‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 37 sur 113 · V. relit lieL · texte numérisé non relu

V. relit lieL

raiCMCHT DO ua»?io Bà6-acLicr dg portail b actox.

malheureux réprouvés. Un autre démon, qui a le corps dans le fourneau qui sert 5 chauffrr la chaudière, en sort à moitié pour enchaîner d'autres damnés et les cntriiiner dans le feu éternel. L'impression que

produit cette image est adoucie par l'idée gracieuse de deux ressuscites, qui vont chercher un asile dans les plis ondoyants de la robe de l'Archange.

Dans l'autre partie du bas-relief, une longue suite de saints personnages élèvent les yeux vers le trône de Jésus-Christ, et semblent prier pour leurs frères. La Jérusalem céleste est représentée, suivant les images poétiques de l'Apocalypse, par un vaste et somptueux édiflce. Quelques ressuscites y sont déjà parvenus ; d'autres s'efforcent d*y entrer : les Anges viennent à leur aide (1).

Sur d'autres bas-reliefs, la Jérusalem céleste est représentée par une ville murée, dont les ramparts sont surmontés de tours à toits arrondis, tantôt coniques, tantôt en forme de coupole. Les portes de la ville sont bardées de ferrures qui se ramiGent et forment des enroulements comme les ferrures du temps. De somptueux édifices paraissent au-dessus des murailles. En un mot, la Jérusalem céleste est représentée comme une ville fortifiée du XIl'^ siècle.

Au-dessus de la porte centrale de quelques grandes églises et audessus du porche, quand il en existait un, on consacrait un autel à saint Michel-Archange. S'il y avait deux tours à la façade, l'une pouvait recevoir un autel dédié à l'archange Gabriel, l'autre à l'archange Raphaël. Mais, le plus ordinairement, saint Michel était vénéré seul. On trouve sa chapelle au-dessus du portail occidental à Tournus, à Brioude, à la cathédrale d'Autun, à St.Benoist-sur-Loire, etc., etc. Dans beaucoup d'églises, la chapelle St-Michel était établie au premier étage des tours (St-Germain-des-Prés, St-Pierre-sur-Dive, etc., etc., etc.).

M. Albert Le Noir fait observer que la persistance du culte de saint Michel, dans une des tours des églises, était due sans doute à ses fonctions de conducteur des âmes , ce qui aurait contribué à conserver son culte auprès du parvis, près de la façade sur laquelle on représentait le pésement des âmes et le jugement dernier. 11 croit que la forme dissemblable et la hauteur inégale des tours qui flanquent la façade des grandes églises, inégalité qui est à peu près constante, peut être expliquée par la présence de l'autel consacré dans

(1) Voir la Description du portail de l'église cathédrale d'Autun, i)ar Mgr DcvoucoDX, membre de l'Institut des provinces, et la belle planche figurant ce tjmpau dans le grand ouvrage de M. Du Sommerard, intitule' ; Les Arts au moyen-âge.

250 DE CAUMONT. ABÉCtDAIRR DAnCnLOLOGlF..

l'une d'elles à TarchaDge saint Michel. On aurait donné une plus grande hauteur, une décoration jikis brillante à celle des tours qui contenait l'autel du chef de l'armée céleste.

Les tours, d'ailleurs, étaient pour l'église des propugnacula qui pouvaient avoir leur utilité en temps de troubles, et il était logique de placer l'autel du chef de la milice céleste dans ces espèces de donjons pour qu'il protégeât l'église, la cité sainte, la maison du Seigneur.

A Tournus, notre savant ami M. Cunat de Chizy, de l'Institut des provinces, nous a montré la chapelle St-Michcl qui surmontait le portail entre les deux tours ; clic était en communication avec la nef par une ouverture comme nos tribunes. D'autres grandes églises m'ont offert la même disposition, notamment la cathédrale d'Aulun, et, autant qu'il m'en souvient, celles de Moissac, Vézelay et quelques autres. Mais ces dispositions anciennes ont été cachées soit par l'établissement des orgues, soit par d'autres travaux, et il faut les examiner avec soin pour en retrouver la Iracp.

La représentation des peines de l'enfer ne se voit pas seulement dans les façades d'églises, on la retrouve encore sur des chapiteaux, sur des frises, etc.

Le Démon est habituellement représenté, aux XI* et XII* siècles, sous la forme d'un homme ù figure horrible, la tète année de cornes, le corps velu, souvent armé d'un croc dont il se sert pour précipiter les réprouvés dans l'enfer, représenté par une énorme tète à gueule enflammée. Quelquefois il a une tête d'oiseau, une figure grimaçante sur le ventre, et une queue de vipère.

Le Christ n'est pas toujours représenté dans le tympan des portes : on le trouve quelquefois à la partie supérieure des façades. C'est ainsi qu'on le voit à Notre-Dame-Ia-Grande, ù Poitiers ; dans la façade de l'église de Rufft'c, dans celle de la cathédrale d'Augoulême. Sur ces églises, il est représenté debout, au milieu des animaux symboliques, ù Poitiers et à Angoulême ; entre deux anges, à Buffec.

En Italie, c'est aussi le plus ordinairement au sommet des façades qu'on voit la ligure du Chii>l, soit avec des anges en adoration, soit avec les symboles des quatre Évangélisles.

ÈRK ROMANE SECONDAlRK ( ICONOGRAPIIIE).

J'ai dit que le Sauveur est ordinairement entouré des animaux symboliques, d'anges ou d'autres personnages; il peut aussi se trouver isolé dans les portes dont le diamètre, peu considérable, n'a pas permis au sculpteur de figurer les accessoires ordinaires.

LeNiMEB est un cercle ou disque qui, sur les monuments antiques, environnait la tête des divinités.

Les artistes cbrétiens adoptèrent le nimbe : non-seulement les trois personnes de la Trinité, mais la Sainle-Vierge, les Apôtres, les Saints, la Vertu personnifiée, reçurent cet ornement dans les monuments peints ou sculptés.

Le nimbe qui entoure la tête des saints est toujours rond ou en forme de bouclier ; il est rond, dit Guillaume Durand, écrivain du XIII* siècle, conformément à ce passage de l'Écriture : Scuîo Oonœ voluntatis tuœ coronasii nos. Mais, quand on représentait un saint vivant, le nimbe avait la forme d'un bouclier carré, dont les quatre côtés étaient symboliques des quatre vertus cardinales (V. mon Cours d'antiq., t. IV, p. 207).

En France, le nimbe se voit rarement aux Prophètes, aux Patriarches et aux Rois de l'Ancien-Testament ; cependant on en a quelques exemples. Dans l'Église grecque, au contraire, on les nimbait comme les saints de l'Évangile et sans distinction les uns des autres.

Au reste, l'absence du nimbe ne doit pas toujours faire révoquer en doute la sainteté du personnage. A St-Trophime d'Arles, la figure du Christ, qui occupe le centre du tympan du grand portail, n'est pas nimbée. Dans les bas-reliefs, le nimbe manque quelquefois là où il n'était pas facile de le placer, et dans les figures trop éloignées de la muraille pour qu'il pût y être fixé d'une manière solide.

Les trois personnes de la Trinité se distinguent facilement de tous les autres personnages nimbés, parce qu'une croix grecque se dessine au milieu de leur nimbe. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont des nimbes crucifères; et quand ils sont représentés par des figures symboliques, ces figures sont entourées du nimbe croisé.

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIBE D' ARCHÉOLOGIE

L'agneau, symbole du Christ, immolé par les enfants d'Israël , porte constamment le nimbe croisé (1).

Dans les bas-reliefs du XII* siècle et dans les siècles suivants , l'agneau soutient toujours du pied une croix ù laquelle flotte souvent un petit étendard ; il se retourne quelquefois pour l'examiner.

Voici lu colombe, image du Saint-Esprit, la tête également entourée du nimbe crucifère.

Diiu le Père est parfois représenté par une main, sortant des nuages ou du ciel, entourée du nimbe comme la suivante. Cette main présente toujours les trois premiers doigts ouverts et les autres fermés; c'est là la main bénissante.

L'auréole est cet encadrement elliptiqueque beaucoup d'antiquaires ont désigné sous le nom de icsica piscis, et qui encadre habituellement la figure du Christ (V. la page 165, et le Christ de Véielay, p. 245).

Cependant les auréoles ne sont pas toujours de cette forme; il y en a de rondes et de quadrilobées.

L'auréole, que M. Didion appelle gloire, est réserfé aux trois personnes divines et à la Sainte-Vierge. Nous trouvons la Sainte-Vierge encadrée dans une auréole sur le tombeau de saint Junien, près Limoges.

(1) L'apneau à sept yeux et h sept cornes de l'Aj ocalyj'se a été rarement tîgure' sur le> monuments: le nombre 7 désiji^ne les sept esprits oa sept dons envoyés par Dieu sur la terre.

Le nombre 7 est aussi celui des têtes et des cornes des bêtes irfeniales de l' Apocalypse.

La bête à 7 têtes de l'Apocalypse a chacune de ses têtes nimbée, excepte celle qui est blessée il mort et qui est dëpoarvne de nimbe babitaellement.

Léo Droujn del,

lA SUME-VIERGE EHCiDRiE DARS tTNE iBBÉOLE EttIPTIQCE SCR LE TOMBEAC DE SUM JCRÎBN.

DE CAUMOXT. ABtCEDAinE D AnCnKOf.OGIE.

L'auréole entoure parfois l'âme des saints, figurée par un petit corps humnin, comme on la représente au XP et au XII* siècle. L'âme est ain<;i, dit M. Tabbé Crosnicr, déifiée en quelque sorte au moment où clic retourne dans le sein du Créateur; mais jamais les saints, quelque vénérés qu'ils fussent, n'ont été entourés de l'auréole, soit dans les peintures, soit dans les sculptures.

Voici la représentation d'une ûme dans une auréole : deux anges la reçoivent et l'emportent au ciel, malgré les efforts que font deux démons pour s'en emparer (1).

II y aurait une foule d'autres observations à fiiire sur le nimbe et l'auréole au XII' siî'cle. Ou trouvera les délaiN les plus complets sur ce

(1) Ce chapiteau est tir<5 de iVglIso de Ruoqaevillc, djîcrlte dans le !• volume (le ma Statistique monumentalt du CaUados.

sujet dans l'Iconographie chrétienne de M. Didron et dans l'ouvrage élémenlaire qu'a publié, sur le même sujet, M. l'abbé Crosnier.

On avait figuré très-rarement le Christ en croix, du VI" siècle au X" ;

on le rencontre encore rarement dans les sculptures antérieures au XIII"

DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

Aux XI' et XII' siècles, il porte une espèce de jupon ; la lêle est couverte d'une couronne ou d'une espèce de toque; les pieds sont attachés l'un à côlé de l'autre, chacun avec un clou.

Dans les siècles antérieurs au XI« siècle, on avait figuré le Christ en croix, vêtu d'une robe à manches.

Parmi les sujets religieux fréquemment représentés en bas-relief dans le XII* siècle, on peut citer :

La Tentation d'Adam et d'Eve; Le Massacre des Innocents;

L'Annonciation ; La Fuite en Egypte;

La Visitation ; La Présentation de Jésus au Temple;

La Naissance de Jésus-Cbrist; La Cène ;

L'Adoration des Mages ; Le Sacrifice d'Abraham.

On peut montrer des bas-reliefs du XII* siècle reproduisant quelques-uns de ces sujets. Voici d'abord la Tentation sur un chapiteau de St-Benoît-sur-Loire. Le Créateur unissant Adam et Eve, la déso-

\.\ TESTiTIOU D'aOAM T^ '.l'i Tf.

béissance de nos premiers parents et leur expulsion du Paradis; terrestre, forment trois tableaux : le serpent est tourné en spirale autour du tronc de l'arbre, qui a l'aspect d'un palmier, le palmier, le figuier, le pommier, l'oranger, sont les arbres le plus habituellement imités, au XI* et XII* siècles, dans la reproduction de ce sujet biblique.

ÈRE BOMANE SECONDAIRE (ICONOGRAPHIE). 2d7

Fuite en Egypte. - Le chnpitcau suivant, lire de Sl-Benoît-sur- Loire, offre une scène sur chacun de ses côtés, présentés en développement dans mon esquisse. Au milieu est la Sainte- Vierge, assise sur

un âne avec l'Enfant nimbé, les pieds posés sur une espèce de marchepied ; saint Joseph conduit l'âne par la bride ; derrière l'àne", sur le

DE CAUMONT. ABKCtDAlRE I>' ARCHÉOLOGIE.

côté droit du chapiteau, un dragon est leirassé et percé d'une lance par un personnage mutilé, dans lequel je reconnais saint Michel ; sur le côté opposé, un soldat me parait poursuivre les émigrants ; cnGn, une main sortant des nuages doit être celle de Dieu protégeant la fuite de la Sain le- Vierge.

La Visitation. - La salutation de la Sainte-Vierge et d'Elisabeth est figurée sur le chapiteau suivant : sous une arcade, représentant l'intérieur d'une maison, les deux femmes s'embrassent ; des tètes

d'nnges apparaissent au-dessus. Sur un des côtés du chapiteau est un ange tenant un encensoir.

Sacrifice d'Abraham. - J'ai précédemment (V. p. 2!3) produit un chapiteau sur lequel se trouve le sacrifice d'Abraham : au centre. Abraham, armé d'un glaive à deux tranchants, lève le bras pour frapper son nis qui se trouve assis sur un autel à colonnes, tandis qu'il lui tient les cheveux de l'autre main. L'ange qui surtienl lui pose une main sur la tcMe et l'autre sur l'épaule. Derrière Abraham C5l un i>ersonnag.. dans les jambes duquel parait un bélier ; de l'atitre coté du cl.apitrau, on voit \c. préparatifs du sacrifice qui doit remplacer celui que l'obéissance d'Abraham él.il sur le point d'accomplir : déji le bélier

est posé sur l'autel.

On dislinguc, sur cet autre chapiteau de Sl-Dcnoll, l'Agneau

ÈRR ROMAxNE SECONDAIRE ICONOGRAPHIE). 259

nimbé, monté sur le lirre des sept sceaux : les cayaliers de VApocalypse, le démon et plusieurs autres figures, dont il est facile de reconnaître les attributs.

Nous trouvons dans le tympan de l'église de la Lande-de-Cubzac (Gironde), dessiné par M. Léo Drouyn, une traduction de presque tout le premier chapitre de VApocahjpsc, A gauclie du spectateur sont les

260 DE CACMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

sept églises, placées horizonlalement sur deux rangs, quatre en bas, trois en haut. Cliaque église est formée par une grande arcade plein-cintre, surmontée de quatre colonnes supportant une coupole, dont la couverture est formée de trois rangs horizontaux de pierres arrondies par le bas. Toutes les coupoles sont surmontées d'une boule ; sur la boule du milieu du rang supérieur est une croix grecque.

A droite des églises est un personnage debout, retourné et regardant en l'air, dans l'attitude de l'étonnement ; il presse avec la main droite un livre contre sa poitrine : Johannes septem ecdesiis quœ sunt in Âsia..,, Fui inspiritu in dominica die et audivi post me vocem magnam.... et conversus sum ut viderem vocem quœ loquebatur mecum.... {Apocalypse, chap. 1", vers. 4-10). Derrière suint Jean, et au milieu du tympan, on voit un grand personnage qui occupe toute la hauteur de l'encadrement.

Les versets 12, 13, 1/i, 15, 16 du 1" chap. de VApocalypse vont encore nous en donner la description : Et conversus vidi septem candelabra aurea, et in média septem candelabrorum aureorum similem Filio hominis vestitum podere et pracinctum ad mamiUas zona aurea.,, et

oculi ejus tanquam flammœ ignis et habebat in dextera sua stellas

septem; et de are ejus gladius utraque parte acutus exibat On

ne voit plus, des sept chandeliers, que quelques tiges et quelques trépieds. Le fond du tympan est couvert par de très-beaux eoroulemenls de feuillages dont les tiges sont perlées. Le Christ, les bras étendus, est vêtu d'une longue robe à plis allongés, dont les manches très-larges sont bordées de cercles et de croix ; sur les bouts tombants delà ceinture on lit l'inscription : zona avrea.

Le sculpteur, en faisant les yeux très-ronds et presque farouches, a probablement voulu traduire le passage : Et oculi ejus tanquam flamma ignis. Il tient dans la main droite un cercle dans lequel sont figurées les sept étoiles, ayant la forme de llcurs de marguerite; du côté gauche de la lêlc, on voit un glaive à deux tranchants.

L'encadrement du tympan contient cette inscription, à commencer par la gauche (Voyez le dessin, pour la forme des lettres) : f Johes VIL eccliis. que. sunt. in.... t. /I/.V hc... ter Vil candelabra aurca.

Sur l'encadrement horizontal inférieur: Principxu. sxne. pnncipxo.

finis, sine. fine.

Je ne pourrais, en si peu de mots, indiquer tous les sujets qui forment ce qu'on peut appeler V Iconographie romane : je voudrais seulement familiariser avec le style de ces sculptures.

Voici d'autres sujets qui se ix^ncontronl quelquefois :

^Âl^tô^

262 Di: CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'ARCntOLOGlE.

Un homme affourché sur un lion, dont il déchire la gueule de ses deux mains, représente Samson. On sait que Samson a été pris par les Pères pour l'emblème du Christ ; que sa victoire sur le lion (1) a été regardée comme la figure de lu victoire que J.-C. devait remporter plus tard sur les idolâtres.

Dans le Poitou on remarque, sur les façades de plusieurs églises, des cavaliers, de grandeur naturelle, qui occupent les arcades les plus apparentes de Tédifice (Civray, St-Hilaire-de-Melle, Airvaull, Vieux, Parlhenay, Surgères, Benêt, Aulnay, etc., etc.), et qui foulent aux pieds de leur cheval un petit personnage presque toujours représenté dans la position la plus humble.

Il s'est élevé déjà de longues discussions pour savoir ce que représentent ces persoimages ù cheval ; et comme ils sont presque tous brisés, et qu'il ne reste souvent d'entier que le cheval, il a été jusqu'ici fort difficile de se prononcer. Le cavalier le mieux conservé que j'uie vu se trouve 5 Parlhenay-le-Vieux (Deux-Sèvres).

MM. Jourdain et Duval, d'Amiens, ont publié une note sur ce sujet: peut-être serait-ce, disent ces savants iconographes, un des cavaliers de V Apocalypse, le premier mentionné qui portait une couronne et était armé d'un arc ; cavalier dans lequel les interprètes reconnaissent une figure de J.-C,

Peut-être encore serait-ce la reproduction du fait attesté parles Écritures [liv. II des Machnbées. chap. iiO, à l'occasion de la tentative faite par Séleucus, roi d'Asie, pour s'emparer des richesses du Temple.

Héliodore, chargé par le roi de cette entreprise, était entré dans le Temple, et prêt à forcer le trésor, quand lui et les siens virent paraître un cheval sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifique' ment, et qui, fondant avec impétuosité sur Héliodore, te frappa en lui donnant plusieurs coups des pieds de devant.

D'autres, enfin, persistent à voir un saint Martin dans ce cavalier; quelques-uns en ont fait le fondateur de l'église ; mais celte opinion n'est pas soulenablc. Voici l'opinion de M. de Longuemar ; elle nous parait préférable à toutes les autres.

Il Ce superbe cavalier couronné, portant un faucon sur le poing (insigne de la puissance au moycn-àge), et qui renverse en passant un être décrépit, est, dit-il, l'image de l'Église triomphante dans la personne du Fils de Dieu ressuscité, foulant sous ses pieds le démon.

(1) On sait que Samson, ayant un jour rencontre un lion, le prll r»r l» gueule et le mit en iilbces.

ù Si l'on s'étonne querarlisledu moyen-âge ait pu représenter le Christ sous les traits et avec les attributs d'un seigneur suzerain, c'est qu'on est trop accoutumé à juger les œuvres du passé avec les idées du présent.

« Les Grecs représentaient le Père-Élernel en costume de grand ar^ chevêque ; les peintres et les sculpteurs de l'Occident l'ont offert aux regards, du XV^ au XVII* siècle, revêtu des habits ponlificaux et coiffé de la tiare. Pourquoi serait-il donc si étonnant qu'aux Xl^ et X1I« siècles, l'artiste, voulant offrir le type de la toute-puissance divine, l'ait symbolisée sous les traits d'un de ces seigneurs suzerain? auxquels les populations étaient habituées à rendre hommage ù deux genoux (1) ?

tt Si parfois ce cavalier est revêtu d'une armure, il ne faut pas oublier que saint Jean annonce la venue du Christ à la tête des armées célestes, le front ceint de plusieurs diadèmes, et portant écrit sur ses vêtements : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » Si on jette les yeux sur l'archivolte qui se courbe autour du clavier de Parthenayle-Vieux, on la voit décorée de petites figures posées sur des barques, emblèmes bien connus des âmes qui flottaient dans les limbes, attendant avec impatience la venue du Christ qui devait les racheter, et que le sculpteur a rapprochées de leur Sauveur. »

Cette interprétation, si l'on veut bien y réfléchir, est vraiment la seule qui explique comment le tympan des arcades romanes, qui occupe une place si importante dans l'ensemble de la décoration murale des églises, a été si fréquemment réservé à ces grandes efligies, dont la taille elle-même est encore une preuve de leur caractère élevé. Elle rejette, par conséquent, au nombre des impossibilités la pensée que ces cavaliers aient jadis pu être le cachet orgueilleux de la puissance féodale, apposée jusque sur les murs consacrés au Très- Haut ; et cela au milieu des emblèmes et des effigies du Christ, de la Vierge, des anges, des patriarches, des prophètes et des saints répandus sur ces larges pages, consacrées tout entières à la gloire de Dieu et à l'exaltation de la religion.

L'opinion de M. l'abbé Auber se rapproche de la précédente, mais elle en diffère en ce qu'il voit dans le cavalier non pas J.-C. lui-même, mais un symbole du Christianisme victorieux triomphant des oppositions du Paganisme, de l'hérésie, des schismes ; en un mot, de tous les ennemis que lui suscitent les passions du cœur humain.

(i) Ce n'est certainement pas plus extraordinaire que de voir fijîuver au Xll» sibcle. sur les tableaux hollandais, des bourgmestres en grand costume autour d'un Eccc-Uomo ou d'une Descente de Croix,

DK CADMONT. ABÉCÉDAIRE d' ARCHÉOLOGIE.

La slalue mutilée, sur laquelle des opinions très-divergentes ont été émises, et qui se trouve incrustée dans le mur de St-Élienne-le-Vieux,

à Caeu (statue que je crois du XII* siècle), représentait le même sujet.

Je l'ai retrouvé sur uu des chapiteaux de la cathédrale d'Autan

et je ne doute pas que ces figures n'aient été beaucoup plus répandues qu'on ne l'avait pensé d'abord.

L'antagonisme entre le bien et le mal n'est pas seulement exprimé par la condamnation des méchants et la récompense des bons : on retrouve l'opposition de ces deux principes indiquée dans beaucoup d'autres sculptures. Par exemple , on voit quelquefois les vertus terrassant les vices. Les vertus, sous la figure de femmes, le casque en tète , portent des boucliers au bras gauche , et tiennent de la main droite une épée à deux tranchants qu'elles plongent dans la gueule des figures qui représentent les vices et qu'elles ont terrassées. Ce sont ordinairement des femmes qui représentent les vertus : Durand, évêque de Meude, en indique le motif dans son Rationale divinorum officiorum : Les vertus, dit-il, sont représentées sous la figure de femmes, parce qu^elles touchent et noun^issent {mulcent et nutriunt).

L'image des vices se reproduit de différentes manières. L'une de ces représentations symboliques les plus singulières est celle d'une femme

CN CH4PITEAr DE L AMCICICtE EGUSE SlINT-MCOLAS D ARGERg.

dont les mamelles sont dévorées par des serpents enlacés, quelquefois par des crapauds ou d'autres reptiles (Montmorillon, S'*-Croix de Bordeaux, St-Sernin de Toulouse, St-Sauveur de Dinan , St-Jouin de Marnes, etc., etc.).

DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

Il paraît que ces images hideuses se rapportent plus particulièrement aux passions de la chair, dérèglements, adultères, etc., etc. {!).

Le sphinx, la chimère et le griffon, dont on voit des représentations

si nombreuses sur nos églises byzantines, avaient été adoptés parles chrétiens, comme doués du pouvoir d'éloigner les malins esprits. C'est vraisemblablement celte croyance qui a fait placer, à l'entrée des églises de France, ces lions dont j'ai déjà parlé, et auxquels on supposait le pouvoir d'éloigner les ennemis invisibles ou de paralyser leur mauvais vouloir.

On peut consulter, sur les idées mystiques qui se rapportaient à certains animaux, les Bestiaires ou commentaires écrits au moyen-ôge sur ce sujet. MM. Martin et Cahier en ont publié plusieurs dans leurs Mélanges d'archéologie , et M. Hippeau a fait paraître, sous le thre ùc Bestiaire divin, un volume in-8° qui renferme un très-grand nombre de recherches savantes sur le même sujet.

Le basilic a par devant la forme d'un coq, par derrière celle d'un serpent : llabct caudam ut coluber, rcsiduum vcro corporis ut gallus^

(I) Les reptiles, et surtout le Bcrpent, étaient considérés comme l'cmblbrae durice ; aussi, d'après leurs légendes, les jirumiers évoques ont-ils presque tous vaincu des serpents monstrueux ; allégorie par laquelle on «Toalo peindre ie triomphe de la foi sur l.i superstition.

.Saint Marcel, évfquc de Taris, délivra aussi cette ville d'un serpent qui était venu d'une forêt des environs , et qui, selon la légende, avait creusé la fosse d'une dame de haute raissance, uccusi'e d'ndulterc, pour dévorer une r*rtlc de son curps.

ÈRE BOMANE SHCONDAIHF. ( ICONOGRAPHIE ). 267

selon le texte de Vincent de Beauvais. C'est ainsi qu'il était représenté sur une église des environs de Lyon. Le basilic, l'aspic, le dragon et

autres figures symboliques méritent d *êlre alleulivement étudiés dans les églises romanes où ils se trouvent.

Les sirènes sont reproduites si souvent dans nos églises quMl est bien

difficile de ne pas admettre qu'elles aient eu un sens symbolique.

DE CADMONT, ABÉCÉDAIRE d'aIICHÉOLOGIK,

Selon M. l'abbé Voisin, la sirène pourrait bien représenter l'âme chrétienne puriûée par le baptême ; on la trouve effectivement sur des baptistères.

A Angers, la sirène tient d'une main un poisson, emblème du Christ, de l'autre un glaive que l'on croit être l'emblème de l'aulorilé de la foi ou de la puissance de la parole divine (V. la page 267).

La sagittaire, poursuivant un cerf ou un bélier (capricorne) qu'il perce de traits, est encore une Ogure dont la présence, au milieu des

BCPBESERTaTIOM DF SàCITTAIRE DARS LE CLOITRE SÀi:<T-&rBI!l, A AK6CB*.

t)'mpans des portes et dans les archivoltes, ne peut passer inaperçue ; et comme l'a dit M. Poltier, conservateur de la Bibliothèque publique de Rouen, il y a lieu de rechercher quel motif les artistes du moyenâge ont eu pour la reproduire si souvent.

Sur des chapiteaux du XII' siècle, j'ai rencontré des oiseaux à queue de serpent buvunl dans un caUcc, comme ou en \uit sur le chapiteau

suivant de la nef de la cathédrale du Mans. Ce sujet n'a peut-être rien

de symbolique. Quelques-uns pourtant l'ont regardé comme la reproduction, modifiée par le goût byzantin, des deux colombes buvant dans une coupe, l'emblème de la douceur et des vertus chrétiennes, que l'ou trouve très-fréquemment gravées au trait sur les pierres tumulaires des premiers siècles de l'Église.

Enfin, quelques bas-reliefs sont peut-être des réminiscences de mo-

TT>II'A:« d'i':sK porte L4TÉnALF, A M\RI6M (C^LTAUOS).

numents de l'Orient : tels sont les animaux séparés par un arbre que l'on a cru être le hom ou arbre symbolique des Orientaux.

Le même sujet se trouve exprimé diOeremmeut dans le tympan qui suit :

ce sont des oiseaux à lêle de draj^on ; et comme le cintre était peu élevé, il a fallu leur donner une autre position et comprimer le hom. L'attitude forcée de ces oiseaux ne manque pas, d'ailleurs, d'élégance et de mouvement.

La même pensée paraît aroir guidé le ciseau du sculpteur dans la porte suivante, où l'on voit deux animaux bizarres, séparés par un arbre.

Les lions afTronlés, si communs dans l'ornementalion romane, rappellent aussi ceux qu'on rencontre sur des monuments de l'Orient.

On a donné diverses explications des figures qui couvrent les chapiteaux de la crypte de l'église de Parize-le-Châlel, diocèse de Nevers (V. page 272). Ces figures seraient les symboles des sept Péchés capitaux : l'Envie serait représentée par un hibou ; l'Orgueil par un singe jouant du violon, el un porc pinçant de la harpe ; l'Avarice par un homme serrant entre ses mains des bourses pleines, qu'il craint qu'on ne lui ravisse ; l'Impureté par une sirène à deux queues ; la Colère par un centaure poursuivant un cerf; la Paresse par une tortue.

DE CADMONT. ABÉCKOAIHE D* ARCH toLOGIK,

SDREMA°

Mais je crois qu'il faut, pour expliquer ces figures et quelques autres, avoir recours aux liestiaires, à VEncydopédie de Vincent de Beauvais et aux ouvrages qui nous ont transmis les idées symboliques ou les croyances populaires attachées à certains animaux. On en sera convaincu, je pense, en examinant les figures qui existent sur un monument roman, très-curieux, conservé dans l'église de Souvigny (Allier), et dont nous avons fait faire des moulages que l'on peut voir à Moulins et dans le musée de la Société française d'archéologie, à Caen (j). Voici quelques-unes de ces figlires :

A Souvigny comme ailleurs, la Sirène a la tête et le corps d'une femme jusqu'au ventre ; le reste du corps est celui d'un poisson.

Il en est souvent question dans les Bestiaires; les anciens croyaient qu'elle chantait pour séduire les navigateurs, afin de les dévorer quand ils s'endormaient en se laissant captiver par la mélodie de sa voix.

La figure appelée Mcmicora, à Souvigny, est un quadrupède, à tête de femme, coiffé d'une espèce de bonnet phrygien, que nous avons trouvé sur un certain nombre de bas-reliefs, dans nos églises romanes.

VEléphant est un des animaux qui ont occupé le plus les anciens et dont l'instinct merveilleux les a le plus frappés ; il en est question dans tous les Bestiaires,

(1) Voir le tome XX du Bulletin monumental.

DE CAUMONT. ABKCtDAIRR d'aRCHÉOLOGIR.

L'animal suivant, ri;;uré sur le monument de Souvigny, est un Caméléon, ou un des animaux de cette espèce mentionnés dans les Bestiaires : il a deux pieds seulement, une queue de saurien et la tête d'un quadrupède ; il paraît couvert d'écaillés.

Le Griffon est un quadrupède ailé, à tête d'aigle ; celui-ci a le pied droit levé ; sa queue se termine en cœur et est relevée en demi-cercle.

Pline a dit et, après lui, les savants du moyen-âge, notamment Vincent de Beauvais, ont répété que les griffons sont des espèces de monstres que l'on représente avec des ailes, et qui, tirant l'or des mines, mettent toute leur ardeur à conserver ce métal.

La Licorne ou Unicorne, unicornis, est mentionnée dans les Bestiaires : ils répètent tous que cet animal à corps de cheval et à tête de cerf, ne se laisse prendre que par une vierge, qui seule a le pouvoir de l'attirer et de l'enchaîner.

Il est bon de dire aussi uii mol des représentations des races d'hommes fjbuleuses, cilées dans les auteurs grecs et I.«lins. puis dans les auteurs (lu moyen-ôge anlérieurcmonl à Vincent de Beauvais [\ .

(1) Vinccn; .le B-auvai-, savant dominicain du X1II« «Ikclf, peut être regardé comme h- précurseur de» encyclopédiste., ^ ni.e époque oh U nom dencTclopodle n'était pns encore Invente.

On ne suit pas la date de sa naissance, mais II cal mort en li64 on, »elon d'autres, en 1266: ce qui fixerait, suivant quelque prot>abUlt««, •• nal«»anc« vers le commencement du sibcle.

Saint l.oui», lors de son expédition en Orient, avait apprit qu'un princt

Le monument de Souvigny nous donne la représentation de quelques-unes de ces espèces. Ainsi on y voit un homme, en partie défiguré par une oblitération delà pierre, qui lient de la main droite une massue et a une de ses jambes difforme. Le mot Sont est inscrit sur le cadre.

Vient ensuite un Éthiopien, Ethiopes. Pline parle des merveilles de l'Ethiopie et de l'Inde et des animaux gigantesques que produisent ces pays. Les hommes y avaient également des caractères particuliers, selon les croyances du temps.

Les Satyres étaient parfaitement connus daus l'antiquité. Pline, dans diverses citations, les appelle des animaux très-agiles, à figure humaine, qui courent tantôt à quatre pieds, tantôt sur deux, et avec une telle vitesse qu'on ne peut les attraper que vieux ou malades. Celui que nous voyons à Souvigny est courbé en avant et s'appuie sur un bâton.

La figure suivante représente très-probablement un de ces hom-

I eTCQPE^

de ce pays faisait transcrire,;! graiiils frais, des milliers de volumes et tenait des bibliothèques ouvertes aux savants; il avait conça le dessein d'imiter en France cette belle institation.

Entrepris par ses ordres et sous ses auspices, le Résumé de Vincent de Beauvais était destiné à contenir les i)rincipes de toutes les sciences alors enseignées dans les Universités et les écoles théologiqnes.

DE r.AUMONT. AB^xioAIRE d'aRCHKOI.OGTE.

mes , à tête d'animal , qui sont mentionnés comme marchant indifféremment à deux pieds on à quatre ; les pieds de derrière ont toutà-faitla structure de piedshumains.

On voit ensuite à Souvigny un lopode : les lojjodes " equinos pedes habcnles, « dit la Chronique de Nuremberg, sont des hommes à pieds de cheval, comme l'indique Irès-bîen la figure gravée, sous ce litre, sur le monument de Souvigny : nous ne lisons que le mot Podes ; mais il est évident que deux lettres sont effacées et qu'elles ont existé.

Le Cidipes, que l'on remarque enfin sur le même monument, n'a qu'un pied. Pline, Vincent de Beauvnis, et, après eux, la Chronique de Nuremberg, en parlent.

Ce sont CCS prétendus hommes (jui, n'avant qu'un pied, s'en servaient, en se couchant sur le dos, comme d'un parasol pour se garantir des ardeurs du soleil : la Chronique de Nuremberg: les figure ainsi posés. Mais nous en trouvons des représentations cienncs.

plus an-

On voit que l'étude des Besliaives n'est pas inutile ponr expliquer certaines figures, et je la recommande à ceux qui voudront ^occuper sériiusement d'iconographie. Ainsi, sur un des chapiîeatix de Parizn- !e-Ch;\lel (ligure p. 272) on voit évidemment : d'abord, un Cidipes s'.hritant sous l'ombre do son pied; puis successi*eraenl le Sagittaire perçant un cerf; un second Cidipfs dans une posture plus forcée que le premier, et enfin un lion. Le développement de l'autre cliapiteau, figuré m.-me pnge, s'expliq.ierail rommr le précédent: on y voit de»

ÈRE ROMANE SECONDAIRK ( ICONOGBAFDIE ).

Zi i

serpents, le hibou, le Nicticorax àç^ Ikstiaires^ el (juelques aulreji figures.

Le sujet que voici (un homme entre deux monstres) et que j'ai trouvé exprimé, 'avec quelques variantessur divers monuments du XII* siècle, ne voudrait-il pas dire que l'homme, fortifié par la religion, parvient à maîtriser les monstres les plus redoutables, images des passions humaines? Ce seraitla traduction de la légende, qui nous montre partout les premiers évêques terrassant des dragons et s'en faisant obéir, au nom de Jésus- Christ.

Du reste , il faut se garder de pousser trop loin l'interprétation des figures, et prendre garde de donner trop d'extension au symbolisme. A toutes les époques, la fantaisie a été un des éléments de l'art , et l'on ne doit pas s'étonner qu'il y ait eu dans l'ornementation, au moyenâge, des figures de convention, comme il y en avait dans l'architecture grecque et dans l'architecture romaine.

278 Dt: CAUMONT. ABKCKUAIKE D ARCHKOLOGIE.

Quant aux figures grotesques et parfois obicèues qui ornenl les façades ou l'ent;ililcmei)t des édifices religieux, ce serait, selon Topinion de quelques antiquaires, la personnification des vices. Ils seraient là pour avertir les fidèles qu'ils doivent entrer dans le temple le cœur pur, et laisser à Textérieur toutes les passions qui souillent Tâme. Selon d'autres, la plupart de ces figures bizarres n^avaient aucune signification cl n'étaient que des ornements créés par le caprice des sculpteurs.

Les figures grotesques déplaisaient à saint Bernard. Voici comment il s'exprime, à ce sujet, dans une lettre écrite, vers l'an 1 125, à Guillaume, abbé de St-Thierry : A quoi bon tous ces monstres grotesques en peinture et en sculpture ?. .. A quoi sert une telle difformité , uu cette beauté difforme? Que signifient ces singes imynondes, ces lions furieux^ ces centaures monstrueux?... Que signifient ces guerriers qui combat-

tenty ces chasseurs qui donnent du cor ces quadrupèdes à queue

de serpent, etc., etc.?.... » (1).

Les sculpteurs chrétiens ne se sont pas bornés à reproduire des sujets religieux et des sujets symboliques : ils ont trouvé dans les Tables des moralités qu'ils ont jugées bonnes pour l'instruction du peuple : la scène du Renard et de la Cigogne, et quelques autres sujets, ont été sculptés, dès le XII' siècle, sur plusieurs de nos églises.

Les calendriers illustrés ont aussi tenu leur place dans les fiiç;ides de nos églises, quelquefois même sur le tympan des portes, comme dans le spécimen suivant (le tympan de la porte St-Ursin, à Bourges), où les mois sont représentés chacun par une action en rapport avec la saison.

Chaque scène est encadrée dans une arcature particulière, et, pour qu'il ne puisse rester d'incertitude , le nom du mois auquel elle correspond est inscrit au-dessous.

Ce curieux monument de la sculpture du Xll» siècle porte le nom de son auteur : Girauldus fecit istas portas. Cette inscription, gravée dans un cartouche au-dessous des figures, atteste donc qu'il s'appelait Girauld. La porte St-Ursin a survécu à l'église dont elle faisait partie; elle a été replacée le long d'un mur, près de la promenade publique, grûcc à un administr;iteur éclairé qui en a compris l'intérêt à une époque où l'on ne s'occupait guère d'antiquités de ce genre.

(1) Apud MablUon,, iiitor opcr» snncti ncrnânll , râ|». xii . n» 29, t. 1, p. 53. Paris, lf.90.

ÈRE ROMANE SECONDAIRE ( ICONOGRAl'HIE ). 279

280 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

Peinture murale.

TT;^ l'époque romane, on a employé avec succès la peinture pour 1 xla décoration des églises.

On en a couvert les murs et les voûtes , et reproduit en couleurs tous les sujets que le ciseau du sculpteur gravait sur la pierre. Malheureusement le badigeon et le goût déplorable pour le grattage ont fait disparaître la plupart des peititures anciennes qui pouvaient montrer l'effet de ces décorations polychromes. Il nous en rt'stf pourtant beaucoup de débris, à l'aide desquelson peut encore s'en fjire une idée assez juste. Ainsi, beaucoup de colonnes ont été peintes en rouge, quelques ckapîteaux en vert ; les voûtes l'ont été en bleu-ciel : il est facile de reconnaître que sourent le« figures des bas-reliefs se détachaient sur des fonds de couleur ditlérenie, et que leurs vêlements ont été peints et dorés.

Les murs et les voûtes ont, dans quelques églises, été couverts de peintures représentant des scènes de l'Écriture: l'église de St-Savin, en Poitou , nous fournil l'exemple le plus remarquable que l'on puisse citer. Les peintures, d'un immense intérêt, qui couvrent les voûtes de cet édifice représentent, dans une suite de tableaux dont les personnages sont de grande proportion, des sujets de l'Histoire-Sainte et de l'Apocalypse. Les peintures de la crypte offrent l'histoire de saint Saviii et de saint Cyprien, martyrisés, selon la tradition, tout près du bourg actuel. La description de ces curieuses figures nécessiterait un long mémoire : il me suffit de les signaler.

Les teintes ocreuses ou rougeâtres dominent dans ces grands tableaux et dans ceux, beaucoup plus petits, que l'on rencontre ailleurs*, aux XI« et XII' siècles.

Voici le spécimen d'une des peintures de St-Savin, mais au Irait, et ne pouvant, par conséquent, donner une idée de l'effet et de la couleur.

C'est le combat de l'archange Michel contre le dragon, que nous avons déjà vu représenté en bas-relief sur un tympan de l'église de Si- Michel d'Entraigues ( p. 16 'i }.

L'Archange y est accompagné de ses anges, selon le texte de V Apocalypse {i)^ tandis qu'il est seul sur le tympan de Si-Michel d'Entraigues.

(i) Et factnm est prie'.iuti) magnum in cslo : Mich«ct et anir«n pjas pralUbantnr cum dracono, et draco l'Ugnabat et anf;eU ejna. [Apoc, XII , ' . ^}

L'Archange est monté sur un cheval blanc; il dirige contre le dragon

DK CALilONT. ABÉCKDAIRE D'ARCHÉOfOGlE.

une espèce de javeline très-mince; un ange, à côté de lui, lient un bouclier pointu par le bas.

Le dragon est accompagné lui-même de deux anges armés d'épées, 5 pied, et qui paraissent le défendre.

Voici encore la figure de Jonas et des ornements architectoniques

PHNirUE >HR»LF, 4 S»IM-8»VIS,

peints à Sl-Savin.

Quelques colonnes y avaient été peintes, de manière à représenter

des marbres, des agates, etc., etc., comme on a essayé de l'indiquer sur celte esquisse.

Les peintures de St-Savin ont été décrites par M. Mérimée, dans un ouvrage spécial publié aux frais du Gouvernement.

e La palette des artistes qui ont travaillé à St-Savin , dit ce savant académicien, était des plus restreintes, et je doute qu'ils aient fait usage

284 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d' ARCHÉOLOGIE.

de toutes les ressources que comportait ce genre de peinture, même de leur temps. Les couleurs qu'ils ont employées sont le blanc, le noir, deux teintes de jaune, plusieurs teintes de rouge, plusieurs nuances de vert, du bleu, et les teintes résultant de la combinaison des couleurs précédentes avec le blanc

* Le blanc des fresques de Sl-Savin couvre peu : il s'est décomposé souvent, et parfois il est devenu comme translucide. Les inscriptions de la nef tracées en blanc sont maintenant illisibles.

a Le noir a été rarement employé pur. Mêlé au blanc, il servait à faire diverses nuances de gris.

« Les rouges se sont , en général, très-bien conservés. Ce sont, je crois, des ocres, et, par conséquent, ils n'ont jamais une grande viyacité. La teinte qui se reproduit le plus fréquemment est intense, un peu violacée et tirant sur le pourpre.

u Les jaunes sont également bien conservés. Il y a des draperies peintes en jaune qui ont un éclat remarquable, et que nos ocres n'ont point, ce me semble, aujourd'hui.

0 Le bleu est fortement altéré. On s'en est, d'ailleurs, servi assez rarement. Presque toujours il a pris une teinte verdâtre et sale. L'analyse que M. Chevreul a faite a démontré que le cobalt était la base de cette couleur.

" Le vert est quelquefois très-brillant et très-vif. J'ignore quelle était sa composition, mais je doute que ce soit une terre naturelle. La teinte la plus claire manque, je crois, ù la fresque moderne. »

Il est inutile de dire qu'aucune de ces couleurs n'a de transparence. Toutes ont un aspect terreux et terne. Il est é\ident qu'on ne les a jamais recouvertes d'un vernis ou d'un encaustique, comme quelques peintures murales des anciens.

Les peintures suivantes se trouvent dans l'église de Toumus, dont

elles décorent une des arcades ; on y voit, au milieu d'une bordure

courante de galons formant des espèces de méandres, diverses figures grotesques assez intéressantes.

Ceci nous rappelle qu'à St-Savin il existe aussi des figures grotesques et (les animaux fantastiques, dont je puis offrir ici un spécimen : ce sont des chevaux ailés, des oiseaux ayant de longs becs recourbés cn-dessns, des quadru|ièdcs à tt^lc humaine, etc., etc.

kHE ROMANE SECONDAIRF. ( PElNTUnE MURAI. K ). 285

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