‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 29 sur 48 · Allusion au serment piété 4 Médéah · texte numérisé non relu

Allusion au serment piété 4 Médéah

2. I**émir ne dit pas que le maréchal Bugeand lui avait ofiért un million.

Ben-Salem, en particulier, Vm de mes plus dévoués lîeutenants de l'est, m'avait écrit, peu auparavant, au moment de sa soumission forcée et de son départ pour rOrieat sur des navires français. Il le faisait, assurait-il, de la part du gouverneur général dont je connaissais la loyauté et le courage, et pour me donner la certitude que, si je l'imitais dans cet acte désespéré, je serais traité moi-même non moins fayorablemént que lut. Vous savez, en effét, comment, à sa demande, il fut transporté sur des vaisseaux de votre nation dans ces contrées lointaines que rapproche de nous le même culte*. Il lui avait même été dit que, pour mol, si la traver* • sée sur des vaisseaux chrétiens me répugnait, des barques musulmanes seraient aiïrétées au nom et aux frais de la France.

c Assurément) j'avais foi en la loyauté française, et je ne doutaia pas qu'en échange de ma soumission et de la

pacification générale qui en serait la conséquence, ce qui m'était promis serait tenu. Cependant je ne pouvais me résoudre à descendre de mon cheval et à dire un éternel adieu à mon pays. Si je m'obstinai à combattre, croycz-le bien, ce n'était pas dans l'espoir de vaincre (je n ignorais pas quelle serait Tissue plus ou moins tardive de la lutte) ; mais j^avais juré de défendre mon pays et ma religion jusqu'à ce qu'aucune force humaine n'y pùL ^)lus suffire, et il me semblait toujours que je n'avais pas encore fait assez.

c Cependant, vers la fin de 1847, ma position, celle de ma déim surtout, devenait de plus en plus critique. Loin d'accourir à mon secours, l'empereur du Maroc m'avait abandonné» se mutait à me poursuivre et à me combattre, et j'avais autant à craindre désormais des sauvages Kabyles

1. Ben-Salem s'était retiré à Damas, où l'émir Ta retrouvé orsqu'il a quitté Brousse pour cette dernière résidence.

du Rif que des chrétiens et des Français eoxHBiémes, dont

les effoi Ls se multipliaient avec mes angoisses et mes revers, louteibis, je oe songeais pas encore à entrer en ac* commodément avec les Français, quand ma ctetm, ou se trouvaient ma mère et tous les miens, ayant été exposée tout

à coup, sans qu'il me lût possible de Tempêcher, à tomber entre les mains du générai cie l'ouest, je pris brusquement mon parti.

€ J'aurais bien pu sans doute échapper de nouveau personnellement à cette poursuite aciiarnée*. J'avais encore autour de moi un certain nombre de mes vieux cavaliers, d'une bravoure égale à leur fidélité proverbiale. Longtemps encore j'aurais pu inquiéter les Français; les tribus du désert ne m'auraient pas refusé un peu d'orge et de lait; j'aurais même pu, à la rigueur» gagner à cheval la route des vtiles saintes. Mais ma mère, les femmes, les enfants de ces serviteurs ûdèles; mais les vieillards et tant de malheureux blessés qui m'accompagnaient» que seraientils devenus?

« Dans cette situation, j'écrivis au général de Lamorîcière pour lui demander si le gouvernement français était iovjours à mon éqaird dans di^tositùm dont on m'avait si souvent entretenu^ st si je pouvais compter^ dans te cas où je me rendrais^ sur cette tramlation en ùi ient^ devenue Tobjet de tous mes vœux. Lamoricière m'envoya son sabre et son cachet comme gage de sa parole. Ce n'était pas assez

pour moi; j'insistai et je donandai par écrit l'assurance clc cette œndition^ sans laquelle je ne pouvais cesser la lutte. Il me fut répondu dans le même sens. J'insistai de nouveau et je déclarai que si je n'avais pas la certitude que son en-

1. Abd-el-Kader est parfaitement d'accord, A cet égard, avec la déclaration faîte & la tribune le 5 février 1S48, par le général de Lamoricière. Nous la reproduirons tout à i Ueure.

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l'invasion. 321

gagcment personnel était suffisant, je remettrais une dernière fois ma cause à Dieu et que rien ne serait coociu entre nous. Je reçQS bientôt cette assurance écriU €t tignée. Un instant après, je poussai mon cheval en avant et j'ar* rivai dans son camp.

Le duc d'Aumale débarquait en même temps à Djema- Ghazaouat. Je le vis; il me reçut noblement et me dit qu'il était superflu qu'il ratifiât ce qu'avait fait son lieutenaot; mais que, si je le désirais, et au besoin, il le ratifiait solennellement el me dannaii sa parole royale que ce qui omit été fait entre nous serait fidèlement exécuté. Je lui offris alors mon dernier cheval. Le prince me demanda presque aussitôt après où je voulais être décidément transporté et qui j'emmènerais avec moi. Je répondis que je désirais être transféré àConstantInople, à Saint^Jean-d'Acre ou à Alexan* drîe, et que j'emmènerais avec moi ma mère, mes femmes, mes enfants, mes frères et leur famille, mon oncle, mes principaux officiers, environ cent personnes en tout. C'était, parmi les miens, à qui m'accompagnerait; je ne pouvais répondre à cet empressement de tous. Hélas ! je croyais les conduire dana un paisible séjour et à une espèce de bon^ heur—. Je ne croyais pas que ce fût à une prisoo 1

c Le fils du roi me répondit qu'il ne pouvait consentir à me faire conduire à Constantinople, mais que je partirais, dès que noua serions à Mers-el-Kebir, pour Alexandrie, selon ma demande et sa promesse. Seulement, il était nécessaire que le bâtiment sur lequel je serais embarqué relâchât nn instant à Toulon. J'y consentis volontiers, ne prévoyant guère assurément le résultat de ce voyage, que j'attribuais à la nécessité de certains préparatifs. »

Tel est le récit fait par Abd-el-Kader ; nous le reproduisons sans commentaire.

Le 25 décembre 1847, Témir, sa funille et quelques serviteurs, choisis entre tous ceux qui demandaient à 8*as8ocier à sa fortune, furent embarqués

sur la irégate tÂsmodée^ qui les conduisit à. Toulon pour y attendre les ordres du gouyernement. Tous les bagages, tentes, cbevaux, mulets, chameaux

que posséJait l'émir, au moment de sa reddition, furent vendus par les soins de l'administration militaire et produisirent une somme de six mille et quelques cents francs ^ G*était ^ tout ce qui restait

à Abd-el-Kader de sa grandeur déchue !

1. On aura peine à croire que, malgré ses réclamations^ cette somme ne fut remise qu'à compte par à compte à Abd-el- Kader, à charge par lui de justifier préalablement de l'emploi de chacun d*eiut. U arriYait ainsi que lorsque l'émir voulait accorder un secours ou une gratification à l'un de ses serviteurs ^ il ne pouvait le foire qu'avec Faseentiinenl de l'àutorlté.

us 1IA88AGBE.

Les premiers prisonniers de Témir. Les prisonniers de 1841 Les prisonniers de 1842. — Les prisonniers de 1845. — La 4M^, — Boii'Haniedi. — Intrigues à la deira. — Arrivée de

MousUpha-ben-Tiiamy. — Les Beni-Amers. — Refus d'obéissance. — Commencement de défection. — Le conseil. — Massacre. — Ah i-el-Kader est-il coupable? — Les onze survivants, ~ Lettre au roL — La rauçon.

Trop longtemps la responsabilité du massacre de nos prisonniers a pesé sur Abd-el-Kader ; les pasaions de la lutte, peut-^tre Tinlérèt de notre politi^

1 Le jour où Abd el Kadcr partit de Paris pour Brousse, il était déjà dans le "wapfon-salon que la Compagnie àa ciiemin de fer avait mis à sa disposiiion , lorsque m'apercevant au milieu des trois ou quatre cents personnes qui étaient présentes, i! rae fil signe de monter auprès de lui, ei^ après m'avoir embrassé une deniiàre lois :

« La majeure partie de eetle foolo qui m^entonrt; me dit-i}|

que, lui oat-Us fait attribuer ce crime, et cependant les renseignements particuliers que nous allons produire» les documents officiels^ sur lesquels nous allons nous appuyer, vont prouver que Témir n*y a trempé en rien» qu'il n'a pas donné Tordre d'exécution, et que, l'eût-il voulu, il n'aurait pas pu le donner. Mais avant de passer à l'histoire du massacre, il ne sera pas sans utilité, pour apprécier l'homme auquel on Ta imputé, de jeter un coup d'œil en arrière, et de voir quelle a été la conduite constante de l'émir vis-à-vis des prisonniers qui, à différentes époques, sont tombés en son pouvoir.

Il est à remarquer, tout d'abord, qu'avant Télévation de l'émir il n'est pas un seul soldat tombé entre les mains des Arabes auquel il ait éfé fait quartier. A leur point de vue, il était plus glorieux pour

eux de rapporter une tête fixée à la pointe d'un éperon que de ramener un vivant ; amsi le voulait

me croît coupabiu du massacre de la deira. Je n'ai pas pu te dire la vérité; mais lu l'as entrevue le jour de la visite que m*ont faite à Faris mes anciens prisonniers. Toi qui restas au milieu de ces Français, soit par la parole, soit par la plume, fais tes efforts pour effacer 4e sang qui, dans leur opinioa, existe entre eux et moi. »

Tels sont les derniers mots que m*ail adressés Abd-el-Kader lors de son départ pour Brousse; c'est la seule fois qu'il ait été question entre nous de ce déplorable épisode de nos guerres al* gériennes. Cette prière de l'émir m'imposait le devoir de clier<cher la vérité sur le massacre \ je vais k dire.

un usage barbare, mais d'autant plus difficile à vaincre qu'il touchait aux liabitudes de guerre d'un peuple essentiellement guerrier. Dès son arrivée au pouvoir, Abd-el-Kader entreprit de lutter contre cet borrible usage. En premier lieu, il appuya ses ordres de cette parole du Prophète « Décapitez . tout le temps du combat, et le combat fini failcs des prisonniers qui seront ou graciés ou échangés ; » puis il fit valoir aux yeux des siens rintérôt de leurs frères tombés entre les mains des chrétiens; il ajouta enfin à ces considérations une considération bien autrement puissante : il donna huit douros (40 fr.) pour un prisonnier, et supprima Tiisage de payer la léte d'un ennemi. Quelle que soit la considération qui ait eu le plus d'influence sur les Arabes (et sans aucun doute la dernière ne fut pas la moins puis* santé), toujours est-il que, dès 1833, le jeune sultan réussit à faire des prisonniers, à les protéger contre la barbarie de ses soldats, et à introduire ainsi parmi eux cette atténuation aux malheurs de la guerre.

Avan# les prisonniers qui furent faits au combat de Sidi-Brahim et à la capitulation d*Ain-Temou-

chent (ce sont ceux qui ont été compris dans le massacre et dont nous parlerons plus spécialement tout à l'heure), un certain nombre de Français, colons OU soldats, sont tombés, à différentes reprises, dans les mains d'Abd-el-Kader. Pour juger quelle a été

sa conduite à lear égard, ouvrons le livre de M. de

France, enseigne de vaisseau, Tua des premiers prisonniers de l'émir : < Tant que tu resteras auprès de moi, lui dit Abd-el-Kader en Tabordant, lu n*auras k craindre ni mauvais traitements, ni injures ^ » Et il lui tint parole, car cet ofâcier, dans l'ouvrage qu'il publia au lendemain de sa captivité» n'a trouvé pour Abd-el-Kuder que des paroles de reconnaissance.

M. de France et ses compagnons ne furent pas les seuls prisonniers qui tombèrent au pouvoir d*Abd«cI-Kader avant ceux de Sidi-Brahim. A la reprise des hostilités, en 1839 et au commencement de 1 840, un certain nombre de soldats isolés, de colons malheureux ou imprudents, sont faits prisonniers par les Uadjoullis de la Métidja, ou par les Gbarabas d'Oran. En 1841 ils sont au nombre de 80, et parmi eux se trouve M. Massot, sous-intendant militaire, pris entre Alger et Douéra. L'évéque d'Alger, qui connaissait la £amiUe de M. Massot, fut sollicité [lar elle, et autorisé par le gouverneur à proposer à l'émir Téchange de ce fonctionnaire ; non-seulement il l'obtint, mais Abd-el-Kader prit lui-mèofô rinilialive d*m échange générai^ qui eut lieu le 25 août 184K

De 1841 nous arrivons à 1842. Une nouvelle couche

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