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ICONOGRAPHIE CHRETIENNE

Nors appelons iconographie rhrt'tiorjne la représenta lion, en sculpture ou en peinture, des personnages et lics faits ayant trait ù la religion. I/iconograpliie peut Olre considérée comme la connaissance des images et de leurs attributs. C'est dans la Bible, dans la Lt'gonde dorée, et quelquefois diins les fabliaux, qu'il faut m clicrcluT l'explication (1).

(i) fvstrwtiovs xur PIronofjrnphie chréli^tme ^ p«r M. DidroQ.

L'ère des iconoclastes avait, pendant lonjîteinps, anéanti les études iconographiques; elles commencèrent à renaître au XI* siècle, mais ce ne fut qu'au XII* qu'elles firent de grands progrès, que les sculpteurs et les peintres chrétiens complétèrent le catéchisme monumental et parlèrent aux yeux des fidèles un nouveau langage par les flgures.

Jusqu'à la fin du XI'' siècle, on avait rendu la figure humaine de la manière la plus bizarre et la plus incorrecte.

Mais, au XII* siècle, on vit paraître des statues et des bas-reliefs qui, sans être exempts de défauts, étaient, au moins, ramenés à une certaine correction. Cette renaissance de la statuaire contribua puissamment à changer l'aspect des monuments religieux, en apportant un élément nouveau dans leur décoration.

lies archivoltes et les voussures des portes, ornées auparavant de zigzags, de frettes crénelées, de billettes et de moulures diverses que j'ai fait connaître, commencèrent à se couvrir de personnages (Civray, Notre-Dame de la Coudre, à Parthenay; cathédrales du Mans, d'Angers, etc., etc.); les tympans, qui jusque-là n'avaient eu pour ornement que des figures chimériques ou simplement des pierres taillées symétriquement, parfois disposées en échiquier, furent tapissés de bas-reliefs.

On commença, au XII* siècle, à sculpter des figures de grande proportion. On plaça, sur les façades des édifices et sur les parois latérales des portes, des statues représentant des personnages de l'Ancien et du Nouveau-Testament; ces statues, confiées sans doute aux artistes les plus habiles du temps, offrent pour l'histoire de l'art plus d'intérêt que les autres figures à cause de leurs grandes dimensions et de leur relief complet. La plupart sont vêtues de longues tuniques, recouvertes d'une espèce de manteau qui s'ouvre par devant et laisse apercevoir de riches étoffes, le plus souvent bordées de galons.

Dans toutes ces statues on remarque de longs bustes, des yeux saillants, fendus, des sourcils arqués, une sorte de raideur et d'absence de mouvement qui, indépendamment de leur costume et de leur physionomie byzantine, les feront toujours distinguer de celles du XIII* et du XIV* siècle. Si l'on examine les statues qui décorent le grand portail de Chartres, celles que l'on voit au Mans, à Provins, à Bourges, à Arles, à St-Gilles, à Angers, etc., etc., dans toutes on remarquera les caractères que je viens d'indiquer ; on les retrouvera dans les autres représentations en bas-relief ou en peinture, qui ap partienncnt à la môme écolf.

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Ce qui dislingue les figures de celle (l'poque, soit bas-reliefs, soit

sTurrs or \\\* sitctt.

Statues, cVfit rimitalion d'un type ù peu près uiiirormc dans les Irails du visage, la lournurc et le coîtumc des diiïérenls personnages ;!).

(1) Souvent ces statues ont dt-i peintes; Icnri yeux ont quelquefois des

prunelles 11 i'; ,;»il. ii.rrrsf(<os dans la pJcrrc,

èRE ROMANE SECONDAIRE ( ICONOGRAPUIE). 243

Le Père-Éternel, le Christ, la Vierge, les Apôlres, les Saints, les Anges reçurent, dans ce syslème, leurs traits, leur forme, leur costume propre et déterminé. Ces types, partout admis, partout reproduits avec le scrupule religieux qui tenait à la fois à un sentiment de dévotion et à l'impuissance de l'art, étaient partout exécutés au moyen de procédés semblables, comme le dit M. Raoul Rochelle, dans ses Leçons sur Chistoire de la statuaire (1).

Un des sujets qu'on observe le plus ordinairement et qui frappe le plus, tant par la dimension des figures que par la place qu'elles occupent, c'est la représentation de Dieu entouré de divers attributs, qui, à partir du XI<= siècle, se trouve fréquemment sur le tympan des portes et parfois au milieu des frontons des églises. On remarque deux manières principales de représenter ainsi la Divinité.

Souvent Jésus-Christ est assis sur son trône, vêtu d'une longue tunique enrichie de broderies et tenant la main droite élevée comme pour donner la bénédiction ; autour de lui sont les symboles des quatre Évangélisles désignés dans la vision de saint Jean, savoir : dans la partie supérieure du tympan, au niveau de la tête du Sauveur, l'aigle (saint Jean), l'ange (saint Mathieu), et plus bas, le lion (saint Marc), et le bœuf (saint Luc). Il a les pieds sur une espèce de tabouret ou escabeau, scabellum, à claire-voie, que les sculpteurs du XI^ siècle ont presque toujours fidèlement reproduit (Voir la page 165).

Souvent on remarque, à côté de ce tabouret figurant peut-être la terre, et au centre du tableau, des ondulations figurant probablement des eaux, suivant ce passage du chapitre iv, verset 6, de l'Appocalypse : En face du trône du Seigneur il y avait comme une mer de verre semblable à un cristal. Les eaux sont figurées par des lignes ondulées, à Bourges, dans le tympan de la belle porte méridionale de la cathédrale du Mans, à Angers et ailleurs (2). En résumé, la représentation du Christ, au milieu des animaux symboliques, a été reproduite à peu près de même dans les tympans du XII <= siècle.

Les artistes paraissent avoir une grande prédilection pour ce sujet tiré de l'Apocalypse (3).

(i) Cours d'archéologie professé k la Bibliothèque royale, en 1.S2S.

(2) Des ondulations semblables, qui font le tour du tympan, expriment peut-être, dans quelques tableaux, l'arc-en-ciel dont il est parlé dans le chapitre IV, § 3.

(3) Les sculpteurs du XIP siècle ont essayé de peindre l'image du trône

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Ailleurs, Jésus-Christ est représenté dans l'attitude que je viens d'indiquer; mais, au lieu des symboles des quatre Évangélisles , on voit seulement à ses côtés deux anges, tantôt debout et tenant des encensoirs, tantôt à genoux et dans l'attitude de la prière. Au lieu de tenir un livre, le Christ est représenté parfois le. deux mains étendues : c'est ainsi qu'on le voit à Autun.

Sur le tympan de la grande église de Véielay, nous voyons le Christ, de grandeur colossale, la tête entourée d'un nimbe croisé, les cheveux séparés sur le front et retombant sur les épaules, la 6gure grande et noble, les mains étendues comme pour bénir.

Le costume se compose d'un péplum plissé à très-peUts plis, retombant jusqu'à la ceinture, d'une robe très-ample, plissée de même, à grandes manches, qui laissent voir une autre robe d'une étoffe

différente (1).

A droite et à gauche du Christ sont les douze Apôtres, de proportion relativement plus petite, leur tête n'arrivant guère qu'aux hanches du personnage principal ; tous tiennent des livres ou des tablettes.

De l'extrémité des mains du Christ sortent des lignes ou rayons qui se dirigent sur la tête de chacun des personnages dont, il vient d'être question, et qui sont évidemment les Apôtres.

Celte représentation mystique des grâces opérées par l'imposition des mains se voit dans quelques autres bas-reliefs ; mais ici elle est plus curieuse peut-être qu'ailleurs, à cause de l'expression des figures : elles paraissent frappées, saisies, par l'inspiraUon qu'elles reçoivent du ravon lumineux qui vient toucher leurs têtes.

Saint Pierre, reconnaissable à la clef qu'il porte, est le plus rapproché du Christ; sa têle et ses genoux touchent presque aux vêlements du Seigneur.

Nous avons figuré, dans le tome IX du Bulletin monumental, une esquisse des fresques de Monloire qu'il est bon de rappeler ici. Celle

céleste, tel qu'il est «Itfcrit dans le chapitre iv de l'Apoclyp-e, rertets 6 et7 que nous transcrivons ici :

. c En face du trône, H y avait comme une mer de verre semblable à do . cristal, et au milieu du trône et alentour. Il y avait quatre animaux qui . étalent pleins d'y^-ux devant et derribrc. »

. 7 Le premier animal était semblable à unlion , le lecond .emblable à . un bœuf; le troisième avait le visage comme celui d'au homme ; le qoa- ■ tribme était !«emblab1e k un aiple qui vole. •

11) Notes d'un voyage dans le centre de la Francf. par Mérimée,

DK CADXIONT. AUkcADMlXE D'ARCHÉOLOniE.

esquisse, que nous dc\ions à M. Lauiiay, mtnibie de la Société française d'arcliéologie, h Vendôme, et que nous avons donnée aussi dans le 6* volume de noire Cours iCanliquiics (chapitre des Peintures murales^, monlre Jésus-Christ entouré de sesdouze apûtrcs.les mains écartées comme à Vézelay; mais, au lieu de rayons sortant de l'extrémité des doigts, le Christ a dans chaque main une plaie (celle des clous du cruciflement ) d'où sort un ruisseau de sang. Ce jet de sang se ramifie et chacun des filets qui s'en détache va s'altachcr au front d'un des apôtres.

On voit que ce sujet est le même, quant ù l'idée, que celui que le sculpteur a rendu différemment sur le tympan lie Vézelay.

Les archivoltes qui encadrent le tympan offrent quelquefois des personnages en bas-relief. Ce sont souvent les vieillards dont il est parlé dans les passages suivants de l'Apocalypse :

A côte du trône it y en avait vingt-quatre autres^ et sur ces vingt-quatre tiôiicsctaiint assis lingtquatrc vicUltirds l'élus (le robes blanches, et ayant <les couronnes d'or sur leur tôle... (cliapitrc iv,

S 6) l'^i Us vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant

C Agneau, ayant chacun une hnrpe et une couf)e pleine de parfums qui sont les prii^rcs des saints ( chap. v, n*» 8)

Ces vieillards ù létcs couronnées eonl toujours représentés un instru-

ÈRE nOMANE SLCONDAIRI'. ( ICONOGnAIIJIK ). 247

ment de musique dans une main, cl (enanl l'aulre élc\ée avec une fiole ou une coupe (cathédrale de Chartres, St-Denis, Notre-Dame de La Coudre, à Parthenay ; Notre-Dame de Saintes, etc., etc. )•

Jésus-Christ, ainsi entouré de celle cour céleste, préside ordinairement au Jugement dernier.

Dans les siècles précédents , on l'avait peint plein de douceur, souvent imberbe, sous la figure du bon Pasleur.

Au XII® siècle, il juge et punit les pécheurs.

Ql'OS scELis EXERCET Mc jtDicE PŒNA coERCET (1), lui fuit dire Tarlisle ; autour de lui se développe l'appareil de la grande scène du Jugement dernier (2).

A Autun, par exemple, aux pieds du Christ, sont des tombeaux d'où sortent une multitude de petits corps humains. Les uns ressuscitent avec des attributs ou des attitudes qui indiquent la piété et le dévouement au service de Dieu; d'autres, au contraire, tiennent leur tête dans leurs mains, en signe de douleur. Quelques vices sont indiqués par des figures symboliques. Au milieu du bandeau, un ange, tenant un glaive, repousse les coupables qui veulent passer à droite.

Plus haut, on aperçoit une balance soutenue par une main qu'entourent des nuages. L'archange saint Michel et le prince des démons mettent dans les bassins, l'un un petit homme bien fait, emblème de la verlu ; l'autre un monstre, emblème du mal. Tandis que l'accusé, dont le sort est débaltu dans ce moment solennel, tâche de se rapprocher de l'Archange, Satan fait tons ses efforts pour que la balance penche de son côlé, et un des suppôts apporte un lézard, autre eniblême du mal, afin d'en charger encore le bassin où sont appréciés les péchés ; mais l'Archange est vainqueur, sa main puissante imprime au

(1) Inscription placée autour du Christ du portail de la cathcMriile,a Aulun.

(2) On explique la représentation assez habituelle du Jugement dernier, à partir du X<î siccle, par l'affaiblissement des croyances; l'opinion généralement répandue au X"^ siècle, dans la chrétienté, que l'an 1000 deviit être fixé pour la fin du monde n'ayant été justifiée par aucun événement, on répandit des doutes sur la résurrection des morts. Les prédicateurs, pour raffermir la foi ébranlée, prirent assez souvent pour sujet de leurs sermons le Jugement dernier, et les architectes des XIP et XIII^ siècles en placèrent le tableau dans la partie la plus apparente des églises qu'ils construisirent. Il fallait des images plus frappantes que celles dont on avait orné les églises durant l'ère laimitive du style roman : on pei{;nit l'enfer, dont la représentation hideuse et saisissante n'avait point été essayée tant que la foi n'avait point eu besoin d'être ravivée.

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

fléau de la balance un mouvement qui assure l'avantage à la somme des bonnes œuvres.

Près de là est une chaudière , dans laquelle un démon entasse les

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