‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 70 sur 182 · ICONOGRAPHIE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE CHRETIENNE

Qu’entend-on par iconographie?

La représentation , en sculpture ou en peinture , des personnages et des faits ayant trait à la religion forme ce que nous appelons l’iconographie chrétienne. L’iconographie peut être considérée comme la connaissance des images et de leurs attributs. C’est dans la Bible , dans la Légende dorée , et quelquefois dans les fabliaux , qu’il faut en chercher l’explication (1).

(1) Instructions sur l’Iconographie chrétienne , par M. Didron.

L’ère des iconoclastes avait, pendant long-temps, anéanti les études iconographiques ; elles commencèrent à renaître au XIe. siècle, mais ce ne fut qu’au XIIe. qu’elles firent de grands progrès , que les sculpteurs et les peintres chrétiens complétèrent le catéchisme monumental et parlèrent aux yeux des fidèles un nouveau langage par les figures.

D’après quels principes sculptait-on et peignait-on les sujets religieux durant la période romane secondaire ?

Jusqu’à la fin du XIe. siècle, on avait rendu la figure humaine de la manière la plus bizarre et la plus incorrecte.

Mais, au XIIe. siècle, on vit paraître des statues et des bas-reliefs qui, sans être exempts de défauts, étaient, au moins, ramenés à une certaine correction. Cette renaissance de la statuaire contribua puissamment à changer l’aspect des monuments religieux, en apportant un élément nouveau dans leur décoration.

Les archivoltes et les voussures des portes, ornées auparavant de zigzags, de frettes crénelées, de billettes et des moulures diverses que j’ai fait connaître, commencèrent à se couvrir de personnages (Civray, Notre-Dame de La Coudre, à Parthenay, cathédrales du Mans, d’Angers, etc. , etc. ) ; les tympans, qui jusque-là n’avaient eu pour ornement que des figures chimériques ou simplement des pierres taillées symétriquement, parfois disposées en échiquier, furent tapissés de bas-reliefs.

On commença, au XIIe. siècle, à sculpter des figures de grande proportion. On plaça, sur les façades des édifices et sur les parois latérales des portes , des statues représentant des personnages de l’Ancien et du Nouveau-Testament ; ces statues , confiées sans doute aux artistes les plus habiles du temps, offrent pour l’histoire de l’art plus d’intérêt que les autres figures à cause de leurs grandes dimensions et de leur relief complet. La plupart sont vêtues de longues tuniques , recouvertes d’une espèce de manteau qui s’ouvre par devant et laisse apercevoir de riches étoffes , le plus souvent bordées de galons.

Dans toutes ces statues , on remarque de longs bustes , des yeux saillants, fendus, des sourcils arqués, une sorte de raideur et d’absence de mouvement qui , indépendamment de leur costume et de leur physionomie byzantine , les feront toujours distinguer de celles du XIIIe. et du XIVe. siècle. Si l’on examine les statues qui décorent le grand portail de Chartres, celles que l’on voit au Mans, à Provins, à Bourges, à Arles, à St. -Gilles, à Angers, etc., etc., dans toutes on remarquera les caractères que je viens d’indiquer ; on les retrouvera

dans les autres représentations, en bas-relief ou en peinture, qui appartiennent à la même école.

Ce qui distingue les figures de cette époque, soit bas-reliefs, soit

STATUES DU XIIe. SIÈCLE.

statues, c’est l’imitation d’un type à peu près uniforme dans les traits du visage, la tournure et le costume des différents personnages (1).

(1) Souveat ces statues ont été peintes; leurs yeux ont quelquefois des prunelles en émail, incrustées dans la pierre.

Le Père-Éternel, le Christ, la Vierge, les Apôtres, les Saints, les Anges, reçurent, dans ce système, leurs traits, leur forme, leur costume propre et déterminé. Ces types, partout admis, partout reproduits avec le scrupule religieux qui tenait, h la fois, à un sentiment de dévotion et à l’impuissance de l’art, étaient partout exécutés au moyen de procédés semblables, comme le dit M. Raoul Rochette, dans ses Leçons sur l’histoire de la statuaire (1).

Un des sujets qu’on observe le plus ordinairement et qui frappe le plus, tant par la dimension des figures que par la place qu’elles occupent, c’est la représentation de Dieu entouré de divers attributs, qui, à partir du XIe. siècle, se trouve fréquemment sur le tympan des portes et parfois au milieu des frontons des églises. On remarque deux manières principales de représenter ainsi la Divinité.

Souvent Jésus-Christ est assis sur son trône, vêtu d’une longue tunique enrichie de broderies et tenant la main droite élevée comme pour donner la bénédiction ; autour de lui sont les symboles des quatre évangélistes désignés dans la vision de saint Jean, savoir : dans la partie supérieure du tympan, au niveau de la tête du Sauveur, l’aigle (saint Jean J, l’ange (saint Mathieu), et plus bas, le lion (saint Marc), et le bœuf (saint Luc ). Il a les pieds sur une espèce de tabouret ou escabeau , scabellum , à claire-voie, que les sculpteurs du XIIe. siècle ont presque toujours fidèlement reproduit ( Voir la page 118).

Souvent on remarque à côté de ce tabouret figurant peut-être la terre, et au centre du tableau, des ondulations figurant probablement des eaux, suivant ce passage du chapitre iv , verset 6 , de l’Apocalypse : En face du trône du Seigneur il y avait comme une mer de verre semblable à un cristal. Les eaux sont figurées par des lignes ondulées, à Bourges, dans le tympan de la belle porte méridionale de la cathédrale du Mans , à Angers et ailleurs (2). En résumé, la représentation du Christ, au milieu des animaux symboliques, a été reproduite à peu près de même dans les tympans du XIIe. siècle.

Les artistes paraissent avoir une grande prédilection pour ce sujet tiré de l’Apocalypse (3).

(1) Cours d'archéologie professé à la Bibliothèque royale, en 1828.

(2) Des ondulations semblables, qui font le tour du tympan, expriment peut-être, dans quelques tableaux, l’arc-en-ciel dont il est parlé dans le chapitre iv , § 3.

(3) Les sculpteurs du XIIe. siècle ont essayé de peindre l’image du trône

Ailleurs Jésus-Christ est représenté dans l’attitude que je viens d’indiquer; mais, au lieu des symboles des quatre évangélistes, on voit seulement à ses côtés deux anges, tantôt debout et tenant des encensoirs, tantôt à genoux et dans l’attitude de la prière. Au lieu de tenir un livre , le Christ est représenté parfois les deux mains étendues : c’est ainsi qu’on le voit à Autun.

Sur le tympan de la grande église de Vézelay , nous voyons le Christ, de grandeur colossale , la tête entourée d’un nimbe croisé, les cheveux séparés sur le front et retombant sur les épaules , la figure grande et noble , les mains étendues comme pour bénir.

Le costume se compose d’un -péplum plissé à très-petits plis , retombant jusqu’à la ceinture, d’une robe très-ample, plissée de même , à grandes manches, qui laissent voir une autre robe d’une étoffe différente (1%

A droite et à gauche du Christ sont les douze Apôtres , de proportion relativement plus petite , leur tête n’arrivant guère qu’aux hanches du personnage principal ; tous tiennent des livres ou des tablettes.

De l’extrémité des mains du Christ sortent des lignes ou rayons qui se dirigent sur la tête de chacun des personnages dont il vient d’être question , et qui sont évidemment les apôtres.

Cette représentation mystique des grâces opérées par l’imposition des mains se voit dans quelques autres bas-reliefs ; mais ici elle est plus curieuse peut-être qu’ailleurs, à cause de l’expression des figures : elles paraissent frappées , saisies , par l’inspiration qu’elles reçoivent du rayon lumineux qui vient toucher leurs têtes.

Saint Pierre , reconnaissable à la clef qu’il porte , est le plus rapproché du Christ ; sa tête et ses genoux touchent presque aux vêtements du Seigneur.

Nous avons figuré, dans le tome IX du Bulletin monumental , une esquisse des fresques de Montoire qu’il est bon de rappeler ici. Cette

céleste , tel qu’il est décrit dans le chapitre iv de l’Apocalypse , versets 6 et 7 , que nous transcrivons ici :

« 6. En face du trône, il y avait comme une mer de verre semblable à du « cristal, et au milieu du trône et alentour, il y avait quatre animaux qui « étaient pleins d’yeux devant et derrière. »

« 7. Le premier animal était semblable à un lion , le second semblable à « un bœuf; le troisième avait le visage comme celui d’un homme; le qua- « trième était semblable à un aigle qui vole. »

(1) Notes d’un voyage dans te centre de la France , par M. Mérimée.

TYMPAN DU GRAND PORTAIL DE l’ÉGLISE DE VÉZELAY.

esquisse, que nous devions à M. Launay, membre de la Société française d’archéologie, à Vendôme, et que nous avons donnée aussi dans le 6e. volume de notre Cours d’antiquités (chapitre des peintures murales), montre Jésus-Christ, entouré de ses douze apôtres, les mains écartées comme à Vézelay; mais au lieu de rayons sortant de l’extrémité des doigts, le Christ a dans chaque main une plaie (celle des clous du crucifiement) d’où sort un ruisseau de sang. Ce jet de sang se ramifie et chacun des filets qui s’en détache va s’attacher au front d’un des apôtres.

On voit que ce sujet est le même, quant à l’idée, que celui que le sculpteur a rendu différemment sur le tympan de Vézelay.

Les archivoltes qui encadrent le tympan offrent quelquefois des personnages en bas-relief. Ce sont souvent les vieillards dont il est parlé dans les passages suivants de l’Apocalypse :

A côté du trône il y en avait vingt-quatre autres , et sur cesvingt-quatre trônes étaient assis vingt-quatre vieillards vêtus de robes blanches , et ayant des couronnes d’or sur leur tête... ( chapitre iv ),

$ h). Et les vingt-quatre vieillards se 'prosternèrent devant

l’Agneau , ayant chacun une harpe et une coupe pleine de parfums

qui sont les prières des saints (chap. v , n°. 8)

Ces vieillards à têtes couronnées sont toujours représentés un instru-

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