‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 19 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

y |NE ère nouvelle commença, pour les arts, en même temps que U le XP siècle.

Le 1X*= siècle avait vu disparaître un grand nombre d'édifices datant de l'époque mérovingienne.

Quand on songea à réparer le mal, à reconstruire ce qui avait été ruiné, on ne trouva plus, comme au V*^ siècle, des fûts de colonnes, des chapiteaux, des sculptures provenant des monuments gallo-romains dont la France était alors couverte : il fallut, au X* siècle, tailler de nouvelles pierres , extraire de nouveaux matériaux, sculpter plus ou moins grossièrement les ornements dont on voulait décorer les églises et les oratoires: nous avons entrevu, dans le chapitre précédent, le mouvement artistique qui devait naître de ces nécessités nouvelles. Le Xe siècle, mais surtout le Xls montrent l'architecture en voie de transformation et marchant graduellement vers l'état qu'elle atteignit au XIP siècle.

11 est probable que beaucoup d'églises étaient, dans l'origine, construites en matériaux peu durables; peut-être la base en pierre était-elle surmontée de murs en clayonnage, comme la plupart des constructions romaines de la Gaule. Le peu de durée de ces matériaux explique comment les Normands purent si facilement détruire et incendier nos abbayes. La décoration intérieure avait particulièrement préoccupé les architectes des premiers siècles.

Les sculptures provenant des monuments romains , ou asser bien imitées de celles-ci, avaient donné un certain éclat à l'intérieur des églises mérovingiennes et carlovingiennes. Les mosaïques, les pein-

tures avaient dissimulé les enduits, qui dissimulaient eux-mêmes la pauvreté des matériaux.

Au XI* siècle, on voulut moins d'ornements intérieurs, mais plus de solidité, plus de garantie contre Tincendie : on construisit plus fréquemment en pierre, on songea même à remplacer par des voûtes les plafonds en bois.

L'apathie et le découragement dans lesquels l'attente de la fln du monde avait tenu les esprits pendant le X^ siècle, se dissipèrent bientôt pour faire place à une activité prodigieuse qui imprima une impulsion toute nouvelle aux arts.

L'architecture prit un caractère qu'elle n'avait point eu auparavant: en Allemagne, en Italie et dans toutes les parties de la France, on vit s'élever des églises remarquables par leur nouveau style et leurs proportions.

Les moines architectes, libres d'innover là où, de toutes pièces, ils construisaient des églises dont le besoin se faisait partout sentir, méditèrent de nouveaux plans, des dispositions nouvelles.

Le chœur prit des dimensions plus considérables, qui modifièrent de plus en plus la forme primitive et s'éloignèrent du plan de la basilique.

Les proportions anciennes furent peu observées quant au module des colonnes et à leur disposition. Les sculptures, plus rudimentaires, offrirent des séries de figures qui se développèrent en suivant, selon les écoles, des systèmes différents.

Ce sont tous ces faits que le XI« siècle présente à l'observateur et qui, nombreux et faciles à saisir, font en quelque sorte, de l'époque où nous allons entrer, le point de départ des développements de l'architecture du moyen-âge, telle qu'elle se présente aujourd'hui à nos yeux dans cette foule d'édifices qui couvrent la France.

L'histoire de l'architecture est facile à lire à partir du XI*^ siècle. Notre Abécédaire a pour but de faciliter cette lecture, en donnant la clef des caractères avec lesquels elle est écrite.

Forme des églises.

ON disposa les églises du XP siècle et celles du XII* comme dans les siècles précédents, quant au plan principal. La forme ordinaire était celle d'une croix dont les branches s'étendaient du Nord au Midi, et dont la tête était figurée par le chœur tourné vers l'Est. Un petit

DE CADMONT. ABl^CÉDAIRE d'AUCHÉOLOGIE.

nombre de grandes églises (églises de Cluny et de St-Gilles) étaient pourvues de deux transepts et ofTraient l'image d'une double croix. L'entrée principale était à l'ouest. La longueur de la nef, comparée à celle du chœur, le développement plus ou moins considérable des transepts, établissaient, dans la forme générale des églises, des variations très-notables. En général, le chœur, plus court que la nef, ne formait que le tiers de la longueur totale de l'édifice.

L^église construite par Charlemagne à Aix>la-Chapelle reproduisait le type de St-Vital de Ruvenne et de quelques églises plus anciennes : composée d'une nef centrale, de forme ronde ou à pans coupés, entourée de bas-côtés ou galeries et ayant, à l'est, un autel placé dans un enfoncement ou dans un appendice appliqué sur les murs circulaires.

Cette forme, adoptée pour l'église du plus puissant souverain de l'époque, ne pouvait manquer d'être imitée : nous la trouvons à Si- Bénigne de Dijon, dont les parties basses ont été tout récemment exhumées.

Nous la retrouvons dans l'église d'Ottmarsheim (Haut-Rhin), bâtie, à ce que l'on croit, par le comte Rodolphe, frère du célèbre Vemher, évêque de Strasbourg, qui fonda dans cette localité un couvent de Bénédictines. Ici l'imitation d'Aix-la-Chapelle est complète, et, comme

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CODPE DE l'Église D'OTTMiRSBEIM (HACT-RBin) .

dans cette cathédrale, la construction s'élève sur des piliers reliés deux fois par des arcades superposées, les unes correspondant aux bas-côtés

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