient sur l'herbe, et alors commence la conyersation
suivante :
« Sais-tu, lui dit le général Bugeaud, qu'il y a peu de généraux qui eussent osé faire le traité que j'ai conclu avec
toi. Je n ai pas craint d© l'agrandir et d'ajouter à ta puissauce, parce que je suis assuré que tu ne feras usage de la grande existence que nous te donnons que ^ur améliorer le son de la nation arabe, et la maintenir en* paix et en
bonne intelligence avec la France.
— Je te remercie de tes bous sentimeots pour moi. S'il plaît à Dieu, je ferai le bonheur des Arabes, et, si la paix est jamais rompue, ce ne sera pas de ma faute.
— Sur ce poiat, je me suis porté la caution auprès du
roi des Français.
— * Tu ne risques rien à le faire; nous avons une religion qui nous oblige à tenir notre parole. Je n'ai jamais manqué
à la mienne.
Je compte là-dessus, et c'est à ce titre que je t offre mon amitié particulière. . ^ »
— J'accepte ton amitié ; mais que les Français prennent garde de ne pas écouter les in(ri2:ant?.
Les Français ne se laissent conduire par personne, et ce ne sont pas quelques faits particuliers, commis par des individus, qui pourront rompre la paix: ce serait Tinexécution du traité ou un grand acte d'hostilité. Quant aux faits coupables des particuliers, nous nous en préviendrons et nous les punirons réciproquement.
— C'est très-bien l Tu n'as qu'à me prévenir, et les coupables seront punis.
— JetérecommandeleskottloughlisquiresterontàTlemsen.
— Tu peux être tranquille ; ils seront traités comme les
hadars.
— Tu 111*38 promis de mettre les Douairs dans le pays des Hafra ; le pays ne sera peut-être pas suffisant.
— Ils seront placés de manière à ne pas nuire au maintien de la paix.
— As-tu ordonné de rétablir les relations commerciales à Alger et autour de nos villes?
— Non, mais je le ferai quand tu m'auras rendu TIemsen.
— Tu sais bien que je ne puis te la rendre que quand le trailé aura été approuvé par mon roi.
— Tu n'as donc pas le pouvoir de traiter?
— Si, mais il faut que le trailé soit approuvé ; cela est nécessaire pour ta garantie, car s'il était fait par moi tout seul, un autre général qui me remplacerait pourrait le dé> faire ; au lieu qu étant approuvé par le roi, mon successeur sera obligé de le maiu tenir.
— Si tu ne me rends pas TIemsen, comme tu le promets dans le traité, je ne vois pas la nécessité de faire la paix; ce ne sera qu'une trôve.
— Cela est vrai ; mais c'est toi qui gagnes à cette trêve, car, pendant le temps qu'elle durera, je ne détruirai pas les moissons.
— Tu peux les détruire, cela nous est égal; je te donnerai par écrit Tautorisation de détruire tout ce que tu pourras ; tu ne peux le faire que pour une bien faible partie, et les Arabes ne manqueront pas do grain.
— Je crois que les Arabes ne pensent pas comme toi. i Abd-el-Rader demanda ensuite combien il fallait de
temps pour avoir Tapprobation du roi des Français.
« Il faut trois semaines.
— C'est bien long. Dans tous les cas, nous ne rétablirons les relations commerciales qu'après que l'approbation du roi sert arrivée et quand la paix sera définitive. »
Il était tard i Àbd-el-Kader et le général Bugeaud se di-
laSt T£UaXÉ DE LA TéWHA.
renl adieu et se quiltèreat, iô premier sâiué par les ms de sa nombreuse escortA, qui reteniireni nuyesUmaeniaii le ioûg des celUafts ei furent répétés par tonle l'armée*, i
Il ne restait plus quà aUeiidrc la décision du gouyernement à l'égard du traité du 30 nm^ Le général Bugeaud n'était pas sans inquiétude sur cette décision, car aucun des quatre points assignés
par le cabinet, comme conditions sine qua non de la paix, ne se trouvait inséré dans la convention de la Tal'na. Le gouvernement avait voulu limiter Abdel'*Kader au Ghéiif ; le négociateur français liû avait
concédé, en outre, toute la province de Tillery et les neuf dixièmes de celle d'Alger. Le gouvernement exigeait un tribut annuel; le général bugeaud avait consenti au don une fois fait (Cémir donnera) d'un certain nombre de mesures de blé et d'orge. Le gouvernement voulait des otages; il n^était question dans le traité que de l'envoi réciproque de consuls. Le gouvernement demandait enfin, et avant tout, la reconnaissance de la souveraineté de la France, et le général se contentait qu'Abd-el-Kader voulût déclarer que/c sultari était grand.
Au moment où il avait k examiner la convention du 30 mai, le cabinet ignorait sans doute la déplorable erreur qui s'était glissée dans le texte arabe de l'article L". Mais indépendamment de cette erreur, indépendamment du danger qu'il y avait à grandir démesurément un homme qui, au début
d6 sa puissance, ayant à lutter contre des eompéli-
leurs nouibr eux, avait pu nous rési^lery bien d'autres considérations exigeaient que le mlnisttee repoussât ua traité qui eu déiinitive était le contre-pied de ses instructions. D'ailleurs, il y allait non-seulement de Fintérèt, mais de rhonacur même de la France, de ne pas livrer & Abd-el- Kader, dans la personne des Douaiis et des Zmélas, deux tribus mners lesquelles nom iiions liés par un traité et qui coustituaieat les seuls alliés fidèles que nous eussions obtenus jusque-là parmi ks Arabes»
Ces considérations n'arrêtèrent point le gouvernement. Gepeudaut les avertissements de Fopinion ne lui manquèrent pas. Si Ton ne connaissait pas encore d'une manière précise les divers articles du traité^ du moins quelques-unes de ces dispositions avaient transpiré. On avait su, entre autres circonstances, qu*à leur retour dans leur tribu, lesDouairs qui avaient accompagné la colonne française dans sa marche d'Oran sur Tiemsen, et de Tlemsen sur la Tafua, avaient été accueillis par les insultes des femmes^ qui leur reprochaient d'avoir permis rabandon du pays sur lequel avaient vécu leurs aïeux.
A ces avertissements de Topinion, étaient venus
s'ajouter ceux de la Cliumbrc des députés, qui avait interpellé le ministère, le conjurant, plutôt que de
184 TRAirfi DE LA TAFNÂ.
ratifier la convention, de remettre à l'année suivante Texpéditioa de Goastauline, qui n'était plus qu*ane question d'amour-propre, du moment où ron coaslituait, dans Fouest, au profit d'Abd-el*
Kader, ce que Ton cherchait à renverser, dans Test, au préjudice d'Aiimed-Bey. Mais les appréliensions de la Chambre s'évanouirent lorsque, le 19 juin 1837, M. le comte Molé, président du conseil et ministre des afl iiies étrangères, monta û la tribune pour (aire la déclaration suivante^ :
« Lorsque j'ai eu rbonneur de dire à la Chambre que la paix était traitée dans ce moment entre le général Bugeaud et Abd*6l-Kader, Ub éhùHS Haimt dans Vétat où elles sont aujourd hui^ si ce nest que le traité auquel le générai Bugeaad a consenti a élé mis sous les yeux du gouvernement. Ce traité, au moment où je parle, fHmt de repartir ptmr l'Afrique. Rien n'est terminé encore y et je m' étonne que, par des insinuations ou des critiques anticipées j on ait préjugé la quisUan^ »
Cette déclaration, tout embarrassée qu'elle était^
prouvait au aïoias une chose, c'est que le traité n'était pas encore ratifié, puisque M« le comte Molé affirmait que rien n'était encore terminé et s'étonnait que Ton eût préjugé la question à l'égard d'une
convention qui venait de repartir pour VAlgérie. En