Dilfa^ repas offert à des hôtes
magnifique» chevaux débarquaient à Marseille»
sous la conduite de Bou-Klikha, l'un de ses plus yaittaots liommes de guerre et de ses plus brillants
cavaliers. Chacun d'eux portait une lètière sur laquelle étaient brodés en or des vers composés par Abd-el-Kader. Eu voici la traduction :
Cheval bai.
Honorez-moi, ô sultan ! et agréez-moi, car je suis un cheval de distinction. La blancheur de mes pieds et celle de mon visage égalent la blancheur du colur de celui qui-
m'envoie vers vous.
Cheval alezan.
0 sultan 1 qui avez surpassé les autres souverains par votre justice, votre force et votre bonté, j*ai la couleur dr cet or que vous distribuez aux malheureux. Daignea me-
monter, et vous moaipberez de vus ennemis.
Cheval bai clair.
0 sultan 1 votre gloire est immortelle aux yeux des peuples et des rois. Je suis un cheval de race» et ma couleur est celle du feu au jour du combat.
Cependant la situation d'Abd-el-Kader à Brousse, au milieu de Turcs dont l'orgueil s'accommodait peu des honneurs rendus à un Arabe, n'était pas exempte de difficultés* Aimé, respecté par les
ilommes religieux et par les hommes de science, il était mal vu parles hommes de gouvernement, qui, sans doute, lui eussent créé des embarras s'ils n'avaient su quelle main puissante le çrolégedt de loin ^ Abd-el-Kader était là, d'ailleurs, dans un centre étranger pour lui, au milieu dMndividus parlant une langue différente, vivant d'une autre vie, avant d'autres mœurs et surtout un autre rit. Lui, Arabe, isolé au sein d'une population composée de Grecs et de Turcs, il se résignait à souffrir, dans la crainte, s'il venait à solliciter un changement de résidence, de voir sa demande mal interprétée. Il supporta cette situation pendant près de deux années, plutôt que d*exposer un vœu qui, comme Texpérience l'a prouvé plus tard, eût été immédiatement réalisé. L'horrible tremblement de terre qui détruisit une partie de la ville de Brousse fournit enfin à Abd-elrKader l'occasion de réclamer le changement qu'il désirait depuis si longtemps. Échappé, lui et les siens, au désastre de cette ville, il se rendit, quelques mois après, en France pour solliciter celte faveur.
1. Lors de l'arrivée d'Abd-el-Kader , le pacha de Brousse avait été invité à envoyer sa voiture pour prendre Témir dans le petit port où U devait débarquer, il parait que cette iavitation étonna beaucoup le pacha : « Pourquoi , dit-ii déranger nies chevaux pour un Arabe? Est-ce que des chameaux ne sont pas assez bons pour lui? » Mais Tinvitalion s'étant changée en ordre, le pacha de Brousse daigna déranger ses chevaux.
Un autre danger Ty attendait, car, au moment où
il débarquait à Marseille, Abd-el-Kader était frappé d*une atteinte de choléra. Sa constitution vigoureuse, bien qu'affaiblie par de longues souffrances, triompha de la violence du mal, et, quelques jours après, il put recevoir un cerlaiii nombre de chefs arabes qui retournaient à Alger, après avoir visité rExpositioii universelle. L'émir les accueillit avec bonté, exalta devant eux les bienfaits dont il avait été coiubié par rEaipcreur, et les convia à le servir fidèlement, ajoutant que maintenant qu'il avait été témoin de sa justice, il savait qu'ils n'avaient plus rien à craindre pour leur religion.
Nous avons hâte d'arriver à la page qui clôt pour le moment la vie politique d' Abd-el-Kader ; aussi passerons- no us rapidement sur son voyage de 1855, nous bornant à en signaler deux épisodes : la présence de l'émir au Te Deum chaulé à Foccasion de la prise de Sébastopol, et sa visite à l'Exposition universelle.
Abd-el-Kader, se trouvait à Paris lorsque le télé-
graphe apporla la nouvelle que la cilc reine de la mer Noire avait enfin succombé. Quelques joui*s après, l'Empereur se rendait à Notre-Dame pour re- *mercier Dieu du succès de ses armées. M. le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, désirait que l'émir vtut s'associer par sa présence aux actions de gi àccs que la France et son souverain allaient rendre
L/iyiliz
à Dieu ; mais en mtme temps il eraignatt» d- one
part, que la maladie doiiL Abd-el-Kader souffrait 6ii€0re» de Tautre» que la rigueur de ses principes religieux ne misseal obstacle à ce qull assistât aux pompes du culte cbrétienv M. le maréchal voulut bien nous charger d'exprimer à Témir et son vœu et sa volonté de ne point contrarier ses sentiments religieux. Lorsque nous lui eûmes exposé l'objet de notre mission :
€ Penses-tu, dit-il, que je lasse plaisir au sultan si je vais à la mosquée des chrétiens î
— Sans aucun doule.
— Alors, j'irai. »
Ceux qui étaient présents au Te Deum chanté en l'honneur de la prise de Sébastopol se rappelle-^ ront Teffet immense produil par l'anivée inallendue d* Abd-el-Kader, pàle, défait par la maladie, pouvant à peine se soutenir, et entrant à Notre- Dame appuyé sur le bras de M* le commandant de Fénelon, Tnn des officiers d'ordonnance de M. le mim{>tre de la guerre. De son cOlé, le peuple, qui a on instinct merveilleux pour tout comprendre, fut touché de voir cet ancien ennemi de la i^Yance s'associer aux joies de ses triomphes, et à la sortie de. réglise il le remercia par une ovation chaleureuse. *
Quelque temps après, Abd-el-Kader se remlit à l'Exposition universelle* Une émotion visible se ma nifesta sur ses traits lorsqu'il pénétra dans Tim-
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mease galerie du bord de Teau» En ^yant fom^^
tîouner sous ses yeux ces ianombrables machine»* qai centuplaient, avec une admirable perfeclioni le travail de riiomme :
« Ce lieu» diNil» est le palaia de Tintelligence animé par le souffle de Dieu. »
Les maehines qui attirèrent le plus son attention forent celles qui se rapportent au travail du fer en général» les métiers à tisser, les machines k coudre. Longtemps il s*arrêla devant rexposition des pro-duils de l'Algérie et enfin devant les diamants de 1» couronne : « Ils sont bien beaux, dit-il, mais celle qui les porte les embellit encore. »
Abd-el-Kader, autorisé par l'Empereur à échanger la résidence de Brousse pour celle de Damas, partit de Harseille sur un bâtiment qui, après Tavoir conduit à Constanlinople, devait attendre qu'il eût achevé ses préparatifs pour le mener à Beyrouth. Il arriva àr Damas au commencement de décembre 185$^ s<iivi d'environ 110 personnes, parmi lesquelles sa famille figurait pour 27. Â ce nombre se joignirent, peu de temps après, une centaine d*indi« vidus qui, n'ayant pu profiter, lors de son départ de Brousse, du bfttiment qui avait été mis à sa disposition, vinrent le retrouver, par la voie de terre. L'émir entratnaît donc à sa suite 200 Moghrebins environ ; mais, à son arrivée à Damas, il en trouva 500 autres déjà réunis ; c'étaient ceux qui avaient
suivi dans son exii son ancien Jdialifati Ben-Salem, lorsqu'en 1847 il fil sa soumission à la France. A ce premier groupe s'adjoignirent lîienlôt un certain nombre d'anciens soldats qwi, après l'avoir servi en Algérie, accoururent le retrouver dans sa nouvelle résidence et s*établîr sur des terres achetées par lui» ou louées par eux dans les environs de la Tille. On peut donc entrevoir, dès ce moment, comment, au mois de juillet 1860, Abd-el-Kader pourra disposer d'une force de onze à douze cents hommes, à l'aide desquels il accomplira la mission de salut que la Providence lui réservait.
A son arrivée à Damas, l'émir s'attacha à bien prouver aux Turcs qu*il ne s^occupait pas, et ne voulait pas s'occuper, des affaires politiques. Sa vie, il la passe dans les mosquées, dans des conférences avec des tkolbas ou dans des lectures assidues ; il se consacre en même temps à l'éducation de ses quatre fils aînés , Sy-Mohamraed , Sy-Mahhi-cd-Dîn , Sy-el-Hachemy et Sy-Brahim, âgés aujourd'hui: le premier de vingt-quatre ans, le second de vingtdeux, le troisième de dix-sept, le quatrième enfin , de treize ans. A Damas, comme à Toulon, comme à Pau, comme à Amboise, l'emploi de son temps est réglé heure par heure; il ne quitte ses livres que pour se rendre à la mosquée au premier chant du moueddin; il ne quitte la mosquée que pour retourner à ses livres. Une vie aussi exemplaire de-
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Tait attirer sur l'émir raflèction et le respect des uns, la jalousie des autres.
Les musulmans de Syrie ont une sorte de vénération pour les musulmans du Moghieb^ qu'ils considèrent, non sans raison, comme observateurs plus scrupuleux des prescriptions du Koran. Il était naturel que cette vénération s'accrût à Tégard d*Abdel-Kader, à raison de sa triple qualité de descendant du Prophète, de thakb distingué, de guerrier 'uLOudJaiied, La classe instruite et religieuse vit donc avec joie son arrivé^ à Damas ; elle Taccueillit avec de grands honneurs et se porta môme à sa rencontre, en dehors de la ville, pour lui demander sa bénédiction. Le respect qu*Abd-el-Rader dut d'abord à sa seule réputation s'augmenta bientôt chez la classe lettrée lorsqu'elle put se convaincre, par ses premiers rapports avec Témir, que pas un seul tiudeb de Damas ne possédait une érudition plus vaste, notamment dans tout ce qui se rapporte aux commentaires du Koran et du Hadits (tradition). Celte conviction détermina les principaux tholbas & le prier de leur faire un cours, qui ne tarda pas à être suivi par plus de cent lettrés avides de recueillir sa parole, ses enseignements et d entendre cette éloquence naturelle qui exerçait sar les Arabes d'Algérie une inliuence si considérable. Mais la condescendance de Témir au désir qui lui avait été xiianifesté, si elle eut pour résultat de lui gagner les
bomines de science^ eut en même temps pour
conséquence de lui aliéner les hommes du cttUe, dont Tamonr-propre fut blessé de voir désoler leur enseignement tliéologique au proiii du sien.
Au moment où va se dérouler la scène lenrlMe dans laquelle Àbd-el-Kader jouera le principal rôki on peut dire qu*è son égard la population de Damas est divisée en deux camps. Les uns, entraînés par le respect el par la reconnaissance, exaltrat Abdel-Kader ; ce sont les savants; les autres, jaloux d'entendre toujours vanter là* science de fémir, éprouvent à son égard une animosUé mal contenue : ce sont les hommes qui appartiennent à rensdgne^ ment religieux et, par conséquent, au culte. Quant auK Turcs , rendus à la tranquillité par oeUe vie passée au milieu des livres et de la prière, bien assurés qu'ils n'ont rien à redouter pour eux de rkAuence que l'ancien sultan exerce sur les Itoghrebins, ils se sont résignés à la subir.
Nous approciions de la date fatale du 9 juillet ma|s avaat d'arriver aux scènes lugubres qui pendant neuf jours ensanglantèrent Damas, il est nécessaire de remonter en arrière pour bien cornprendre la cause, jusqulci mal expliquée, selon nous, du massacre dont la Syrie a été le diéâtre.
Depuis plus d'un siècle le Liban, peuple en grande majorité de Maronites, dans la parde nord; de Druzes mêlés & des Maronites, dans la partie mif
placé sous le patronage de la F ranoe en verta de
^apitulalions aDciennes , échappait preisque coxat>létoineDt au gouTernemeiit turc, qui n'avait sur la iiioiUagne qu*UQ pouvoir de suzeraineté, mais non de fdk. On peut se rappeler, comme preuve de ce que nous avançons, que jusqu'ea 1840, Témir Hechir exerçait encore dans toute cette portion de 4a Syrie comprise entre Tripoli, au nord, Damas, à l'est, et Saint-lean^d'Acre, au sud, une influence contre laquelle étaient venus constamment se ijriser lee efforts de Gonstantinople.
Dès avant Tannée 1830, cette situation avait provoqué des rédamations de la part du gowrememrat turc, qui les avait vues constamment repoussées au nom des immuuités que la population clàéUenne avait prcsci ilcs à son avantage. Pour ressaisir une influence qu*eUe ne caroyait p<Hivoir reconquérir sans une commotion, la Porte ne vit d'autre moym que d'entretenir le trouble dans ia mour tagne, de susciter les haines des Maronites contre les Druzes, jdt celle des Druzes (M^ntr^e les Marouites^ afin d'amener des collisions et de prouver ainsi à Tiiluiope la nécessité de Mre oesser un protectorat <iui, ea gênant l'action du pouvoir suzerain, le met» tait dans rimpossibiiité d'intervenir d'une manière efficace pour rétablir l'ordre troublé. La Turquie espérait ^u'en patientant, il finirait par se produire des événements dontceUe saurait tirer parti dans ce
Digiti.
sens. Telle a été, depuis plus de trente années, la politique cousianlc de la Porte vis-à-vis du Liban ; nous allons en voir découler les terribles consé*
quences*.
Cependant cette politique subit dans sa marche
un temps d'an et, qui fut suivi lui-même d'une réaction dont le gouvernement turc sut habilement profiter pour reprendre rexécution de ses projets.
En 1831, Méhémet-Ali, pacha, puis vice*roi d'Égypte, s'empara de la majeure partie de La Syrie, et notamment de Damas. Ce prince avait pour ministre et pour favori un chrélien appartenant au rit grec schismatique : c'était Hanna-Bey. GrAce à rinfluence de ce personnage , les chrétiens des villes, placés depuis plusieurs siècles dans des conditions d'ilotisme, et réduits à l'état de parias, obtinrent quelques adoucissements à leur triste situation. Les vexations dont ils avaient été si longtemps victimes cessèrent, un évêché fut établi à Damas, ils purent enfin construire des églises et procéder publiquement aux cérémonies du culte.
Les chrétiens, pour leur uiaUieur, ne surent pas jouir avec réserve des concessions qui leur étaient faites; ils crurent pouvoir relever la tête sans danger, se montrèrent fiers, arrogants vis-à-vis des