‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 45 sur 48 · Ixi porte de Thomas, C'est U quartier des chrétiens · texte numérisé non relu

Ixi porte de Thomas, C'est U quartier des chrétiens

Aux pi emiti S cris d'alarme, Abd-el-Kader réunit une poignée de Moghrebins qui se trouvent auprès de lui, et, sous la conduite de son fidèle Kara-Mohammed et de Moliammed-bel-Kheir , il les dirige sur le consulat de Fiance avec mission de le proléger, et de se faire tuer au besoin jusqu'au dernier pour le défendre. De sa personne, Témir, suivi de quelques serviteurs, cherche à gagner la demeure

du niupliti au[)rès duquel il veut (aire, au nom de

leur commune religion, une suprême tentative en faveur des chrétiens. Eniain s'efforce-t-il d'arriver jusqu'à lui; la réponse qui l'accueilht fut que le

rnuphti dormait.

Mais, au fur et à mesure que les Moghrebins viennent le rejoindre, Abd-cl-K ider reçoit des renseignements de plus en plus effrayants sur la situation générale de Damas. Il apprend que les troupes restent consignées dans la citadelle, que la populace tout entière est dans la rue, qu'elle massacre im* pitoyablement les chrétiens et brûle leurs maisons. II ne s'agit donc pas d'une simple émeute, comme il a pu l'espérer, mais d'un égorgement général auquel l'autorité prêle la main. Dès lors, sa pensée se reporte vers le représentant de la France, dont rhôtel attaqué une première fois et protégé par Kara et ses 40 Moghrebins, va se trouver enveloppé par le flot qui monte, et menace de remporter avec ses défenseurs. Abd-el-Kader se dirige

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en toute hâte vers le consulat, et après avoir porté à la connaissance de M. Lanusse les premières iniorxnations qui lui sont parvenues : *

« Maintenant, lui dit-il, écoute et pèse bien mes paroles : moi vivant , un seul de mes Moghrebins Tivant, on ne touchera pas à ta personne, car je suis responsable de toi vis-à-vis de celui qui m'a fait libre. Le danger grandit; je dois donc agrandir tes moyens de défense. Si lu persistes à demeurer ici, tu m*obIiges à diviser les forces dont je dispose; si tu consens, au contraire, à devenir mon hôte, je puis appliquer à secourir les cbirétiens les soldats que j'emploierais à te protéger. Tu m'as dit toimême : là où est le drapeau de la France, là est la France. Eh bien! emporte avec toi ton drapeau, plante-le sur ma demeure, et que la demeure d'Abdel-Kader devienne la France. »

' En présence de sentiments aussi nobles, appuyés de considérations aussi puissantes, il n'y avait pas à hésiter pour H. Lanusse. Dans les circonstances où Ton se trouvait , qu'importait l'hôtel d'un consul ! Ce qu'il fallait, c'était sauver des hommes. Le gérant du consulat de France ne balança pas en effet; il fit amener sou pavillon, et bientôt après • le drapeau tricolore flotta sur la maison d'Abd-el- Kader. L*émir, à son retour, trouva réunis le reste de ses Moghrebins accourus, conniie ils en avaient reçu Tordre, au premier signe du danger, un cer^

tain nombre de chrétiens fugitifs, plusieurs consuls, et notamment ceux de Russie» d Aiuérique et de Grèce.

Mais contre une populace fanatisée» contre les contingents du dehors yenant à chaque minute augmenter le nombre des égorgeurs du dedans, qu'allait faire Abd-el-Rader t On pouvait bien admettre sans doute (et réduK à ces proportions son rôle eût encore été bien beau) qu'à Taide des 1 100 hommes dont il disposait, il arrivât à défendre contre la multitude, lui, les siens, les consuls, les chrétiens qui avaient trouvé un asile dans sa maison ; mais ne devait-on pas considérer comme une folie l'idée de prendre» avec Tappui d*une poignée de soldats, Toffensive vis-*à-vis du massacre ? Cette folie néanmoins tenta son grand cœur. Les cris des victimes parviennent jusqu'à lui ; elles ne peuvent briser la haie d'assassins au delà de laquelle se trouve le salut ; il ira les arracher lui-même aux mains sanglantes de leurs bourreaux*

Abd«el-Kader, à la tète de 300 hommes à peine, suivi de deux de ses liis, s'enfonce résolùmeut dans les quartiers où sévit la révolte ; il s'avance précédant de quelques pas son escorte, suppliant les musulmans de lui prêter assistance , conviant les * chrétiens à se réfugier au milieu des siens : « Ûh les chrétiens 1 s'écriait«il» oh les malheureux! venez à moi, venez. Je suis Abd-el-Kader, lils deMahhi-ed-

Dîn le Mogiuebiii. Ayez confiance en moi, et je vous protégerai 1 »

Au bruit de cette parole d espérance, quelques visages affolés de terreur apparaissaient derrière les peliles fenèlres des maisons chrétiennes, un immense cri de joie retentissait dans la demeure désolée, cl chacun se précipitait au-devant du secours inattendu que Dieu lui envoyait. Plus de 300 personnes lurent ainsi recueillies dans le seul consulat de Grèce où elles s'étaient réfugiées.

De trois à cinq heures de l'après-midi, Abd-el- Kader fut constamment occupé à parcourir les rues de Damas ; lorsqu'il avait réuni un certain nombre de chrétiens, il les conduisait à sa maison , d'où il s'élançait de nouveau au secoure d'autres victimes. Il était environ cinq heures quand il parvint devant un couvent de pères capucins. Ceux-ci, au nombre de huit ou neuf» s'étaient barricadés dans leur demeure, et, craignant une trahison, refusaient, malgré les supplications de Témir, de se remettre entre ses mains. Après avoir perdu un temps précieux à parlementer avec eux, Abd-el-Kader se vit dans la nécessité de les abandonner à leur sort. A peine avaitil disparu, que les pauvres moines élaient attaqués et brûlés vifs dans leur retraite.

Un établissement préoccupe surtout la peusée de rémir : c'est celui du P. Leroy et des sœurs de la Charité 9 car cet établissement renferme environ

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400 eiifanls des deux sexes. La nuit appiochait, lorsqu'à travers des rues où les cadavres disposés eu tas s'clevaieiit quelquefois à plus d*un

mèire de hauteur^ il parvint à la porte des Pères lazaristes. La situation de ce couvent, son éloi^iiement du quartier dans lequel le massacre s'était

trouvé circonscrit durant les [)remières heures, n'avaient pas encore permis à l'insurrection de se porter de ce côlé, ou plutôt, devant faire un choix, elle avait d'abord couni à Tassassinat productif* Grâce à cette circonstance, les 6 prêtres lazarislcs, les 11 sœurs de la Charité qui desservaient les écoles et les 400 enfants qui les IVéquentaient purent ùtre sauvés. Ce duî être assurément ungrand et magnifique spectacle qut: le passage à travers les rucsciisanglaulées de Damas, de ce descendant du Prophète marchant entouré de prêtres, de religieuses, d cnlaii Ls qu'il venait d arracher à la mort ; de ces soldats, anciens combattants de la guerre sainte, conduisant liiainlcnant, d'unu main, de pauvres orphelins dont ils sont devenus les protecteurs, etrepoussant, de l'autre, à coupsdecrossc de fusil, les égorgeurs qui s'efforcent de leur arracher le dépôt sacré conllc à leur fidélité I Et cependant, protecteurs et assassins appartenaient au même culte! seulement il s*élail trouvé de Tun des côtés un homme de cœur et d'énergie qui avait su exalter une poignée de soldats par le sentiment d'une belle action et d'un devoir à remplir envers Thumanité.

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A la nouvelle que des masses de chrétiens avaient trouTé asîle chez Abd-el-Kader, une immense agitalion se produisit parmi la multitude. 11 fut décidé» dans la nuit du 9 au 10, que le lendemain une tentative serait faite pour enlever de chez Témir les malheureux qu'il avait recueillis. En effet, le 10 au malin, un parti nombreux vint entourer sa maison^ et réclamer avec insolence qu'il leur livrât les chrétiens qu'elle renfermait ; ils voulaient bien admettre qu'il gardât les consuls, mais ils exigeaient que les autres réfugiés leur fussent remis* *

Les clameurs qui s^élevaîent et devenaient de plus en plus menaçantes avertirent Abd-el-K.ader que son intervention personnelle était nécessaire. Comme dans toutes les agitations populaires, il pouvait arriver qu'un coup de fusil tiré par imprudence déterminât une catastrophe; d'un autre côté, il y avait lieu de ccaindre que les Moghrebins, en yoyan t însul* ter leur maître, ne Unissent par perdre patience* L'émir se détermina donc à aller au-devant de la foule pour la haranguer, et, alin de bien lui prouver qu'il venait à elle avec des paroles de conciliation, il affecta de sortir sans armes. Son arrivée fut ac« cueillie par une explosion tumultueuse de cris désordonnés , mais qui tous s'unissaient à demander la remise des chrétiens. Lorsque le calme se fut un peu rétabli :

« 0 mes frères ! dit Abd-el-Kader, votre con-

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duite est impie. Sommes-nous donc dans un jour de poudre pour que vous ayez le droit de tuer des hommes? A quel degré d'abaissement ètes-vous descendus, puisque je vois des musuloiaDs se couvrir du sang de temmes et d'enfautb ! Dieu n'a-t-il pas dit : « Celui qui aura tué un homme sans que celui- « ci ait commis un meurtre ou des désordres dans le « pays sera regardé comme le meurtrier du genre «humain tout entier*; » n'a-t-il pas dit cucoro : « Point de contrainte en matière de religion; la vraie route se distingue assez du mensonge*. »

— 0 le soldat de la guerre sainte i répondaient avec ironie les chefs de la mullikide, nous n'avons pas besoin de les conseils ; nous ne te les demandons pas. Que \ Il us- tu te mêler de nos affaires ? Toi qui combattais autrefois les chrétiens, comment topposes-tu à ce que nous nous vengions de leurs insultes i Infidèle , livre-nous ceux que tu ^as cachés dans ta maison ; si tu ne le fais pas, nous t'envelopperons dans la proscription dont nous avons frappé les infidèles : nous te réunirons à tes frères.

— Insensés I reprenait Abd-el-Xader » si la pensée d'un acte coupable et contraire à la loi de Dieu ne vous eiïraye pas, songez du moins à la punition que les hommes vous réservent; je vous le jure, elle sera terrible. Arrêtez, il en e^ temps encore. Si

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