‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 44 sur 48 · On verra tout à l'heure, dans les documents diplomatiques · texte numérisé non relu

On verra tout à l'heure, dans les documents diplomatiques

que nous produirons, la preuve de faits que nous sommes forcé de laisser, pour le momenl, à l éut d'asserUou.

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musulmans dont ils espéraient n'avoir plus rien à

redouter; ils ravivèrent ainsi des Iiaines dont le gouvernement turc sut tirer avantage.

En effet, avec 1840, devait s'éteindre Tautorité de Méhémet-Ali sur la Syrie et, avec cette autorité, les jours de tolérance. A peine les troupes du vice-roi eurent-elles quitté le pays, qu'une réaction éclata contre les chrétiens de Damas et se tt aduibit en massacres qui, par suite d'un mot d'ordre donné, irappèrent seulement les Grecs schisniatiques dont les musulmans avaient eu à se plaindre davantage, parce que, sans doute, ils avaient été plus directement protégés.

LaSyrie évacuée, la question du Libaa,^suspendue pendant huit années, se présentait de nouveau, et, il faut bien le reconnaître, elle se présentait dans des conditions favorables à la politique turque, puisque laFrance étant exclue momcnlanéinciit du concert européen, la Russie, T Angleterre, l'Autriche ei la Prusse allaienl avoir à régler celte question en dehors de la puissance protectrice. Le gouverneaienl turc était trop adroit pour réclamer une main-mise complète et immédiate sur la Mon*tagne; il ne commit pas cette faute. Lui dont l'iiabileté a toujours consisté dans la patience, il comprit qu'une nouvelle étape était nécess:iire pour qu'il pût arriver à son but définitif; qu'il lui serait plus facile d'obtenir l'adhésion des puissances à une

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organhatioii mixte qu*à une organisatian ajini wa

caractèïc tranché; queiilia, pourvu que celle qui serait adoptée lui permît de fomentor des diaeordes dont il pourrait tirer des arguments afin d arriver à la domination absolue du Liban, il ne sauratt, pour le liioraent, demander davantage.

La rmtrée de la Fronce dans le concert 'européeii vint offrir à la Porte le prétexte de Torganisation dont elle avait besoin pour ses projets uMrieurs. Cette organisation consistait à établir dans le liban, au lieu et place du pouvoir unique qui seul avdt sa maintenir la tranquiUité au «ein de populations hétérogènes et hostiles, deux pon- Toirs juxyiposés, placés sons Fautorité du pacha de Bejrout, et dont ron commanderail dans ia partie nord occupée par les Maronites; l'antre , dans la partie sud, où cette population se trouve mêlée à celle des Druzes. ftans la première xooe, ce pouvoir devait être exercé par des cheù» inaronites ; dans la seconde , par des chefs druzes qui se trouveraient par conséquent avoir des Maronites parmi leurs administrés. On présenta cette organisation à la France comme une concession «pu était faite & son ancien protectorat; mais, en réalité, on obtenait ainsi cette wganisatioa rêvée 4|iii donnait aux paclias toute fadlité pour susciter les explosions d'hostilité dont le gouvernement pourrait avoir besoin; afin de prmiTer que les po-

pnlatîons du Liban étant ing-ouvemaLles, il fallait renoncer aux ancienne^ capitulalions qui avaient altrilDHé à ta France le protectorat des chrétiens de ]a Montagne. ' ^

Les conséquences de cette politique ne se firent pas attendre. Sans rappeler un grand nombre de coHision» partielle» éclatant presque périodiquem^t entre les Druzes et les Maronites de la partie ' sud, nous nous bomenms à signaler le grand massacre de 1845, qui coûta la vie à plusieurs milliers^ de chrétiens. Depuis cette époque, l'histoire du Liban ne présente plus, il est vrai, d'exemple de ces formidables tueries, maison 7 toit se produire « ces combats de village à village, ou de district à distrkt, qtri, sans sortir de la catégorie des ren* contres dont les pays arabes sont Iréquemment le théâtre, prouvaient au besoin la persistance d'un antagonisme de race dont un pouvoir vigoureux eftt pu seul arrêter Fessor.

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'au mo^ ment de l'expédifion d'Orient. Pendant les dix années qui venaient de s^écouler, les chrétiens de Syrie et notamment ceux des villes, encore sous rimpression des massacres de 1845, n*avaîeiU pas^ fourni au gouvernement turc de nouveaux prétextes pour conqiléter la destruction des franchises dont ils jouissaient; mais lorsqu'ils virent nos aigles s'élancer vers les rives du Bosphore, impatients de

tirer vengeance des injures dont ils avaient été victimes, ils se mirent à tourner en ridicule la Turquie réduite à réclamer Tappui des armées européennes. Ils annoncèrent hautement le démembrement de cet empire, le passage des musulmans sous la domination des États chrétiens» et» suivant leurs aspirations, se plurent à attribuer aux principales puissances belligérantes telle ou telle partie de Tempire ottoman. Tandis que les Grecs disposaient de TAsie Mineure en faveur de la Russie, les Maronites se donnaient à la France» et proclamaient leur prochaine délivrance. Il n*en fallait pas davantage pour enflammer les passions des musulmans, et, sans aucun doute, ils n'auraient pas ajourné leur vengeance» si la présence de nos flottes et le voisinage de nos armées ne leur eussent fait craindre une répression immédiate. D'ailleurs» le gouvernement turc était trop absorbé lui-même par les complications d'une guerre dont son existence même était l'enjeu, par la nécessité de s'affirmer aux yeux de l'Europe» pour profiter de l'émotion des musulmans et de leur surexcitation con Ire les chrétiens ; ce qu'il devait chercher avant tout» dans un semblable moment, c^était la tranquillité des provinces.

Sébastopol tombée, les chrétiens purent reconnaître combien la conduite qu'ils avaient tenue pendant la guerre était, pour, eux, grosse de périls. Nos

Digiti^uG by

troupes reprenaient, en effet, le chemin de la France

sans songer à occuper une partie quelconque de rempire ottoman, et laissaient à la diplomatie le soin d'obtenir, comme prix du saug qu'elles avaient versé pour la Turquie, quelques améliorations dans lacondilion si triste de leurs coreligionnaires d'Orient. Dès ce moment, les rôles se trouvaient inter* vertis; c'était aux Turcs à rendre insulte pour insulte aux chrétiens; à ces derniers, à reprendre leur ancienne posi lion dMntériorilé vis-à-vis du peuple, dominateur. Toutefois la vengeance paraissait devoir se borner à des paroles, lorsque parut le hattihumaïom (décret impérial) qui relevait la condition des chrétiens sujets de lu Turquie, les appelait à faire partie de Tarmée, substituait à l'impôt de rachat les impôts payés par les musulmans, admettait leur témoignage juridique, les déclarait enfln aptes aux emplois. Ce décret produibit dans tout l'empire une émotion et un mécontentement profonds, raviva la jactance des uns, la colère mal éteinte des autres, excita les passions, partout, et principalement en Syrie.

En présence des accusations lancées contre lui, le gouvernement crut avoir besoin de se justifier vis-à«vis des musulmans d*un acte dont il n'avait sans doute pas prévu lout Teffet ; et, pour se disculper, il le fit représenter par ses pachas comme une concession qui lui avait été arrachée par les puis-

sauces chrétiennes. Mais celte oonccisioii avait été rendue publique ; il était donc impossible pour la Porte de revenir sur un fait accompli, à moins qu*eii tolérant des résistances, en autorisant des protestations, en suscitant enfin* partout une agitation contre le h^Uli-hMtndioun, elle ne parvint à démontrer aux puissances intervenues au traité de Pferis Timpossibililé d'exiger l'observation rigoureuse d une charte qui pouvait compromettre la sécurité de Tempire, et faire renaître la question d'Orient.

On ne saurait douter que des ordres aient été adresisés dans le sens d'une agitation à produire ; seulement, pour le malheur des chrétiens, ils furent interprétés par des fonctionnaires bmiconp trop zélés. Le gouvernement ne voulait que des témoi— gnages de mécontentement contre le Aar*C-/i«maïoun; quelques pachas, et notamment celui de Damas, jugèrent qu'en fomentant un massacre ils pourraient offrira leur gouvernement une démonstration bien plus concluante contre le décret impérial.

Ce n'est pas nous, au surplus, qui portons cette accusation; c'est non - seulement lord Dufferin, membre de la Commission internationale de Beyrout, écrivant k lord Russell ces mots bien dignes d^attention : c Telles ont été les instructions dugou- « vernement turc à ses agents, qui les ont peut-êtrB

BROUbSiii ET DAMAS

« exagérées. Le jeu a été forcé et cela a fait scan- « DALE ; » c*est encore la Commission inlernationale tout entière fouiiulatit son opiiûon dans une note remise à Fuad-pacba, envoyé en Syrie, après le

iiiassacre, avec les pleins pouvoirs du SuUun ;

ff Les soQsnghés après avoir pris coainaîssaiice de»

pièces du procès des fonctionnaires ottomans et druzes détenus à Beyrout, croient devoir se borner à constater que de ces pièces il ne résulte aucune circonstance atténuante de nature à établir avec certitude que les fonctionnaires et offieiers ottomane ne sont pas responsables ^ en principe^ des événements qui ont ensanglanté la Montagne et amené le mas^ sacre de six mille chréUens Dans la pensée des quatre commissaires de France, de Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, cette responsabHiié continue^ ils ont regret à le dire, à peser sur les agents de lautorité ottomane au moins aiutant que sur les plus coupables des chefs druzes^ et la dif* férence des diâtiments' inQigés aux uns et aux autres' ne trouve pas à leurs yeux une justification suffisante dans les pièces du procès soumises à leur e&amea. En conséquence, les soussignés, etc. i

Il doit donc paraître hors de contestation, en présence de la lettre de lord Duiîerin corroborée par

1, M. Béclard, pour la France; lord Dufferin, pour TAngletërre; M. de Rebfues, pour la Prusse; M. Novikow, pour la Russie.

2, Dans le Liban seulement, car à Damas il y a eu finit mille victimo*

3; Cette différence de châtiments dont se plaint la Commission prouverait, à elle seule, la culpabilité du gouvernement turc.

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la note ci*dessus, que des instructions ont été données par le gouverneiiienl turc dans le sens d'une agitation k organiser contre le haiii-humàUnm; nous allons voir comment elles ont été interprétées et exécutées par le pacha de Damas ^

Le 5 mars 1860 (quatre mois par conséquent avant le massacre), Ahmed-pacba, gouverneur de cette ville, réunit dans son palais, et sous sa présidence, un certain nombre de personnages dont l'assistance lui était nécessaire pour Texéculion de ses projets. Parmi eux figuraient : Ismall Ould-el- Atracli et Saïd-bey Djemblat, chefs des Bruzcs, Kbatar-bey, et le muphti de Damas. C'est dans ce conseil que fut arrêté le plan général du complot. Il fut décidé que Ton en finirait une fois pour toutes avec les chrétiens au moyen d'un massacre; que ce massacre commencerait le 12 mars; qu'il aurait Heu simultanément dans le Liban et dans le district de Damas. Ismall Ould-el-Atrach et Saldbey Djemblat reçurent [/our mission de le diriger dans la partie de la Montagne qui leur était sou-

1. M. Canaris, consul de Grèce, étant venu reprocher, pendant le massacre même, à Ahmed-pacha son ahstention et celle de ses troupes Jtti déclara qu'il jouait sa tête. Ahmed, pour toute

réponse, frap[)a à deux reprises sur sa poitrine, àrendroit où se

place le porte feuille : a Je suis tranquille, • dit-il.

M. Canaris ayant déposé de ce lait devant la commission de jugement, Fuad-pacha, qui la présidait, demanda à Ahmed à quoi il avait voulu faire allusion par ces mots et par ce geste: « J'ai fait, répondit-il, allusion à ma coascience. »

mise, et Ahmed«-pacba dans le chef-lieu de son gou- .

vernement, ce qui devait lui ôire facile avec le concours de tous les voleurs et de tous les coupeurs de routes auxquels certains quartiers de cette vaste cité servent d'asile. Une fois la partie engagée, Homs, Beyrout, Latakié, Tripoli, Alep ne pouvaient manqiter de suivre l'impulsion donnée; onne s^en inquiéta même pas.

Mais'un homme devait se rencontrer auquel Dieu avait réservé la glorieuse mission, sinon de déjouer ce complot, du moins d'en entraver l'exécution. Malgré le secret juré, quelques personnes ont dû être mises au courant de ce qui se prépare; des hruits vagues ont commencé à circuler; ils sont parvenus jusqu'à Âbd-el-Rader. Ces bruits étranges appellent son attention, car certaines circonstances, inexplicables sans eux, viennent les confirmer. H n'y avait pas un moment à perdre; l'émir se rend immédiatement auprès de M. Lanusse, gérant du consulat de France en Fabscnce du titulaire en congé, et lui communique ce qu'il vient d'apprendre. Ému d'une révélation aussi grave, M. Lanusse jugea qu'il y avait lieu de convoquer instantanément le corps consulaire afm d'aviser aux mesures à prendre. Il fut décidé dans cette conférence que les consuls allaient se rendre auprès d'Ahmed-pacha afin de porter à sa connaissance les bruits qui leur étaieut parvenus, et le mettre en

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demeure de prendre des mesures pour garanlir U

sécurité des chrétiens. Ils ne se doutaient pas qu'ils s'adressaient à l'organisateur même du coaiploi!-

Le gouverneur les accucillil avec la pius grande cordialité, qualifia de diiroériques tous les rœseigncmeiUs qui leur avaient clc donnés, railla plaisamment leur créduhté, et finit en- déelarant qu'ils pouvaient compter et sur ses troupes et sur lui.

Les consuls sortirent complétemai rassurés. A défaut d'autre, leur démarche eut au moins pour résultat de faire ajourner le moment d'abord fixé pour Je massacre, car, à peine demeuré seul, Ahnaed dépêcha des courriers à Ismall Ould-el-Atrat^ et à Said-bey Djcmblat pour en contremander Tcxccution dans le Liban.

' L'accueil sympathique qui venait de leur être fait, les affirmations qu'ils avaient reçues convainquirrent les consuls, et M. Lanusse le premier, qu'il y avait eu erreur; et ils rentrèrent dans kttr tnuiquii- Ihé habituelle.

Le complot, un instant suspendu, n'en continuait pas moins à s'organiser. Seulement, l'expérience du passé avait démontré aux chefs qu'ils devaient prendre des précautions plus grandes afin de se mettre à l'abri de toute indiscrétion ultériemre ; ils agirent en conséquence.

Cependant, vers le milieu du mob de mai, des bruits analogues à ceux qui s'étaient produits vne

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première fois parvinrent à Fémir. Quelques tentatives avaient été faites auprès d'un certain nombre de Moghrebkis pour les amener A entrer dans le complot; ils étaient accourus en informer leur maitre, qui leur avait donné Varûre de répondre aux incitations qui leur étaient adressées. C'était par enx4iu'Abd-el*Kader avait eonniî la reprise de l'ancien projet et, comme précédemment, il s'était eaipressé de conunaniquer ses renseignements à M. Lanusse.

Ce ooiMul intérimaire de F]:ance convoqua une seconde fois ses collègues, ^t leur demanda de faire «Be BOUTeUe dénuMKtration auprès du gouverneur. Des objections fureul soulevées par plusieurs contre cette proposition : < Gomment croire à un danger avec une garnison semblable à celle de Damas? Le momremesit, en supposant qu*tl y en eût un, serait comprimé à sa naissance. K'avaient-ils pas été témdm de l'accueil et des promesses du pacliaî Ne serait-ce pas enfin l'indisposer que de mettre m doute sa parole et ses assurances? n

M. Lanosse insista néanmoins ; il convint de ce que ces raisons avaient de spécieux : « Mais enfin, ajoutait 'il, admettons que je sois dans l'erreur; les iiiooirréni«Dts de la démarche que je réclame de vous seront bien peu de choses en présence de vos étBmds regrets si malheureusement je ne me trom-* paisj^^ Ces observations rallièient la majorité ;

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une seconde visite du corps consulaire au gouverneur eut lieu, et, couiuie la première lois, si elle eut pour résultat une réponse tranquillisante d*Ahmed-paclia, elle amena aussi un second contreordre au massacre qui avait été ajourné aux derniers jours du mois de mai.

Trois semaines ne s'étaient pas écoulées que de nouveaux renseignements parvenus à l'émir^ traus- ' mis par lui à M. Lanusse et, par ce dernier, au corps consulaire, signalèrent comme imminente Texplosion du complot Cette fois, les détails étaient plus précis; mais, en présence d'une double démarche dont l'expérience avait fait reconnaître l'inutilité, puisque, malgré Tannonce du massacre deux fois répétée, aucun trouble ne s'était produit, les consuls refusèrent de s'associer à une troisième dé* monstration* Peu s'en fallut même que H. Lanusse ne fût traité de monoaiane et de visionnaire. Dès ce moment, Abd-el-Kader et le gérant du consulat de France comprirent qu'ils n^avaient jilus à compter que sur eux seuls pour faire face au danger : ils s'y préparèrent. Il fut convenu, d'une part, que l'émir donnerait l'ordre & 7 ou 800 des Algériens établis dans les environs de Damas d'entrer dans la ville, par petits groupes, de se joindre à 300 Moghrebins qui y étaient déjà fixés, et de se tenir constamment à sa disposition; de l'autre, que je consul de France se réserverait le soin de pour-

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voir ces soldats improvisés des armes à Taide desquelles ils allaient avoir à combattre au nom de la civilisation. Dans cette circonstance» et en présence d*un danger affirmé par Abd-el-Kader, nié par ses collègues, mais que sa conviction lui montrait im* ' mense, M. Lanusse ne craignit pas d'enprager s;i responsabilité dans des proportions considérables, et danser de la latitude que le gouvernement* français accorde à ses agents diplomatiques de disposer, pour des cas imprévus, pour des eas que nous appellerons suprêmes, d*un crédit illimité. Pendant [)iusieurs jours consécuùl's, il fit acheter en secret

toutes les armes que Ton put se procurer. Cette dé*

cision qui, en cas d'erreur, devait avoir de graves conséquences pour son avenir, sera à l'éternel bonueur de M. Lanusse. Sans doute, Abd-el-Kader occupera la plus grande page dans Thistoire du massacre de Damas; mais, à coté de la sienne, il y en aura une bien belle encore pour le gérant du consulat de France.

En attendant le moment prévu de la lutte, Abdel-Kader voulut proliler de la présence à Damaî? des serviteurs qu'il y avait fait entrer, pour porter au milieu des masses populaires des paroles de paix. Ën conséquence, il donna Tordre à ses Moghrebins de se répandre dans les grou[)es, de parcourir les bazars et les cafés , et d'user de Tascendant que devait leur assurer la qualité d anciens

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€ombat(ants de la guerre sainte pour couclaiiiner, an nom de la religion^ tout acte criminel contre les individus professant un culte différent. Lui-inèuie se rend auprès des muphtis et des imams pour obtenir d'eux qu'ils fassent descendre du haut delà chaire quelques mots de tolérance; vains eilbrtsl il est à peine reçu poliment par ces hommes qui, envieux de sa supériorité; ne peuvent en outre lui pardonner les froissements qu'il a fait involontairement subir à leur amour^propre.

Pendant que Témir tentait cette démarche, M. Lanusse en faisait une dernière auprès d'Ahmed-paeha. Abandonné par le corps consulaire, tourné presque en ridicule à Toccasiou de ses perpétuelles annonces de massacre, mais plus que jamais certain du bien fondé de ses cramtes, le gérant du consulat de France prit la détermination de se rendre seul auprès du gouverneur ; il lui prouva par ses paroles, plus encore peut-être par ses réticences, qu'il savait des choses quli ne voulait pas dire, et, par son énergique assurance, parvint à imposer au pacha. On assure qu'à la suite de cette vibile, Ahmed , effrayé du danger de son entreprise , de la responsabililé que l'Europe ne manquerait pas de faire peser sur lui, envoya des courriers à Ismaïl Ould-el-Atrach et Said-bey Djemblat pour contiemander une troisième fois l'exécution de leur comniune décision; mais il était trop laid. Au jour et à

rbeure convenus, les deox chefs avaient donné le

signal dans le Liban; un conflit enlre quelques enfants maronites et druzes en avait fourni le prétexte : le meurtre et Tincendie dévastaient la montagne.

Qu'allait faire Ahmed-pacha? arrêterait-il l'exécu tion de la partie du complot qu'il s'était réservée? ahandonnerait-il ses complices à cux-mômes? utiliserait-il, au contraire, la fermentation que commençait à produire, au milieu de la population musulmane de Damas, l'annonce des massacres du Liban, pour la lâcher sur la populaliuii chrétienne? Ce fut à ce dernier parti qu'il s'arrêta, et ce parti ne manquait pas d'adresse, car, de cette manière, le gouverneur semblait subir un mouvement qu'il avait produit lui-même. Seulement, à Damas comme dans le Liban, il fallait un prétexte : il ne s'agissait plus que de le trouver.

Le 8 juillet 1S60, des dessins informes représentant des croix et des mitres furent figurés sur le pavé des rues de Damas. Sous quelle instigation t C'était sans doute le secret d'Ahmed-pacba. Toujours est-il que Vidée, une fois suggérée, fut imitée par plusieurs, par des enfanls surtout, qui se livrèrent à l'égard de ces signes vénérés du christianisme aux insultes les plus grossières, et nous pouvons aiouter les plus dégoûtantes. Lorsqu'un chrétien venait à passer, ces insultes redoublaient en sa pré-

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sence; on le forçait à piéLiner sur la croix; résislait-il, il se voyait outrageusement frappé.

Les ciirétiens élevèrent la voix pour se plaindre ; leurs plaintes devaient être d'autant mieux écoutées, qu'elles étaient plus impatiemment attendues* En effet, le 9 juillet au matin, parut un ordre du pacha portant, d'une part, que les musulmans qui s'étaient livrés sur des chrétiens, c'est-à-dire sur des hommes qui, depuis le halti'humdioun ^ se trou* vaient leurs égaux, à des voies de fait condamnables, seraient punis de la biLStonnade ; de Tautre, qu'une insulte publique ayant été faite à une religion protégée par le même décret impérial, une réparation publique lui était due, et qu'en conséquence les rues salies par les ordures lancées sur les croix seraient lavées par des musidmans.

Une telle proclamation, dans un semblable moment d'eflèrvescence, était, il faut le reconnaître, un ehet-d'œuvre d'infernale habilelé; car, destinée en apparence à donner une satisfaction à l'Europe, elle iDoiUraù aux musulmans, habitués à considérer les chrétiens comme des êtres inférieurs, les conséquences du JiaUi-hiunaïoun qui déjà excitait toutes leurs colères* Conformément à cet ordre, quelques individus sont saisis et soumis au bâton. L'émotion produite par ces exécutions se communique aussitôt de rue en rue, de maison eu maison ; la populace fanatisée accourt; elle est excitée par les

lioiiiiiics qui sont au fait du complot : « Des musulmans frappés, punis pour avoir insulté quelques

chrétiens raaudils, s'écrie-t-on de toutes parts, nous

ne permettrons pas un acte aussi monstrueux 1 Aux armés! mort aux chrétiens! »

11 était environ midi» heure habituelle de la sieste, lorsque tout à coup de grands cris retentissent dans la direction de Bab-ïhouma^; à ces cris répondent les éclats de lafusillade^ tandis que, dans le lointain, . des torrents de fumée s'éicvent au milieu d*un ciel incandescent et annoncent que Tœuvre de destruction est commencée. De tous côtés, on entend dans les rues les pas précipités des malheureux qui, fuyant devant des hordes acharnées à leur proie, cherchent à gagner, soit la demeure d*Abd-el-Kader, comme slls prévoyaient le rôle que va jouer Témir pendant le massacre, soit quelque consulat, car ils espèrent dans la sauvegarde inviolée jusque-là du drapeau européen. Mais bientôt les consulats euxmêmes ne seront plus à Tabri de la fureur des assassins. Ceux de France, de Russie, des États-Unis, de Grèce auront l lionneur d élre pillés ou incendiés les premiers, tandis que, seul entre tous, celui de la Grande-Bretagne subira Tinjure d'une excep* tien qui impressionnera douloureusement Topinion publique en Europe.

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