Nous ne saurions témoigner trop de reconnaissance à M. le
général Damnas, pour avoir bica voulu incUru à iiuUe disposition le. document précieux que l'on va rire. Heureusement pour le lecteur, ce ne sera pas le seul emprunt que nous ferons aux notes inédites au milieu desquelles il nous a été permis de puiser.
gouverner à Tâge de vingt-quatre ans. Nous allons yoir maintenant ce qu*il avait déjà fait, quand la reprise des hostilités, en 1839, vint l'arrêter au milieu de son organisation :
« Quand la guerre a recommencé en 1839, tout le pays arabe soumis à mes lois avait été organisé en huit gouvernements ou khalifaliks.
« Kbaliralik de ïlemsen , commandé par Bou- Hamedi ; khalifalilc de Mascara, commandé par mon beau*frëreMoustapha-ben-ïbamy ; khalifalikde Milianah, commandé d*abord par Sy-Mohammed-es- Seghir, et après sa mort, par Sy-Mohammed-ben- Allal-ouId-Sidi-Embarek ; khalifalik du Hamza , commandé par Sy-Ahmed-ben-Salem ; khalifalik de la Medjana, commandé par Sy-Tobal-ben-Abdes-Selam; khalifalik du Sahara (partie orientale, ou Zâb), commande par Sid-el-Hadj-es-Seghir; khalifalik du Sahara (partie occidentale), commandé par S V -Kaddour-ben- Abd-el-Baky.
«c Chaque khalifalik était divisé en un certain nombre d'aghaliks, à la tôte desquels j*avais placé un agha^ et chaque aghalik renfermait lui-même un certain nombre de tribus commandées par des kaids ayant sous leurs ordres des cheikhs, qui étaient leurs représentants dans les fractions de tribus.
« Mes ordres arrivaient aux khalifahs, et descen* daient hiérarcliiquement jusqu'aux cheikhs; des
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cbeikhs, les rapports remontaient par la même filière jusqu'à moi.
c Mon but étant de chasser les chrétiens d*une terre qui appartenait à nos pères, partout j'avais renoncé à me servir des djoudds (noblesse militaire), et appelé au pouvoir des marabouts, et des cheurfas (noblesse religieuse). La longueur de la lutte que j'ai soutenue prouve que j'avais bien jugé.
« Tavais également éloigné d*une manière absolue, et sans faire d'exception, tous les anciens représentants du gouTemement turc. Us étaient odieux, et je voulais que Ton pùt immédiatenieiit établir une comparaison entre ceux qui ne voulaient que les vanités, les bieus du monde, et moi qui n'avais qu*une pensée, le triomphe des musulmans.
« J'avais compris que jamais je nu pourrais empêcher les chefs investis par moi de commettre des exactions, ou les punir, dans ie cas où ils en commettraient, qu*autant que je leur aurais accordé une solde capable de les faire vivre. J atuibuai donc :
« Aux khalifahs, 110 douros(550 fr.) par mois, et, de plusi un saa (160 litres) d'orge par jour, afin de les mettre à même de défrayer les hôtes nombreux que leur position amenait sans cesse auprès d'eux ;
« Aux aghas, le dixième de toutes les contrlbulions, soit en argent, soit en nature.
« Les kaids étaient traités comme les aghas; mais, ayant moins d'administrés, leurs revenus étaient -
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nécessairement moindres. Chacun recevait ainsi en proportion de son commandement
« Pour prol^er» autant qu'il était en moi, les serviteurs de Dieu contre les exactions de leurs « cbefSi je faisais prêter sermeni aux kbaliiahs et aux agfaas, et cela sur le lim sacré de Sidi-BoUiarf « qu'ils ne commettraient pas d'injustice envers leurs administrés. Moi-même^ je m'étais posé eomme le surveillant de tous leurs actes. Aussi, tant poiu* effrayer les agents qui commettaient des vols ou des vexations, que pour montrer aux Arabes ma volonté de les réprimer, je faisais crier dans tous les marchés la proclamation suivante ;
« Oh ! les malheureux ! Que celui qui a à se plain- < dre de son khalifah, de son agha» de son kaïd ou « de son kadhi, vienne trouver le sultan, et il lui «ç sera rendu justice ; s*il ne le fait pas. Dieu n'aura « rien à demander au sultan au jour du juge* « ment. »
« Malgré tous mes efforts, il se faisait encore beaucoup de mal que je ne pouvais empêcher, d'abord parce qu'en conslituant mon gouvernement au milieu de besoins sîins nombre, je n'avais pu porter la rétribution de mes fonctionnaires à la hauteur de leurs dépenses obligées, et, d'un autre coté, parce que je ne pouvais compter obtenir, en un moment, des réformes aussi radicales que ceUes que je poursuivais» ,
« DftiiB le double biit de mamteair en respect les
tribus turbulentes du Sahara et de mettre mes ressmrees à l'abri de vos craps, j*avais, à grands frais, et avec des diflicuUés sans nombre, fait couslruire ou rétablir sur la limite du Tell, et par conséquent ^ • en arrière des villes de ia ligne du milieu, un cerl»n nombre de forts que depuis toos m*aves détruits.
« C'étaient, en partant de Ppuest : Sebdou, au sod
de Tiemsen ; Saïda, au sud de Mascara; Togdemt, an sad<^t de la même ville; Tajsa, an sud de Mi^ liauaii; Boghar, au sud de Médéab; Bel-Khei oub, mu sud* est d'Alger; mfin Biskra, au sud de Gonr
stanline.
« J'étais eonvainm en effet qne, la gnerre recommençant, je serais forcé de vous abandonner toutes les Tilles de la ligne du milieu, mais qu'il vous serait de longtemps impossible d'arriver jusqu*au Sahara, parce que les moyens de transport qui embarras* 5€ût vos armées empêcheraient de vous avancer an loin» . Le maréchal Bugeaud m'a prouvé que je m'étais trompé, mais j'avais pour moi l'expérience faite avec ses prédécesseurs. Cependant, même avec le système du maréchal Bugeaud, si les Arabes a?aient voulu souscrire à ma proposition de détruire de fond en comble les villes de Médéah, de Milianah , de Mascara et de Tiemsen , c'est-4i<*dire les marches de i'escdUer qui vous ont permis de
monter plus haut, vous eussiez éprouvé des difficultés presque insurmontables qui vous auraient empêchés d'arriver à ma véritable ligne de défense^ Ceux-ci disdieut que les Français rebàliiaient vite ce que nous aurions détruit; ceux-là, que ce serait une mauvaise action que de renverser, en vue d'une • éventualité» ce qui avait coûté tant de mal à édifier. Les uns et les autres avaient tort; j'aurais dû suivre mon inspiration.
c Te^demty dans mes projets, devait devenir une ville immense» un centre reliant le commerce du Tell à celui du Sahara. Ce point avait plu aux Arabes ; ils venaient s'y fixer avec plaisir» parce qu'ils y trouvaient de grands avantages. C'était du^i une épine que j*avais placée dans rœil des tribus indépendantes du désert; elles ne pouvaient plus ni fuir» ni lii'inquléter : je les tenais par le ventre ^* Tegdemt avait été bâtie sur leurs tètes; elles Tavaient compris et s'étaient empressées de se soumettre. En effet» de cette ville je pouvais toujours» avec mes goums (cavalerie irrégulière), m'élancerà rimproviste sur elles et saisir au moins leurs nom-
1. Si Abd*eI*Kader eût en effet réalisé ce projet» on peut se demander ce qui serait arrivé, car ce sont les villes de la ligne du milieu qui nous ont permis de nous asseoir dans le pays et
de nous avancer jusqu'au Sahara.
2. C'est-à-dire que le Sahara ne produisant pas suffisamment de céréales et devant s'approvisionner dans le Teli, Abd-el-Kader tenait le Sahara par la £aim.
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Li eux troupeauXi si je ne parvenais à enlever leurs tentes. Qaeiqaes exemples vigoureux faits sur les tribus les plus éloignées leur avaient fait perdre tout espoir de oi'échapper ; aussi toutes avaient fini par reconnaître mua pouvoir et par payer la zekkaK J'envoyais même compter leurs troupeaux ; elles se
résignaient,
« Il n*y a que quatre points dans le désert où je
ne sois pas arrivé, ce sont : le Mzàb, Ouaipgla, Tongourt et le Soûf. Les Onlàd-Sidi-Cheikh * eux-mêmes m'avaient reconnu ; il est vrai que je leur avais accordé certains privilèges et qu'ils payaient un impôt réduit ; mais ils forinaient une U ibu de marabouts, et mon devoir était de les protéger. Quant aux ksours % ils me payaient peu de chose ; je ne leur demandais rien et paraissais leur faire une faveur à cause de leur pauvreté. Plus tard, j'aurais vu la conduite à tenir vis-à-vis d'eux.
. « Outre les contingents des tribus qui se levaient à ma volt, ou à celle de mes khalifahs, et qui constituaient ainsi une force auxiliaire puissante, mais momentanée, car je ne pouvais les tenir longtemps éloignés de leurs tribus, j'avais une armée régulière de 8000 hommes d'infanterie , 20ûû de cava-