‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 18 sur 113 · FKAGMENT DO CHAIRE DE SAIKT VICTO*. A SERS · texte numérisé non relu

FKAGMENT DO CHAIRE DE SAIKT VICTO*. A SERS

anciens lissus) admet l'opinion qui allribue aux minuraclures de

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (tISSUS). 121

Byzance ( VI* siècle ) le suaire de saiut Victor, à Sens. Cette étoffe, à fond chamois, a été publiée eu chromolithographie par la Société archéologique de Sens ; elle est couverte de caissons elliptiques occupés par un personnage à longs cheveux et à moustache, vêtu d'une courte tunique sans manches ; il a les mains élevées et repoussant deui lions prêts à le dévorer, tandis que deux autres bêles féroces le saisissent aux jambes. Les caissons sont entourés d'une bordure en spirale, avec double baguette de perles et ornée, au point de contact, de rosaces qui se reproduisent plus grandes et plus riches au centre des losanges curvilignes ménagés entre les motifs principaux. Trois tons seulement ont été employés pour le dessin : le bleu, le blanc et le jaune clair (1).

M. Victor Petit m*a remis le dessin d'un autre tissu que l'on voit à l'église St-Eusèbe d'Auxerre, et qui est orné d'aigles aux ailes éployées, séparés les uns des autres par des rosaces. Ces figures sont de'Vouleur jaune et se détachent sur un fond violet. Si l'on en croit la tradition, celle étoffe aurait été donnée par l'impératrice Placidie, pour couvrir le cercueil de saint Germain, lorsqu'on rapporta son corps de Ravenne, au V* siècle ; elle est d'une belle conservation et connue sous la dénomination ûe suaire de saint Germain { V. la p. 122).

Le troisième tissu est une chape conservée dans la cathédrale de Metz, à laquelle elle aurait été donnée par Charlemagne, suivant la tradition ; ce tissu appartiendrait, par conséquent, à une époque moins reculée que le précédent. Il est en soie rouge; on y voit des aigles aux ailes éployées, d'un très-beau style, et divers ornements fidèlement rendus dans l'esquisse placée page 123 (2).

Les couleurs employées dans les broderies de la chape de Metz sont le jaune, le bleu, le vert.

La figure qui suit est celle de la tête des monstres qui mordent les jambes des aigles.

Des étoffes du même genre se trouvaient dans beaucoup d'églises, et Anastase-le-Bibliothécaire parle souvent, dans sa Vie des Papes^ des tissus ornés délions, de griffons, d'aigles, qu'on voyait de son temps dans les églises de Rome: il se sert

(1) V. rapport de M. de Linas déjà cité, p. 13.

(2) Cette esquisse a été faite pour moi, à Metz, par M. Bouet.

DE CAUMONT, ABÉCÉDAIRE D ARCHÉOLOGIE

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ÈRE ROMANK PRIMITIVK ( TISSUS ).

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même d'adjectifs pour indiquer ces ornements, et désigne parfois sous la dénomination de Leonaia les tissus portant des lions, et ù'Aquilata ceux qui portaient des aigles (1).

Il n'est pas douteux que ces divers tissus ne soient venus de l'Orient, ce qui explique très-bien les images qu'on y trouve : on sait que l'art de travailler la soie ne s'est introduit qu'assez tard en Occident.

Il est essentiel d'observer que la date de la plupart des anciens tissus est très-problématique. M. de Longpériera découvert, sur quelques-uns de ceux que l'on croyait des premiers siècles de l'Église, |des preuves manifestes d'une origine bien moins ancienne, des Xl^ et XII* siècles. Ce n'est donc que sous toute réserve qu'il faut examiner les tissus réputés comme les plus anciens ; mais, s'ils ne remontent pas à l'époque qu'on leur a assignée, on peut être certain qu'ils reproduisent des figures qui existaient sur les tissus précédents : l'art est resté stationnaire, et les mêmes dessins ont été copiés avec une scrupuleuse exactitude pendant des siècles.

Il résulte de cette persistance des types, et abstraction faite de l'origine absolue de certains tissus, qu'on doit tenir compte de l'élément décoratif fourni par les étoffes aux sculpteurs chrétiens; on n'a pas encore fait assez d'études sur ce sujet, et nous le signalons comme très-digne d'occuper les antiquaires.

11 est certain, d'ailleurs, que le goût des étoffes à figures d'animaux remonte très-loin : M. l'abbé A. Martin cite, dans ses Mélanges d'archéologicy un passage d'Aslérius, évêque d'Amassée à la fin du IV* siècle, dans lequel cet évêque s'élève contre le luxe de son temps, qui avait trouvé le secret d'imiter dans les tissus, en combinant l'union de la chaîne et de la trame, toutes les formes d'animaux.

a On est avide, dit Astérius, d'avoir pour soi, pour sa femme, pour

u ses enfants, des vêtements ornés de fleurs et de figures sans nombre

« de sorte que, quand les riches viennent à se produire en public avec » ces peintures, les petits enfants se rassemblent, les montrent au doigt u en riant et leur laissent à peine un moment de répit. On voit là des n lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts. Il des rochers, des chasseurs, et tout ce que les peintres savent copier •> dans la nature.

u Ce n'était donc pas assez d'orner ainsi les murailles, il fallait ania mer les tuniques mêmes, ainsi que les manteaux qui les couvrent.

(1) V. CXI Stephauus, anno 835, p. 236.

a Ceux qui ont plus de religion, parmi les riches, suggèrent aux artistes « des sujets tirés de l'histoire évangélique et font représenter J.-C. au « milieu de ses disciples, ou bien ses divers miracles : les Noces de ij Cana avec les amphores, le Paralytique portant son lit sur ses 1 épaules, l'aveugle guéri par un peu de boue, l'Hémorroïsse touchant la a frange des vêtements du Sauveur, Lazare sortant du sépulcre ; et ils « se figurent en cela faire une œuvre pie et se couvrir d'habits agréables u à Dieu. :)

M. de Linas, de la Société française d'archéologie, et M. l'abbé Bock, de Cologne, ont beaucoup contribué par leurs études comparatives à déterminer l'âge relatif des différents tissus qui existent en France et à l'étranger. Leurs travaux doivent être consultés par ceux qui voudront en faire une étude spéciale.

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