AU XV1<: SIÈCLE
ALitels.
LB slyle de la Renaissance cliaiigea, comme on doit Is prévoir, le système d'ornemeotatiou des autels, et les formes anciennes furent modiflées.
H existe encore, dans quelques églises de campagne, des rétables en bois du XVI- siècle, dans le genre de celui que nous donnons ù la page suivante, surmontés, comme les stalles, par un dais horizontal. On ne saurait trop respecter ces anciens autels, et nous recommandons la conservation de ceux qui restent à MM. les Curés, malheureusement trop portés à faire disparaître ce qui est ancien pou r le remplacer par des ouvrages modernes sans style et souvent de mauvais goût.
Quelques retables montrent l'histoire de Jésus-Christ ou celle du patron de l'église, figurée dans une série de tableaux dont les statuettes sont sculptées avec une finesse extraordinaire et couvertes de peintures.
Bien des rétables en bois à personnages , du XV1<= siècle , ont été jetés sous les combles des églises après avoir été remplacés , et y sont restés jusqu'à ce que les brocanteurs les y aient trouvés pour les dépecer et les vendre comme objets de curiosité.
Il existait aussi au siècle dernier beaucoup de tabernacles en bois, remarquables par leurs formes et leurs sculptures.
On commença dans la deuxième moitié du XVI<= siècle à faire de grands retables ù colonnes et à plusieurs ordres superposés, dont je vais parier dans le chapitre sui\ant.
*61 DE CAUMONT, ABtCtDAlRF. d'aRCïJÉOI.OGIE,
Al TEL EN liOIS I)C XYI^^ MECLE,
Cil a ire S.
V XVh' sit'cle, les chaires sonl très-rares, surtout en pierre. Celle de Bàle, en Suisse, qui est en griis vosgien comme celle de Strasbourg,
STYLIi DK J.A RFNMSSANCE.
CDÀiaE DE B\LE, RN SOISïK,
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DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRR D'ARCHtOLOGIIÎ.
est citée comme une des plus remarquables. Quoiqu'elle porte la date de 1586, elle est ornée de ces enlacements prismatiques flambovants que les architectes allemands ont détachés de la pierre avec 'tant d'habileté et qui caractérisent aussi la fin du X\> siècle : preuve nouvelle de la persistance des formes ogiTales prismatiques dans la région du Rhin,
Fonts baptismaux.
i^N vil les fonts baptismaux nouvellement établis se revêtir de rinyy ceaux et de broderies. Dans quelques-uns, la circonférence est partagée en quatre panneaux encadrant des sujets religieux exécutés en
rOXT DC XTI« SIÈCLE.
bas-relief. D'autres, comme celui-ci, sont ornés de médaillons. Mais les
SIYI.I-: DE L\ lU'NAlSfANCE.
fonts pédicules à calice liémispliériquc sont toujours les plus nombreux. Le type que voici n'était pas rare dans la 2* moitié du XVI«
rOST PÛDICCIÉ DU IViC SIÈCLE.
siècle. On le rencontre encore au XVII* siècle et même au XVIII®.
Tombeaux.
TROUVANT dans les matériaux précieux (marbre, albâtre, etc.) qu'ils pouvaient employer pour ces constructions de dimensions moyennes, une finesse très-favorable à la délicatesse de leurs sculptures, les artistes de la Renaissance exécutèrent avec prédilection les monuments funéraires. Les tombeaux des cardinaux d'Amboise, dans la cathédrale de Rouen ; celui de François II, duc de Bretagne, et de ses deux femmes, que l'on voit dans le transept sud de la cathédrale de Nantes ; celui qui existe dans le transept nord de la cathédrale de Dol (Ille-et-Vilaine) ; les tombeaux de François P% de Louis XII et d'Anne de Bretagne, à St-Denis, montrent, avec beaucoup d'autres, ce qu'on pouvait faire en ce genre de plus magnifique.
768 DE CAUMONT. ARKCHOAinn D'AI'.CriKOr/JGlK.
On avait toujours, jusqu'au XVI* siècle, représenté le mort couché sur son tombeau. Je ne connais pas, avant cette époque, d'exemple d'une statue tombale dans une autre position. Au XVI^ siècle, au contraire, on figura quelquefois le défaut ù genoux. C'est dans cette position que l'on voit les cardinaux d'Amboise sur le magnifique tombeau qui existe ù Rouen, dans la cathédrale. Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples. Toutefois, on continua à figurer les défunts couchés ; le sculpteur suivait en cela son inspiration.
Le réalisme de certains sculpteurs les portait 5 figurer le mort rongé par les vers. C'est ainsi que le cardinal Duprat avait été représenté à Sens, au milieu des sculptures les plus riches de son tombeau.
« Un corps mort, couché et étendu sur la pierre, dit un écrivain, « présentait un vrai modèle et une parfaite imitation du sort humiliant t que la nature destine à chaque individu ; il paraissait rongé de vers « et n'offrant qu'un spectre décharné et un tableau dégoûtant, mais « vrai dans toutes ses parties. »
Sur les pierres tombales, les formes des dessins gravés au trait subirent les mêmes changements que l'architecture dont ils offraient l'esquisse. Le plein-cintre fut, dans le cours du XVl* siècle, substitué à l'ogive pour l'arcade qui encadre l'edigie du mort; cet encadrement devint très-simple, comparé à ce qu'il avait été auparavant , le principe et rornemention des deux architectures étaient si différents, qu'il n'en pouvait être autrement.
La pierre tombale suivante , tirée d'une chapell* des environs de Laval, est, comme on le voit, dans le style de la Renaissance ; elle appartient au tombeau d'Artuse de Melun , femme d'Olivier de La Chapelle, qui mourut vers 1520.
La défunte est figurée dans une niche; la voûte est ornée d'une coquille dont les plis flabelliformes encadrent sa tête avec grâce. Des pleureurs, au nombre de trois de chaque côté, tapissent les pilastres qui portent le cintre, et sur l'archivolte on lit, en caractères gothiques :
I\ SOLA MISEKICORDIA DKI MF.I SPERO SAhVARI.
Dans les pays où les matériaux sont difficiles à tailler, comme dans les régions granitiques , dans celles où dominent les grès et certaines roches très-dures , les pierres tombales n'ont pu recevoir que peu de moulures. On s'est borné , comme on l'avait fiiit au-
STYLE DR LA RENAISSANCE
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770 DE CAUMONT. ABÉci:nAn{E d'archkoi.ogie.
paravant, à y figurer, tantôt en creux, mais souvent en relief.
une croix avec quelques attributs rappelant la profession du défunt (1) : ainsi, pour les ecclésiastiques, on trouve habituellement un calice près de la croix ; pour un écuyer, un écusson et une épée. Ce système, le plus simple de tous, s'est perpétué durant le XVII» siècle.
J'ai trouvé des tombeaux de cette espèce dans beau-
(1) Dans le XV» siècle et les époques antérieures, ce système de pierres tombales avait été en usage dans les pays de grès, de granité et iie pierres d'un grain grossier; alors l'encadrement était quelquefois un ])eu plus élégant et dans le style ogival, comme cette pierre en granité dessinée par M* Rouet à Loctudi, département du Finistère.
Elle est ornée d'une arcade subtrilobée, avec fronton d crochets et iianache, accompagné de deux clochetons. Au milieu de cet encadrement s'élève une croix flanquée de deux écussons, ce qui i^orte h, croire que la tombe renferme deux personnes, peut-être le mari et Is femme.
STYLE DE LA RENAISSANCE
coup de contrées de la France ; MM. de Barthélémy et Guimard en ont signalé un grand nombre dans une église située près de St-Brieux.
Peinture.
LA peinture murale dont voici l'esquisse, et qui se voyait sur le mur d'une chapelle, représentait le lai bien connu des trois morts et des p] trois vifs ; on voit, d'après le costume des personnages, qu'elle datait du XVI« siècle.
Trois hommes à cheval s'avancent vers une croix près de laquelle se dressent trois squelettes. Or, le poëme rapporte que trois jeunes seigneurs cheminaient gaiement pensant aux plaisirs et à la chasse, quand ils rencontrèrent trois squelettes qui leur adressèrent de sérieuses réflexions sur la vanité des choses humaines. Ce sujet, que nous trouvons au XVI« siècle, avait été connu dès le XIII*.
Voici le dessin d'une peinture murale nouvellement restaurée, qui existe sur la clôture du chœur d'Amiens, si remarquable par ses bas-reliefs ; elle date
772 DE CAUMONT. ABÉCÉDAÎRE D* ARCHÉOLOGIE
de la première moitié du XVI* siècle et figure une tenture du temps.
PCIMIRE MCRALE Dt XTie SIÈCtE , i AMIENS.
Les rinceaux et les arabesques formaient, au XVI* siècle, Teocadrement habituel des figures peintes, comme ils le faisaient pour les sculptures.
8TYLF DE LA RENAISSANCE
ViTRAOx. — - Il en fut de même pour les vitraux, quand le style de la Renaissance fut adopté (1).
Voici, pour preuve, le couronnement d'un des vitraux de Notre-Dame
de Chàlons-sur-Marne : les arabesques y remplacent les clochetons et les dais pyramidaux, qui, dans les vitraux plus anciens, surmontaient les personnages.
(1) Pour les vitraux, comme pour les peintures, on continua quelquefois à se servir d'anciens patrons.
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIK.
La correction du dessin fit des progrès constants dans le cours du XVI« siècle, pour l'exécution des figures , et celles qu'on vit sur les vitraux étaient souvent une reproduction des dessins de Raphaël, de J. Cousin, des Priraalice et des artistes de leur école. Le paysage, l'architecture et tous les autres détails furent traités d'après de nouveaux principes ; les pièces de verre furent plus grandes qu'auparavant.
En revanche, ces progrès du dessin continuèrent à être acquis aux dépens de l'effet et de la couleur.
L'emploi de la grisaille devint plus habituel , et au lieu de le borner, comme auparavant, aux entourages des figures, on vit ces teintes monochromes appliquées à des vitres entières.
Au milieu des grisailles on trouve quelquefoisde petits tableaux d'une extrême finesse, dans lesquels les artistesépuisaient toutes leurs ressources pour l'exéculion des détails.
Ces tableaux se peignaient avec des émaux, habilement étendus à la surface du verre.
RoiSERiES. —L'époque de la Renaissance a produit des boiseries d'un faire très-remarquable ; les moulures du style ogival commencent par y être souvent combinées avec les arabesques, puis elles finissent par disparaître el sont, vers l'i'poque de Henri II et quelquefois dès le temps de François I"", remplacées par diverses combinaisons qui se distinguent par leur élcgance et l'exécution de leurs moulures. La planche suivante reproduit une vue générale des stalles de l'abbaye de Lonlay (Orne), qui doivent dater de cette époque. Les boiseries de la Renaissance sont encore très-nombreuses en France et généralement d'une bonne exécution
STYLE DE LA RENAISSANCE
STALLES DE L'iBBiTE DE LORLAT.
776 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
iPaléographie murale.
ON a employé à peu près constamment les lettres capitales romaines sur les monuments construits dans le style de la Renaissance. Mais le caractère g:otliique n'avait pas été, pour cela, complètement abandonné : ou le trouve sur un grand nombre de pierres tombales du XVI* siècle et du XVII*. On tenait aux lettres gothiques pour les monuments religieux, comme on tenait pour eux au style ogival.
État de l'arciiitecïure aux xvii^ et xviir' siècles.
PÉRIODE MODERNE
Quelques monuments de la première moitié du XYII* siècle montrent encore des réminiscences des siècles précédents : telle est la fenêtre que voici (V. la page suivante) tirée de Téglise St-Martindes-Vignes, à Troyes. Mais, vers le milieu du XVII* siècle, l'épuration fut complète et le style moderne entièrement formé.
Disposition extérieure. — Au XVII* siècle et au XVIII', on chercha à imiter en France une ordonnance qui avait prévalu en Italie, pour les façades, vers la fin du XVI* siècle, et qui consiste à placer un portail au milieu d'un premier ordre de colonnes correspondant à la grande nef et aux bas-côtés, puis à surmonter ce premier ordre d'un second qui ne correspondait plus qu'avec la grande nef, dont les voûtes s'élevaient au-dessus du toit des bas-côtés.
Cette diminution de largeur dans le second étage était rachetée par des espèces de consoles renversées, faisant l'oflice de contreforts en forme d'S.
Les Jésuites, qui construisaient alors leurs églises , furent les promoteurs principaux de celte ordonnance. Aussi a-l-on quelquefois appelé style des Jésuites la nouvelle architecture adoptée pour les églises au XVII* siècle.
L'élégante église St-Pierre à Auxerre montre une des façades les plus brillantes de ce style : on y voit le parti qu'on a tiré des con-
pÉRIOPt: MODERN£.
CHE t'EKETRE DC WW^ SIECLE, A TROVES.
treforts et même des arcs-boutants qui, d'ailleurs, se voient trèsrarement à cette époque (V. la page 778J.
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'aRCHÉOLOGIE.
lR»r.MFNT d'une ÉGLISE DU XVII* SIÈCLE, k AUXERRE.
PÉRIODE MODERNE
Voici d'autres façades du XVII« siècle ou du XVIHS car la plupart des grandes églises n'ont été ~^^=r:^
achevées que longtemps après avoir ^ ^^=^
été commencées.
Ainsi, l'église de St-Thomasd'Aquin de Paris fut commencée en 1682 et terminée en 17â0 ; mais le portail, qui se compose d'un premier ordre dorique et d'un second ordre ionique portant un fronton, n'a été élevé qu'en
L'église de N.-D.-des- Victoires, ou des Petits-Pères, a été commencée sous Louis XIII et ne fut terminée qu'en 17A0 ; la façade montre aussi deux ordres su- portail de sAiNT-THOMAs-D'AQrm. perposés avec fronton.
Louis XIV avait posé la première pierre de St-Roch en 1653,
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FAÇADE DE l EGLISE SAINT-ROCB , A PAUIS.
mais la façade que nous produisons ne fut commencée qu'eu 1736.
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'aRCHÉOLOGIE.
Elle nous montre deux ordres superposés, le premier dorique, le second corinthien portant un fronton (1).
Une façade plus élevée que les précédentes est celle de St-Paul- St-Louis, rue St-Antoine, terminée vers 16A1. Elle montre trois ordres superposés : de sorte que si l'on supprimait le premier, on aurait l'ordonnance des églises précédentes.
L'église de la Sorbonne, construite par les ordres de Richelieu, de
EGLISE DE LK. 60RB0SNE,
4635 à 1659, offre un premier ordre corinthien surmonté d'un ordre composite avec fronton. La tour est en dôme, c'est-à-dire qu'elle se compose d'une coupole portée sur un tambour cylindrique.
L'église du Val-de-Grâee a été terminée en 4 665. Sa façade se compose aussi de deux ordres, le premier corinthien offrant une porte surmontée d'un fronton et d'un balcon formant attique ; le second
(1) l'iobert de Cotte, neveu de Mansart, avait fourni le» dessins de cette façade.
pfiRIODF. MODERNE.
composite, avec un beau fronton. La tour centrale de cette église est en forme de dôme ; elle a des proportions heureuses. Quatre