Les troubles qui éclatèrent à Paris le 20 janvier
2. Ces paroles confirment ce que nous avons dit dans le chapitre précédent à Tégard de la promesse portée à Abd-el*Kader par H. de Beaufort.
3. M. le maréchal Bugeaud devait parler ainsi pour obtenir qu'Abd ei Kader coosemît plus facilement à ce qu'il allait lui demander.
bercer d'une espérance vaine serait le rendre plus malheureux.
J'aime mieux te conseiller de prendre un parti conforme à la situation qae Dieu et les événements font faite.
Je voudrais que tu te décidasses à adopter la France pour patrie et à domauiitT au gouvernement de te rendre propriétaire pour toi, ta famille et ta descendance, d'une belle terre où tu aurais une existence égale à celle de nos hommes les plus considérables, où tu pourrais pratiquer ta reiigiun et élever tes enfants comme tu l'etitendraîs.
Je sais qu'une pareille perspective te séduira peu *. Mais ce qui doit te toucher, c*est l'avenir de tes enfants et le sort des nombreuses personnes qui t'entourent. Tu le vois, ils meurent ou «iêpérissent d'ennui. Si, au contraire, ils vivaient sur une propriété qui leur appartint, leur existence pourrait s'écouler douce et agréable. Ils s'occuperaient de la culture de leurs champs et de leurs jardins ; ils auraient la distraction de la cliasse; l'agriculture leur offrirait chaque Jour un nouvel intéréti et rien u'est plus fait pour consoler les âmes élevées que le spectacle de la nature à laquelle on vient en aide par ses travaux.
Voilà ce que je te conseille par humanité pour ce qui t^entoure, et par le haut intérêt que m'ont inspiré tes mal- . tieurs et les grandes qualités dont Dieu t'a doué.
Reçois mon salut et mes vœux.
Maréchal B. d'Isly.
]. Dans une des visites qu'Abd>el-Kader fit à Saint-Cloud au prince Louis-Napoléon ^ Son Altesse lui offrit raltemative ou d'être envoyé en Orient, comme Elle le lui avait promis, ou d'habiter Trianon, qui serait mis à sa disposition. £taitHse une réminiseenoe du conseil du 14 janvier 1849 î . Malgré la magnifteenee d*ane semblable propotitîoa, Abd-el* Kader opta pour son envoi sur une terre musulmane.
Il doit paraître hors de doute, en lisant celle lettre, d'une, part* que le maréchal Bugeaud n'avait pu prendre rinitiative de la proposition qu'il faisait à Abd-el-Kader ; de Tautre^ que la date du
29 janvier 1849, assignée à son projet de voyage à Amboise, correspond trop bien avec celle du 14 janvier, indiquée par le journal le Cn dil comnic étant celle du conseil où avait été agitée la question de la mise en liberté de l't'^mir, pour qu'il n y ait pas entre elles une corrélation : d'où il résulterait que le jirince Louis-Xapoléon aurait chargé le maréchal Bugeaud d'obtenir d'Abd-el-Kader, moyennant certains avantages, qu'il rendît la parole donnée par le général de Lamoricière. Mais les troubles de Paris mirent le maréchal dans rimpossibililé de remplir en personne sa mission'» et Ton a vu qu'il dut se borner à écrire de Lyon la lettre que Ton •vient de lire.
• Couune on devait s'y attendre, la démarche du maréchal n'eut aucun succès; il ne fallait pas connaître le caractère d'Abd-el-Kader pour la tenter. Il répondit en effet :
Si tous les trésors de la terre pouvaient laoir et se trouver réunis dans le pan de mon bournons, et qu'on me proposât de les mettre en balance avec ma liberté, je choisirais ma liberté. Je ne demande ni grâce, ni faveur; je demande rezéctttioa des eDgageuients pris envers moi. J'avais de«-
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mandé une parole française; un général français me l'a donnée sans reslriclion; un autre général, fila de roi, Ta
conGrmce; la France était liée vis-à-vis de uioi couime moi vis-à-vis d'elle. Aujourd hui, vouloir revenir là-dessus ^ c*e8t vouloir Fimpossible. Voire parole, je ne vous la rends pas; je mourrai avec elle pour votre déshonneur. Les
peuples et les rois sauront, par iiiou exemple» quelle coiiiiaace on peut désormais avoir dans la parole française.
En présence de celte réponse^ dont on ne saurait
lULCoiinaître la noblesse, à quel parti se serait arrêté le prince Louis-Napoléon si une circonstance, qu'il n'avait [ju prévoir, n'était venue le réduire . momentanément à Timpuissance? Ce qu'il a fait plus tard permet de le préjuger. Mais lorsque la lettre d'Abd-el-Kader parvint au maréchal Bugeaud, les clioscs n'étaient plus dans l'état où elles se trouvaient à l'époque du conseil du 14 janvier. M. le général Fabvicr avait réclauic à la tribune l'exécution de la convention du col du Kerbous» et l'Assemblée avait passé à Tordre du jour sur robservation qui fut faite par un de ses membres que l'émir^
en commandant le massacre de nos prisonniers, s était
mis hors la loi. Abd-el-Kader était donc condamné;
un vote législatif avait enchaîné Tiiuliative présidentielle. Dès ce moment, Abd-el-Kader n'entrevit plus la libei te que dans l'avenir éloigné auquel la lettre de M. le maréchal Bugeaud avait fait allusion; mais enfin il Tenirevoyait , car un sentiment de
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coûviction profonde lui disait que rbéritier du captif de Sainte-Hélène saisirait la première occasion qui lui serait offerte de délivrer le captif d'Am^
boise. Jusque-là, lemir n'avait qu'à se résigner, à conseiUer la résignation à ses compagnons et à alleiidre, le regard tourné vers les événements qui pourraient axvoir pour conséquence de bâter ou de retarder son envoi en Orient.
Les quatre années qui le séparaient encore de la visile libératrice du prince Louis-Napoléon s écoulèrent sans qu*aucun fait digne d'être signalé vint interrompre la monotonie de la vie du prisonnier. Seulement, à l'agitation qui avait marqué le séjour à Pau avait succédé cette douce résignation qui a caractérisé son séjour au cbàteau d'Amboise.
M. le capitaine Boissonnet sut probter, avec une rare habileté, de la nouvelle situation de Témir pour tourner sa pensée vers les consolations que donnent le travail et l'étude, et assurément ce n'est pas l'un des moindres services qu'il ait rendus à Abd-el-Kader. Passant chaque jour plusieurs heures avec lui, il lui expliquait nos mœurs» nos babiiudes, les merveilles des sciences et de Tindastrie, notre histoire, celle des principaux événements de la première révolution, Tbistoire de Napoléon I*' surtout, dont le prisonnier aimait à s^ faire raconter l'immortelle et glorieuse légende. Au récit de ces évé-
nements venaient sauvent se joindre des discassions i
scieatiiiques, littéraires, philosophiques ou reU- i gieuses que H. le capitaine Boissonnet savait tonjours diriger de manière à en faire un enseignement pratique pour Abd*elrKader* Quelquefois aussi, passant, tous deux, de l*histoire des événements auxquels a assisté la dernière génération à celle des faits auxquels Fun et l'autre Mv;iienl pris part, ils dissertaient sur les guerres d'Afrique et sur les hommes qui s'y étaient distingués. Ce fut dans celte période de capti^té que M. Boissonnet, qui, en récompense de ses services, venait d'échanger ses épaulettes'de capitaine contre celles de chef d'esea-* dron, sut protiter de la disposition d'esprit de l'émir pour Tamenerà consigner dans un livre le résultat des principales impressions qui lui étaient restées de leurs discusâons.
Le titre de cet ouvrage, dont Abd-el-Kader a fait hommage à la Société asiatique, peut se traduire ainsi : Mémento pour l'homme qui saU^ et enseigmment ' pour celui qui ignoré. Il présente un tableau des principales sciences, tableau dans lequel l'auteur a combiné ce que lui enseignaient les livres arabes avec ce qu'il avait appris, dans ses conversations, du commandant Boissonnet. Ce livre est divisé en trois parties : la première traite des avantages de la «ience; la seconde de la rdigion^et de la morale; la troisième, enûn,des conséquences de récriture et
des sciences. On remarque souvent, dans rceuvre du prisonnier, de grandes et nobles pensées à c6fé d'observations dont la simplicité étonnerait, si Ton ne se rappelait que la civilisation européenne a été une révélation trop brusqne pour Thomme qui a consigné ses impressions dans cet écrit.
Ces entretiens scientifiques furent, pendant les quatre années qu'Abd-el-Kader passa à Amboise, la seule distraction qu'il consentit à se donner; ils s^alliaient d'ailleurs parfaitement avec le genre d'existence qu*il avait adopté, et au moyen duquel 11 avait oiiganisé sa vie comme une sorte de protestation permanente contre sa détention. C'est ainsi que, bien qu'il lui lui loisible de se promener. dans le pare dacbftteau, jamais il ne voulut y descendre, tnalgré les instances du médecin attaché à sa personne. Vivant renfermé constamment dans son appartement, il en sortait uniquement pour venir présider à la prière qui se ftiisait en commun. Le docteur insistait-il sur la nécessité de prendre un peu d'exercice : c La santé, répondai t Pémir, ne peut venir de Fair d'une prison. Ce qu'il me faudrait, ce serait Tair de la liberté : lui seul pourrait me guérir. » E(, en effet, Abd-el-Kader avait besoin de guérison. Ceux qui Tout vu à Paris, peu de ^ours après sa mise en liberté, se rappelleront encore sa pflleuf maladive et ce teint d*un blanc mat qui. accusait les ravages intérieurs causés par la cap-
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tivité. Qui sait ce qui serait arrivé si la détention de Témic se fût prolongée seulement d*une année 1
La France devait échapper à ce malheur. Le 16 octobre 1852, M. le commandant Boissonnet reçut l'ordre de faire préparer secrètement des voitures à la gare d'Âmboise pour conduire au château, qui en est éloigné d'environ 3 kilomètres, le prince Louis-Napoiéou et quelques-uns des personnages qui l'avaient accompagné dans le voyage de Bordeaux. Abd-ei-Kader devait ignorer couiplétejnent que l'intention du Prince fftt de venir le visiter. Cet ordre pouvait prêter à toutes les suppositions, mais du moins était-il certain qu'en admettant celle qui était la moins favorable, la visite du Prince serait suivie d'une amélioration dans la condition faite à Âbd-el-Kader.
Après avoir entretenu pendant quelques instants H. le comniaudaut Boissonnet, à la descente de son wagon, le Prince monta en voiture, et, prenant une feuille de papier et un crayon, il se mit à écrire rapidement pendant quelques minptes. Le sort d*Abdel-Kader venait d'être décidé; mais dans quel sens? Personne ne le savait encore. £n arrivant au château, le Prince, suivi de M. le général Sainl-Arnaud, de MM. Fould, Baroche, du 'général Roguet, du colonel Fleurj et de plusieurs autres officiers, se fit conduire à la grande pièce qui servait de saUe de
réception, et donna l'ordre au commandant Boissonnet de lui présenter Abd-el-Kader.
Quelque énergie qu'on lui suppose, le cœur du prisonnier dut battre avec violence à la nouvelle qu'il allait se trouver en présence de Thomme qui disposait de son sort. Laissons, au surplus, l'émir nous raconter lui-même cette scène dans une visite que nous fîmes à Âmboise vers le milieu du mois de novembre 1852:
« Lorsque j'entrai, nous dit-il, le sultan qui était assis sur le canapé se leva. Ses ministres, ses officiers, se tenaient à sa droite et à sa gauche. Je m'avançai jusqu'à cette table, placée au milieu du salon , et qui seule me séparait de lui. Le commandant élail à ma droite. Lorsque j'eus salué profondément le sultan, il prononça en français quelques mots que je ne compris pas^, mais au milieu desquels je distinguai seulement celui de liberté, l'un de ceux que je connais le mieux dans votre langue, parce que c'est celui que j'ai répété le plus souvent. Puis il se tourna vers le commandant et lui tendit un papier, en ajoutant quelques paroles. J'ai su depuis qu'il lui avait donné
1. Le Prince ne ] ronoaca pas l'alloculion que nous alions rappeler, il se borna à due ces paroles : « AiJtl-el-Kader , je viens vous annoncer votre noise en liberté, » Puis il tendit au commandant Boissonnet le pjjpier qui renfermiit <liscours qu'il avait préparé , en iavitaot cet ofûcier supérieur à en faire la traduction à rémir.
Tordre de me traduire ce que renfermait cet écrit.
Mais le pauvre ami avait été tellement ému aux premières paroles du sultan que, pendant quelques iustants qui me pmuieiU Lieu longs, il ne put prononcer un seul mot et, par conséquent, me laire coniiaiUe ce qui avait été dit. Lorsqu'il fut remis, il me traduisit les paroles du sultan et je sus que j*étais libre. »
Voici les lignes que le Prince avait écrites dans le trajet de la gare d'AmboidC au château :
Abd-el-Kadek,
Je SUIS venu vous annoncer votre mise en liberté. Vous serez conduit à Brousse, dans les États du sultan, dès que
les préparatifs nécessaires seront faits, et vous y recevrez du gouvernemeot français un traitement digue de votre ancien rang*.
Depuis longtemps, vous le savez» votre captivité me cao-
siiit une peine véritable, car elle me rappelait sans cesse que le gouvernement qui m'a précédé n^avait pas tenu les engagements pris envers un ennemi malheureux; et rien à mes yeux de plus humiliant pour le gouvernement d*une grande nation, que de méconnaître sa force au point de manquer à sa promesse. La générosité est toujours la meilleure conseillère, et je suis convaincu que votre séjour en Turquie ne nuira pas à la tranquillité de nos possessions d'Afrique.
Yotre religion, comme la nôtre» apprend à se soumettre aux décrets de la Providence. Or, si la France est maîtresse