SACRÉS. — PALÉOGRAPHIE MURALE
DURANT LA TROISIÈME PÉRIODE DE l'ÈRB OGIVALB.
Autels.
TlocssYcns troavé, dans plusieurs autels en pierre du XV* aiède, I ( une disposition que nous avions observée dès le XIII* siècle ( V. U page 539); c'est-à-dire une table portée sur un massif triangulaire et sur deux colonnes détachées.
AITTEL DO IT* filÈCLB , à T|BB
Ces autels sont très-simples ; d'autres autels du XV* siècle sont extrêmement riches, et il en reste encore une certaine quantité de cette époque : je n'en connais pas de plus élégants que ceux de Téglise du Folgoat ( Finistère) : ils sont en pierre dite de Kersanton , de coalenr verdâlreet fort dure, dont on a su tirer, en Bretagne, un très-grand parti.
L'autel majeur de la collégiale du Folgoat occupe toute la largeur d'une énorme Tenétrc qui s'élève depuis le rétable jusqu'au sommet de
STTLE OGIVAL DK LA 3« KPOQUK (ACTELS). 683
la Toùte: dix arcatures el des guiriaodes de feuilles de vigne décoreni la ikçade de cel autel, qui a S mètres 13 de longueur, 1 mètre 37 de profondeur, 1 mètre 40 de hauteur.
Un autre autel montre, autour de la table, une magnifique guirlande de feuilles de vigne et de chardon et des arcatures garnies de statuettes ; douze arcatures occupent le devant de Tautel , et trois chacune des extrémités.
Dans la chapelle ducale, qui communique avec le chœur, sont deux autres autels placés devant des fenêtres: Tun de ces autels, moms long que le précédent, est cependant orné, sur le devant, d'un pareil nombre d'arcatures.
L'autre autel, dont voici l'esquisse , n'a que 2 mètres àO de long sur
en ors ACTF.U de t'écLUC DO rOLCOKl ,tl i^lluL).
90 cent, de profondeur et 1 mètre 8 de hauteur : trois colonnetles en supportent, en avant, la décoration qui se compose de quatre arcatures > séparées alternativement par une colonne et par un pendentit Une guirlande de feuillages , disposés en bouquets, court sur la corniche et décore la frise.
L'autel figuré p. 685, lire de la cathédrale de Léon, même département , est orné d*arcatures trilobées fort légères ; de petits panneaux sont finement sculptés entre les ogives, et une belle guirlande de feuilles déchiquetées serpente sur la frise. Cet autel a conservé son rétable, sur lequel on voit la Samte-Vierge portant sur ses genoux le corps inanimé du Sauveur.
L'autel figuré page 68ù est en bois et a été composé par M. Bouet pour l'église de Pont-l'Évêque. Je le présente comme une reproduction de certains autels en bois des derniers temps de la période ogivale) com-
68/i t>Z CAUMOIIT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHÉ0L0G1E.
AGTEL OAHS LE STYLK 00 COJDIC.'tCENETr DO 1V1« «tkCLI, k PO.IT L'ivËQCE.
8TTLE OGIVAL DE LA S* ÉPOQtlB (AUTBLS). 685
mencement du XVI* siècle). Il se Irouve, comme plusieurs autels du Folgoat, devant une grande fenêtre garnie de vitraux.
AtTCl DO XT« SlfeCLK, D\M l\ rATnÉDRALR DR SAITIT-POL-DB-LiON .
Il ne fiiut pas oublier que beaucoup de de?ants-d*autels étaient couverts d*étoffes brodées d'or et ornées de pierres précieuses.
Les XV* et XVI* siècles ont produit de ntagniGques rétables en bois et en pierre, qui étalaient tout ce que la sculpture du temps pouvait produire de plus compliqué et de plus délicat. Voici Tesquisse d^un petit rétable en pierre de Cacn que je crois de la 1'* moitié du XVI* siècle, et qui se trouve dans une chapelle de Téglise de Graye ( Calvados ) : on y voit saint Martin, à cheval , coupant son manteau, et tout autour, des figures de saints ; au sommet du dais à décorations ogivales qui couronne la statue, parait le Père-Étemel, entouré de ses anges, bénissant Martin représenté ici , comme ailleurs, au moment où il accomplit Tacte de charité qui a été, aux yeux de Dieu, un de ses plus grands mérites*
Mg' de Saint-Mars, archevêque de Rennes, a découvert un magnifique
086 DE CAUMONT. ABicÉDAIRE D^ARCHÉOLOGIE.
■ÉTABLE n PIRftltC , k ORATK.
rétable en bois dans les greniers de révèché, où il avait été relégué, on ne sait à quelle époque. Ce rétable est peint et doré, les
STYLE OGIVAL DE LA 3« tPOQDE (AOTELS). 687
personnages portent des phylactères sur lesquels on lit des inscriptions explicatlfes des figures.
J^en ai trouvé d'autres qui n'avaient pas été peints. On en voit un magnifique , à Paris, dans Téglise St-Germain-rAuxerrois » oOrant , aa milieu des dais , des pinacles et des ornements architectonlques de toute sorte , de petites figures disposées dans des niches.
TABCBifACLBs.->Les tabemacles en pierre, qui peuvent aussi être considérés comme étant un accessoire des autels, quoiqu'ils en fussent le phis souvent séparés et accolés aux murs voisins comme les crédences, ont toujours été assez rares: il nous en reste pourtant quelques-uns du XV siède.
Ces tabernacles ont été plus particulièrement construits en Allemagne, et dans les contrées où TÉcole architectonique allemande a exercé son influence, que dans la France proprement dite.
A Nuremberg, on voit dans le sanctuaire de l'église St-Laurent, du côté de l'évangile, un magnifique tabernacle qui frappe l'altentlon de tous ceux qui visitent cette église : c'est une pyramide isolée construite à jour, en grès bigarré, dans le style gothique allemand de la 9* époque, comme les chaires de Strasbourg et de B&le, et les rétables de Fribourg en Brisgaw,
Ce chef-d'œuvre, dû à Adam Kraf, date de la fin du XV* siècle ; il se termine par une pyramide surmontée d'une crosse , et il servait évidemment à déposer les hosties, car on y lit cette inscription: bcci PAifts ANceLORUM, au-dessous du ciboire. Dans cette magnifique pyramide, qui s'élève jusqu'à la voûte, sont représentées les scènes principales de la Passion: l'Agonie dans le jardin des Olives, — le Christ devant CaTphe, ^ le Couronnement d'épines, — le Crucifiement, —la Résurrection.
La pyramide est portée sur trois personnages, qui sont, à ce qu'on croit, les portraits d'Adam Kraf et des deux apprentis qui l'avaient aidé dans l'exécution de l'œuvre. Ce magnifique tabernacle a demandé six ans de travail ; il fut terminé en i500. L'artiste éminent, qui a embelli sa ville de plusieurs che£»-*d'œuvre , mourut en 1508.
Je donne le dessin de la base qui sert de support ou de piédestal à cette tour aérienne , dont la hauteur est, dit-on, de 60 pieds ( Y. la planche ).
Il existe, dans le chœur de la cathédrale d'Ulm, un tabernacle au
moins aussi élevé que celui de Nuremberg: on rattribuet m*a-t-oii dit, au même architecte, et Fanalogie de composition justifie cette attribution. Il se trouve aussi du cAté de Févangile.
J'en ai vu qui ont la forme d^une riche tourelle formant enoorbellement sur le mur : la cathédrale de St-Jean de Mauiienne, cd Savoie, en offre un magnifique sur le mur du sanctuaire, du c6té de Tévangile.
Le tabernacle de la cathédrale de Grenoble , dont nous donnons an dessin , a beaucoup d'analogie avec celui de St-Jean de Maurienne. Il est d'une grande élégance, fort élevé et soudé au mur , du côté de Tépltre. M. Tabbé Trépier a prouvé, dans une dissertation lue an Congrès scientifique et publiée dans le Bulletin monumental, L XXIV, que ce monument de sculpture est d'une époque peu éloignée de l'an iA60.
Nous avons un magnifique spécimen de ces tabernacles dans l'église de Semur: c'est une tour d'une extrême élégance, composée de plusieurs étages garnis de contreforts , avec fenêtres à compartiments flamboyants, surmontées de crochets et de bouquets de feuillages pédicules. Tout l'agencement de ce petit chef-d'œuvre est du plus heureux effet ; la flèche terminale est découpée à jour et garnie de bouquets sur les rampants. Due porte en fer s'ouvre dans une des fenêtres du premier étage.
Cette tour , qu'il faudrait plutôt appder un ostensoir en pierre , repose en encorbellement sur un piédestal à deux étages ornés de fenêtres simulées dans la base et offire des proportions par^tement calculées.
Un dessin peut seul rendre l'effet de ce gracieux morceau de sculpture. Je dois celui que je présente, et qui ne laisse rien à désirer, an crayon de M. E. Sagot , de l'Institut des provinces.
Comme on le voit, c'est à la fin du XV* siècle et au commencement du XVI* qu'on éleva les dboires les plus considérables. Il est probable que cette impukion fut donnée par suite des prescriptions épiscopales qui ordonnaient de conserver les hosties dans des armoires bien fermées, près de l'autel. Il y avait, au point de vue de Tari et des cérémonies, avantage à pratiquer ces armoires dans le^ murs avec tout le luxe usité par les sculpteurs de l'époque.
A St-Sebald de Nuremberg, on voit, à l'extérieur de l'abside, la représentation de l'ensevelissement du Christ. Ce tombeau correspond