Ouij dans le Icxlc fiançais
4. Nous verrons bientôt les difficultés que présenta Tinterpré- Utiou de cet article.
L*aiiide B exprime d'une manière formelle qne Témir ne commandera nulle autre part que dans les limites indiquées par le traité» c'est-à-dire dans les pays aor lesquels la France consent qnô son autorité s'établisse.
L'émir renonce expressément, par rarticle à toute autorité sur les musulmans qui habitent notre territoire.
L'article 6 imptise à l'émir robligatioa de fournir, cette année, une quantité plus considérable de denrées et de bestiaux; mais il n i st plus question du tribut anrtire! qu'avaient demande mes instructions, et au payement duquel Témir s'est refusé comme & une chose contraire k sa religion.
L'article 9 comprend Racbgoun au nombre des points cédés à Abd-'Ol-Rader. Mes instructions prescriraient an général Bugeaud de ne pas abandonner Vile de ce nom, pour ne pas donner à Témir raulurisaUon implicite de former des établissements maritimes, et de ne pas rendre phis difficile la surveillance que la possession de cette ile nous permet d^exerœr sur cette partie de la e(yte. Je pouvais donc craindre que le {généra! Bus^eaud ne se fût écarté en ce point des conditions tracées par votre gouvernement. Mais le traité lui-même, daté, en arabe, de Rachgoun, fait voir que les indigènes désignent par ce nom toute la portion de la côte qui environne l'embouchure de la Tafna, et que la cession dont il s*agit est celle de rétablissement que nous avons formé auprès de celte emboucbsre« Il n'est pas certain toutefois que la dénomination do Rachgoun ne comprenne pas i'ile vn même temps que la baie. C'^i U s&ul point douteux dans le texte que j*ai l'honneur de soumettre à Votre Majesté. Le général Bugeaud pourra être invité, si cela paraît nécessaire, à Téclaircir daiià le sens de ses pi ôcédimtes instructions.
L'oKlredltiKin n'aura lisu de part et d'astrt, aus tersats
de l'article 12, que pour les crimiDels seulement, c'esUà-
dire pour les meurtriers, les voleurs de grands chemins et les incendiaires. Cette stipulation ôte à Abd-el-Kader le droit de réclamer, comme il le demandait, tous ceux qui s'en iraient de son territoire ; mais elle nous retire en même temps la facullé de réclamer nos déserteurs.
Par l'article 13, Abd-ei-Kader a oblige, comme le gou- Temement Tavait demandé, à ne céder à aucune puissance un point quelconque du littoral sans Tautorisalion de la France»
£nûn, Tarticie Ik dispose que tout le commerce des provinces d'Alger et d*Oran, c'est-à-dîre des pays cédés à Pémir, se fera dans les ports occupés par nous. Cette condition, sur laquelle votre gouvernement avait insisté, a été ajoutée dans le dernier projet.
D'après cet eiposé, j'ai l'honneur de prier Votre Hajesté de vouloir bjcn ratifier la convention passée, le 30 mai dernier, entre le général Bugeaud et Abd-cUKader. Ce traité» en assurant la paix dans l'ouest et dans le centre, BOUS permettra d'appliquer toutes nos forces à Texpédition de Constanline.
Je suis, avec un profond respect, etc.
Le ministre secrétaire d'Émt de la guerre,
BESlVARn.
Approuvé :
Loois-Pmupn.
Assiirémônt, si le roi n*a connu le traité de la
Tafna que par Tcxposé qui lui en était soumis, il a dû bien mal en apprécier la portée et les consé» quences. En cfit't, le rapport passe légèrement sur les articles 2 et 3 ; il garde le silence sur les articles 4
et 7, et n apeiçoit dans la convention qu'un seul point dùûteu^f c'est celui qui est relatif à la petite île de Rachgoun!...
Le général DamrémoDt avait vu plus juste que le cabinet lorsqu*il caraciérisait ainsi le traité :
c Le Irailé n'est pas avantageux, car il rend Témir plus paissant qu'une victoire éclatante n'aurait pu le faire, et nous place dans une position précaire^ sans garanties, resserrés dans de iriauvaiscs limites; il n*est pas honorable, car notre droit de souveraineté ne repose sur rien et nous abandonnons nos alliés; il n'était pas nécessaire, car il ne dépendait que de nous de nous établir solidement dans la Métidja et autour d'Oran, et de uuus y rendre inattaquables en réservant l'avenir, a»
Gomme nous l'avons vu, le cabinet passa outre à
ces observations. Uésormais Abd-el-Kader est donc souverain des deux tiers de TAIgérie ; il peut, au même titre que la France, ï exercer son pouvoir : le texte arabe du traité est là, la faute sans remède. Cette faute, dont la res|)onsabililé doit peser sur le gouvernement qui ratifie, plus encore que sur le négociateur qui propose, le général Bugeaud la reconnaîtra plus tard ; il aura le courage de Tavouer franchement, et saura la réparer par des services qui lui assureront à jamais la reconnaissance de la France et celle de FAlgérie.
190 AlN^MAfiBl
An-MAIMBU
Aéststance des tribiu. — Ligue des tribus saharieimes. Ben- Aouda-el-MoklitarL — Combat de trois jours. — Bestractien de ]& ligue. ^Difficullés soulevées par rioterprétation du traité de la Tafaa. — - Prise de possession du territoire eentestéu —
La Medjaaa. — Le Zâb. — L'Ouennougha, — Ambassade de Bcn-Arach. — Projet de traité complémentaire. — Expédition d'Âïn^dbi.
Nous alioDS TOir bientôt Àbd-ei-liader organisant le pays dont la France Ta reconnu souverain^ et, assurément, ce ne sera pas le côté le moins curieux sous lequel nous aurons à faire connaître cet homme célèbre. Mais avant d'exposer ce que Témir a fait sous ce rapport, il est nécessaire d'indiquer Torigine des difficultés qui surgirent du traité de la Tafna et amenèreiit, deux ans et demi après sa signature, la reprise des hostilités.
Ce traité, comme nous l'avons dil, avait été conclu
AiN-MADHI. 1^1
malgré la résistance du pai li religieux, et grâce à la pression exercée sur les diefs militaires fiar Abdel-Kader, qui, jugeant les choses du [>oint de vue èlefé de la politique, avait smii que, sans la paix, il ne pourrait arriver à donner aux Arabes l'organisalion à l'aide de laquelle ils cesseraient d*ètre une agrégation de tribus pour devenir un peuple. Une opposition analogue s'était manifestée en France contre la convenlian de la Tafna. Le cabinet et Abd-el-Kader étaient donc à peu près les seuls à en désirer le uiainlien : le premier, parce que c'était son œuvre ; le second, parce que c'était son intérêt.
Dans de telles conditions, la paix ne pouvait pas
étie de longue durée. La célérité regrettable avec laquelle les négociations avaient été menées dans les derniers jours, les oublis et les erreurs qui en étaient résultés, le soin que Ton semblait avoir pris d'éviter les questions brûlantes ou de les dissimuler, poovaient laisser entrevoir que, lorsqu*on en viendrait à l'application du traité, il serait impossible de rester longtemps d'accord .
Les difiicuités apparurent au lendemain même de la signature de la convention. Une colonne française ayant voulu se rendre d'Arzew à Mostaghanem par terre, l'émir, sans mellre d'ailleurs obstacle au passage, fil remarquer que l'on empiétait sur son territoire, ce qui était vrai, car Von avait oublié de
192 AÏN-MADHI.
se rimver la faeuUi de le traverser ! Ainsi , aux termes mêmes du Irailé, les communicalions eulre ces deux villes ne pouvaient avoir lieu que par mer.
Les embarras provenant de la question des limites devaient être bien autrement sérieux pour la province d'Alger. Cependant, par suite d'une sorte de convention tacite, cette question fut renvoyée après rexpédition de Gonstantine. L'émir désirait nous la voir entreprendre, et, d'ailleufs, les soins de son immense gouvernement absorbaient toutes ses pen* sées. Il avait notamment à assurer son pouvoir sur les tribus placées dans son territoire^ et dont quelques-unes, établies dans le sud du Tiltcry, paraissaient mal disposées à son égard, parce qu'il réclamait d'elles un iiiipùt que, depuis plusieurs années, les Arabes n'étaient plus habitués à payer. Abd-el- Kader commença par faire des rhazzias sur celles de ces tribus qui se trouvaient à la portée .de ses coups. Les auUcs, craignant un sort semblable, écrivirent à Ben-Aouda-el'Mokhtari, l'un des chefs les plus coiisidérables de celle portion du Sahara qui est située au sud de Bogbar, et lui proposèrent de se mctu e à la tête d'une confédération qui, en groupant les forces, offrirait ainsi plus de chance à la résistance. Il y consentit.
CetlQ ligue constituait pour l'émir un danger sé"rieux, car les tribus qui la formaient étaient nombreuses et puissantes. On y voyait figurer les OulAd-
AÏN-àlADHI, 193
Nail, les Oulâd-Mokhtar, les Douairs de Tillery, les Abidy les Oulàd-Moussa, les Zenakhera et bien d'autres dont les tentes réunies couvraient d'iminenses espaces. Pour Abd-el-Kader, ii n'y avait pas à hésiter : il iallait briser la rébellion ou succomber. Il appela donc à lui les contingents de ses fidèles triions de la province d'Ûran formant un clïcctif de ôûûO chevaux, plus un millier de fantassins réguliers, et donna l'ordre à Ben-AUal, qui avait remplacé, comme khalifah de Milianah, Sy-Mohammedes-Seghir, décédé, de venir le joindre dans le pays
des Zenakhera avec toutes les troupes régulières, ou les (joums, de son commandement. Lorsqu'il eut ^ fait sa jonction avec son khalifah, Abd-el-Kader réunissait sous sa main environ 12 000 hommes de cavalerie et 2000 fantassins réguliers, qui, tout mal instruits qu'ils étaient, constituaient une force redoutable pour des contingents indiscipUnés.
Avant de tenter le sort des armes, l'émir voulut tout^ois tenter un dernier effort pour arriver à une conciliation. En conséquence, il écrivit aux tribus révoltées une lettre par laquelle il les invitait à se soumeUrc et à payer l'impôt prescrit par la loi divine. Il les adjurait, au nom de la religion, de le reconnaître comme sultan, d'imiter toutes les tribus de l'ouest et du nord, de repousser les conseils des hommes de discorde et de trouble; il leur promettait enfin d'oublier leur conduite, tà, revenant à des
194 ÂtN>MAD£[I.
sentiments meilleurs, 'elles se présentaient à lui amec des chevaax de scMimisskm. Abd-et4Lader 1er*
minait ainsi ; '
c Né mettez pas votre confiance dans le nombve de vos
combattants ; ils seraient le double que je remporterais en- • core la victoire, car Dieu est avec moi, et je ne fais que lut obéir. Ke croyez pas que vous puissiez m'échapper ; je le Jure, V0D8 n'êtes pas plus pour moi qnHin vterre d^ean dans la main de l'homme qui a soif. »
Cette lettre étant demeurée sans réponse pendant le délai de vingt-qoatre heures qu'il avait accordé aux tribus pour prendre une résolution, Abd-el- Kader transmit à Ben-Allal Tordre d'attaquer d'un . côté, tandis qu'il attaquerait de Tautre. Le combat dara trois jours, avec des chances divcroes ; enfin la victoire se prononça en faveur du jeune sultan. Après avojr accordé quelque repos & ses tnnipes épuisées, l'émir se mit à la poursuite des débris de la coalition et fil éprouver un nouvel échec an Oulàd-Antar, retranchés près de fioghar, sur des pics réputés inaccessibles. L'effet de cette ^onde victoire fut plus considérable encore que celui de la première. Ben-Aouda-el-Mokhtari, chef de la ligue formée contre Abd-el-Kader, lui envoya demander Yamân. Non-seulement il l'obtint, mais l'émir, par un coup de politique habile, nomma agha du pays qui venait de se soumettre Thomme
AlN-MADHI« 195
qui l'avait combattu la veille, et s'en fit ainsi uii serviteur dévoué. La coalition vaincue, Abd-eUiader était vérilablemeiU le sultan des Arabes.
Pendant que Témir triomphait dans le sud du Tittcrj, iioUe armée viclorieuse plantait ses drapeaux sur les murs de Gonstantine. Dès lors, il n'y avaU[)lus de motif d'ajoiu ner les questions irritantes soulevées par le traité de la Tafna ; les difficultés allaient d'ailleurs se révéler d'elles-mêmes.
La première naquit du refus fait par le maréchal Valée, devenu gouverneur général après la mort du général Damrémout, tué au siège de Constantine, de reconnaître comme consul d'Abd-el-Kader à Alger, M* Garavini, qui exerçait dé}à les fonctions de consul des Étals-Unis d'Amérique. Le choix de Fémir était adroit; car, en admettant que des embarras survinssent à propos de son représentant, it pouvait espérer mettre dans ses intérêts la puissance dont ce dernier était l'agent. Le cabinet vit là im danger, et, aux demandes réitérées de rémir pour faire reconnaître M. Garavini, il répondit qu'il avait entendu Tarticle 15 du traité en ce sens « que « les consuls à désigner par Abd-el-Knder seraient « pris parmi les Arabes, et les consuls à désigner « par la France parmi les Français. » Le gouvernement pouvait avoir politiquement raison, mais la convention de la Tafna n'appuyait par aucun texte l*opiBton qu'il soutenait. Aussi Fémir, irrité d*un
196 aïn-:madiii.
refus qu'il considérait comme uné insulte, écrivit-il immédiatemenl au gouverneur général ;
c Puisque l'on viole les usages, qu'on s^oppose à ce que j'ai jugé utile pour le bien de mon service, et qu'on veut
m'abaisscr, je suis prùL a rompre si vous le désirez. Personne n'ignore que j'ai fait choix de Garavini; je ne veux pas en prendre un autre. »
Abd-el-Kader terminait ainsi sa leltie ; ,
a Dieu a dit : « L'injustice retombera sur son auteur. » Il a dit également : c 11 faut mieux subir rinjustice que de « la commettre* »
C*est sous Timpression de ce sentiment froissé que le gouvernement allait avoir à Régler avec l'émir rinterprélation des dispositions obscures du * traité du 30 mai» et notamment celle du paragraphe final de Tartide 2.
Le général Bugeaud, qui, au lieu de la limite claire et précise du Ghéllf qu*il avait été autorisé à concéder seulement à Âbd-el-Kader, lui avait abandonné en outre tout le Titlery et la majeure partie de la province d'Alger, dut se trouver fort embairassé lorsque, du fond de la province d*Oran, et à l'aide de cartes défectueuses, comme elles Tétaient alors, il se vit obligé de fixer une ligne de démarcation entre le territoire attribué à Témir et celui que la France se réservait dans la province d'Alger, où il n'avait pas encore mis les pieds. La rédaction
AlN-MADHI. 107
du paragraphe final de l'article 8 se ressentit de celte iDceriitude ; il est facile de s'en convaincre en
le relisant :
« La France se réserve dans la province d'Alger, Alger, le Sahel, la plaine de la Métidja, bornée à l'est jusqu'à VOuêd-Kaddata ei au delà; ao sad, etc. K »
Le maréchal Valée, au lendemain de la prise de
Constanline, et dans la prévision des difficultés qui allaient surgir, avait demandé au cabinet quel était le sens qu'il fallait allribuer à certaines dispositions du traité ; il avait regu la réponse suivante, à
propos de rai ticlc 2 :
a Par ces mots ; VOiuKl-Kaddara ci au delà % il faut coiiiprendre tout ce qui, dans la province d'Âlger, est au delà de I^Ou^Kaddara jusqu'à la province de Constantine. L'évidence du droite indépendamment des considérations politiques, ne permet pas de céder sur ce point. Puisque nous sommes maîtres de la province de Constanline» il ne la ut pas que nous restions sans communication par terre avec elle. >
Que M. le ministre de la guerre s'appuyât, pour interpréter cet article, sc^r des considérations politiques, rien de plus juste ; mais qu'il invoqu&t Vévi-
1. Tous les Saumaises du monde s'attacheraient à commenter cette phrase, qu'ils ne parviendraient pas à la comprendre.
2. Le texte français du traité dit VOued-Kaddaraf le texte arabe dit VOued-Kheuira. Ce sont deux rivières distinctes.
198 Aj^-MÂDHI.
ëma$ du dpoUj cela était plus conteslable, œmme
ou Ta pouvoir en juger.
Le maréchal Valée, comroentant à son tour tes
instructions du ministre, disait à Abd-el-Kader :
c La Fraace vous a concédé toute la province d^Oran, moins les enclaves réservées; tout l'ancieii beytik de THtery, sans exception; enfin toute la partie de la province (l'Alger, située à Touest de la Chiiïa. Mais vous n'avez rien à préleodre sur la portion de cette province qui est située à Fest de cette rivière. Quant au beylik de Constantine, il est hors de contestation, puisqu'il n'en est pas même parlé dans le traité, et que d'ailleurs il était sous le gouvernement d'Ahmed-Bey au moment de la signature ^le la ooavention. i
Abd-el-Kader répondait ;
€ Pour le beylik de Constantine \ pas de diffîculté, nous sononmes d'accord ; mais il n'en est pas de même pour k province d'Alger. Rappelez-vous ce qui s'est passé lors dn traité. Je voulais d'abord vous limiter au Sabei d'Âlger. Le général Bugeaud m*a demandé d*étendre œCle limite; fy ai consenti, et c'est alors que j'ai cédé' ju^qfa'à l'Oued- Kaddara^ à 1 est, et jusqu'à Bliddh inclusivement, du côté
L Nous Toyons figurer constaomieiit, soH dans les traités, soH
dans la correspondance officielle, le moi de province. Ce mot a été introduit par nous dans la langue administrative et ne pouvait présenter aux Arabes aucune idée précise. Une province^ en etïet, est une certaine étendue de pays soumise à un même conimandement. Or ce que nous avons appelé j>rot7tnc6 , les Arabes l'appelaient beylik, Hais ooomie les limites des beyiiks n'étaient pas semUaUes à oalk» nousavons aatigaées «os pMvtam;
AXN-MADHI. ' 199
dn sud. L'expresskm juêqm^â a me. vatoor : si elle «e «-
gniGe rien, pourquoi Ta-l-on insérée dans le traité? Si elle fiigDitie quelque chose» c'est que, du côté de Test, vous avez iM*limiie, comme vous en avez une du c6tè de Touest. Tout vous appuyez, pour justifier votre interprétation, sur la nécessitô où vous étiez do vous réserver la roule d'Alger à GûQsitfitine. Mais vous l'avez dit : Constantine n'était pas à WQM au moment de la signature de la conventkm, et par oonséqnent vous ne pouviez vous réserver un pays en prévision d'un fait qui n'existait pas. D'ailleurs, qu'y a-t-il detonnant à ce que vous ayez fait, dans l'est, ce que vous avez fait dans l'ouest : Àrzew et Mostagbanem vous appartenaient, et cependant vous ne vousètespointattribué la contrée placée entre ces deux villes? iNe nous jetons donc pas dans des interprétations; tenons-nous-en au tezte, et disons avec lai que toute la portion de la province d*Âlger qui n^est pas comprise entre la Chiffa,à l'ouest, l'Oued-Kaddaia, à l'est , et la première cbaioe des montagaes, au sud, m'apparlieuU i
Abd-el-Kader devait avec d'autant plus de raison tenir ce langage que dans la conférence qu*il avait convoquée pour délibérer sur la question du traité, il avait interprété cette disposition devant ses prin-
comme dans les beyiiks il y avait parfois des contrées' relevant d'un pouvoir vassal, il est vrai , mais héréditaire , il est aisé de comprendre ce qu'un ici eiichevéïreiaent de divisions pouvait occasionner d'incertitudes. Aussi pouvions-nous affirmer que le Zâb ou la Modiana , par exemple , appartenaient à la provitice de Gonslantiue, avec autant de bonne foi qu' Abd-el-Kader pouvait prétendre que ces pays ne faisaient pas partie de l'ancien beylik du même nom, puisqu'ils relevaient d'un pouvoir dilTérent de ceini du à«y.
200 AlN*MADHl.
cipaux chefs comme il rinterprétait devaiil le maréchal Valée*
« Mais» répliquait*on à rémiri votre interpréiatioD est erronée, car vous oubliez le mot au delà qui, lui aussi, se trouve dans le traité. Jusqu'à VOued-Kaddara et au delà, cela voulait dire, au momeat de ia sigoaLure.du traité, jusqu'aux Utnitei de la province d'Alger; mais comme depuis lors nous venons nous mettre au lieu et place de Tancien
bey de Con<Uniline, cola veuL dire niainlenaîil jusqu'aux limites du beyUk de ce nom, du côté de la régence de Tunis, i
A cette objection, Abd-el-Kader répondait encore :
< Le mot jusqu'à signifie quelque chose, et le mot fauq du texte arabe, que vous traduisez par au dcla^ ne sigîidie rien. Faisons une expéricnco ; prenez les vingt Arabes que vous voudrez, à votre choix, et demandez-leur l'explication du mot fauq. S'ils disent que le sens naturel de ce mot est au delà, c'est moi qui ai tort, j'acceple votre interprétation, prenez tout le territoire entre TOued-Kaddara et la province deConstantine; mais, d'un autre c6té, s'ils sont d'accord pour déclarer quo le mot que vous traduisez par au delà veut réellement dire au-dessus» acceptez la transaction que je vous propose et qui consiste à vous assigner, comme limite du cAté de l'est, la première crête des montagnes qui sont AU-DESSUS de rOued-liaddara. »
Le gouverneur général ne crut pas devoir recourir à cette expérience.
Ainsi se révélaient, à chaque pas, les difficultés de ce traité, qui avait été conclu avec une précipitation déplorable. Le général Bugeaud, défendant son
âIn-mâdhi. soi
œuvre dans la session de fut lui*méme obligé ' d*en cou venir, et il le lit sans détour:
c On a parlé I dit-il , des imperfections de détail du traité. J'avouerai franchement qo*ll y en a quelques-unes,
mais je crois qu'on les a exap:érécs. Il n'y en a qu'une de grave, c'est le vague qui se trouve dans celte expression : /iisftt'à l'(hÊêd'Kaddara a%delà; cet au delà voulait dire : jusqu'à la province de Conslantine. Celte expression était Irès-vague, mais vous l'ous rappellerez que fêtais extrêmement pressé par le temps. Il y avait un bateau qui attendait ma dépêche, h fallait faire vite la guerre ou la paix, car le moment propice pour faire la guerre est Tépoque des moissons, i (Séance du S jum 1838.)
Ceci peut être une explication, mois assurément n'est une excuse.
L*émir, une fois convaincu qu'il n*y avait pas moyen de s'entendre sur l'interprétation de l'article 2 du traité de la Tafoa, résolut de trancher la difficulté en prenant possession du territoire situé au delà de 1 Oued-Kaddai a qu'il considérait comme lui appartenant. Il savait que le gouvernement vou* lait la paix ; il le savait par ses espions, par les débats qu'ils lui rapportaient de la tribune , par Ben- Durand, qui, élevé en France, était au courant de nos habitudes politiques; il le savait par les proclamations du maréchal Valée, et la meilleure preuve il la tirait du traité lui-même : car comment interpréter autrement une convention qui à lui, expulsé
jJaMium.
une prooittre fois de sa capitale» Tahiea à la Sikak
et à Tlemsen,, accordait plus qu'il n'aurait jamais pu espérer après les triomphes les plus éclatants î A son point de vue, et pcnélié comme il l'était de la légitimité de ses préteations, l'émir eut donc raison d agii^ comme il le ût ; et la preuve, c'est qu 11 demeura en possesdon du territoire contesté, f nomma des agents pour administrer en son nom, et put>. sans amener la reprise immédiate des hosti* litéSy faire attacher sur le dos du kaïd des Zouathsas, tribu appartenant an pays en litige, le brevet qui lui avait élé délivré par le gouverneur général. G*est dans ceUe position que ce kaid, condamné à mort par un tribunal ô^oulemas comme trailre à sa religion, eut la tète tranchée. Du moment où il vit un tel acte rester impuni, Abd-el-Kader dut être bien assuré qu'il lui était permis de tout oser.
Les temps où des faits semblables pouvaient se piDduire sans répression sont heureusement lom de nous, et c'est à peine si, à la distance où nous sommes de ces événements , on peut y ajouter foi. Si nous les rappelons avec douleur, c'est qu ils sont nécessaires pour faire comprendre comment Abd-^ iiader, déjà grand par lui-môme, grandi encore pour tontes nos faiblesses, a pu parvenir m degré de puissance auquel il est arrivé.
La conduite du gouvernement, dictée par on désir immodéré de la paix, devait être bientôt mise à
profit par Abd-drSader ; aussi le toit-<m pousser
rinterprétalioa du traité de la Tatai jusqu'à ses ptm eukrèmes conséquenees. La France s'esl réservé » le beylik de Gonstanline; il ne le nie pas. Mais que fiaut*il entendre par les mots : beylik 4e Gonstanline? Paul-il comprendre la Medjana et la région saharienne, qui, toutes deux» vassales de l'aneieii bey, n'étaient cependant rattachées à son gouvernement que d^une manière îndireeie, puisqu'elles étaient soumises à des chefs héréditaires? Évidemment il y avait là sujet à contestations ; mais Abdel-Kader fut entraîné par les circonstances à traocher la question comme il avait tranché celle des limites de la Mctidja. D'une part, en effet, Ben-Aljdd*Selam, chef héréditaire de la Medjana, délié de toute obligation vis-à-vis de l'ancien bey, avait fait sa soumission à Fémir ; de Vautre, Ahmed, chassé par nous de sa capitale , avait ciierché un r^fuge à Kskra, d'où il était parvenu il expulser Farhai-ben-' Saïd, le premier chef de la province, qui, au lendemain de la prise de Gonstantine, eut reooimu la souveraineté de laFrance.Farhat, ayant inutilemeni réclamé notre assistance pour reprendre cette ville, alla se jeter dans les bras d'Abd-el-Kader, qui, ancien ennemi d'Abmed-Bey, craignant de voir ce dernier représentant du système turc prendre dans le Zàb une importance dangereuse, devait être tout disposé à contribuer à sa destruction.
204 AiN-MÂDHI.
L*émir résolut donc d'occaper la Medjana et de
cliasser Aluned-Bey de Biskra. Cependant, pour éviter toute complication, il crut devoir informa* le maréchal Yalée de sa délei miaationi et il lui pré- « senta cette occupation comme ordonnée par lui dans l'intérêt de la France. 11 lit valoir au gouverneur général qu'Ahmed occupant Biskra était un danger pour la iranquillité de la province où il avait régné, où il comptait encore des partisans ; qu'il y entretiendrait une agitation sourde qui, à un moment donné, pourrait nous créer des embarras sérieux ; que le général commandant à Gonstaiitine n'ayant pu, à cause de la distance et du nombre de ses trou-» pes, accorder à Farhat-beii-Said, noire ami, l'appui qu'il demandait, c'était à lui, Abd-el-Kader, notre allié depuis le traité de la Tafiia, à nous venir en aide. L'émir ajoutait qu'au surplus il croyait faire un acte, agréable au maréchal en rétablissant Tordre dans la partie saharienne de la province de Constantiae, où assurcmeni nous ne pouvions avoir l'intention de nous établir* Cette lettre envoyée, Abd-el-Kader fit marcher contre Biskra une armée commandée par Berkani. Ce dernier, avec l'aide de Parhat, parvint en effet à chasser de celle ville Fan^ cien bey de Constantine, qui, dès ce moment, fut réduit à traîner une existence uiallieureuse au milieu des tribus du Z&b.
Ainsi, dès la fin de 1836, Abd-el-Kader régmU
aINoMAIOII. 205
sur les provinces d'Oran et de Tittery , sur la pro-
vince d'Alger, moins lu portion comprise entre la Chiffa et TOued-Caddara, sur la Medjana et le Zàb oriental qu'il considérait comme ne faisant pas partie intégrante du gouvernement du bey déchu auquel il nous reconnaissait substitués. Sans doute sa puissance ne s'étendait pas sur ce pftté montagneux que Ton est convenu d'appeler la Gt^ande Kabylie; mais cette r^on, qui jamais n'avait obéi au gouvernement des Turcs, si elle était indépendante de son pouvoir, Tétait également du nôtre, et Témir n'ignorait pas qu'à défaut d'une soumission de leur part, il obtiendrait au moins Tappui de ces montagnards
Le traité de la Tafna avait donc eu pour conséquence de rendre AI}d-el-Kader souverain des deux fiers de l'Algérie.
Ce fut vers cette époque que l'émir, comme il en était d'ailleurs sollicité par le gouverneur général, résolut d'envoyer k Paris un ambassadeur afin de porter au roi des cadeaux en écbange de ceux qu'il avait reçus lui-même après la signature du traité. Il fit partir en cette qualité Thomme en qui il avait le plus de confiance comme négociateur, Ben-Ârach, et il lui donna pour raccompagner ce même Ben-Durand qui avait joué un rôle si important auprès du général Bugcaud. Le cabinet crut
pouvoir représenter l'envoi de Ben-Arach comme un