‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 30 sur 48 · Les rrûonHiers d' Abd-el-Kader , t. 1, p · texte numérisé non relu

Les rrûonHiers d' Abd-el-Kader , t. 1, p

LE MASSACEE* 327

de prisonniers a succédé à celle qui vient d'être échangée ; parmi ces prisonniers se trouve le capi* taine, aujourd'hui général de Mirandol, pris dans les environs de Mascara. M. de Mirandol a été nne providcace pour les captifs de 1842. C'est lui qui contint les plus faibles, qui encouragea les plus forts, qui les protégea tous contre les vexations et les mauvais tnitemaits dont les accablait une tourbe fanatique; c'est lui enQn qui porta leur doléances à Abd-el-Kader, bien assuré que là il obtiendrait satisiaclion et justice. £t assurément, pour que M. de Mirandol ne craignit pas d*élever jusqu'à lui ses réclamations, il fallait qu'il eût une grande confiance dans le caractère de Témir, car deux fois il avait refusé d'obéir à ses injonctions et de proposer au gouverneur général un échange de prisonnierSy dans la crainte de contrarier par sa demandc les vues du général à qui la France avait remis son épée.

CepeiidaiiL le jour de la délivraiice a flni par luire pour les captifs : on vient leur annoncer qu'ils vont être rendus à leur patrie. Leur première pensée, après l'explosion d'une joie bien facile à com{Mrendre, fut de s'enquérir des circonslauccs qui avaient amené leur mise en liberté. En étaient-iis redevables à un échange ? Nullement ; mais les tribus de rOuarsenis avaient pillé les convois que Ben-Allal adressait à son maître; la disette était au milieu

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de la zmalah, Abd-el-Kader ne pouvait plus nourrir ses prisonniers.... Il les renvoyait sans conditions

De 184â nous passons aux prisonniers qui eut été compris dans le massacre du 24 avril 1846, bien que nous dussions peut-être consacrer quelques lignes au trompelie Ëscoffierpris le 22 septembre 1843 et échangé plus tard , avec son compagnon Bréant, contre quelques clieis arabes détenus à Sainte-Marguerite*. A deux exceptions près, ces prisonniers provenaient, d*une part, de la malheureuse adaire de Sidi-Brahim (23 septembre 1845), de l'autre, de la plus malheureuse affaire d'Aïn^Temouchent (29 septembre 1845). A la suite de ce double avanlagc remporté par Abd-el-Kader, l'insurrection, comme nous Tavons vu, avait éclaté de toutes parts en Al-

1. Nous trouvons, dans une lettre qui nous a été ndressée par rundes prisonniers de 1842, le passage suivant: Abd-el-Kader a agi envers moi avec une grandeur que je n'aturaie pat trouvée dans les pays les plus civilisés de VEurope. Ce passage est souligné dans l'origina],

2. Le chasseur EscofAer fut décoré en récompense du dévouemehi dont U avait (ait preuve, en cédant son cheval k son capitaine démonté, afm de lui permettre de rallier Tescadron. Ce fut au camp d'Âbd-el-Kider que la croix de la légion d'honneur vint chercher Escoflier. Le maréchal Bugeaud en adressa les insignes à l'émir, en le priant de les faire parvenir au prisonnier. Abd-el-Kader s'empressa de réuuir les principaux chefs de sou armée 7 un bataillon de ses troupes régulières, et c'est avec cet appareil militaire inusité, en présence de ses soldats sous les armes, qu'il remit de ses mains la croix au trompette Escoffier. Un tel acte est assurément Tacte d*un noble cœur. (Voir les Mémoires du trompette Escoffur.)

gérie et nécessité la présence du chef qui devait la guider. L'éDiir se dirigea immédiatement vers la région des hauts plateaux, qui lui offrait un chemin plus facile pour parvenir au centre de la révolte, .et ^il laissa à Tundeses lieutenants le soin de conduire les prisonniers à la deira, qui avait ses tentes près de la Moiilouïa*. Abd-cl-Kader n'étant revenu à la Mra que U IS juillei 1846, n'était donc pas présent au Maroc, le 24 atyril précédent^ époque où eut lieu le massacre. Nous nous bornons à établir ce lait, sans en lircr encore aucune coiiséqueiice.

A leur arrivée à la fkïra, les prisonniers furent conduits à la tente occupée par la mère de Téniir. « Ses paroles, au dire de Tun des témoins, furent toutes de consolation et d'espérance ^ » A cette époque, la deïra était commandée par Ben-Arach, l'ancien négociateur du traité Desmichels, lancien envoyé d*Abd-el-Kader auprès du roi des Français. « Son accueil fut grave, imposant, bienveillant cependant, car il confirma les bonnes intentions maniieâtées \ » Ben-Arach donna Tordre d*insialler

1 . Moulouïa , petite rivière du Maroc, située à do^e aeues de notre frontière.

2. Ces détails sont empruntés à UQ livre rédigé d*après les renseignements fournis par l'un des prisonniers principaux. Ce livre n'aurait certainement pas paru s'il n'avait été publié avant la visite que la personne à laquelle nous faisons allusion a faite à Abd-el-Kader pendant son séjour à Paris.

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les prisonniers dans le camp des régaliers, sitii6 à une petite distance de la dtira qu'il était chargé de proléger.

Vers le milieu du mois de novembre 1845, c'està-dire six semaines environ après les affaires de

Sidi-Brahim et d'Aïn-Xemouclient» Bou-Hamedi, Tun des khalifahs d' Abd-el-Kader qui Tavaient suivi en Algérie, fut envoyé pour prendre la direction de la déïra en remplacement de Ben-Arach; il était cliargé par Témir de préparer l'envoi de renforts rendus nécessaires par les premières pertes éprouvées.

Malheureusement, IJou-llamedi, qui se distingua toujours par sa bonté pour les prisonniers, n*avait pas l'énergie nécessaire pour couper court aux intrigues dont cette immense cité mouvante était le théâtre; nous verrons môme que, plus tard, il n'y fut pas étranger. Pendant son commandement, la situation de cette vaste agglouiératiou d'individus devint de plus en plus critique. Menacée effective«ment par le général Cavaignac, commandant la subdivision de Tlemsen; diplomatiquement, par le Maroc, sans cesse rappelé à Texéculion du traité de Tanger, elle subissait en outre des divisions intestines auxquelles la présence d'Abd-el-K.ader aurait pu seule mettre un terme. Quelques-uns même, et notamment la grande tribu des Beni-Amers, parlaient déjà du projet, qu'ils réalisèrent quelque

temps après, de se réfugier dans l'intérieur du Maroc et de reooucer à une cause désespérée.

L'émir, informé de ces faits et ne voulant point encore abandonner la partie qu'il avait engagée en Algérie, sentit la nécessité de placer à la tète de la dêira un chef dan& lequel U pût avoir une conliance illimitée et dont la grande poi>iUon fût un obstacle à toutes les intrigues. Il fit choix de Moustapba-ben- Thamy, son Leau-frère. Moustapha fut chargé de conduire à la de^ra tous les invalides , tous les bles* béb qui eaibaiiassaient les mouvements de la colonne légère de l'émir, et de porter à Bou-Hamedi Tordre de rejoindre son maître dans le sud de la province d'Alger, avec toutes les troupes qu'il pourrait rassembler. Dans les circonstances diilicilcs où Mou9tapha-ben-Thamy était appelé à exercer ce commandement, il était nécessaire, vu l'éloignément où il allait se trouver, qu'Abd-el«Rader lui laissât une grande latitude ; il donna, en effet, ses pleins pouvoirs à son beau^frère.

Moustapha quitta l'émir le 16 mars lô46, c'est-àdire trois jours après le combat dans lequel le général Jusuf avait fait subir à Abd-el-Kader un échec des plus sensibles. Ilarriva à làdcïra le 10 avril 18^6, quaiarxe jours par cansiquefU avant le massacre^ et son premier soin fut de communiquer à ]5ou-liamedi l'ordre de rejoindre l'émir avec les renforts que ce dernier attendait. Froissé par une mesure

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qui dérangeait ses projets, blessé d*un remplace^ meut qui, à ses yeux, reniermait un blâme, mais trop habile en même temps pour désobéir en face, Bou-Uamedi entreprit de faire venir la résistance du côté des Beni<*Amers. II n*était pas difficile d'obtenir d'eux un refus de concours, car la vue des blessés ramenés par Ben-Thamy avait produit un eilet désastreux, et les recils qu'ils faisaient des derniers événements avaient prouvé aux moins clairvoyants que la cause d*Abd-el-K.ader était dé* sormais perdue. A quoi bon dès lors tenter l'impossible et courir à une mort certaine }

Mouslapha-ben-Thamy, exaspéré par une désobéissance à laquelle il ne s'attendait pas; compre^ nant, mieux qui: tout auU e, lui qui venait de quitter Témir, llmportance qu'il y avait pour son beaufrère à recevoir de prompts renloi ts, crut devoir recourir à une sorte de coup d'État II donna Tordre aux Beni-Amers, puisqu'ils ne voulaient pas combattre, .de livrer leurs chevaux aux cavaliers réguliers démoulés el aux fantassins qu^ii ferait partir à leur placer

A peine cet ordre est-il transmis qu une Immense agitation se répand au milieu de la tribu, menacée de se voir enlever non-seulement ce à quoi l'Arabe • tient le plus, son cheval, mais encore les moyens

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