‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 9 sur 113 · ÈRE ROMANK PRIMITIVE ( BAPTISTÈRES · texte numérisé non relu

ÈRE ROMANK PRIMITIVE ( BAPTISTÈRES

Nous ne pouvons dire absolument ù quelle époque les cuves baptismales ont été annexées aux églises.

Il est certain que, dans le XI* siècle , elles étaient très-communes et qu'elles se trouvaient habituellement à peu de dislance des portes d'entrée , du côté du Nord-Ouest ; mais cet usage était plus ancien : le pape Léon IV recommande au clergé, vers le milieu du IX<^ siècle, d'avoir dans chaque église des fonts en pierre : unusquisque fontes lapideos fiabcat, La translation ou le placement des cuves baptismales dans les églises dut avoir lieu plus tôt , quand l'usage de baptiser les enfants peu de temps après leur naissance devint général , et quand le baptême fut administré par tous les prêtres indifféremment, au lieu de l'être par les évêques ; car il fallut multiplier les cuves baptismales et en placer dans les principales églises.

Les baptistères ont été nombreux en France, mais il en reste à peine quelques-uns. Je ne connais que l'église St-Jean de Poitiers, déjà citée , et le baptistère annexé à la cathédrale d'Aix , qui a été reconstruit au XVI"= siècle, et dont il ne reste d'ancien que les colonnes antiques de marbre et de granit supportant la coupole.

Le baptistère de Fréjus est d'unj date incertaine , mais ne remonte probablement pas aussi loin.

Sépultures de la période romane primitive.

ON remarque des moulures variées dans les tombeaux dont l'Age correspond à la première période de l'ère romane primitive ( du Ve au IX'= siècle ). L'étude de ces tombeaux est d'une grande importance, elle nous fournit de précieuses données sur la sculpture durant l'ère mérovingienne.

Dans cette période , comme dans les suivantes, une division toute naturelle se présente à l'esprit, savoir :

Les tombeaux apparents, qui sont restés visibles, et les tombeaux non apparents ou recouverts de terre.

Les premiers sont ornés de sculptures.

Les seconds se rencontrent par centaines dans les lieux anciennement consacrés aux inhumations, mais ils sont sans moulures et conséquemment moins intéressants pour l'histoire de l'art.

Tombeaux apparents. —Les tombeaux apparents ont du, dans l'origine, être placés à découvert; soit dans les cimetières, soit sous de

Dlî CADMONT. ABliCKDATRE T/ARCOKOLOGIE.

pelits édicules , soit dans des (^'gliscs et des chapelles, soil enfin sous des arcades, dans des cryptes ou des caveaux funéraires.

Les plus remarquables sont en marbre, souvent ornés de personnages en bas-relief et de moulures.

On a trouvé beaucoup de sarcophages chrétiens de marbre à Rome, en Italie et dans le midi de la France ; ils sont très-rares dans le nord.

La parfaite similitude qui existe entre les sujets des bas-reliefs qui recouvrent ceux qui ont été observés, soit en France, soit en Italie, porte à croire que des fabriques existaient dans ce dernier pays et qu'elles expédiaient leurs produits dans le midi de la France, où des dépôts de cercueils pouvaient exister.

Les principaux sujets reproduits dans ces bas-reliefs se rapportent 5 l'histoire du Christ, ou sont puisés dans les traditions bibliques.

Ainsi, l'on y voit J.-C. rendant la vue à l'aveugle, ressuscilant le Lazare, guérissant l'hémorroïsse ; la Mulliplicaticn des pains ; J.-C. paraissant au tribunal de Pilale. On y trouve souvent Daniel dans la fosse aux lions ; Jonas englouti par la baleine et revomi par elle ; Moïse faisant jaillir une source d'un rocher ; le Passage de la mer Rouge, etc. , etc.

Les sculpteurs se sont aussi appliqués à reproduire certains sujets emblématiques , des animaux , des arbres , qui avaient été symbolisés par les Pères de l'Église. Nous y trouvons presque toute la symbolique chrétienne du V"^ siècle.

Le tombeau de l'empereur Honorius, à Ravenne , offre, au centre, l'Agneau , au-dessus duquel s'élève une croix dont les barres portent

TOMBEAU D'aONOniGS A RATERNE (E.^ MinonE].

deux colombes : symbole du bonheur procuré aux chrélieiis par la Passion du Christ.

Deux arcades cintrées ou portes simulées, reposant sur des colonnes cannelées, accompagnent ce tableau. A rextrémité du sarcophage, qui devait être en vue, on remarque un vase sur les bords duquel des

CSE DES EiTREMITES DU TOUUEAC D UONORirS, A RWENNB,

colombes viennent se désaltérer. Cette image, symbole de la douceur et de l'union chrétiennes, se reproduit^très-fréquemment au V^ siècle.

Sur un autre tombeau de Ravenne, j'ai trouvé des palmiers chargés de fruits, des agneaux, des colombes, le monogramme duXhrist, etc.

Le phénix et le paon sont un emblème d'immortalité et de résurrection que j'ai vu sur plusieurs sarcophages ; la couronne est un signe funéraire de la plus haute antiquité.

DE CAUMONT. ABtCliDAIUE D ARCnLOLOGIK.

Le dauphin est souvent représenté sur les tombeaux , parce que ce poisson est réputé l'ami des hommes, et que le corps de saint Lucien fut retiré des ondes par un dauphin et porté au lieu de sa sépulture.

COSTERCLE d'c>- SiRCOPUAGE EN MARBRE, A S\IM-HILA1RE DE POITIERS,

Tous les sujets représentés sur les sarcophages sont analogues à ceux qui se trouvaient , en bas-relief ou en peinture , dans les Catacombes de Rome.

On peut citer , à cause de sa forme qu'on rencontre dans beaucoup d'autres, un magnifique sarcophage en marbre d'une conservation parfaite, muni de son couvercle, qui existe au musée de Bordeaux.

Ce beau sarcophage provient des caveaux de l'église St-Seurin, dans lesquels on en trouve encore d'autres du même style.

SARCOnUOE A BORDEACX,

Ce sarcoph;ige offre un évasemenl sensible depuis sa base jusqu'à son

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (tOMBEADX). 49

ouverture ; plusieurs autres cercueils chrétiens affectent la même forme.

Le devant de ce beau cercueil est divisé par des pilastres en trois parties principales : le panneau central est occupé d'abord par le monogramme du Christ, encadré dans une espèce de couronne ou de guirlande, puis par des guirlandes de pampres chargés de fruits, sortant de deux vases et remplissant tout l'espace compris entre le monogramme et les pilastres ; les deux autres compartiments sont ornés chacun de deux rangs de cannelures disposées en zig-zag, séparés l'un de l'autre par une bordure.

Le couvercle, en retrait sur le cercueil, prismatique et à bouts rabattus, est aussi divisé en trois compartiments. Au centre, on y a répété le monogramme du Christ avec les lettres A et Q ; des rameaux à feuilles en forme de cœur remplissent les deux autres compartiments ; l'autre côté du toit, qui ne devait pas être en vue, n'oifre que des feuilles imbriquées.

Les deux sarcophages suivants (V. la page 50) sont également en marbre ; l'un se trouve, comme le précédent , au musée lapidaire de Bordeaux. Avant d'y être déposé, il se trouvait à Talence (Gironde ) où il servait d'auge , mais on croit qu'il venait de Sl-Seurin ; le couvercle paraît avoir appartenu à un autre sarcophage. Le second se trouvait dans la ferme de la Caresse, près du Mas-d'Agcnais , où il servait aussi , il y a peu d'années , à abreuver les bestiaux quand il a été dessiné.

La décoration de ces deux tombeaux est traitée à peu près comme dans le précédent. Le monogramme du Christ , avec l'alpha et l'oméga, occupe aussi la partie centrale; l'un, orné de feuillages conduits en rinceaux , est divisé en trois parties seulement , par des pilastres ; l'autre , garni de moulures en zig-zag , est divisé en cinq parties.

Le sarcophage en marbre figuré page 51 a été aussi acquis par le musée de Bordeaux , il y a quelques années: il a été trouvé dans la commune de Tabanac ( Gironde ) ; il n'a plus son couvercle.

Beaucoup de cercueils qui, comme les précédents, ne sont point dé, corés de personnages, sont couverts de cannelures en spirale qu'on appelle des stri^i7e«, parce qu'elles ressemblent, par leur forme, à l'instrument dont les Romains se servaient pour ôter la sueur qui couvrait leur corps, et pour se netfoycr la peau dans le bain. Au centre

DE CAUMONT. ABÎ:CUDAIRE d'aRCEKOLOGIE.

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ÈRE ROMANE PRIMITIVE (tOMBEADX).

52 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIHE d'aRCUKOLOGIE.

apparaît le monogramme du Christ , dans une guirlande de feuillages

Ce sarcophage a été signalé par M. Dauzac de La Marlinie, comme se trouvant dans une église du département de la Dordogne.

ÈRE ROMANE l'RlMITIVE ( TOMBEAUX ). 53

M. Léo Drouyn a dessiné, dans l'église de Pujols (Gironde), un

sarcophage du même style dont voici l'esquisse.

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Le monogramme du Christ occupe dans ce tombeau , comme dans les précédents, le milieu de lu façade. Ce monogramme est celui que Constantin avait fait tracer sur le Labarum : il se décompose en P ( ro ) et X ( chi ) , et se traduit par le mot grec KpicTToç, le Christ. Les lettres A et Q, qui accompagnent ordinairement le monogramme, sont placées pour indiquer que J.-C. est le corr.meneement et la fin, suivant les paroles rapportées dans V Apocalypse de saint Jean : Ego sum alpha et oméga , principium et finis. Tertullien a donné l'explication de ces deux lettres mystiques.

Je peux citer des sarcophages en marbre analogues à ceux qui précèdent dans plusieurs villes du midi de la France. On en voit un à la porte de l'église d'Ailes-sur-Thec , près Amélie-les-Bains ( Pyrénées-Orientales }; un autre dans le musée de Perpignan , deux à Rodez. Narbonne nous en montre une dixaine , rangés dans le jardin du musée.

Les sarcophages en marbre, de St-Victor de Marseille, ont élé figurés; l'un d'eux est gravé dans l'ouvrage de Wiliin ; ceux de l'église de St-Maximin ont élé décrits par M. Rostan : on en voit aussi à Aix. C'est peut-être à Arles qu'on en trouve le plus, dans le musée lapidaire : la plupart sont historiés ; ils ont élé plusieurs fois décrits. On pourrait en citer une douzaine encore dans diverses localités du sud-est de la France : il serait très-utile de les dessiner tous et de les publier.

Nous en trouvons d'autres au musée lapidaire de Lyon et à AuIud. Clermont en a deux qui ont élé figurés par M. Bouillet (d).

M. Bulliot a décrit un tombeau en marbre qui avait élé autrefois à St-Pierre-l'Étrier, près l'abbaye de St-Symphorien d'Autun, et qui a été donné jécemmcnt au musée de cette ville. Ce sarcophage, dont l'esquisse ci-joinle montre la forme, est arrondi aux extrémités : il est composé de deux blocs, l'un formant l'auge destinée h recevoir le corps, l'autre formant le couvercle ; les dimensions ont élé exactement mesurées par M. Bulliot. 11 suflit de savoir que la longueur extérieure est de 2 mètres ; le pourtour de h mètres 70. Le caisson central , de forme rectangulaire avec bordure, se termine

(1) Voir le t. VI de mon Cours d'antiquités , dans lequel iilusieuis de ces sarcophages sont figui(5s.

ÈnE ROMANE PRIMITIVE ( TOMBEAUX ).

en queue d'arontle aux exlrémilés. M. BuUiot pense qu'il renfermait une inscription qui a élé effacée, et que les figures symboliques que l'on voit sur le couvercle ont élé gravées après coup : ce sont une guirlande de feuilles de lierre à la base du couvercle, et sur celui-ci le monogramme du Christ avec Talpha et l'oméga dans un encadrement circulaire, deux branches de palmier surmontées d'une colombe et une croix paltée, garnie de lobes figurant des pierres précieuses. Sans suivre

SARCOPHAGE ES MARBRE AC MDSÉE D'aCTCR.

M. BuUiot dans ses conjectures sur l'attribution dernière de ce sarcophage et sur les transformations qu'il a pu subir, nous le rangeons dans la classe des tombeaux des premières époques chrétiennes. Nous en connoissoQs d'autres de cette époque dont les extrémités sont ar-

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rondies, notamment celui de Sl-Léonien ù St-Maurice de Vienne, et celui dont les débris se voient dans l'église de Sanlieu,

Je ne prétends pas établir de classification pour les sarcophages que je viens d'indiquer, mais je suis convaincu qu'ils remontent à une période antérieure au VllI"^ siècle.

Il y a eu dans les cimetières mérovingiens, près de certaines tombes , des stèles en pierres aplaties plantées en terre , portant simplement le monogramme du Christ et quelques ornements en méplat; j'en ai trouvé une au musée de Trêves représentant le mo-

8TBIF MÉROVIXCIESSE \C MCSÉE DE TnÈVES.

nogramme ontre deux colombes. On en a trouvé une autre à Bourges, que j'ai figurée dans le Bulletin monumental.

Une grande quantité de faits prouvent que les chrétiens des premiers siècles utilisaient les débris de monuments romains qu'ils trouvaient , ù leur portée, pour en faire des tombeaux. A Baveux, ils avaient creusé un cercueil dans une colonne milliaire ; ù Vieux, une frise corinthienne avait été employée de môme ; enfin, nous voyons à Valognes les débris d'une colonne utilisés pour le titulus d'un sarcophage trouvé à Lieusaint et dont voici l'image ( V. la page suivante ) ; ce tombeau est en pierre calcaire, couvert d'une dalle en deui morceaux oi'Trnnt une arcto légèrement prismatique; à la tclc on avait

placé la moitié d'une base de colonne retournée. Sur le bord de ce demi-cylindre on lit : SVNNOVIRA.

Mais, à défaut de matériaux antiques, on creusait les sarcophages dans des pierres tendres, si l'on en avait dans la contrée, quelquefois on les formait de plusieurs pièces, suivant la nature et la qualité des matériaux.

Le sarcophage suivant (p. 58) a été trouvé à St-Vigor, prds

DE CAUMONT, ABÉGÉUAÎRIC p'aPCHÉOLOCIR,

Bajeux; il est d'uuc seule pièce , en pierre calcaire. Lu froulon porté

par des colonnelles et timbré d'une croix orne , à rinlérieur , Textrémité destinée à recevoir la tête; les parties intérieures et extérieures portent les traces d'un instrument à dents dont on se servait alors pour unir la pierre.

Il est probable que ce cercueil avait un couvercle prismatique.

Des cercueils de la forme suivante ont été trouvés en grand nombre à Neuvic, département de la Charente-Inférieure. Le nom du défunt est inscrit sur un des côtés du prisme qui forme le couvercle.

IV C VN èV

D'autres cercueils du même temps avaient des couvercles plats. Le musée de Niort nous fournit des spécimens intéressants de ce genre de couvercles.

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