STYLE OGIVAL PRTMITTF ( VITRAUX PEINTS
l^image du donatear a quelquefois été encadrée dans la rose qui forme le couronnement de la fenêtre ; c'est ainsi qu'à Chartres, on voit, représentés dans ces vitres circulaires, des rois, des ducs, des comte», des barons, bienfoiteurs de cette cathédrale, revêtus de leurs armures, montés sur des chevaux richement harnachés et caparaçonnés, ayant leur écu chargé d'armoiries ; mais cette place me paraît avoir été réservée aux grandes notabilités de l'époque.
Non-seulement on voit, sur les vitraux du XIII* siècle, des tableaux qui nous montrent l'histoire légendaire des saints patrons, mais on y retrouve la plupart des sujets qui décorent les façades des édifices le plus richement sculptés. Les cathédrales qui, comme celles de Chartres et de Bourges, avaient une si grande quantité de fenêtres complètement closes en verre, offraient aux peintres d'immenses surfaces à remplir; ils mettaient également à contribution l'Ancien-Testament, l'Apocalypse, les légendes et tous les emblèmes alors admis par les théologiens.
CoifFBCTion DBS viTBAcx. •— C'était au peintre verrier à ftire la distribution des tableaux qui devaient former chaque fenêtre, et de5 fonds sur lesquels il devait les placer: sur les mesures données, il devait établir son dessin et l'arrêter en couleurs sur ces cartons. Le trait du contour des figures qu'il avait à peindre devait y être formé si exactement que les pièces nombreuses dont chaque panneau était composé, rapprochées les unes des autres , en ayant soin de laisser entr'elles la place de l'épaisseur du plomb, pussent remplir avec justesse l'espace auquel le panneau de verre était destiné.
Ces cartons, qui devaient coûter beaucoup de peine et d'attention , étaient soigneusement conservés et servaient à la confection de plusieurs vitraux destinés à des églises différentes. Aussi trouve-t-on . 4ans des vitres du XIII* siècle éloignées les unes des autres, les mêmas sujets reproduits de la même manière et provenant des mêmes cartons.
IHerre Le Viel avait fait la même remarque. Il cite des vitraux du XIII* siècle, identiques de dessin et d'exécution, dans les églises de St-Étienne de Limoges, de Clennont-Ferrand, de Cambrai, de Poissy, etc., etc.... Les mêmes verriers devaient transporter, suivant les besoins, leurs ateliers dans différentes villes. La signature Clemens vitrearius Camotensù^ qu'on lit à Rouen sur une des verrières de la cathédrale, nous apprend que l'artiste qui les a faites était de Chartres ; la confection des nombreuses verrières de la cathédrale avait dû occuper des peintres longtemps dans cette ville: il y avait vraisemblablement là une école.
590 DE GAUMONT. ABÂCiDAIRE D*ARCH<0L06IE.
Les Thranx da XIII* siècle sont toujotus composés de pièces de petite dimension , parce qu*alQr5 l*art était privé de plusiears ressources importantes dont il se servit plus tard, telles que les moyens d'étendre le verre en grandes feuilles et celui de diriger à propos les coups de feu, plus ou moins violents, par ruction desquels les substances colorantes pénétraient ou teignaient superficiellement les pièces découpées qui entraient dans la composition de la verrière.
Souvent les pièces se brisaient au feu ; or, moins elles étaient grandes» moins on avait ce danger à redouter; et, si la fracture arrivait, il était plus facile et moins coûteux de les réparer.
La difficulté que, faute d'employer le diamant, on éprouvait alors pour taiUer le verre, et qui occasionnait aussi des fractures, était encore une des causes de remploi des pièces de petite dimension : cet emploi, il feot le dire, donne aux grandes verrières du XIIP siècle une solidité considérable, et nous lui devons la conservatiœi des vitres nombreuses qui nous restent de cette époque. Ces vitraux ont une telle solidité qu'ils peuvent résister à des chocs violents : j'ai vu des enfents s'exercer longtemps à jeter sur eux des pierres sans parvenir à les crever.
La mise en plomb des panneaux terminée, il fallait placer ces différents morceaux dans les fenêtres qu'ils étaient destinés à fermer, et les assujettir solidement avec des barres de fer scellées dans la pierre: ces barres de fer s'appeUent armatures ; ellesentraient quelquefois dans le système du dessin, en suivant le contour des médaillons ou encadrements renfermant des personnages.
G-éo^apliie du style ogrival priznitifl
OR trouve en France un très-grand nombre d'églises appartenant au style ogival primitif, mais elles ne sont pas également réparties dans toutes les provinces.
Les observations que j'ai faites, celles que plusieurs observateurs ont entreprises de leur côté, ont démontré depuis longtemps déjà que le style ogival du XIII» siècle, tel que je viens de le décrire, devient de plus en plus rare à mesure qu'on s'avance du Nord vers le Midi, contrée dans laquelle il a eu beaucoup de peine à s'acclimater. Des observations, feites ily a trente ans, m'avaient porté à circonscrire la région où l'arcbitecture ogivale a pris son plus grand développement par une ligne idéale embrassant la Normandie, le Maine, l'Orléanais, la Touraine, le pays
8TTLE OGIVAL PRIMITIF ( CiOGRAPHIB ). 521
Chartrain» rile-de-France, la Champagne et le nord de la Franoe. Cette drconscription n'était pas d*une eiactitude rigoureuse : elle den« recevoir des modifications ; mais nous pouvons provisoirement Padmettre pour ramener nos divisions géographiques aux teimes les phis simpleB.
Ainsi, dans cette région, le style ogival s*est développé dès le oommenoement du XIII* siècle avec les caractères que f ai indiqués. Noos le voyons timide encore, mais cependant avec ses formes et ses combinaisons bien arrêtées dans la nef de Fécamp, bAtie à la fin du XII* et au commencement du XIII* siècle, par Tabbé Radulf, mort en ilSO, dans la cathédrale deNoyon et dans celle de Sens, en partie du XII* siècle. Le beau chœur de la cathédrale de Bayeux, plus avancé que la nef de Fécamp, s'élevait aussi dans la première moitié du XIII* siècle ; vers le même temps, nous voyons surgir nos plus belles cathédrales gothiques, telles que celle de Chartres qui, commencée dans le XII* siècle, Ait achevée et dédiée en 1360, par Pierre de Maincy, soixante-seizième évéque; celle de Reims commencée, peu de temps apri'S i 2i0, par le célèbre architecte Robert de Coucy ; la cathédrale d'Amiens commencée en 1331 ; enfin les cathédrales de Paris, de St-Denys, d'Auxerre, de Tours, du Mans, de Séez, de Rouen, de Lisieux et tant d'autres églises qui appartiennent, au moins en partie, au XIII* siècle, et aux dernières années du XII*.
Sous saint Louis, cette architecture atteignit son apognée par l'emploi des lai^ges fenêtres, des sculptures les plus fines et les plus pures, des formes les plus harmonieuses ; la chapelle que ce prince ajouta à son palais, en 13ii5 (la S**-Chapelle de Paris), fait époque dans les annales de l'architecture française. De ce moment, le principe d'élévation et de légèreté fit des progrès rapides et le style ogival revêtit les formes les plus gracieuses.
Ainsi, sans chercher d'autres exemples, la S**-Chapelle de Paris que tout le monde connaît, nous montre l'état de l'art à la fin de la première moitié du XIII* siècle dans les provinces situées au nord de la Loire. L'archileclure ogivale était moins avancée dans les autres régions que nous avons citées en parlant de l'architecture romane.
Si nous prenons d'abord l'Alsace et les provinces rhénanes, cette région du roman-germanique, nous pourrons aflirmer qu'une grande partie des édifices de ce pays, dans lesquels le style ogival se montre à peine, où le style roman prédomine, appartiennent au XIII* siècle. Le roman de transition régnait encore sur les bords du Rhin, lorsque, sur quelques points de la France, le style ogival était déjà brillant d'élégance et de légèreté.
522 DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE D'ARCHÉOLOGTE.
II résulte des observations ftdtes par les antiquaires allemands, et de celles que j'ai pa faire moi-même, qu'au Xin* siècle, on n'employait point, au moins généralement, le style gracieux et léger que noos trouvons dans nos cathédrales d'Amiens, de Reims, de Chartres et de Paris, style qui régnait aussi en Angleterre, où il a reçu la dénomination d'ancien anglais (early english).
Il feut dire toutefois que certains édifices exceptionnels nous montrent le style ogival à peu près aussi avancé que chez nous. Telles sont l'égUse Notre-Dame de Trêves, élevée vers 1227, et diverses parties de la cathédrale de Cologne, commencée en 1248. Mais ces basiliques, dont le style est si différent de celui qu'on a employé pour la plupart des édifices contemporains, ont très-vraisemblablement été construites par des compagnies d'ouvriers étrangers et élevées sous la direction d'artistes ou d'architectes qui appartenaient à l'École française. Ce fait, que j'avais annoncé en 1837, a été depuis prouvé, d'une manière toulà-iait satislhisante, par le savant baron de Roisin, de Trêves.
Le retard dans l'adoption du style ogival, au Xin« siècle, et la persistance de l'architecture romane, parallèlement au slylc iigival primitif; sont remarquables aussi en Lorraine et dans le pays Messin.
La formation complète du genre gothique a été également plus tardive dans les provinces du centre que chez nous ; et si l'on s'avance plus au sud, dans le Lyonnais et le Dauphiné, les monuments' de ce style deviennent de plus en plus rares. Il est vrai que certaines églises du premier ordre font exception ; mais leur rareté confirme la supposition que je foisais tout à l'heure pour expliquer le style avancé de la cathédrale de Cologne ; elles sont l'œuvre de corporations formant une école à part et composées d'hommes étrangers au pays.
Dans le midi de la France, l'architecture de transition, cette époque de fusion entre le style roman qui finit et le style ogival qui commence, ne se manifeste qu'au XIII* siècle, comme en Allemagne. Alors seulement l'ogive, tout en gardant une certaine lourdeur, un caractère et des détails romans, commence à prédominer et à revêtir des formes qui lui sont propres. Les édifices qui appartiennent incontesUblement au Xm* siècle offrent un mélange continuel de cintres et de tiers-points, d'ornements byzantins et ogivaux, de formes pesantes et élancées. S'il y a quelques exceptions, parmi les monuments du XIII* siècle du midi de la France, elles sont dues à des causes étrangères au pays.
SI de la Provence nous nous transportons dans les autres provinces du Sud , et que même nous remontions vers l'Aquitaine du Nord, nous
STTLB OGIVAL PRIMITIP ( GÉOGRAPHIE ). 523
remarquerons que, pendant que, dans TIle-de-France et les profinoes voisines, le style ogival était en usage et complètement formé, il n*était pas compris par les artistes qui commençaient à remployer dans ces contrées méridionales.
L^ogive dans leurs édifices produit reflet d*un élément étranger et bixarre : elle ne se marie pas avec les autres parties des constructioDS ; elle y vient en ccrp$ , pour ainsi dire], et non en esprit ; Tare pleindntre est devenu aigu sans que ses proportions aient été diangées : il n*est ni plus étroit, ni plus élevé, et la pointe qui le termine est souvent si peu prononcée qu'il faut un œil attentif pour Tapercevoir. Du reste, Tarchitecture est restée la même. Les colonnes sont courtes et rares, les chapiteaux carrés, historiés, à feuilles grasses ou à enroulements ; les ornements, imités de Tantique ou barbares ; les façades «ont toujours percées de larges portes cintrées ou d*une ogive à peine sentie, surmontées d*un fronton à peine plus exhaussé que les fh)ntons antiques ; les tours sont rares et massives (1).
M. Parker, d'Oxford, est persuadé que Tarchitecture romane persiste et résiste à Part ogival, suivant certaines directions correspondant aux principales lignes de communication avec Tltalie fréquentées au moyen-Age, tandis que Tarchitecture ogivale s'avance en sens contraire entre ces lignes, formant elle-même des courants au milieu des régions romanes du MidL (lette théorie ingénieuse a été développée dans le Bulletin monumental (2) .
Ce coup-d'œil, beaucoup trop rapide sans doute, suffit cependant pour limiter approximativement la région dans laquelle naquit, en France, et se développa le style ogival primitif ; et déjà il conduit , comme on le voit, à préciser dans quelles contrées était le siège principal de l'école architectonique à laquelle nous devons les basiliques ogivales élevées au XIII* siècle.
Si nous analysions l'architecture à plein-cintre qui régnait, au XII* siècle , dans les contrées où le style ogival parait s'être d'abord développé, nous verrions que des combinaisons habituelles dans ce pays, et fort rares ou complètement inconnues dans les autres, préparaient insensiblement aux innovations que devait consacrer irrévocablement l'architecture ogivale. Ainsi, éi!s la fin du XI* siècle, nous trouvons en Normandie et ailleurs, et aussi en Angleterre, des colonnes
(1) V. M. Renouvier, Sur U ttyU ogival dans U midi dt la Framet,
(2) Dtfpuic la première édition de VAiétédmirtt M. VioUei-lO'Duc , dan* «on Dictùnmmirt rmitmmi dt l'arckiUeture frmtfist , a doooé des reoaeigoemenU étendu» sur la géographie des styles.
524 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHéOL06I£,
de dilftrents modulet disposée! en fidsoetu sur les pilien, tandb que les régions d*Outre-Loire ne nous offrent habituellement que des colonnes cantonnées en croix sur les quatre ftces du pilier; nous Toyons, au nord de la Loire, ces colonnes s*élanoer en fkisceau jusqu*à la naissance des voûtes , caractère frappant du stjle gothique.
Si nous comparons les fenêtres aiguës du XIII* siècle avec les fenêtres semi-drculaires du XI* et du XII*, nous pourrons remarquer que les lancettes géminées nous représentent absolument , sauf la forme aiguë des arcades , les cintres géminés , si souvent employés dans Tar^ chitecture romane; les fenêtres disposées trois à trois, telles qu*0D en voit à la fin du XII* siècle et au XIII*, nous rappellent aussi les cintres disposés de même dans le siècle précédent.
La distribution des arcades et des portes est , à peu de chose près , la même dans le XIII* siècle que dans les siècles précédents.
Quant aux ornements, on peut dire que les trèfles, les quatre>feuilles et quelques autres habituellement employésdans le XIII* siècle s*étaient montrés dans le XII*.
L*usage des toits élevés, présentant une inclinaison favorable à Técoulement des eaux pluviales, prévalut de bonne heure dans le Nord , et c'est une des causes qui durent puissamment influer sur Tadoption de Tarcade en pointe.
Nous pourrions pousser beaucoup plus loin notre examen comparatif, si ce court aperçu ne suflSsait pour prouver que beaucoup d*éléments du nouveau style étaient compris dans Tarchitecture romane de la dernière époque.
Il n*esl pas moins extraordinaire que presque partout et presque en même temps on ait abandonné, dans la région du Nord , le cintre pour Togive, Tancien système pour le nouveau.
Il est évident qu'uue grande révolution avait lieu dans Part et dans les idées. En même temps que le travail de transformation s'opère dans les grandes églises du XIII* siècle, on reconnaît que Tunité de croyances se dessine , que la liturgie se perfectionne et que Ticonographie se régularise. La cathédrale du XIII* siècle embrasse dans son enceinte un asses grand nombre de chapelles pour donner place aux saints qui avaient auparavant des églises particulières. Tout se groupe , se classe, se développe. L'iconographie embrasse l'histoire complète de l'humanité, ses croyances, ses passions, ses vices , ses vertus, en même temps que ses connaissances scientifiques. [L'église devient l'expressian aussi complète, aussi large que possible, de la glorification de Dieu et du sentfanent reUgieux.
8TTLI OGIVAL PRIMITIF (lIOTERS D*EXÈG0TI0N}. 625 JVSBIIIMT Q«*ON DOIT POBTN SOm L*AICBmCTimB DO im* SlàCU. —
A BOB iTii, le xm* riède est la bdle époque de rardiiteeture ogiTale. Dte le XIV«, il y eot moins d'hamome dans Tensemble: Tai^ diitectiire perdit de um élévation ; on rentarque plus de recherche et moins de nal? été dans les figures.
Il Amdrait être complètement dépourm de goAt et de 8en8a>ilJté pour contempler sans émotion Telfet magique de nos belles églises du xni* siède. Les heureuses proportions observées par les arohiteetes dans la tourne des arcades et des fenêtres, la Teste étendue des niii ces murs aériens sur lesquels on a semé les découpures et les élégantes broderies ; toutes ces menreilles de sculpture et de hardiesse, rehaussées par la clarté mystérieuse d*ira jour que les fitraux peints ont terni, impriment à Téme un sentiment éminemment reUgieox.
Et lorsque, placé sous le portique d*une cathédrale, Todl saisit tout Fespace du temple, parcourt la nef centitde, glisse avec étonnement sous ces ToAtes à la fote légères et gigantesques pour venir se perdre dans le lointain où apparaît le rond-point , on ne peut se défendre d*une Tire exaltation, d*ane sorte de tressaillement; Taspect d*une basilique Ihippe les sens, comme le ferait une poésie sublime ou une belle mélodie*
Si de rintérieur on passe à Textérieur, on n*e8t pas moins charmé des proportions à la fois vastes et gracieuses du vaisseau, de Télégance des tours, de la profusion des clochetons , des arcs4)outants et des contreforts.
L*examen le plus superficiel suffit pour convaincre qu*une pensée prédomine dans les monuments du XIII* siècle, savoir : rHancement , la direction vers le ciel. Cette forme pyramidale qui se produit dans toutes les parties dominantes des édifices, non-seulement dans les frontons, les tours, les clochetons, mais encore dans les fienètres k lancettes, contribue beaucoup à donner aux basiliques une apparence de hauteur qu*elles n*ont pas toujours en réalité. C'est aussi de cet accord dans les formes que naissent Tharmonieet Tunité qui distinguent si heureusement les monumrats de la première époque ogivale.
Il suffit d*observer sans prévention Faspect magnifique des grands égfises élevées par les ardiitectes du moyen-ftge, pour se convaincre que le style ogival du Xm* siècle convient à nos temples, auxquels H imprime un caractère solennel, que n'oi&ent point en ce genre li» fanitatioDs plus ou moins heureuses de Tarchitecture antique.
526 DE GAUMONT. ABÉCiDAIRE D'iRCBiOLOOlE.
IComs B*ixicDTiON, — Le deiigé poMédait des revenot rable», et qoelqueibis il poaTiit entreprendre de grands trtTanx •ans réclamer de secoon étrangers. Mais il loi fiillut tnen souvent recourir à l'assistance des fidèles: alors il trooTait dans le aèle eiLtraor^ dinaire, dans Tenthousiasme inconcevable qni animait les esprits, de telles ressources en tout genre, qu^au lieu de se borner k eoastniir» de nouvelles églises et k réparer les anciennes, on en renrenait (pMlqueibis de très-solides pour les réédifier d'après les règles du stjle ogival' Non contents de contribuer par des offrandes à la oonstmctkm des basiliques , les fidèles se rendaient en foule dans les lieux où Ton en élevait, pour prendre part aux travaux les plus pénibleB. C'était une sorte de pèlerinage qu'on entrqirenalt pour racheter ses Ciutes et pour obtenir des grftces spirituelles.
Dans un lettre écrite, en ii45, aux religieux de l'abbaye de Tuttebery, en Angleterre, Haimon, abbé de St-Pierre-sur-DIve, peint Tempressement avec lequel on se livrait k ces actes de dévotion.
Haimon rapporte que pendant la nuit on allumait des deiges sur les chariots, autour de l'église en construction, et qu'on veillait en dian* tant des hymnes et des cantiques.
Enfin, il nous apprend (et ced est intéressant à noter) que le pieux usage de se réunir, pour travailler à la construction des églises, avait pris naissance à Chartres, à l'occasion des travaux qui forent foits k la cathédrale de cette ville ; que d'autres réunions eurent lieu, peu de temps après, à St-Pierre-sur-Dive pour aider k construire l'église de cette abbaye, et qu'ensuite de semblables congrégations se formèrent dans toute la Normandie, surtout dans les lieux ok Von élevait des temples soUs l'invocation de la Sainte-Vierge (i)«
On trouve aussi dans une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, écrite en ilA5 k Thierry, évèque d'Amiens, des détaib sur ces grandes réunions d'ouvriers bénévoles :
« Les habitants de Chartres (dit l'archevêque de Rouen) ont concouru à la construction de leur église en charriant des matériaux ; Notre-
(1) Hujos sacra iotlitutionis ritu» tpud Camotentem ecdesUm est indioatua» ac deinde in Doatra Tirtutibiu innumerU confirma tus, postremo per totam fera NormaDDiaiD longe laiaque cooTaluit ac loca per singula Matri miseriooidi» dicata, pracipae occupavit (AmmIm dt VOrdrt àê êwtu BemM, L VI, p. S94).
U est à remarquer qu'on eut pour la Sainte-Vierge uue trèa-grande dérotioo, à partir du XU* siècle ; c^est à cette époque que Ton commença à donner à la cbaprlle qui lui était dédiée de plus vastes dimensions qo*au& autres.
STYLE OGIVAL PRIMITIF ( M0YBM8 d'bXÉCCTIOH ). 527
Seigneur a récompensé Jeur humble zèle par des miracles qui ont «cité les Normands à imiter la piété de leurs voisins. Nos diocésains ayant donc reçu notre bénédicUon se sont transportés à Chartres, où ib ont accompli leur vœu.
• Depuis lors, les fidèles de notre diocèse et des autres contite ▼Quines ont formé des associations dans un but semblable ; ils n'admettent personne dam leur compagnie, à moins qu'il ne se soit con- «W9é, qu'a n'ait renoncé aux animosités et aux vengeances et ne se •oit réconcilié avec ses ennemis.
« Cela lait, Us élisent un chef, sous la conduite duquel ils tirent leurs chariots en silence et avec humilité (1), t
Mais cette foule qui venait travailler par corvée à la construction des églises n'avait aucune noUon d'architecture; elle agissait évidemment sous la direction des architectes (2) . et œux-d devaient être fort nombreux, puisqu'on bâtissait partout avec Unt d'ardeur au XHet au XIII» siècle.
Il paraît que, dès ceUe époque, les maçons ou tailleurs de pierre se réunirent en compagnies, qui avaient leurs statuts et leure chefe, et qui allaient s'établir dans les lieux où il y avait des édifices religieux à construire.
Quand on considère la periTecUon et l'uniformité des monuments du XIII« siècle, on ne peut douter qu'U n'existât parmi les architectes wu? doctrine bien arrêtée et des connaissances beaucoup plus étendues qu'on ne Va supposé pendant longtemps.
La découverte de l'Album de VUlard de Honnecourt, architecte du XIII« siècle (8), parmi les manuscrits de la BibUothèque hnpériale, est venue prouver cette proposition que f établissais, en 1880. en professant mon Cours d'antiquités.
(1) Voiïle reste decette lettredans od mémoirede M. lUchoiDiDerarrthb«T« « S(*Pjerre-«iiiwDi?e. '
(2) Les travtnieum bénévoles étaient principalement occupés à transporter tes matériaux. Plusieurs anUquaires attribuent à la difficulté que Ton devait éprouver k voilurer les pierres, le volume peu considérable qu'elles offrent ptetqnm toutes dans les construcUons du mojen^ ; il faut compter auMÏ pour beaucoup U facUilé que l'on trouvait à manier des pierres d'un petit volume, surtout lorsq« il fallait les placer dans les pyramides et dans les murs élevés des églises.
(5J ViUard de Honnecourt, dont les feuilJeU de TAlbum nous révèlent le oom, flerissait dans le second tiers du XUi« siècle, et construisit le chevet de Notre-Dame de CambraL 11 visiU les cathédrales de Uon, de Reitas, qu'a «todia avec soin, puis celles de Chartres, de Lausanne, et poussa ensuite ses pérégrinations jusqu*en Uoogrie,
528 DE CADMOMT. ABéCÂDAIRI d'AKCHÉOLOGIK.
Ce prédeux maniucrU a été publié : les pages où Villard de necourt consàgoa les souYenin graphiques de ses voyages et les résultats de sa pratique, révèleot une foule de &its que Too était loin de soupçonner, et de méthodes de constructiao qui dénotent des cqbnaissances plus avanoées qu*on n*en avait accordé aux hommes de cette époque : on peut en juger par le fac-similé de cet Album (i) et par le Commentaire de M. Lassus, terminé, depuis la mort de cet habile architecte, par M. A* Darcel, membre de la Société française d*arcbéologie.