Extrait des notes inédites tenues par le colonel Daumas
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portance àTaîné d'enUe eux en TappelaiU au gou- Yernement de Tittery; il avait dû, après quelques mois d'expérience, renoncer à cette idée. Quant à Sy^Sald, il n'avait pas même cru cette expérience possible à son égard et Tavait laissé à la guctna paternelle, vivant au milieu des tholbas^ jusqu'au jour où la gueina détruite, il l'emmena avec ses livres à sa zmalah. C'est sur ces antécédents que s*appu7ait l'émir pour demander qu'au moins ses frères ne partageassent pas sa captivité : il ne put l'obtenir! Ils le suivirent donc à Pau, puis à Âmboise, où un ordre de mise en liberté vint les trouver, préludant ainsi à l'acte réparateur dont Àbd-el-Kader devait être lui-même bientôt l'objet.
Quelques jours après l'arrivée de ses frères à Toulon, rémîï* reçut l'avis qu'il devait se préparer à aller habiter le cbÂteau de Pau. £n vain eut-on soin de lui présenter cette mesure conuiie une nécessité de convenance qui ne préjugeait en rien la question de sa mLse en liberté : Abd-el-Kader ne pouvait conserver que bien peu d'espoir en présence de faits qui protestaient si hauleuicnt contre de vaines paroles de consolation.
L'émir, parti de Toulon vers le 12 avril 1848, arriva à Pau le âO du même mois. Là finissait la mission de M. le colonel Daumas ; celle de M. le capitaine Boissannet commençait.
Digitizeci
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XYIII
PAU BT AMB018E»
la prison. — Lettre de M. Arago , ministre de la guerre. — Les journées de juin 1848 et le général de Lamoricière. Ketour
à l'espoir. — Lettre au général de Lamoricière. — Les Arabes
veulent se faire tuer. — Envoi à Amboise. — Mesures de rigueur. — L'élection du 10 décembre. — Conseil des ministres du 14 janvier 1849. — Lettre du maréchal Bugeaud à Abd-el- Kader. — Réponse de l'émir. — Résignation et travail. — Le 2 décembre 1851. — La liberté. — Une ode d'Abd-el-lUder.
Jusqu'au nionieiit de l'arrivée à Pau, Abd-el-Kader s'était efforcé de laisser croire à sa famille et à ses compagDons qu'il s'agissait seulement d*un changement de résidence ; que bientdt la France, jalouse de dégager sa parole, les rendrait à la liberté. Mais en présence de la réalité qui se dressait devant eux, des barreaux de fer garnissant les fenêtres de leur nouvelle résidence, des sentinelles veillant de toutes
parts, il leur fut facile de voir qu*il ne s*agissait pas d'habiter un cliâteau, mais une prison. Dès ce moment Abd-el-Kader cessa de lutter contre Févidence
des faits et d'entretenir les siens dans une espérance que, quant à lui, il avait depuis longtemps perdue. Ce fut alors, parmi les captifs, une consternation dont aucune parole ne saurait donner Tidée; puis, à la consternation succédèrent des plaintes; aux plaintes, des malédictions; aux malédictions, la fureur, lorsque Abd-ei-Kader eut porté à la connaissance de ses compagnons la réponse que le ministre de la guerre venait de faire à la demande de mise en liberté qu'il avait cTivoyée de Toulon au Gouvernement provisoire, par Tentremise de AL Olivier. Cette lettre, écrite sur deux colonnes, Tune en français, rautre en arabe, et dont, à défaut du texte même, nous pouvons du moins garantir le sens précis, disait en substance ; que la République m se croyail tenue vis-à-vis d'Abd-el-Kader à aucune obligation^ et qu'elle le prenait dam la situalion où Vancien gouvernement V avait laissé, c est-à-dirc prisonnier .
JNous ignorons la date positive de cette lettre, mais comme elle a été signée par M, Arago, ministre de la guerre, elle n*a pu èire écrite que du 20 avril 1S48, jour de Tarrivée d*Abd-el-Kader à Pau, au 17 mai suivant, époque à laquelle le général Gavaignac prit le portefeuille. Assurément, il serait injuste de rendre M. Arago responsable de la décision qui fut
prise, autrement que pour la part qui loi en revient
comme membre du Gouvernement provisoire ; mais tout en tenant eomple de la situation générale de la France à celte époque» de la crainte que pouvaient concevoir les hommes placés à la tête de la Bépa^ blique, que Témir, retournant en Algérie^ vint à nous y susciter de sérieux embarras, il y a une responsabilité qui pèse sur M. Ârago seul, c'est celle de la rédaction de la lettre que nous venons d'analyser. L^honneur de la France n*eùt rien perdu à ce que celte lettre fût conçue en d'autres termes.
Dès lors, Abd-el-Kader n'avait plusqu*à se soumettre à la force, à eucourajrer les siens par l'espérance de jours meilleurs, à maintenir enfin son droit en protestant, dans toutes les occasions, contre l'acte dont il était victime ; telle fut« en effet la règle de conduilc qu'il adopta. Durant celle période très-tranchée de sa captivité^ il ne reçut pas un seul visiteur» il ne se trouva pas une seule fois eu présence d'un personnage civil on militaire sans prendre Dieu à témoin de l'injustice coauuise à son égard, et répéter que, venu mu Français librement, alors que rien ne robligeail à se livrer à eux, venu sous la sauvegarde d*une parole donnée par un officier général, il se voyait néanmoins traiié plus duremenl que s'il eût été pris les armes à la main.
Cependant, avec les premiers jours de juillet 1848, l'espérance qu'Abd*el-Kader avait su refouler dans
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SOT! cœur reprît le dessus lorsqu'on lui annonça que le général de Lamoricière avait été appelé, à la suite des fatales journées de juin, au ministère de la guerre. Les ministres qui TaYaient précédé avaieiU pu ignorer les détails de la capitulation et les engagements pris; mais comment admettre que celui qui avait signé la convention du Iverljous ne tînt pas à honneur de dégager la parole qu'il avait lui-même donnée? Abd-el-Kader considéra donc la nomination du géaéicBl de Lamoricière comme le signal de sa délivrance, et il s'en]i)rcssade lui écrire, le 9 juillet, la lettre qne l'on va lire :
Louange au Dieu unique!
À celui dont ]a parole n'est point susceptible de changemeut, et qui ne peut enfreindre le pacte qu*it a formé, dont
la personne est célèbre tant eu Orient qu'en Occident, et le nom répété dans toutes les langues; à notre ami, à notre frère fortuné de Lamoricière 1
Que le salut soft sur toi, salut dans lequel se réunissent et les félicitations et les compliments 1
J'ai rendu grâces à Dieu en apprenant qu'après avoir triomphé de ceux qui suscitaient le trouble, c*est à toi qu'a été dévolu le soin d'assurer le bonheur de la France- Je me suis donc réjoui de ta nomination au ministère, convaincu qu'elle aurait pour résultat ma liberté. Aussi beaucoup de Français sont-ils vènus me trouver et m'ont dit : c Tu peux le considérer comme libre, car ton ami, celui qui t'a donné sa parole» est dans un rang élevé et tel qu'il n'est pas de iviissaace plus grande que la sienne. >
Tu es, en effet, aimé de tous les Français, et nolamment
Dig'itjzed by
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des membres de la Chambre, à raisoa des grands services que lu as rendus à rËtat, et. tu peux accomplir des choses
bien autrement difficiles que celle à Tégard de laquelle tu t'es engagé vis-à-vis de moi.
Cette parole, les populations de l'Orient et de rOccident^ de la terre et des îles, la connaissent. Il fout donc que tu
me retires de l'oubli où je suis plongé, car je suis comme l'homme que l'on a jeté à la mer ; mais le salut me viendra de ta main.
La plupart ne comprennent pas ma situation, et préten* dent que je suis venu aux Français par force et par contrainte; ils ajoutent que c*est toi qui, te mettant à ma poursuite, m'as réduit aux abois (k-êlUdi aql^houfiâqés). Il COiivu nt que lu leur fasses coiuiaEtro la vérité, que tu leur dises que si tu n'étais arrivé avec tes promesses, je ne serais pas venu à toi; que tu étais éloigné de moi lorsque les pourparlers avaient lieu entre toi et moi ; que la distance qui nous séparait était d'au moius dix heures de marche; que les pourparlers ont duré quarante heures ; que le che^ min du sud m'était ouvert, ainsi que celui qui m*aurait conduit chez les Berbères; que j'avais la faculté d'aller où il me plairait, même de me remettre entre les mains du sultan du Gharb^ qui, loin de me faire mourir, m'aurait au contraire comblé de bienfaits K
1. Le général de Lamoi^ière avait dit, le 5 février 184S , à la tribune de la Chambre des députés : « Un mot que vient de dire M. le maréchal Cugeaud, mot que j'accepte, c'est qu'Abd-el- Kader s'est rendu, qu'il n'a pas été pris....j> Kt plu» loin : «Il fallait contiimer, a-t-on dit, au lieu de paiieiueiiter. Savez-vous ce que j'aurais pris si j'avais continué? J'aurais pris le convoi, l'aurais fait une razzia de plus , je vous aurais rendu compte que j'avais pris la tente d'Ahd-el- Kader, son tapis, une de ses femmes, peut-être un de ses khalifàhs; mawlut, avec tes cavaliers^ serait parti pour le déterî! *
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Les Français pr(^tendent encore que cette question de mon envoi en Orient est nouvelle. Dis-leur que maintes fois les chefs français m'ont invité à prendre ce parti ; qa*îls ont dirigé vers ces contrées nombre d'iadivi Juî lombés en leur pouvoir; qu'ils y ont envoyé mon ancien khalifah Ben-Salem ; dis-leur combien de pourparlers ont eu lieu à diiférentes époques entre eux et moi à ce sujet; dis-leur encore que j'ai enlre les mains Ion écrit constatant que les Français acceptaient toutes mes conditions; que tu as engagé la parole de la France; que le prince d'Alger a sanctionné ces engagements. Ajoule, enfin, que je suis un homme mort pour le monde; que je jure, par les serments les plus sacrés, que je ne susciterai pas la discorde parmi leurs sujets d'Algérie, arabes ou kabyles, musulmans ou juifs. Dieu t'a donné la puissance, et il n'est personne qui puisse cKimetlre une excuse do ta part, si tu ne me rends pas la liberté, et qui ne te dise : Que ta femme soit un péché pour toil {lahhram mal-àk!)
Explique donc toute cette affaire aux Français, dont l'honneur est célèbre parmi tous les peuples; il est impossible que, la comprenant, ils ne me fassent pas mettre en liberté.
Si tu ne le fais pas, que la honte en retombe sur toi; qu'aucun boamio n'ajoute plus foi à ta parole; que, grand ou petit, personne n'ait plus pour toi aucune considération l
Salut de la part d'Abd-el-Kader, fils de Mahhi*ed-Dtn. Daté du 7 du mois de chabâa 126^ (9 juillet 18^8).
Abd-el-Kader et ses coiiipagnons altendirent avec anxiété Teffet de cette sommation ; ils comptèrent les Jours, puis les semaines, et ce fut seulement lorsque deux mois se furent écoulés que s'é» vanouit la dernière espérance. Mais le silence gardé
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par le général de Lamoricière produisit un résultat tout opposé à celui qu'avait amené la réponse de M. Arago. Au liea du sombre désespoir qui avait suc* cédé à cette lettre, ce fut une sorte de rage parmi les compagnons de l'émir; ils allèrent jusqu'à former le projet de se précipiter sans armes sur les sentinelles, sur les hommes de garde au château, et cela daus Tunique but de se faire tuer. Ce projet avant été découvert :
«Nous ne voulons pas fuir, s'écriaient-ils dans une sorte de délire furieux, mais mourir, aQn que notre sang rejaillisse sur l'honneur de la France et y imprime sa tache, car nous aurons été tués pour avoir réclamé Texéculion de la pronieâse faite à notre mattre. »
Liatervenlion d'Abd-el-Kadcr parvint seule à calmer les esprits et à ramener un peu de tranquillité parmi ses compagnons ; mais averti de ces faits, le ministre de la guerre crut devoir prendre des précautions contre leur retour, et il donna Tordre de IransEërcr Abd-el-Kader du château de Pau au cbftteau d'Amboise» véritable forteresse, qui porte encore les traces des sièges qu^elle a soutenus. A dater de ce moment, ni Témir ni les siens ne devaient plus avoir aucun rapport avec les personnes de Textérieur; ils ne pouvaient plu.s recevoir ni écrire une lettre, et, au lieu de la faculté qui leur avait été lais* sée à Pau d admettre auprès d'eux les visiteurs qu'ils
ilésiraient enlreienir, une permission spéciale da ministre de la guerre devint nécessaire pour pénétrer jusqu'à eux* ^ Cet ordre fut signé.... de Lamoricièrël Abd^l-Kader partit de Pau le 2 novembre après un séjour de six mois et demi ; il quitta ce château suivi de tous ses compagnons, car ^ucun d'eux ne voulut accepter la proposilion qui leur fut faite d*étre renvoyés en Algérie. Leur réponse unanime fut qu'ils n'abandonneraient jamais leur oiattre dans le malhear*
Un mois après l'arrivée de l'émir à AiaLoise, le prince Loais-Nap<Héoa était appelé à la pré^ sideace de la République. Dès ce uiomenl, un changement significatif s'opéra dans la manière d'être d'Abd-el-Kader ; l'espoir de la libei lé lui était apparu de nottveaa; peut-être même n'étaitril pas sans savoir que le Prince avait annoncé à de hauts personnages l'intention de tenir, à l'égard de l'émir, ia promesse faite au nom de la France. Nous allons TOir qu'il ne dépendit pas de l«i que le prisonnier d'Amboise ne lût rendu immédiatement à la liberté.
Ën dïet, le 14 janvier lô49, vii^l-quaire jours après son élévation à la présidence, le prince Louis- Napoléon convoquait, pour délibérer sur celte ques* tion, un conseil extraordinaire, auquel étaient appelés M. le maréchal Bugeaud et M. le général
Chîingarnier. Nous n'avons pas la prétention de savoir exactement ce qui fut dit dans ce conseil ; mais si nous rapprochons les indiscrétions qui furent commises par le journal le Crédit (numéro du 16 janvier), d'une lettre de M. le maréchal Bugeaud que nous allons citer, nous pouvons être assuré de ne pas nous éloigner beaucoup de la vérité ^. Le journal auquel nous empruntons ces renseignements déclare que la question de la mise en liberté d*Abd--
* el-Kader fut longuement discutée, et que, sans Tinsislance de M. le général Rulhière, ministre de la guerre, les observations présentées par M. le maré-» chai Bugeaud et par le général Changarnier en faveur de la mise en liberté d'Abd-el-luider eussent été accueillies. Le Crédit n'indique pas la décision qui fut prise , mais nous allons l'apprendre par la lettre suivante, adressée par H. le duc d'Isly à Témir.
1. Au mois de novembre 18S2, pendant qu'Abd-el-&ader était à Paris, le Moming Poit publia la correspondance suivante , qtii vient à l'appui des faits que nous citons : « Un de mes amis,
qui a été minisire de Louis Napoléon luimédiatement après sou élection de 1S48, nie lacunlait que, dans l'un des premiers conseils tenus à rKlysée, Louis-Napoîéon amena la discussion sur la libération de 1 illustre chef arabe. Il est noloire aujourd'hui que si Abd-el-Kader n'a pas été rendu plus lût à la liberté, c'est qu IL y avait eulre le Piince et lui le contrôle de l'Assemblée nationale. »
ARM££ DES ALPES. ' Lyoo, 4 avrii
le maréchal de France commandant en citef.
Le 29 du mois de janvier, j'allais partir pour (e porter des paroles de consolation, lorsque des menaces de troubles dans noire pays * me forcèrent à venir me mettre à la tète de mon armée. Ne pouvant la quitter de quelque temps, je me décide à Vécrire une partie de ce que je voulais te dire. Je ne renonce pas pour cela à te visiter dans ta retraite, et, dès que cela sera possible, je serai près de loi.
Tu as éprouvé de grands malheurs, et F Algérie en a éprouvr de plus grands encore à cause de toi. Dieu n'a pas épargné la France davantage. Depuis que tu t'es rendu au sein de Tarmée française, des troubles sont survenus dont rhîstoire offre peu d*exemp1es. Sans doute, ton pays et le nôtre avaient mérité ces chàiiaieiUs, car Dieu est souverainement juste, et nul ne peut pénétrer ses desseins.
Le roi qui vient d'être renversé m'avait donné la ferme espérance que tu serais envoyé à la Mekke*. Les gouvernenients qui lui ont succédé ont été forcés par l'opinion publique de renoncer à celte résolution.
Je crois devoir le parler avec la franchise d*un ami vérî* table. Il s'écoulera peul-ôire de Ioniques antiécs avant que* tu puisses espérer te rendre dans la ville du Prophète ^ Te