DI-: CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHÉOLOGIIî
11 s'agit de savoir si ces cercueils ont été apparents ou engagés dans la terre. Il est probable que plusieurs ont été apparents dans le principe, ou au moins à fleur de terre. Plus tard on les aura recouverts.
IPierres tombales raéroving'ieiiiies.
LES dalles lumulaires placées au niveau dçs pavés sur des tombeaux engagés dans le sol, quelquefois dans des niches le long des murs , ont été usitées dès le V« siècle ; elles furent parfois ornées de quelques dessins au trait. Un des exemples les plus intéressants que je puisse signaler d'une pierre tombale mérovingienne se trouve au musée archéologique de Nantes : elle a été décrite par M. de La Nicolière, membre de la Société française d'archéologie. C'est une table en schiste ardoisicr, qui mesure en longueur 1 mètre 81 sur une largeur de 66 centimètres à la tête et de 0 mètre 6h vers les pieds. On n'avait pas pris la peine de régulariser ni de polir la dalle schisteuse qui devait recevoir des ornements gravés au trait. Le milieu est occupé par une croix reposant sur une boule, comme celle de l'ambon de Ravenne, figuré page 6. Au-dessus des bras de la croix apparaissent deux animaux, en partie (ffacés, dans lesquels M. de La Nicolière croit reconnaître un cerf et un lion (1). La planche ci-jointe ( V. la page suivante ) me dispense de décrire celte très-curieuse pierre tombale , dont les angles parallèles dessinent un encadrement complet. Chaque angle des pieds est orné d'une croix incrustée ou nimbée.
Du côté de la tête , les deux lignes du cadre sont remplies par une corde roulée en torsade ressemblant, comme l'a très-justement fait observer M. de La Nicolière , à une moulure de même forme existant sur le tombeau d'Honorius à Ravenne , figuré par 66. Cette partie supérieure de la pierre est divisée en deux compartiments : le premier contient des croix incrustées dans des cercles de diflérentes grandeurs , au nombre de sept; le second renferme la légende, eu lettres capitales. M. de La Nicolière y lit, avec beaucoup de probabilités, Saurebertus bic requisxit (pour requiescit). Sandrebert, religieux de l'abbaye d'Indre, fut ami et disciple de saint Hermeland, fondateur de cette abbaye. Celte pierre a été trouvée sur l'emplacement autrefois occupé par la chapelle Si-Léger, oratoire dont les Actes des BoUandistes attribuent la construction au saint abbé d'Indre.
(I) V. le t. XXVIII du Bulletin monumental , p. 7 et suIt.
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Une autre pie
,rre tombale très-curleuse et très-authcnlique est celle
DR CAUMONT. ABECEDAIRE D ARCHKOLOGIE.
de Boëlius, seplièmc évêque de Carpentras et de Venasque, mort
en 60ii, qui a été décrite et publiée par iVI. Révoil. Celte pierre est en marbre blanc veiné de rouge , en forme de trapèze ; sa longueur est de 1 mètre 78 ; sa plus grande largeur sous l'inscription de 0 mètre 72 , et sa plus petite à la base de 0 mètre 55. Lorsqu'elle était complète , celte pierre devait avoir 2 mètres de longueur , 0 mètre 80 de largeur à la grande base et 0 mètre 55 à la petite. L'inscription peut être ainsi lue , en comblant quelques lacunes :
Hic REQUIESCIT Vir
BONE MEMORIAE Boh
ETYVS EPES QVI VIXIT lH €
PTO A.NNVS XX MENSIS ^ 0
BIT. X KL. IVN. INDICCIONE SEPTIMA
Le reste de la pierre est orné de fleurons à pétales lancéolées encadrés dans des bordures et occupant des compartiments rectangulaires. L'alpha et l'oméga, suspendus à des cbaînetlcs, occupent deux de ces compartiments. Des croix pattées remplissent les compartiments inférieurs. Une grande croix pattée se dessine visiblement, nu milieu des bordures qui délimitent les compartiments.
Tombeaux arqués. — Les tombeaux dits arques sont placés sous des arcatures pratiquées dans l'épaisseur des murs.
VCE D CN TOMCEAt' AnQrK.
Les Catacombes de Rome en renferment beaucoup ; on en fit de
64 DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'ARCHÉOLOGIE.
pareils dans les murs des cryptes et des églises, durant les premiers siècles du moyen-âge.
Le plus souvent ils étaient très-simples et sans sculptures, sauf de rares exceptions.
Je m'arrête à regret dans cette description des tombeaux des premiers siècles chrétiens. Les portiques, les colonnettes, les frontons, les frises et les autres détails représentés sur les sarcophages donnent une idée assez exacte de l'état de l'art à cette époque. Nous y voyons d'ailleurs les premiers pas du génie chrétien dans la sculpture, et quoique cette école ne soit pas encore dégagée des traditions païennes, elle nous montre cependant des types hiératiques bien arrêtés et une symbolique déjà compliquée.
S'il reste aujourd'hui très-peu de tombeaux mérovingiens, il faut l'attribuer à la nécessité où l'on se trouva, dès le V11I« siècle, de les cacher au-dessous du pavé des églises , où ils étaient devenus extrêmement nombreux ; c'est ce que nous apprend un des capitulai res de Théodulphe, évêque d'Orléans, dans lequel nous lisons :
« C'est une ancienne coutume en ce pays d'enterrer les morts dans
u les églises , de sorte qu'elles deviennent des cimetières. Nous
a défendons d'y enterrer personne à l'avenir , si ce n'est un prêtre
« ou un autre homme distingué par sa vertu. On n'ôlera pas , tou-
" tefois , les corps qui sont dans les églises , mais on enfoncera les
« tombeaux et on les couvrira de pavés , de sorte qu'ils ne paraissent
« point, »
Tombeaux nojï apparents. — Les cercueils enfouis sous terre sont faits de différents matériaux, suivant les contrées où on les rencontre : le plus souvent on s'est servi de pierre calcaire , et plus elle était tendre et légère, plus elle était recherchée, parce qu'elle était plus facile à travailler et qu'il était plus aisé de transporter nu loin les cercueils fabriqués dans les carrières où on exploitait la pierre. Le calcaire poreux et coquillier auquel on a donné , en Touraine , le nom de tufeau , et dont l'analogue se trouve sur quelques points de la France, a été employé de préftircnce là où on pouvait en trouver.
Après le tufeau , les calcaires poreux secondaire* , tels que ceux
des environs de Caen , du Poitou et de plusieurs autres contrées, ont été recherchés pour le même usage. A leur défaut, on s'est servi de grès, d'arkose et de différentes roches pesantes et plus ou moins difficiles à tailler.
Enfin , dans certaines contrées dépourvues de pierres susceptibles d'être creusées en forme d'auge, et trop éloignées des lieux qui en fournissaient pour qu'on pût y en transporter sans de grandes dépenses, on formait des cercueils avec plusieurs morceaux de pierres plates juxta-posés et cimentés, quelquefois aussi avec des briques; on trouve même des cercueils ainsi formés de plusieurs pièces dans des localités où l'on pouvait se procurer des cercueils d'un seul morceau, sans doute parce qu'ils coûtaient moins cher, et qu'on trouvait sur place des matériaux pour les construire.
Quant à la forme, ce sont toujours des coffres, moins larges vers les pieds que vers la tête, fermés avec un couvercle, tantôt plat, tantôt prismatique ou en dos-d'ûne.
La partie étroite ou des pieds est en général tournée vers l'Est, de sorte que, dans les cimetières que j'ai explorés, les cercueils forment des rangs plus ou moins régulièreoient alignés, dirigés du Nord au Sud.
M. l'abbé Leçon te, ancien curé de St-Exupère de Baveux, a fait, en 1853 , des fouilles pour retrouver l'ancien caveau dans lequel avaient été inhumés les premiers évêques de cette ville. Cette recherche a été couronnée de succès. Nous avons publié une vue des fouilles dans le Bulletin monumenlal.
L'église St-Exupère était à 1 kilomètre à l'Est de la ville romaine de Baveux. Dans toutes les autres villes gallo-romaines, les premiers évêques ont été inhumés dans le suburbium : ainsi, au Mans , ce fut au couvent du Pré, au-delà de la Sarthe; à Rouen, à St-Gervais ; à Chartres, à St-Brice; à Tours, dans le faubourg de Saint-Martin; à Amiens, à St-Acheul, etc., etc., etc., que furent inhumés les premiers évêques.
Je serais très-embarrassé d'établir un ordre chronologique absolu pour ces champs de sépulture, et je crois ne pas devoir y attacher d'importance par cette raison que les inhumations s'étant succédé sans interruption, dans beaucoup de cimetières , depuis le V* siècle jusqu'au XVP, ils renferment des cercueils de plusieurs époques.
Dans ceux qui contenaient des squelettes ayant appartenu à des
Dli: CAUMONT. ABÉCÉDAIRE l'aRCBÉOLOGIE.
guerriers, j'ai trouvé des boucles sur la partie des squelettes qui répondait à la hauteur du ventre; elles étaient évidemment destinées à fixer le ceinturon; à droite du mort gisait une lame de sabre,
coupant d'un seul côlé, et sur laquelle on remarquait presque toujours une rainure dessinant, au milieu de la lame, la forme de la lame elle-même.
Ce caractère est à peu près constant. Du côlé opposé ( à gauche du défunt ) était ordinairement une espèce de poignard ou de couteau, très-souvent de la même forme que le sabre.
J'ai trouvé ensuite des clous de bronze, les uns bombés, les autres aplatis, et diverses pièces de métal qui avaient été appliquées sur l'armure , des fibules et autres petits objets
L'esquisse , que voici , d'un tombeau ouvert en ma présence et dessiné par moi immédiatement, montre toutes les particularités que je viens de mentionner : à droite, le sabre; à gauche , le poignard ; sur le bassin , la boucle (C) du ceinturon qui servait ù suspendre ces deux armes tranchantes.
Plusieurs de ces cercueils renferment de petites bouteilles, ayant probablement contenu de l'eau bénite. Voici l'image d'un de ces petits vases : il est en verre, trèsaplali, et représente un goulot cylindrique évasé à son extrémité ; des filets de verre ondulés ou plissés, appliqués sur les deux côtés, ù partir de la moitié du goulot jusque sur le ventre de celle bouteille, forment deux anses , à l'iiide desquelles on aurait pu la porter en sautoir. Des filets semblables, appliqués sur le milieu
ÈRF. ROMANE PRIMITIVE (tOMUEAI'X).
de l'aplalissement du vase, y dessinent le monogramme du Christ.
Le suivant est de forme globuleuse, avec des plis sur la panse.
Ces vases sont le plus souvent en terre cuite et de forme globuleuse.
Les boucles ou agrafes, les haches, les sabres, etc., etc., trouvés dans les tombeaux pré-
DE CADMONT. ABÉCKDAIRP. d'aRCHÉOI-OGIE.
sûmes des époques mérovingienne et carlovingienne, sont, à présent, si nombreux dans les collections qu'il est bon de s'y arrêter un peu.
Les boucles en bronze et en fer ont souvent été damasquinées ou incrustées d'un métal qui produit l'effet de l'argent : les figures ont été creusées dans les parties qui devaient être ainsi argentées, pour former un excipient au métal incrusté. Dans plusieurs collections j'ai trouvé exécuté de la sorte , sur des agrafes en bronze, un sujet qui n'est autre que la représentation de Daniel dans la fosse aux lions, ainsi que le
prouve l'agrafe ci-jointe, qui porte l'inscription suivante : Daniel Profeta — Abacv Profeta, et que j'ai vue à Mâcon. Cela prouve, si l'on pouvait encore en douter, que ces objets appartiennent bien à l'époque mérovingienne.
Les pointes de flèches, les fers de lances, les débris de boucliers et les autres objets qui suivent, sont provenus de diverses sépultures
des environs de Troycs (Aube), de l'époque mérovingienne.
ÈRE ROMANt: PRIMITIVE ( TOMBEAUX ).
l:riiil|i
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
M. Hugo, conservateur de la bibliothèque publique de Colmar, a recueilli un très-grand nombre d'objets et de bijoux dans des sépultures mérovingiennes; on en voit aussi une série à Épinal, dans le musée départemental des Vosges; à Dijon, dans la riche collection de M. Beaudot (V. la page suivante); dans celles de la ville de Melz et dans beaucoup d'autres que j'ai visitées.
Enfin M. l'abbé Cochet , de Dieppe, a fouillé un très-grand nombre de cimetières mérovingiens dans la Seine-Inférieure, et a décrit avec soin les caractères qui distinguent tous ces objets et les sépultures qu'ils accompagnent. On peut consulter les renseignements donnés par lui, h ce sujet, dans le XIX^ volume du Bulletin monumental et surtout dans l'ouvrage important qui a paru depuis sous le titre: Normandie souterraine.
tiTrF.MUES D C^ CERCtEIL MlCRO\l^GIl^
^^.o^^É a saime-sabi>f.
OBJETS TKOtVF.S P XR M. HKACIMT , DE I.IJON , DANS DES TOMBEAtX .MÉUOVINOENS.
(Voir le beau Tolume orné de planches publié par cet nutcur sur les sépultures méioviiiKienne?. Dijon, 48GO.)
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
Paléograpliie murale.
ON désigne sous le nom de paléographie murale, la science des écritures anciennes gravées sur pierre ou sur mur, l'étude des inscriptions gravées à diverses époques dans les églises ou sur d'autres édiflces : il est utile de connaîlre les changements qui se sont successivement opérés dans la forme des lettres , pour distinguer Tàge des inscriptions.
La paléographie murale diffère de la paléographie manuscrite, en ce que Ton a presque constamment employé les lettres capitales pour les inscriptions murales et qu'elles ont toujours eu des proportions comparativement assez grandes, tandis que la paléographie manuscrite embrasse l'élude de tous les genres d'écritures : capitale, onciale, cursive, mixtes miiiusculey etc., etc.
On peut présenter quelques exemples d'inscriptions murales se rapportant à la période romane primitive. Durant celte période et la sui-
INSCBIPTION DU V* SIÈCLE ? A TBÈTES.
vante (romau secondaire), les capitales romaines furent presque