Le moKsotmaest la pins petite meimaie 4bs Axabes; «fit
éqoÎTaut, à peu près, à un centime.
2. Maouna (aide, assisiance), impôt extraordinaire et momeiiUat iéve dans uq but religieux.
LORGANISATION, 135
produit en senit vené au Bihil^nM. La nmnifui fnt
acquittée insiantanément par les Arabes» et ce fut à qui verserait sa part le premier.
« Aûn d'exciter réomiation daas mou aruiée ré* gulière, j'avais institué «ne décoration ; seolement, au lieu d'èlre portée sur la poitrine, elle Tétait sur la tèie» oà elle se trouvait maintenue à Taide d'ua crodiet qui eutr^iit dans la corde qui attache le
<c Cette décoration {cheïa)^ qui variait de forme suivant le grade, comistait en une plaque d*or ou d'argent. Sur le milieu de cette plaque étaieul écrits ces mots : Ndiseur^d-im (celui qui vient en aide à la religion) Le c/^ia ne pouvait être accordé que pour une action d*éelat ou pour un grand service rendu soit à la religion, suit au pays. 11 don^ naît droit à certains privilèges ? celui qui t'avait obtenu ne pouvait être traité par ses supérieurs qu'avee les plus grands égards, et jusqu^au grade de kebir-eS'Sof (chef de rang) inclusivement, il pou*
1. Voici quels étaient les signes distinctifs de cette décoration: offhiu en chef de la cayalerie ou de Tinfanterie, plaque en or, huit doigts en or; aj^ftot ordinaires, plaque en or, sept doigts en or; khodjas de mille hommes, plaque en or, sii doigts en
or; siafs (officiers' supérieurs) , plaque en argent, cinq doigts dont rieu>: t ii argent et trois en or; khodjas de cent hommes* plaque eu argent, cinq doigts, dont deux en or et trois en argent; kehar-es-soff (chofs de rang), plaque en argont, quatre doigts, deux en or et deux eu argent j kahia (Ueateoâlll) , trois doigts, uu es or, deux en argent.
236 L*0RGAN1SATI0N.
vaxt entrer librement chez tons ses supérieurs^
même chez moi,
< Les fonctionnaires n'appartenant pas k Tannée obtenaient également cette distinction pour de grands services administratifs rendus, et pour la gestion des deniers publics. Voulant organiser un pays en désordre, j*avals besoin de récompenser les agents de l'administration. Tout le monde pouvait donc prétendre à la décoration , même le nègre, pourvu qu'il fût libre et musulman.
c Enfin, j'avais attaché une haute paye au ehéia. Chaque doigt valait au décoré une augmentation de solde d*un douro (5 fr.) par an. Cétut peu, sans doute, mais c'était beaucoup pour moi. J'ai payé exactement celte augmentation dans le commencement;, mais, plus tard, lorsque j'ai été réduit aux ressources les plus infimes, j'ai dû y renoncer. J'ai toutefois, tant que je l'ai pu, soldé la haute paye des simples soldats. Quant aux clicts, ils avaient d'eux-mêmes fait l'abandon de ce qui pouvait leur revenir; ils connaissaient ma posilion!
« Mon devoir, comme chef et comme musulman, était de relever la religion et la science. Afin que la religion, par laquelle , seule, nous pouvions lutter contre vous, se raviv&t partout, dans les villes comme dans les tribus, j'avais établi des écoles oit l'on apprenait aux enfants leurs prières, les premiers et les plus importants préceptes de Koran, en-
L'OKGAKISATIQN. 237
riala lecture et récriture. Ceux qui voulaient ott pouYaient pousser plus loin leur instruction en avaient les moyens soit dans les zaouias^f soit dans les mosquées. Là se trouvaient des thoWas^ auxquels, suivant leur mérite et leur éruditioni je faisais un petit traitement, tant en argènt qu'en nature. Je sentais tellement l importance quUl y avait pour nous à conserver la science, qu'il m*est arrivé plu* sieurs fois de faire grâce à des tiwlbas qui avaient mérité la mort. Il faut si longtemps dans notre pays pour devenir véritablement savant, que je n'osais anéantir dans un seul jour le fruit de tant de travail. L'habitant du ksar peut bien abattre le palmier qui le gêne ; mais combien ne lui faadra-t-il pas attendre d*années avant d'obtenir un produit de Tarbuste par lequel il le remplace 1
« Afin de faciliter les études des thoibas^ j'avais pris soin de préserver de loule destruclion les travaux du passé. Je l'avais fait avec d'autant plus de raison, que chez nous les livres sont rares et nécessitent plusieurs tnois de travail pour en tirer une simple copie. J'avais donc prescrit que, dans les villes comme dans les tribus, on veill&t à la conservation des manuscrits, et tout Arabe convaincu d'avoir sali ou déchiré un livre était sévèrement puni. Mes soldats avaient même pris l'habitude ,
1. La rtaouia^ c'est le monastère du moyeu âge, uu lieu de prière, d'étude et d'aumône. ^
238 L OKGAiSiiiATlON. •
laut ils saTaleiit combien j'y tenais, de ni'apporter les manuscrits dont Us s'empanimit dans les rhazxias; et, pour stimuler leur zèle, je leur accordais une gratification* Je mettais ensoile ces livres en dépôt dans les mosquées et les zaouïas^ou entre les mains de saTaniS'tAoUm en qui je pouvais ayoir oonflance. Mon inlenlion était d'établir à Tegdemt une vaste bîblioUièque ; ukais Dieu ne m'en a pas donné le temps. Les livres que j*avais destinés à en former le commencement étaient dans ma zmakLh lorsque le fils du Roi s'en est emparé. Aussi ce fut une douleur ajoutée à mes autres douleurs de suivre votre colonne reprenant le dicmia de Médéah, à la trace des feuilles arrachées aux livres qui m*avaîent coûté tantdepeineàréuuii.
« Gomme rinstruction, j'avais partout organisé la justice. Les kadhis étaient rétribués à raison de lOdourospar mois (50 fr.), et, de plus, ils jouissaient du produit de certains actes. La justice] je voulais que ses représentants fussent partout, même qu'iis suivissent mon armée eu marche. Les Turcs mettaient à mort par caprice, cruauté, et toujours sans jugement. Moi, j'avais voulu qu'aucune exécution capitale ne pût avoir lieu qu*en vertu d- un ju« gement rendu conformément à la loi de Dieu, dont je ne me considérais que comme le lieut»ant. Aussi, toutes les fois que les colonnes sortaient, elles étaient accompagnées d'un kadhi et de deux adoub (asses-
senrs du kaihi)^ et, dans chacune d'elles» le chef des chamcàs exéoitait les jugemeuts. Il n'en était pas moins considéré pour cela, car, à nos yeux, ce n'est pas Texécuteur qui tue» c'est la loi. Sans doute f ai
fait mettre à mort bien des individus, maïs Jamais saHs jugement. Tous, d'ailleurs^ avaient commis des
crimes ou trahi leur religion ; or, d'après nos livres saints, c^i qui aide l'enmnd orna son bien, doU $m
bien; celui qui Paide avec son bras, doit sa tête.
« Grâce à la surveâUaniûe de mes khalifabs» àeelle des aglias et des kaïds, à la responsabilité que je faisais peser sur les tribus pour les crimes ou pour les vols commis sur leur territoire, les routes étaient dévalues sûres. La poliee des marchés ne laissait rien à désirer, et, pour tout dire en un mot, chez un peuple virsot sous la tente et, par conséquent, insaisissable; difficile à manier, parce qu'il occo^ paît de vastes eqMiees nur lesquels il était disséminé, j'en étais venu au point qu'on avait renoncé à entraver les chevaux pendant la nuit, et qu'une femme pouvait sortir seule sans crainte d'être insultée* Onmd on eu faisait la remarque ou qu'on en demandait la raison, les Arabes répondaient : Les entrams du sultm soriX là; mm iCwons piu$ kemn cfe • nous servir des nôtres.
« La morale publique avait également provoqué mes réformes. Les mœurs étaient devenues meilleures, la prostitution sévèrement réprimée, et,
si Dieu l'aTait voulu , j^aurais fini par replacer les Arabes dans la voie du Koran dont ils se sont tant éloignés^
« Pour les hommes, j*avais proscrit totalement l'usage de Tor et de Targent dans les vêtements, car je ne voulais pas du luxe qui énerve \ Je. les tolérais seulement pour les armes et le hanarcfaement ; ne taliait-il pas faire aimer ce qui devait contribuer & nous sauver 1 Quant aux femmes, elles n'avaient pas été compromises dans cette défense. Ce sexe faible a besoin de dédommagement, tandis que rhomme a toutes les distractions quUl peut désirer : la guerre, la chasse, les travaux de l'esprit, le gouvernement, la religion, la science. Le pre* mier j'avais donné l'exemple en me couvrant d'un vêtement semblable à celui du plus humble des miens. Si j'agissais ainsi, ce n'était pas, certes! dans la crainte d*ètre signalé à vos balles ou à vos boulets; c'était parce que je voulais pouvoir demander aux Arabes ce qu'ils me voyaient faire à moi-même, et leur prouver qu il valait mieux, devant Dieu, employer toutes ses ressources à acheter des armes, des Hiunitions, des chevaux, pour faire ia guerre, que de se couvrir de vains omemenis. .
1. Un jour, Sy-Moustapha, son frère, s'étant présenté davaat lui avec un houmous orné de glands d'or, Vémir, sans proDoncer une parole , s'approcha de lui et les coupa avec la lAin^ <i'un poignard.
« Le y'in et le jeu étaient complélement interdits; il en fut de même du tabac ; non pas que le tabâic soit précisément défendu par notre religion » mais mes soldats étaient pauvres, et je voulais ainsi les préserver d'une habitude qui devient quelquefois si forte, que Ton a vu des gens laisser leur famille dans la misère et vendre jusqu'à leurs vêtements pour satisfaire leur passion. On fumait bien encore, mais peu et en cachette;, c'était déjà beaucoup. Quant aux marabouts i aux tholbas et à tous ceux qui touchaient au gouvernement, ils y avaient re- Doncé totalement.
a Cela peut te prouver à quel point j*étais obéi 1 « Voilà ce que j'étais parvenu à organiser, et, vu le peu de temps que j'avais eu, ces réloimes étaient considérables et me montraient jusqu'où je pouvais arriver dans l'avenir, lorsque le iils du Roi, venant de Constantine avec une armée, traversa sans me prévenir le territoire qui m'avait été incontestablement attribué par le traité de la Tafna, combattit à Ben«Uiny les contingents de mon kbalifah Ben-Sa-* lera, et fut ainsi cause de la reprise des hostilités. »
Tel est le document curieux dont nous sommes redevable à M. le général Daumas. Il nous montre Abd-el-Kdder organisateur, c*est-à-dire sous le c6té où il est le moins connu ; il nous montre ce jeune homme de génie qui, au moment où nous sommes
242 L'ORGANISATXON.
par? enus de son histoire , compte à peine trente aos» aux prises avec les dUIicuilés da gouveroemenl et aniyant, en quelques années, à constituer un pouvoir fort, incontesté, à la place de# pouYoirs qui se déchiraient ; à plier le peuple arabe sous sa main puissante, àmodilier enfin celle société jusque dans ses fondements*
Que n'eût pas £ait Àbd-d-&ader si la France lui eût laissé le temps de profiter de notre faute de la Tafhaî La pensée s*en eilraye quand on songe qu'il afaUn sept ans de combats, et lOOOOCf hommes de la première armée du monde, pour détruire ce que Témir a?ait édifié en deux ans et cinq mois.
LA. Al'PTURE.
Mission du commandant de Salles. — Solutions proposées par le maréchal. — Lettre d'Abd-ei-Kad«r au roi. — Seconde lettre. — Lettre à M. Thiera. — Lettre au maréchal Gérard. — Voyage du duc d'Orléans. — Passage des Bib&ns. — Réclamations de l'émir. — Ifueioa de Ben-Durand. — ProclamatioA de la guerre sainte. — Invasion de la Hétidja.
Nous avons vu précédemment les diriicullés qu'avait souleTées, dès rorigine» rinterprétalk)]! de 1 article 2 da traité de la Tafna; la manière dont Abd-et-Kader les a?ait tranchées en prenant po&session des pays siiués au ddà de TOued-Kaddara , les tentatives faites par le gouverneur général pour l'amener à accepter un traité supplémentaire qui trancfaerait» à Tavantage de la France r l'obscurité du premier. Ces tentatives furent renouvelées uue dernière fois au mois de février 1^39^ époque à la?
quelle Abd«-eI-Kader, après son expédition d'Ain- . Madhi et une visite à Tegdemt, se rendit à Bon- Khorchfa, dans les environs de Milianah. Le maréchal Valée proUla de ce voyage de l'émir pour lui envoyer le commandant de Salles, avec mission d*Qblenir, au lieu de réponses dilatoires, une réponse catégorique de refos ou d'adhésion au traité supplémentaire qu'il n'avait pas consenti à ratiiier.
La situation d*Abd-et-Kader était embarrassante; Témir voulait le maintien de la paix, et, d'un autre côté, il lui était impossible d'accepter ce traité ; car dans le conseil tenu avant la signature de ia convention de la Tafna, il avait interprété devant ses lieutenants l'article 2 de cette convention dans les termes où il le commentait aujourd'hui, et annoncé que la i^'rance ne dépasserait. pas TOued-liLaddara. G elait sur cette assurance que les chefs militaires et religieux, convoqués à cette conférence, avaient donné leur adhésion au traité ; il ne pouvait donc modifier,
sans leur assentiment, les termes d'une interpréta* tion qui Tobligeait vis-à-vis des siens. Abd-el-Kader n'ignorait pas d'ailleurs que des bruits fâcheux circulaient parmi les Arabes sur la convention de la Tatna. On disait que l'émir payait un tribut aux chrétiens, que des infidèles parcouraient la terre de l'islam sous la protection du sultan, qui leur permettait même de s'y établir; qu'une semblable profanation n'était pas en rapport avec les pro-
messes qu'il avait .faites de jeter les roumis à la mer.
Placé dans cette situation difficile, Abd-el-Kader s'arrêta au seul parti qu*il put adopter : ce fut de rendre les chefs arabes arbitres entre les prétentions du gouverneur et les siennes. Il offrit en conséquence au commandant de Salles de réunir les personnages qui avaient été appelés à se prononcer sur le premier traité, et de leur demander, en sa présence^ leur sentiment sur le projet de convention supplémentaire, qu'il serait libre d'appujer de ses observations.
S'il était encore un moyen de consolider une paix chancelante, c'était celui que proposait Abd-el-Kader; car, en se retranchant derrière un engagement pris par lui, en rejetant sur ses lieutenants la décision à prendre, il permettait de supposer que personnellement il ne se reftiserait pas à.donner satisfaction aux * réciauialions du mai éehal.
Le commandant de Salles, n'ayant aucune raison à laire valoir contre la proposition de l'émir, consentit à se rendre à la oonférence, bien assuré» d'ailleurs, qu'il ne lui serait pas possible d'obtenir d*une assemblée ce qu'il n'avait pu obtenir d'Âbd-el- Kader.
L'envoyé du gouverneur général ne s'était pas ti:ompé. En effet, pas une voix ne s'éleva pour appuyer les propositions dont il était porteur; tous, au
246 LA RUPTUiiE.
contraire, demandèrent à grs^nds cris k guerre plutôt que l'abandon du territoire contesté. Dès lors, la conférence n*avait plus d'objet, et le commandant de Salles partit, confainca que la France, si elle ne modifiait pasTinlerprétation qu'elle avait donnée aa traité de la Tafna, n'afait plus qu'à Tappnyer par les armes.
Le maréchal Volée, en rendant compte au ministre
des résultats de la mission du coirmiandant de Salles, présentaîlle tableau de notre situation, et passait en revue les différents parlis auxquels le gouvemeuient pouvait s'arrêter « Le premier consistait àrenouTelér à l'émir la décluraliuu, déjà l'aile une preiuière fois, que la France ne reconnaissait pas les chefs qu'il avait msiiUics dans le territoire en litige; à tenir nos troopes renfermées dans leurs lignes, d'où eUea menaceraient l'ennemi, tout en protégeant les colons qui viendraient s'établtr dans la plaine de la Métid ja. .
c Ce système, doot les avantages matériels sont palpables, puisqu'il noQs doane le temps pour auxiliaire (c'est ainsi do noias qœ s'exfiriaaait le gonverneur), n^a qu*%m
inconvénient^ celui de laisser la question des limites dou~ ' leuse, et de remt llre à une époque plus éloignée la solution déûaitive de la seule difficulté qui existe encore entre la France et Abd-el-^Kader, Ce motif le fera peut-être rejeter par le gouvernement. »
Le deuxième parti proposé par le mai'écbal Valée
élml d'entrer iiDœéâiatefneDt en campagne, â*alla-
t^uer rémir et de chercher à détruire sa puissance; d^occuper Médéah et Milianah, en dédarant que le ierrilûire de la province de Xittery avait cessé d*âp* , (lartenir à Abd-el-Kader.
Le troisième parti, enfin» consistait à s'emparer de Hamza et de son territoire, à occuper Dellis, en instituant un I>cy dans Test, sous la protection de nos troupes, et à déclarer à Abd-el-Kader qu'en pre;iant possession de Hamza, nous ne songions pas à rompre la paix, mais seolement à exécuter le traité de la Tafna. « De cette manière, disait le ma* « réchal, la guerre n'éclaterait qu'autant queFémir « viendrait lui-même nous attaquer sur la Chifla ou « dans lepaysde llainza^etrompraUlui-mêmelapaix.» Nous verrons bientôt que ce fut cette dernière combinaison, encore amoindrie, qui obtint l'adhésion dn gouvernement dealers, et se traduisit par l'expédition au nom retentissant d'expédilion des Portes de fer. Mais, dès ce moment, qa'il nous soit permis de faire remarquer combien le raisonnement de M. le gouYemeur général laisse à désirer. En effet, le maréchal propose d'envahir le territoire qu^Abdel-Kader considère comme lui appartenant, territoire dont nous lui avons laissé la possession depuis vingt-deux mois, et si, répondant à cette provocation, l'émir vient à son tour nous attaquer sur la Cbiffa, c^est lui qui aura rmfm la paix! Nous ne
sanriom» quant à nous, des mêmes prémisses, tirer
les mêmes conclusions.
Pendant que le maréchal Valée soumettait ses plans au cabinet, Abd-el-Kader se décidait à expliquer directement au roi les motifs de la réponse donnée à son lieutenant. Il le fit par la lettre suivante, dans laquelle il s'efforçait de démontrer qu*il n*aYait point porté atteinte au iiaiié de la Tafna, et qu'il continuait à désirer la paix. Cette lettre, sans date, a dù être écrite à la fni de février ou dans les premiers jours du mois de mars 1839.
Louange au Dieu unique !
Le serviteur de Dieu Ei-Uadj Abd-el-Kader-ben-Muhiued-Dîn, comiDaadeur des croyants, à S. M. Louis-Philippe, roi des Français. (Puisse son règne être long, heureux et plein de gloire !)
Depuis la fondation de Tislamisme, les musulmans et les chrétiens sont en guerre Pendant des siècles, ce fut une obligation sainte pour les deux sectes ; mais les chrétiens, négligeant leur religion et ses préceptes, ont fini par ne plus considérer la guerre que comme un moyen humain d'agrandissement. Pour le véritable musulman, au contraire, la guerre contre les chrétiens reste obligatoire*; à plus forte raison lorsque les chrétiens envahissent le territoire musulman. D'après ce principe, je me suis donc écarté des r^les tracées par nos livres saints, lorsqu'il y a deux ans j'ai contracté avec toi, roi des chrétiens, un traité de paix,
1. Alid-el-Kader a montré depuis lors combien il était revenu de ces idées intolérantes.
LA RUPTUliJB
et surtout en cherchanl à consolider celte paix à tout jamais. Tu connais les devoirs imposes par le Koran à tout prince musulman ; ainsi, tu dois me tenir compte d'ayoîr fait fléchir vis-à-vis de toi la rigueur de ces préceptes.
Mais il est un sacrifice que lu exiges de moi, qui est trop forratUeinent en contradiction avec ma religion pour que je puisse m'y soumettre, et tu es trop juste pour m'en faire une obligation irrévocable. Ta me demandes d'abandonner des tribus dont j'ai reçu la soumission, qui sont venues d'ellesmêmes me payer l'impôt prescrit par le Koran, qui m'ont supplié et me supplient encore de les administrer* J'ai moi-même parcouru leur territoire, qui, d'ailleurs, est en dehors des limites de celui que Ifi traité réserve à la France^ et tu voudrais qu'aujourd'hui, par un autre traité, j'ordonnasse à icès mêmes tribus de subir le joug des chrétiens? Non. Si les Français sont mes amis, ils ne peuvent vouloir une chose qui déconsidérerait leur allié aux yeux de tout son peuple; ils ne voudront pas, pour de misérables tribus qu'il leur importe si peu de gouverner ou de laisser gouverner, me mettre dans la terrible alternative ou de forfaire à ma loi, ou (le renoncer ^ une paix si désirable pour nous tous.
Mais quelques-uns te diront que cette considération, qui me force à réclamer ces tribus, m'obligeait à réclamer les Arabes de la Métidja, d'Oran el de Coustantme. Non; car ceux-là sont restés et restent avec les Français de leur pleine volonté, et je me suis, en outre, réservé le droit de donner asile à ceux d'enti o eux h qui répugnerait la domi- , nation chrétienne; tandis que les tribus qui sont en discussion ne sont point nomades, olles sont attachées au sol, réclament mon gouvernement, et sont trop nombreuses pour . que je puisse leur donner, dans mon territoire, une portion de terrain égale à celui qu'elles abandonneraient.
Grand roi des Français! Dieu nous a désignés l'un et
l'autre pour gouverner quelques-unes de ses créatures ; loi, dans une position bien supérieure à la mienne par le nom*» bre» la' puissance et la richesse do tes sujets : mais à tous deux il a imposé l'obligation de les rendre heureux.
Examine donc avec moi noire position, et tu reconnaîtras que de to^ seul dépend le iKmheur des deux peuples,
« Signe, ou, si tu ne signes pas, me dit-on, ton refus sera la guerre. » Kh bien! je ne signe pas, et Jè veux la paix, rien que la paix.
fwt qv'uQ traité «oit atile à les sujets, il faut4|ue Je sols errfnt et respecté des niiens; car dès flnstant qoifs rer^ raient que, suivant mon bon plaisir, je me crois le droit de las hvrer à l'administration des chrétiens, ils n^auraient phis da confiance en' moi, et alors il me serait impossible de leur faire observer la moindre clause du traité. Seras-Lu compromis, au contraire, toi, sultan de la nation française, de la natton la plus puissante du monda^ en faisant desconcessîona à ua jeune émir dont te pouvoir commence à peine à s*afiér> mir sous ton ombre? Ne dois-tu pas me protéger, me traiter avec indulgence, moi qui ai rétabli Tordre parmi ces tribus qui s'égorgeaient ; qui lâche, chaque jour, de foire naître ehez elles le goAt des arts et des professions utiles? Aide* moi donc au lieu de m entraver, et Dieu te récompensera.
Si la guerre éclate de nooveao, plus de commerce, qui peut procurer de si grsnda ayantages dans cé pays ; plus
de sécuriLu pour Ils colons; surcroit de dcpenaes, diiiiinu-
tiou de produits, le sang des tiens coulant sans avantage, mie guerre à mort de partisans, le n'ai pas !*orgueil de croire que je pourrai tenir ouvertement tète à tes troupes, . mais je les harcèlerai sans cesse. Je perdrai du territoire, sans doute, mais j^aurai pour moi la connaissance du pays, la frugalité et le dmr tempérament de mes Arabei, et sur* loui le bras de Dieu, qui soutient teqoars le ftiible opprimé.
LÂ.HUPXUHË, 251
Si, au (xmtraire, tu veux la paix, nos deux pays n'en feront plus qa*aii ; le moindre de tes sujets jouira de la séeorllé la plus absolue dans toutes nos tribus ; les deux peuples se mêleront chaque jour davantage, et tu auras la gloire d'avoir introduit dans nos conlrées celte civilisation dont les chrétiens se sont rendus les apôtres.
Tu comprendras, j*en suis sûr, ce que je te dis; tu m'accorderas ce que je te demande, et ce que je te demande, c'est de ne pas voir dans un refus de signer un nouveau iraUé le désir de recommencer la guerre^ mais d'y voir, au contraire, celui de consolider les buses de l'ancien, et d'établir une anxitié sincère entre les deux peuples.
Que Dieu t'inspira une réponse digae de ta puissance et de la bonté de ton cœur.
Celte lettre demeura sans réponse ; comme nous allons le voir tout à Theure, elle avait été précédée de deux autres lettres dont les, termes nous sont inconnus.
Un homme qui eût désiré ia paix moins qu'Abdel-Kader n*aiirait pas insisté davantage, et, en présence du silence gardé vis-à-vis de lui, il eut attendu les événements en s*y préparant; on va voir qu'il en
lut autrement.
Le 31 mars 1839, le ministère Molé est renversé, et le bruit se propage que M. Tbiers va être appelé à diriger lesaiiaircs. L'émir se raUache immédiatement à Fespoir que le changement survenu dans le gouvernement peut avoir pour la paix des conséquences favorables; il s'empresse aussitôt de faire
une dernière tentative auprès du roi» dei M. Thiers et du maréchal Gérard, que les premières nouvelles lui ont signalés comme appelés, Fun au minislère des affaires étrangères, Taulre au ministère de la guerre * . Voici ces lettres curieuses : ^
* Lettre au roi.
.* Je t'ai écrit trots lettres dans lesquelles je t^exprimais
toute ma pensée ; pas une n'a eu de réponse. Elles ont été iiiterceplées sans doute, car tu es trop bienveillant pour ne pas m'avoir donné la satisfaction de savoir réellement quelles sont tes véritahUts dispositions. Puisse cette dernière tenlalivc avoir plus de réussite! puisse l'exposé de ce qui âe passe en Afrique y attirer ton attention et y amener en* ûn on système propre à faire le bonheur des deux populations que Dieu a confiées à notre sollicitude!
La conduite de tes lieutenants est injuste à mon égard, et Je ne puis supposer encore qu elle soit connue de toi, tant j'ai confiance en ta justice.
On tâche de te faire croire que je sais ton ennemi ; on t abuse. Si j'étais ton ennemi, j'aurais déjà trouvé maintes causes de commencer les hostilités.
Depuis le refus que j'ai fait au commandant (de Salles; , ambassadeur du maréchal Valée, de signer le nouveau traité qu i! -me présentait, refus dont je l'ai oit les motifs
1. Cette erreur d*Abd-el-fiader pieut servir à préciser la date de ses lettres. Il écrit avant de connaître la composition définitive du ministère du 12 mai, et sur les renseignements qui si* gnalëre^t en effîet M. Thiers et le maréchal Gérard comme devant
faire partie du nouveau cabinet. Il est donc évident que les trois
lettres que nous allons citer oui tite écrites dans la deuxième quinzaine du mois d'avril iWàd , ou la première du mois tie mai.
dans une de mes lettres citées plus haut, il n'est sorte d'injastioes dont je n'aie été abreuvé par tes représentants à
Alger. Mes soldats onl été arrêtés et retenus en prison sans motif légal; ordre a été donné de ne plus laisser exporter dans mon pays la moindre quantité de fer, de cuivre ou de plomb; mes envoyés à Alger ont été maltraités par les autorités : on ne répond mes lettres les plus importantes que par un reçu au cavalier qui les remet; ou s'empare des lettres qoi me sont adressées d'Alger.
Et puis, on dit que je suis ton ennemi! que je veux la guerre à tout prix, moi qui désire par tous ies moyens imiter l'exemple de ta nation industrieuse; qui, malgré ce prélude d'hostilités, facilite l'arrivée de toutes les productions de mon pays sur vos marchés; qui m'entoure des Européens qui peuvent amener chez moi l'industrie, et qui donne enfin les ordres les plus sévères pour que tes négociants, tes savants même, parcourent en sûreté mon territoire et n*y
trouvent qu'un accueil bienveillant.
Mais, te dira-t-on, l'émir n'a pas encore rempli les premières conditions à lui imposées par te traité de la Tafna. Je réponds : Je n'ai retardé raccomplissement de ces clauses que parce que ton représentant Bugeaud a, le premier, manqué à ses engagements.
En effet, où sont ces nombreux fusils, ces innombrables quintaux de poudre, ces approvisionnements de plomb, de soufre ? Pourqiioi vois-je encore à Oran ces chefs desDouairs et des Zmélas dont l'envoi en France m'avait été promis? Bugeaud croit^-il que je n'aie plus entre mes mains ce traité parLicutier, le seul qui m'intéressât, tout entier écrit de sa main et revêtu de son cachet ' ? Pouvais-je croire uu instant
1. Quelques ellorts ([ue nous ayons pu faire, il ne nous a pas été possible de nous procurer une copie de la pièce à, laquelle il est fait allusion.
à la non-validité des promesses écrites du représentant di»
roi des Français?
Je ie Tavoue, j'avais une si haute idée de la bonne foi des^ chrétiens français, que j'ai été effaroacbé par ce manque
d'exécution de leurs promesses, et que, sans des nouvelles plus positives de toi, j'ai reiusé de faire un autre traité.
Oui, tes agents militaires ne veulent que combats et nou* Telles conquêtes. Ce système n'est pas le tien, j'en suis sûr. Tu n'es pumL descendu sur la terre d'Afrique pour eu ex^ terminer les habitants, ni pour les chasser de leur pays; tu as voulu leur apporter les bienfaits de la civilisation. Tu n\îs pas venu as-crur des enclaves, mais bien les faire jouir de cette liberté qui est le mobile le plus puissant de ta na-* tion, et dont elle a doté tant de peuples.
Est-ce donc avec les armes, est-ce avec la mauvaise foi que tes agents parviendront à ce but! Jamais. Les Arabes croiront que tu es venu porter atteinte à leur religion et (sonquérir leur pays, leur haine en deviendra plus vive; ils seront plus forts que ma volonté, et nous verrons s'évanouir à jamais nos projets mutuels de civilisation.
Je t'en prie, au nom du Dieu qui nous a créés, cherche à mieux connaître ce jeune Arabe que le Très-Haut a plaoé,
malgré lui, à la LcLc d'un peuple simple et ignorant, et qu'on? te dépeint comme un chef de parti ambitieux. Fais-lui savoir quelles sont tes intentions; que surtout tes paroles arrivent directement à lui, et sa conduite te prouvera qu'il était mal apprécié.
Que Dieu t'accorde les lumières nécessaires pour gouverner sagement tes peuples I
Lettre à H. Thiers.
Je félicite la France de ton retour au ministère. Les importants travaux qui y signalèrent ta présence, et l'intérêt
lA RUPTURE. 255
que ta portes ionjMr» à TAIgérie me foAt t'y aaiuer a?ec
joie.
Les personnes de ton pays qui m'entourent m'ont expliqué que ta dignité te chargeait plna spécialement du scia de la proép^ité de la France. Une partie de TAfrlque est
devenue la France ; en te parlant dos dangers qui meuacent la prospérité des deux pays, je remplis on devoir.
Conseil du roi des Français, c*est à tes lumières» c'est à ta philanthropie à raffermir une paix que la France et l'Afrique demandeol en même temps.
Des caprices despotiques d*agents d'un gouvernement franc; des manques d'exécution d'un traité, d'une part, qui entraînent le défaut d'exécution, de l'autre ; des ambitions avàdôâ de satisfactions ou de ricliesses, menaceat de mêler le sang français au sang arabe, quand je crois que nous voulons tous la paix, d'où doit résulter, pour les Arabes, progrès « L Loiiiieur, et, pour ia l'iance, la i^loue d avuir amené ce ré&ultat.
Tu es grand pour la France; sois-le pour rAfrique, et toutes deux le béniront.
Ton influence auprès du roi dont tu es lo ministre, les conseils à un jeune émir entièrement ignorant des détours de la politique européenne , voilà les éléments avec les<quelstu dois édifier un monument de gloire pour ta nation, et pour la mienne de boniieur et de reconnaissance.
Que Dieu t'assiste» t'édaire et te maintienne dans la haute position dont tu es digne I
Lettre à M. le maréchal Gérard.
Dès que j'ai appris que ic roi puissant des Français t'avait diargé du ministère de la guerre S j'ai dû me réjouu:,
]• Kous arons expliqué plus haut ettte erreur*
parce que celui qui n'a plus rieu à ajouter à aa gloire mili*
luire ne verra pas, dans l'occupation des Français en Afrique, la seule occasion de se sigaaier militairement. Celui qui, comme toi, sait faire la guerre, sait aussi faire la pais et en recueillir les fruits. Cette paix est menacée, et pourquoi t Pour quelques lieues de terrain, et pour une route impraticable par les seules diiïcultés de la nature. La France n'a-t-elle pas assez de gloire militaire, manque^t^elle donc d'espace, qu'elle veuille encore en acquérir aux dépens de mon influence sur les Arabes que j'ai pris robligation de maintenir soumis. Ma religion m'empêche de contracter certaines clauses; pourquoi donc vouloir, sans nécessité, sanctionner par des actes inutiles ma déconsidération aux yeux de mes coreligionnaires, en me faisant abandonner à la domination française des populations auxquelles ma loi me fait un devoir de précber la guerre sainte? Qu'on apprenne donc a connaître ma religion, les obligations qu'elle m'impose, et qu'on me tienne compte des sacrifices que je fais*
Je viens donc appeler ton attention sur les exigences
d'une administration locale que je me refuse à croire guidée dans ses actes par les vœux de la France et de son chef. Ils sont trop grands pour in9pirer les petitesses vexatoires dont mes sujets sont devenus Tobjet dans leurs rapports avec tes représentants à Aber. Ala dignité m'a forcé à leur défendre désormais une partie de ces rapports, lorsque j'ai vu qu'on voulait bien nous acheter le blé produit par notre sol, mais qu'on arriètait le fer qui devait le fertiliser.
Je leur ai dit : Vendez et n'achetez plus ; Dieu, qui nous a donné la terre pour la cultiver, a renfermé aussi dans nos montagnes tous les métaux que nous refusent nos prétendus civilisateurs.
Je demande à Dieu que ta puissante influence auprès de
LA RUPTUBK. 257
loii roi seconde mes vues pacifiques, et que pour l'éclairer aiD&i que sou noble fils, vous veniez visiler ce pays, et vous rencontrer avec celui qae vous croyez peut-être votre ennemi. Alors ta pénétration et ton génie, ne trouvant en moi (fue sincérité et désir du bien, m'aideront à modérer, soit par la civilisation, soit par les armes, le fanatisme de peuplades intéressantes, mais qui ne peuvent encore concevoir les bienfaits de Tindustrie et de la paix.
Que Dieu rende tes armées victorieuses, tant qu'elles combattront pour la vraie cause 1
L'homme qui écrivait ces lignes, non-seulement
sans y être obligé, mais encore en étouffant le sentiment de son amour-propre, froissé par le silence que Ton gardait à l'égard de ses premières lettres, ne désirait pas évidemment la guerre. Peut-être le gouvernement ne la voulait-il pas davantage ; mais la fatalité l'y poussait.
Nous avons dit que le traité supplémentaire non ratifié par Abd-el-Kader avait été présenté officiellement aux Chambres comme approuvé. Le cabinet qui succédait à celui de M. le comte Molé eut la ma* ladresse de ne pas désavouer l'erreur commise par le cabinet précédent, et il laissa insérer sans observations, dans le rapport présenté à la Chambre des députés, au nom de la commission du budget, une déclaration portant « que les difficultés d'interprétation qu*avait soulevées le traité de la Tal'na élaient levées à Vavantage de la France^ et que la possession du pays au delà de Voued Kaddara nom itaU
Digitizeci
258 hk RUPTURE.
assurée, » Dès lors la guerre dcfenait inévitable, car si Abd^el-Kader ne pouvait céder sur cette question des limites, à cause des engagements pris vis-à-vis des siens, le gouTernement ne le pouvait pas davantage, en présence des engagements pris vis-àvis de la Chambre. Il espéra toutefois qu'il pour* rait, sans renoncer complètement à la paix, donner à l'opinion publique et à la représentation nationale la satisfaction qu'il leur avait promise. Dans sa pensée, il suffisait pour cela, \ion pas d'occuper défini* tivemeiU Hamza, comme l'avait proposé M. le maréchal Valée, mais de faire traverser par une ar^ /née le pays ai lUige^ sauf ensuite à donner à Abdel-Kader telles explications que Von jugerait con* vcnables.
Telle fut la cause de cette infructueuse promenade
qualifiée d'expédition des Portes de fer, qui devait consister, en partant de Constantine, à faire arriver une colonne à Alger en passant par la contrée que l'émir déclarait lui appartenir. Sans entrer dans le détail de cette marche, il nous suffira de rappeler que, grâce au secret gardé jusqu'au dernier moment, grâce au bruit que Ton fit partout répandre d'une prétendue expédition sur Bougie, l'armée, partie de Milah le 18 octobre, put franchir le défilé des Bibàns le 28, sans tirer un coup de fusil, et ren« trer à Alger le 2 novembre, après un léger engagement près du pont de Ben-Hiny avec les contingents
•du kbalihh Ben^Salem^fort surpris de voir arriver
derrière lui des Uûupes qu il croyait eu marche sur JBougie.
Puisque le gouvernemeui se décidait à cette expédition, la plus simple prudence conseillait de se préparer à prendre vigoureusement ToUensive si Abd-el-Kader acceptait le défi que le cabinet venait de lui jeter. Mais nous^n étions encore à cette période de notre liistoire algérienne que M. Guizot caractérisait ainsi en 1839 : < La plupart de nos fautes, de lios malheurs eu Afrique, tiennent à Vin- •certitude à la fluctuation^ au fxikgm de nos intentions et de nos résolutions. » C'est dire qu'aucuue disposition n'avait ét^ prise en vue d'une attaque.
Cependant Abd-el-Kader, qui se trouvait à Tegdemt, a appris par des courriers dépêchés en toute bâte le passage de nos troupes. 11 accourt à Médéah, où il arrive le a uov^nbre. Le même jour, l'émir écrit au gouverneur géucrai :
(( Nous étions en paix, et les limites étaient clairement déterminées entre votre pays et le nôtre, quand le ûis du roi s'est mis en route avec un corps d'armée pour se rendre deConstanline à Alger, cL cela, il l'a lait, sans me prévenir, sans m écrire un mot pour expliquer une pareille violation du territoire. Si vous m'aviez fait connaître qu'il avait l'intention de visiter notre pays, je l'aurais accompagné moimôme ou fait accompagner par Tun de mes khalifahs. Mais, loin de là, vous avez publié que toute la contrée située <€ntre Alger et Constaniine n'avait plus d'ordres à recevoir
de moi. La rupture vient de vous. Mais, pour que vous ne
m'accusiez pas de trahison, je vous préviens que je vaîsrecommeDcer la guerre. Préparez-vous donc, prévenez vos voyageurs, vos isolés, en un mot prenez toutes vos précautions comme vous l'entendrez, »
Cette lettre prouve combien est erronée ropinion. généralement admise qu'Abd-el-Kader a envahi la Métidja à 1 improviste et sans avoir dénoncé les hostilités.
En même temps, l'émir adresse à tous ses kUalifahs la circulaire suivante :
c La trahison est partie de chez Tinfidèle; ses preuves de
perfidie ont éclaté, il a traversé sans mon autorisation le pays qui m'est soumis. Relevez vos bournous et serrez vos ceintures pour le combat; il est proche. Le trésor public n^est pas riche ; vous-même, vous n'avez pas l'argent nécessaire pour faire la guerre. Donc, aussitôt cet ordre reçu, prélevez la rnaouna (iMi[)ôl extraordinaire). Hâtez-vous et venez me joindre à Médéah, où je vous attends. Salut* »
D'iieuie en heure, les nouvelles qui parvenaient au gouverneur général accusaient une situation de l)ius en plus grave; il eût donc été urgent, surtout après ravis donné par Témir, de rappeler les colons disséminés dans les fermes de la Métidja, de les placer sous la protection de nos camps. Le maréchal Yalée ne crut pas devoir transmettre d*ordres dans ce sens, afin sans doute de ne point jeter l'a* larme dans le payé et aussi parce quil ne désespé-
Diyuizeo by
rail pas encore de la paix. Il se contenta de rendre compte à Paris des événements qui venaient de se produire et de faire partir pourMëdéah Ben-Darand, porteur d'une lettre qui se terminait ainsi : « Prrads patience, j'attends des ordres de Paris, raffaire s'arrangera. »
Au moment de l'arrivée de Ben-Durand à Médéah (14 novembre), les khalifaiis accourus en toute liàte, suivant l'ordre qu'ils avaient reçu, se trouvaient réunis en conseil chez l'émir. Abd-el-Kader fit introduire aussitôt Tenvoyé du gouverneur et lut publiquement la lettre dont il était porteur* Une discussion s'engagea dans laquelle tous les klialifabs furent unanimes à demander la guerre.
« Vous avez tort, reprit Ben-Durand; la France est un pays puissant, et, vous le savez, son armée est brave et fort instruite dans les choses de la guerre ; vous succomberez.
— Etjusques à quand, dit Abd-el-Kader, supporterons-nous les insultes des chrétiens? Ils nous ont donjié preuve sur preuve de leur manque de foi. ' — Je vous assure, répondait encore renvoyé du gouverneur, vous avez tort de vous offenser d'une chose qui n*en vaut pas la peine. Les Français n'ont pas eu rintention de vous tromper, et le fils du roi n*a traversé le pays que pour /aire vm promenade et se distraire. ^
Ces paroles, qui sans aucun doute eussent été
désavouées par le maréchal Valée, parureiU lairc une certaine impression sur Témir ; ne désirant pas la guerre, il cherchait un moyen plausible de l'éviter. La discussion fut donc remise an lendemain poor prendre un parti dérinUif, et Abd-cl-Kader resta seul avec Ben-Durand. Celui-ci s'efforça de démontrer à Tcinir les dangers que présentait pour lui une guerre acharnée qui ne pouvait manquer tôt ou tard d'amener la desU ucliou de sa puissance. Il insista sur le peu d'instruction de ses troupes, sur le manque de ressources, sur notre iiabiludc de la guerre, sur la force de nos armées*
« ToLil cela je le sais, rcpi'it Abd-el-Kader; mais les khalifahs veulent laguerre^et le peuple me traite déjà d'infidèle (kdfer) parce qu elle n'est pas commencée* Les français en sont la cause, je ne la désirais pas. »
Le lendemain arriva ; c'était le 11 du mois de Bm^
madhan. Les khalifahs se réunii euL de nouveau chez l'émir, et tous, sans exception, insistèrent pour qu'il proclamât la (juerrc sainte.
« Puisque vous la voulez, dit Àbd-el-Kader, je vous raccorde, mais à une couditiou : vous allez éprouver des pertes, des fatigues, et alors tous arriverez au repentir. Jurez-moi donc*, sur le saint
1. On verra plus tard que c^est à cause de ce serment qa'Abdel*Kader a sotttenu la guerre, alors même qu'il u*f avait plus d*espoir.