livre de Sidi«>Bokhari, que jamais vous ne me trahirez
Une aeclamation répondit à cet appel : la guerre était décidée*
Le jour même, Abd-el-Kader renvoya Ben-Durand porteur d*une seconde lettre dans laquelle il faisait connaître au maréchal Valée que, n'ayant pas reçu depuis quinze jours une seule réponse satistaisante pour expliquer la violation de territoire qui avait été commise, il eût délinitivement à se préparer au combat. En effet, le 13 du mois de Ramadiian <20 novembre 1839), il donna Tordre à Ben-AUal et à Berkani d'envahir la plaine de la Métidja par rouest et par le sud, tandis que les contingents de Ben-Salem s'y précipitaient par Test. Le tiailé de la Tafna était déchiré.
Au moiiicnt où les deux partis se retrouvent en présence après deux ans et demi de paix^ voyons quelle est leur situation respective. Dans la province d'Alger^ la France occupe la portion de la plaine de la Métidja située sur la livc droite de la Chiiïa. En- 4X>re» dans cette portion , la tranquillité n'est*elle pas même bien assurée, puisque, pour protéger nos établissements, il a fallu établir des camps au Fondouk, à Kara-Moustaplia, à Larda, à Blidah, à l'Oued- «Mlalleg, et deé blockhaus sur un certain nombre de points intermédiaires. Dans la province d'Oran, nom sommes en possession des espaces réduits que
nous nous sommes réservés autour d'Orftn, de Mos-
taghanem cl d Aize\v. Dans Test, la France possède, moins la partie saharienne et la Medjana, moins encore le pays qui avoisine la Kabjlie et la régence de Tunis, la province de Conslantine, qui, placée sous le coaimandement de grands chefs indigènes, a reçu un commencement d'organisation.
Quant à Abd-el-Kader, à rexception de la Kabyiie du Djurjura, qui, tout en demeurant indépendante, se iuuutre néanuioiiis bienveillante à son égard, le reste de TAlgérie lui obéit. Dans la portion qui lui est i>ouuiise, l'émir a établi une double ligne de défense : la première repose sur les villes de la ligne centrale du Tell; la seconde, comme il Ta précédemment ei^pliqué lui-même, s'appuie sur les posi* tions fortifiées de la ligne des bauts plateaux.
Les forces dont il dispose, il les a fait connaître : elles se divisent en une armée régulière de 10000 hommes et une armée irr^lière comprenant les contingents des tribus qui reconnaissent son pouvoir, c*est-à-dire que nous avons devant nous une population tout entière en armes. Ët maintenant, si Ton songe aux difficultés de cette Vendée musulmane contre laquelle nous allons avoir à lutter, diMcultés auxquelles viennent s*ajouter celles d'un pays coupé de montagnes, haché de ravins, sillonné de torrents, sans routes, sans ponts, sans abri, presque sans refuge pour le ma-
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laUe ou pour le blessé» ou arrive à comprendre
qu*Abd-el-Kader ait pu concevoir Tespérance sinon de nous vaincre (il ne Ta jamais eue)» du moins de
nous lasser. Mallicnrcusement pour lui, il avait à
lutter contre des soldats dont Ténei^gie et la patience (nous ne parlons pas du courage) grandissaient en proportion des obstacles , et qui devaient être ceux de Sébastopol, de Magenla et de Solferino. Toutefois, avant d'arriver au marabout de Sidi-Brahim, témoin de la chute de l'émir comme il le fut de son dernier triomphe, par combien de phases douloureuses il nous faudra passer! C'est en les calculant, c'est en 4'éfléchissant k la grandeur et à la ténacité de la lutte, que nous pourrons estimer à leur juste valeur et l'armée qui l'a soutenue et le grand homme qui l a entreprise.
L'un des jours les plus néfastes que compte Thistoire de l'Algérie est sans contredit celui du 20 novembre 1839. Partout, malgré la double dénonciation des hostilités faites par Abd el-Kader, nos petits détachements sont surpris et taillés en pièces; conmie nos soldats^ nos colons tombent sous lé fer ennemi. Quant à ceux qui, plus heureux, parrien* nent à sauver leur vie, ils n'échappent à la mor^ qu'en abandonnant leurs bestiaux, leur mobilier, toute leur petite fortune^ et à la lueur des flammes qui dévorent leurs fermes incendiées. A ces nouvelles, au reflux des pauvres fugitifs vers Alger, ce
âô6 hk RUPTURE,
iat dans la ville une sorte de sauve qui peut. Les
bruits les plus effrayants s'y propagent ; on parle de colonnes entières écrasées; c'est à peine si la popu* lation se croit en sûreté derrière ces remparts qui ont arrêté Gtaarle&-(}uint. Bientôt la terreur ne connaît plus de bornes lorsqu'on apprend que le maréchal Yalée^ dans un moment d'inconcevable oubli, a donné l'ordre de déménager sa maison de campa^e» située aux portes d'Âlger, sous la protection du forl de l'Empeieur. La caj)ilale était donc menacée, l'armée n'avait pas la certitude de tenir renneini à distance, puisque le gouverneur prévoyait le cas où l'émir allait s'emparer des hauteurs de Mouslaplia. Et cependant le maréchal avait sous la main, ou, du moins, dans l'arrondissement d'Alger, mal répartie peut-être, mais enfin à sa portée, une force de 20000 hommes qui, disséminée dans les camps, ne recevant pas d'instructions, ne put agir avec ensemble contre les 3000 cavaliers qui, après avoir passé trois jours à ravager la pbine, se retirèrent tranquillement avec leur butin, les uns versTest, les autres vers Touesl, les derniers enfin vers les montagnes des Beui-Salah, du haut desquelles Alid-el-Kader surveillait rexécution de ses ordres*
Le maréclial Valée, rendant compte de ces événements , terminait minsi sa dépèche du 24 novem*bre 1839:
€ La défense des camps du Sahel est assurée, et dans tous les centres de population européenne, l'administration civile
a organisé la milice; partout on est on mesure de se défendre. Lorsque les troupes seront reposées *, qu'elles auront reçu des renforts, et qu'en outre le beau temps sera revenu, je me préoccuperai de châtier lee Eaàjwiihe; nos plus habiles
comme nos plus ardeiib ennemis »
Les événements qui viennent de s'accomplir se sont chargés de démontrer à M. le maréchal Valée les conséquences des demi-mesures qu'il a prises.
Il recoiiiiait les inconvénients de la dissciniiiation des troupes, la nécessité de les tenir concentrées
sous sa niaiu. Des ordres sont donnes pour Téva-
cuation de tous les petits postes; le camp 4e BUdab,
celui de l'Oued-el-IlaUcg , sont également abandonnés. Grâce à ces nouvelles dispositions, aux renforts qu'il vient de recevoir de France et qui élèvent à 33000 hommes l'efTectii de la division d'Alger, le gouverneur va reprendre l'offensive ; la guerre recommence.
* I. Nous avons vu que les troupes étaient de retour le 2 no* vemhre, c*e8t-à4ire dix^uit jours avant Tinvanon de la Mé>
. tidja ; elles avaient donc eu tout le temps de se reposer.