‹ AbdelKader, sa vie politique et militaireChapitre 9 sur 48 · JfM'l^ n'est pas dans le texte arabe · texte numérisé non relu

JfM'l^ n'est pas dans le texte arabe

' 5 CamuU et non pas repr^eenlànfe.

70 TRAITÉ DEBMTORBLS.

éanft rinlérieiir sera muni d'un |MMMe-poii visé par torepr^ ' sentants de l'émir et apprauvé par le général comman^ûni,

afin qu'il puisse trouver dans toute la province aide el protection.

Fait en double expédition à Oran, le 26 février 1834.

le général commandait, Baron Dbsmkbsls.

(Au*des80iis de la eolomie quicantieat le texte aruAe

se trouve le cachet d'Abd-el-Kader.)

' Ainsi venait d'être non-seulement reconnue, cousacrée, la puissance de Témir, mais encore il traitait d'égaï à égal avec le générai Desinichels, c'est-à-dire avec le roi des Français, puisque le traité devait être soumis à la sanction du chef de TÉtat.

Est-il besoin de faire remarquer combien peu

l'acte signé par le général Dosmichels se rapporte aux instructions qu'il a reçues? De la reconnaissance de la souverainclé de ia France, il n'eij est pas même question; de limites dans lesquelles doit se trouver circonscrit le pouvoir d'Abd-el-Kader, d'otages, de tribut, pas davantage. Les négociateurs semblent adopter le ùiatu qxw, ia France se j'éservèr Oran, Mostaghanem, Arzew, et, du moins par son silence, abandonner à Fémirle reste, non-seulement de la province d'Uran, mais encore de la partie que nous n'occupons pas de la province d*Alger. (Nous verrons plus tard que telle fut l'interprétation don-

TRAITÉ DESMICHELS, 71

née par Abd-el*Kader et par le général Desmicheli lui-même.) Rien ne manque au traité pour bien consacrer la puissance de Témir et Tégalité qui doit présider à ses rapports avec le roi des Français, car les deax souverains conviennent de s'envoyer récîpro(|uement des consuls et de s'accorder réciproquement Textradition des malfaiteurs. Dès lors, était-ce bim le cas d'annoncer le traité du 26 fé-* vrier comme s*il se fttt agi d*un triomphe, et d'employer le télégraphe poux* dire au gouvernement :

« Je vous anaonce la $€umh$ùm de la province ffOrmf

la plus considérable et la plus belliqueuse de la régence. Ce grand événement est la conséquence des avantages qui ont été remportés par les troupes de la division* »

Le général Desmicbels pouvait croire en effet à un

succès diplomatique ; Abd-el-Kader ne lui avait-il pas écrit f en renvoyant le traité revêtu de son cachet :

€ Vous me dites que les conditions de ce traité sont également favorables aux deux peuples; cependant il m'a paru quHl éUût tout à votre avantage. Mais nous nous confions en vous pour l'avenir ; vous êtes le chef de raraiée, et nous espérons que vos actions seront d'accord avec vos promesses. 1

Et certes personne ne mettra en doute Thonneur»

rintelligence, la bravoure du général ^esmiclicls. S*il a écrit que la conséquence du traité du i6 février était la soumission de la province d'Oran, c'est

72 TRÂITÉ BESMIGHELS.

qu'il le croyait; son malheur a été d'avoir confiance

dans les méprisables negocialeursauxquels il se livra.

Mais comme si le traité que Ton vient de lire ne constituait pas, dans le fond, une faute assez énorme, la forme de ce même traité devait donner naissance à d'étranges complicalions. Il nous reste à les faire connaître avec quelques détails» car de gravrâ er* reurs oui ùiù commises à Tégard de la convention si importante et si peu connue qui a été Torigine de la puissance d'Abd-el-Kader.

Lors.de la première conlérence du 4 février, entre Miloud-ben-Arach et Onld-Mahmoud, d'une part, Mardociiée-Amar et Bouolmaq, de luutre» uue note non signée avait été remise aux envoyés d'Abd-elii^ader, indiquant les propositions du général Desmichels. En voici la traduction fidèle :

Conditions des Français.

V A. compter d'aujourd'hui, les hostilités cesseront entre les Français e( les Arabes ;

2o La religion et les usages des musulmans seront respectés ;

âo i^es prisonniers français seront rendus ;

kP Les marchés seront libres ;

5*> Tout déserteur français sera rendu par les Arabes;

6" Tout chrétien qui voudra voyager par terre dovra être muni d'une permission revêtue du cachet du consul d'Abd-«l- Kader et de celui du général

1. n est focile de voir que chacun de ces articles correspond» numéro par numéro aux artides du traité signé par Ahd-el*

TRAITÉ DESMIGHELS. 73

La contexture de cette note, Tabsence de signa* ture, prouvaient bien que, dans resprit du général Desmichels, ii ne s'agissait que d'une simple énondation des conditions sur lesquelles on aurait à discuter, nullement d'un engagement. C'est, du reste, de cette manière qu'Abd-el-Kader Tavait compris lui-même* Aussi, en renvoyant Ben-Arach à Oran, le 25 février, avec mission de faire connafire qu'il adhérait aux conditions du générai Desmicliels, il avait remis à son envoyé, revêtue de sm cachet ef, . par conséquent^ de son approbation^ la note informe que Ton vient de lire et qu'il supposait devoir être une portion du traité lui-même. Seulement, Ben- Arach avait reçu Tordre précis de ne livrer celte pièce au général Desmicliels qu après que ce demicv aurait app rouvé de son côté me note parallèle à la première^ indiquant les co7iditions mises par Abd-elrKader à la paix. Ainsi, dans la pensée de l'émir, le traité devait se composer de deux contrats unilatéraux, contenant chacun les propositions de l'une des parties. Voici la traduction de cette seconde pièce :

Conditions des Arabes ponrla paix.

lo Les Arabes auront la liberté de vendre et d'acbeter de la poudre, des armes, da soufre, enfin tout ce qui concerne la guerre.

Kâder et par le général Desmîcliels , traité que nous avons reproduit plus haut.

74' TBAITÉ DESMIGilJSLS.

20 Le commerce de la Mersa (Arzew) sera sous le gouver»

nemenl du prince des croyants, comme par le passL», et pour toutes les affaires. Les cargaisons ne se feront pas autre part qste dans ee port. Quant à Mostaghanem et à Oran, ils ne recevront que les marchandises nécessaifes aux besoins de

leurs liabilants, et personne ne pourra s'y opposer. Ceux qur désireront charger des marchandises devront se rendre à la Mersa.

30 Le général nous rendra tous les déserteurs et les fera enchaîner. Il ne recevra pas non plus les criminels. Le général commandant à Alger n'aura pas de pouvoir mr les mu- 9iUman$ qui viendront auprès de iui awc Le comenkment de leurs chefs»

4^ On ne pourra empêcher un mosulman de retourner ehez lui quand il le voudra.

Soit que le général Desmicheis ne coiupiît pas bien la portée de Tarticle 2, soit que l'on fûi parvenu à en atténuer la gravité à ses yeux, toujours est-il qu'il apposa son cachet sur la noie présentée par Ben-Arach ; après quoi ce dernier lui fit la remise de la première note dont il était porteur, et sur laquelle se trouvait rapprobation d*Abd<-el-Kaâer. Aux yeux de renvoyé de Témir, sa négociation était terminée^ sa mission remplie. m

Ce fut alors que le général Desmicheis, dans la pennée duquel la pièce revêtue du cachet d*Abd-el- Kader n*élait qu'un préliminaire, demanda à Ben- Arach une rédaction nouvelle el plus correcte du traité qui renfermait les conditions de la France* Ben-Arach ne fit aucune difficulté à\j consentir^

TRAITÉ raSMICHELS. 75

puisqu'il avait enUre les maios, et approuTée par le général, la note contenant les conditions d'Abd-el- Kader. Cette nouvelle couventiou, ratifiée le lende*main par l'émir, devint le traité que Ton a lu tout à rheure. De tdle sorte que le général Desmicbels crut, de bonne foi, ne s'engager que par Tactc qu'il revêtait de sa signature, tandis que. de tout aussi bonne foi, Abd-el-Kâder crut le général engagé, suivant T usage des Arabes, par VapposiHim de son cachet au bas de la note soumise à son approbation par Ben-Arach. Voulant même imiter l'exemple qui lui était donné par le général Desmichels, et établir unehomogénéité parfaite entre les pièces échangées, Abd-el-Kader se borna, lorsque la nouvelle rédaction de ce qu'il croyait être la moitié du traité lut portée i sa ratification, à y mettre son cachet sans signa^ ture. C^est ce dernier acte qui fut seul cmm et apprmvé par le gimoememmt.

Cette absence d'approbation à la pièce revêtue du cachet du général Desmichels, et qu*Abd-ol*Kader considérait comme la contre-partie de son engagement, eût, sans ancnn doute, attiré Fattention de rémir et fait ressortir son erreur, si une sorte de fatalité ne semblait s'être attachée dès le principe an traité du 26 lévrier. Le gouvernement, qui s'efforçait de ne pas reconnaître à Abd-el-Kader l'importance que ce même traité lui donnait, ne jugea pa^ convenable de suivre les règles habitoelles en ma-

76 TRAITÉ BESMIGHBLS.

tière de i aliiicatiûas ; il se borna donc à autqriser le général Desmichels à faire connattre par écrit à rémir que le roi avait approuvé le traité. Mais l'interprète qui fat chargé de préparer la lettre, ne pouvant pas se rendre compte de l'importance qu'a- Tait dans la circonstance telle ou telle expression, se servit, dans la traduction, du mot cherouth (pluriel de charth), qui signifie conditUrnSy articles (fun traité, et, par extenbion, traité. De telle sorte que le pluriel employé dut convaincre Abd-el-Kader que le roi avait approuvé les traités.

Immédiatement après la notification de Tappro* bation royale, le général Desmichels envoya, comme consul de France à Mascara, le commandant Abd^ Allah d'Asbonne, ancien mamelouk de Taiinée d*£gypte, et Témir, Ben-Iakhou à Oran, Ould- Mahmoud à Arzew; à Alger, enfin, le juif Ben- Durand, que nous verrons bientôt paraître sur la scène politique.

La mission d*Ould-Mabmoud était sans contredit la plus importante aux yeux d'Abd-el-Kadei, car c'était à lui qu'était confiée Texécution de l'article qui, en assurant à l'émir le monopole de l'cxporlation (souvenir de ce qu'il avait vu enÉgypte), mettait à sa disposition les ressources pécuniaires dont il avait besoin pour faire la guerre à ses rivaux.

Un traité qui reposait de part et d'autre sur une erreur ne pouvait manquer d'amener de prochaines

TKAXTJË DËSMIGHËLS* 77

com[ilications. Aussi, tandis que Témir, se croyant en droit d'exercer le monopole des céréales par port d'Arzew, défendait aux Arabes de vendre leurs grains aux chrétiens^ les leur achetait au-dessous de leur valeur, et les chargeait sur des bâtiments nolisés pour son propre compte, le commerce français por^ tait de son côté ses doléances au général Desmichels, qui répondait en niant un monopole qu'en effet il ne croyait pas avoir accordé. Mais, tout en le niant, le général reconnaissait, sans avoir le diflicile courage de l'avouer, que le traité du 26 février avait élé conclu avec une déplorable légèreté* Placé dans cette fausse situation, il cliercha un moyen de donner une satisfaction à Témir et au commerce^ et crut l'avoir trouvé en déclarant que i'auLorisalion ne s'apijliquait qu^aux grains provenant des propriétés personnelles (rAbd'cl'Kadcr. Mais cette solution, qui u'était qu'un palliatif, n'aurait pas tardé à laisser reparaître toutes les difficultés si ratlcntioii du jeune sullan n*avait pas été détournée par les événements de rintéricur de la province.

Tel est rhistorique de ce malheureux traité. Diversement raconté, il a été diversement jugé. Quelquesuns y ont vijL un traité secret, à côté d'un traité ostensible; d'autres ont cru pouvoir élever des accusations plus graves pour Thonneur du générai Des* michels. Il n'y a rien eu que ce que nous avons raconté. Un général qui n'a rintention de s'engager

78 TBAIXK I>£âMICH£LS.

que par un seul acte; un grand chef arabe, jugeant d'après ses mœurs, el croyant ce général engagé par deux traités qui, dans son esprit, sont le complément Tua de Taulre; quelques mots mal traduils, msàs dans tons les cas complète bonne toi des deux côtés : tel est dans son ensemble le trailé Desmiebels.

us FRfiTBMIMUnS.

Soulèvemeiit des tribus contre Vémir. Révolte de M otistapliftbeft-IsmaQ el de Sy-el-^ribi. — StablissemeDt d« l*tfttaterie

régulière.— Intervention du général Desmicbels. — Combat

de Mahra/.— KiiUevue de l émir et de MuuilapUd. — Rupture. — Sy-el-Giiomaru

Abd-el-Kader, grâce au traité qu'il vieut de con« dure, se trouve désormais sans inquiétude du c6té des Français ; il n'a plus à s'occuper que de ses rivaux, quil va pouvoir combattre à Taide non^seulement des armes que nous lui procurerons, mais «ncore de notre concours effeelif.

Plus que jamais ces rivaux sont redoutables. Malgré la précaution quMl a prise de demander aux principaux chers des tribus Tautorisation de traiter^ Tauréole qui entoure Abd-el-Kader commence à se lemir aux yeux du parti fànatique, incapable de

s*élever à la hauteur de la pensée politique qui l'a

détermioé à faire la paix avec les chrétiens. Ce n'est plus rhomme de la guerre mnte; c'est un chef qui aspire au pouvoir sans aucun noble mobile. Aussi, tandis que Fémir ne croit trouver dam les rangs du parti hostile que Sy-el-Aribi, Kaddour-ben-el- Mokhfl, chef des Bordjia* peut-être Moustapha«ben* Ismail, bien que ce dernier ait reconnu son pouvoir, c'est presque la province entière qui se dresse contre lui. Les premiers qui donnent Texeniple de la désobéissance appartiennent précisément à Tune des trois tribus qui l'ont acclamé : ce sont les Beni- Amers« Sous prétexte que, la paix étant faite avec les Français, ils n'ont plus à pourvoir aux dépenses de la guerre, ils refusent l'impôt.

Une semblable résistance devait être promptement réprimée, car si la tendance qui s'est maniiestée chez cette tribu venait à se généraliser, c'en serait fait du pouvoir de l'émir. Ordre est donc

donné à Mouslapha-ben-Ismail do marcher à la .tête des Douairs et des Zmélas contre la tribu révoltée.

Cependant, avant que cet ordre soit mis à exécution, une occasion s ûfl're pour Al)d-el-Kadcr d'arrêter i'efrusiou d*un sang qu'il lui répugne d'autant

plus de verser, que c'est le san^ d'une tribu qui a contribué a son élévation ; il se hâte d'en profiter. Quelques-uns des chefs des Bcni- Amers sont à Mas-

cara. Au moment de la prière du vendredi, alors qu'ils se trouvent réunis à la mosquée, Témir monte dans cette mônie chaire d'où une première fois il a prodamé la guerre sainte, et, dans un discours pathétique, il rappelle que la mission que le peuple arabe lui a dévolue a pour but d'établir par» tout un gouvernement rép^ulier, ferme, qui rassure les bons et fasse trembler les méchants. Ce gouvernement , comment peut-il le fonder, si ceux-là mêmes qui ont pris une part plus directe à sa nomination lai refusent aujourd'hui les moyens d*accomplir la mission dont ils l'ont chargé ?

« Cet achowr^j cette zekka^ dont Je réclame le < payement, continue Abd-ei-Xader , croyez- vous « que je vous les demande pour en appliquer le « montant & mes dépenses personnelles, ou à celles

c des miens T Qui de vous a pu concevoir une telle

, « pensée ? Tous, ne savez-vous pas que les terres ■< que j*ai reçues de mon père suffisent largement à « mes besoins? Ce que je réclame, c'est ce que la c loi de Dieu vous oblige à me donner pour les dé- « penses du gouvernement; c'est le moyen de faire • «t le bien, d'empêcher le mal ; c'est en un mot un <c dépôt dont je jure de ne me servir que dansl'in- « térèt de tous. »

Ce discours est accueilli avec enthousiasme; les

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