‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 67 sur 182 · ÈRE ROMANE SECONDAIRE (VOUTES EN COUPOLE). 17 J · texte numérisé non relu

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (VOUTES EN COUPOLE). 17 J

non-seulement vers les murs latéraux des nefs, mais aussi vers l’archivolte des arcs de chaque travée, dans le sens longitudinal (Voirp. 172). D’après les intéressantes analyses de M. de Verneilh , ces voûtes montrent la disposition de la coupole.

Que l’on suppose, en effet, une coupole ou calotte qui se confond avec ses pendentifs, et l’on aura l’idée première qui a produit les voûtes dont nous parlons. Mais , comme le dit M. de Verneilh , en prenant pour rayon de toute la coupole la demi-diagonale des piliers, et non plus la moitié du carré seulement, la voûte devenait aussitôt beaucoup plus surbaissée , c’est-à-dire plus hardie. Telle coupole , qui n’aurait dû avoir que 10 mètres environ de diamètre, se trouvait bien près d’en avoir 15, et comme sa calotte était plus découpée en même temps que plus aplatie , les conditions de solidité n’étaient plus les mêmes.

Or , on fit une combinaison de ce système avec celui des voûtes d’arête , sans nervures , qui existait déjà dans le nord de la France et dans beaucoup d’autres contrées, et on imagina de fortifier les voûtes sphériques aplaties avec des nervures ou arceaux du même genre.

Il y en eut qui réunissaient diagonalement les piliers (1, 2, 3, A) comme dans la voûte d’arête ordinaire , et qui doublaient seulement la voûte sphérique, tandis qu’elles supportaient l’autre ; mais on en lit aussi qui se eroisaient dans l’intervalle des premières nervures ( les ner-

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vures diagonales), en s’arrêtant au sommet de chaque grand arc ( 5 ^

6 , 7 , 8 ( p. 171 ) , et qui étaient beaucoup plus courtes , mais décrites dans le même rayon.

La voûte sphérique ù double croix de nervures se voit souvent en Anjou, en Poitou, dans le Maine, etc., etc. Durant la deuxième moitié du XIIe. siècle, elle pénètre dans d’autres contrées. L’église Notre-Dame d’Elampes, près Paris, en offre de beaux exemples; j’en ai vu

d’autres en Normandie.

M. Parker appelle cette voûte voûte Plantagenet, parce qu’elle est un des attributs de l’architecture du règne des Plantagenets , ducs d’Anjou ; ou voûte dômicale , c’està-dire voûte d’arête en manière de dôme.

Voici la coupe longitudinale d’une voûte dômicale de l’Anjou. Nous sommes d’accord avec M. de Verneilh pour ses appréciations au sujet de ce système de voûtes ; il tient une grande place dans l’art national des XII . et XIIIe. siècles , et quelquefois il entraîne des modifications dans la forme des édifices. En effet, les grandes églises ainsi voûtées n’ont pas toujours de bas-côtés ( St. -Maurice d’Angers, nef de la Couture, au Mans , la Trinité de Laval , etc., etc. ) ; les nefs sont extrêmement larges et divisées en travées carrées par des arcs doubleaux massifs, qui sont carrés en section. Pour résister à la poussée des arcades , on a , au J lieu de piliers butants ou contreforts ordinaires , de solides masses de maçonnerie qui sont des prolongements du mur , conduits à angle droit et conservant souvent autour d’eux leurs corniches et leurs autres ornements : ce qui a fait dire qu une

partie de ce qui est en-dehors, dans l’architecture romane ordinaire, se trouve en-dedans, dans l’architecture de l’Anjou et du Poitou.

Tours. — Que sait-on de l’origine des tours ?

Les Romains se servaient de clochettes et ce furent eux qui les introduisirent en Gaule ; mais il y avait loin de ces clochettes aux cloches des églises. L’époque où ces dernières devinrent d’un usage général n’est pas encore certaine ; on la fixe communément au Ve. siècle. D’abord peu volumineuses , les cloches ne nécessitèrent pas l’érection d’un bâtiment particulier : ce ne fut guère qu’au VIIIe. ou au IXe. siècle que leur volume, plus considérable, rendit les tours indispensables. Anastase-le-Bibliothécaire rapporte qu’en 770 le pape Etienne III en fit bâtir une sur l’église St. -Pierre de Rome, dans laquelle il plaça trois cloches pour appeler les fidèles aux offices (1).

L’auteur ne dit pas que cette église manquât de tour auparavant, mais il y a lieu de le supposer.

Or , si la première basilique du monde chrétien ne fut pourvue d’une tour que dans la deuxième moitié du VIIIe. siècle , nous pouvons admettre hardiment qu’on n’en éleva guère avant cette époque en France , et encore y furent-elles rares jusqu’à la fin du Xe. siècle. La plupart de nos abbayes n’en avaient point dans le IXe. , car il n’en est pas fait mention dans les descriptions que nous possédons et qui renferment des détails très-circonstanciés sur la forme , les murailles, les fenêtres, les pavés, les dorures, et sur les différentes parties de ces édifices , tels qu’ils existaient alors.

Tout en admettant que les tours d’églises fussent extrêmement rares chez nous avant le IXe. siècle , je ne prétends pas déterminer l’époque de leur apparition , ni la limiter absolument au VIIIe. : quelques rudiments de tours pouvaient déjà s’être montrés auparavant.

L’association des tours avec le corps des édifices religieux présenta, pendant long-temps, de grandes difficultés : tantôt on les plaça près du portail de l’Ouest, quelquefois aux extrémités des transepts; mais bien souvent les architectes moins hardis établirent leurs tours à côté des églises , et en firent ainsi des constructions accessoires, presque sans liaison avec le reste. C’est ainsi qu’on les trouve presque toutes à Ravenne et dans les villes d’Italie.

Quelle était la forme des tours ?

Quelle que fût , d’ailleurs , la place qu’elles occupaient , les tours

(1) Steplianus III A. D. 770 fecit super basilicam Sancli Patri turrim in qua très posuit campanas quæ clerum et populum ad olficium Dei convocarent ( Anast. Biblioth. , in vita Stephani III ),

ïlh, DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

étaient assez ordinairement carrées, terminées par une pyramide obtuse h quatre pans , et percées , sur leurs faces , d’un certain nombre de fenêtres semi-circulaires ; cette forme s’est conservée dans les tours des églises de Rome.

Par une exception très-remarquable, on avait adopté, à Ravenne et dans quelques contrées, la forme cylindrique pour les tours les plus anciennes.

Les tours qui furent construites au commencement du XIe. siècle durent être peu élevées. Dans le cours du XIIe. , on les exhaussa de plusieurs étages ; on orna les murs d’arcades bouchées et de fenêtres.

Un grand nombre de tours étaient terminées par une pyramide à quatre pans , soit en pierre , soit en charpente : le plus souvent , cet obélisque était obtus, comme dans les siècles précédents; mais on fit aussi des pyramides plus élevées.

On ne savait pas encore marier les toits octogones aux tours quadrangulaires ; lorsqu’on trouve la forme octogone appliquée au toit des tours romanes , il y a presque toujours lieu de croire que ces pyramides sont moins anciennes que le corps de la tour qui les supporte.

Il faut bien remarquer que mon observation est seulement applicable aux tours dont la base est quadrangulaire ; car on trouve aussi , dans l’architecture romane, des tours octogones qui ont dû être invariablement couvertes par des toits de même forme ou par des toits ronds. Ces tours octogones sont rares dans l’architecture romane du Nord, et j’ai lieu de croire que celles qu’on y voit ne datent que du XIIe. siècle ; ce sont, pour ainsi dire , des tours de transition. J’en ai rencontré un plus grand nombre dans le Poitou et dans le centre de la France, et elles sont communes sur les bords du Rhin.

Un autre genre de couronnement est celui qu’on désigne sous le nom de bâtière , et qui est formé de deux gables à double égout , supportant un toit plus ou moins incliné. Cette forme est la moins élégante de toutes ; je n’ai pas la certitude qu’elle ait été employée dans l’architecture romane , elle m’a paru postérieure à toutes les tours des XIe. et XIIe. siècles dans lesquelles je l’ai rencontrée.

Un très-grand nombre de tours n’ont été achevées que dans les XIIIe., XIVe. et XVe. siècles, et sans doute elles étaient primitivement couvertes en bois. Il ne faut pas confondre ces additions avec les parties anciennes ; il y a toujours quelques indices qui les font reconnaître.

Voici une série de tours romanes de différents genres et de différentes dimensions qui , pour la plupart , doivent appartenir au XIIe. siècle ou à la fin du XIe,

SPÉCIMENS DE TOURS ROMANES

TOUR GARNIE d’aRCATURES. — TOIT PYRAMIDAL POSTÉRIEUR A QUATRE PANS.

SPÉCIMENS DE TOURS ROMANES

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