PALÉOGRAPHIE MURALE
PB.NDAKT LA PÉRIODE BOMANB SECOXOAIfiE.
Autels.
7'T IX XI"^ cl XII* siècles, les autels étaient souvent de forme cubique ; ± Vtels sont les aniels de St-Savin et ceux de Spire, décrits dans mon Cours (t. YI, p. 5^0], et dans le Bulleiin monumental ; quelquefois la table portait sur des colonnes et il restait un vide en-dessous (Pontorson, Chaiillon-sur-Marne, etc.). A St-Germer, près de Gournay, l'autel cubique est orné en avant de cinq colonneltes, à bases attiques,
AVTEL B0ai5, 4 g4nT-6ta!«rK.
portant quatre cintres dont les archivoltes sont garnies de petites moulures quadranpulaires en creux. Des feuillages occupent les tympans de ces quatre arcades.
L'autel de l'église S'«-Marguerile, près de Dieppe, ressemble beaucoup à celui de St-Germer.
A Avepas (SaOne-et-Lçir), l'autel, de la seconde moitié du Xir
siècle très-probablement, offre un type beaucoup plus riche. On voit sur le devant, au-dessous de la table portée par des colonnes, le
298 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIF..
Christ daus Tauréole elliptique, et les douze Apôtres rangés sur deux lignes.
Dans tous ces autels la table est plane et n'offre plus le rebord saillant que nous trouvons dans l'autel du Ham (p. Zi3) , celui de Rodez (p. 99) et d'uutres autels antérieurs au X* siècle.
L'autel de Sl-Guilhcm-du-Désert (Hérault), de la fin du XI* siècle (1076), est de la môme forme que les précédents; mais il participe à la fois de la sculpture et de la peinture en ce qu'il est orné de mosaïques.
Sur un large panneau de marbre blanc, deux cadres d'arabesques entourent deux figures du Christ : Tune assise, tenant un lirre dans ses mains et entourée des quatre symboles évangéliques ; Tautre en croix, accompagnée des figures de Marie, de saint Jean, et de deux anges ; les côtés reproduisent seulement la bordure d'arabesques. Ces figures et ces arabesques ont été sculptées en relief plat, et l'intervalle entre les reliefs est rempli de verres coloriés de teintes très-foncées. Comme le relief plat ne pouvait rendre que le contours extérieur dans les figures, on a indiqué par un trait léger les détails intérieurs.
Nous devons ù Mg»" Muller, évêque de Munster, l'esquisse d'un devant-d'autel, aujourd'hui dans sa ville épiscopale, mais qui autrefois se trouvait dans celle de Socst.
Ce devant-d'autel est en bois ; les figures ont été peintes en couleurs très-vives sur un fond d'or. La bordure est en saillie, sculptée et peinte. Aux angles supérieurs de celte bordure, se voient, dans des médaillons circulaires, deux des grands prophètes, que l'on reconnaît, à leur légende, pour les prophètes Isaîe et Ezéchiel ; dans les angles inférieurs, qui ont perdu les figures correspondantes, devaient se trouver les deux autres prophètes, Jcrcmie et Daniel.
Ces quatre Prophètes correspondaient aux figures symboliques des quatre Évangélistes qui entourent le trône de J.-C. Au centre du tableau, le Rédempteur est assis au milieu d'une auréole ù quatre lobes, bénissant de la main droite ; il porte dans la main gauche le li\re ouvert, offrant ces mots qui indiquent le mystère de PKucharistie : Ego sum panis vivus qui de cato deseendi ; il est accompagné d'abord de la Sainte-Vierge et de saint Jean-Baptiste. La Sainte-Vierge occupe le côté droit, elle porte les sept colombes représentant les sept dons de l'Esprit ; la colombe centrale, dans un cadre de plus grand diamètre, est le symbole de la Sagesse, Sapicnticr. Saint Jean porte l'Agneau dan» un cadre arrondi.
La sainte placée à droite de la SaiDlc-Vkrjçe est la patronne de i'éf lise
ÈRE ROMAfiR SpCQNDAIRE ( AUTELS ).
300 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D ARCHÉOLOGIK
OÙ se trouvait l'autel, sainte Walpurgis ; la Ogure d'évêque portant le pallium, près de saint Jean-Baplisle, doit être, d'après Mg' Muller, un archevêque de Cologne. La ville de Soest a appartenu, en effet, à la circonscription métropolitaine de Cologne jusqu'à la dernière organisation des évêchés du rovaume de Prusse.
Autels revêtus d'or et d'argent. — Les églises les plus riches avaient parfois des tableaux en métal qui recouvraient toute la partie antérieure de l'autel et qui pouvaient, à volonté, s'y placer et s'en détacher. Nous citerons, pour exemple, les magnifiques dcvunts-d'aulel de St-Ambroise de Milan et de St-Marc de Venise, et le devant-d'autel de la cathédrale de Bàle, de la première moitié du XI« siècle, figuré dans l'atlas de mon Cours d^antiquités, pi. CL. Ce devantd'autel est en or et pèse au moins 26 marcs. 11 a 3 pieds 8 pouces de hauteur sur 5 pieds 6 pouces de largeur. Il a été acquis pour le musée de Cluny, où tout le monde peut le voir.
La planche d'or, travaillée au repoussé, est appliquée sur un fond de bois de cèdre de 3 pouces d'épaisseur.
Elle renferme cinq figures en relief de 22 pouces d'élévation, qui représentent le Sauveur, les trois archanges, Michel, Gabriel, Raphaël, et saint Benoit.
Consécration des autels chrétiens. — Les autels étaient consacrés par l'onction du saint-chréme, par la bénédiction sacerdotale et par des reliques qu'on y déposait : ces reliques étaient scellées dans des cavités pratiquées dans la pierre de l'autel.
Grégoire de Tours indique suflîsammcnt comment se faisait cette dédicace, dans les premiers siècles de l'Église, en parlant de celle qu'il fit d'un oratoire: « Après avoir passé la nuit eu prière, n dit-il, « nous sommes a entré le matin dans la chapelle et nous avons béni l'auld que notre a piété y avait fuit élever. De retour ù la basilique, nous avons fait il enlever les saintes reliques, et, au milieu d'un cortège de prêtres a et de lévites, nous nous sommes dirigé vers la porte de l'oratoire « avec les restes des saints, ornés de voiles et portés sur un bran- ■ card. n
Quelques autels étaient adossés à des tombeaux de saints (,Sl-Savin, St-Malhias de Trêves) ; quand ils étaient ainsi en contact, ou qu'ils étaient placés au-dessus des cryptes qui renfermaient des reliques, on se dispensait d'en incruster dans l'autel même.
Voici le curieux bas-relief représentant à Tarascon, la consécration du principal autel de l'église de cette ville, ù la fin du XII* siècle ;
on y Toit deux évêques, s'appuyant sur leurs crosses et ayant chacun devant soi un vase rempli d'huile sainte pour les onctions.
Ornements et accessoires de l'autel. — Il paraît que, jusqu'au IX^ siècle, on ne plaçait rien sur la table de l'autel ; les ornements qu'on y voit aujourd'hui n'ont commencé que fort tard à être tolérés : on croyait que rien ne devait être rais en présence de l'Eucharistie, excepté le livre des Évangiles renfermant la parole de Dieu même.
Ce n'est, à ce qu'il paraît, qu'à partir du X^ siècle que des croix ont été placées sur les tables des autels.
Les images placées sur l'autel ont été extrêmement rares avant le XIIP siècle ; il ne faut pas confondre avec celles-ci les peintures qui décoraient les murs de l'abside et dont parlent les écrivains.
L'abbé Thiers, savant lilurgiste, pense qu'avant le XÎI* siècle on suspendait bien des guirlandes et des couronnes de fleurs autour et au-dessus des autels (1) et sur les murs (2), mais qu'on n'en déposait point sur la table même de l'autel.
Les autels figurés sur la châsse émaillée de saint Calmin, de Riom, montrent la simplicité de ce que nous appelons de nos jours la
(1) Texistls variis altaria festa coronis,
ringitur ut filis floribus ara novis,
(FonTONATi Carm. 9 ad Radegund., 1. VIII.)
(2) Grégoire de Tours, De gloria conjessorum, rapporîe que le prêtre Severin attachait des lis autour des murailles d'une église qu'il avait bâtie ; Solilus erat flores liliorum, tempore quo nascu7ilur^ coUigere, ac perparietes hujus œdis appendere.
DE CACMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCDÉOI OGIE.
garniture de Taulel, on ne dislingue qu'une crois, im calice el un chandelier.
ACTEL Tlim E5 tvtIL SIR LA CBiSSE CE «àlXT C4LMI> DE KIOM.
Il n'y avait pas de tabernacle pour recevoir les hosties : TEucharislic se conservait dans des vases faits les uns en forme de colombe, les autres en forme de tour, qui ct.iient tantôt suspendus, lanlôl renfermés dans des armoires placées à côté de Tautel.
Aux XI' et XII* siècles, les autels étaient souvent consacrés en riionneur de plusieurs sainis. On y renfermait aussi plusieurs reliques.
Des inscriptions dédiratoires étaient quelquefois gTa\ées sur le bord de la tahlo des autels, comme à St-Savin, en Poitou, rt quelquefois, comme ù Montierneuf de l'oiiicrs, sur des tables en pierre qu'oo incrustait dans les murs voisins ^i).
(1) Voir mou Cours d'antiquitést t. Vl, pages Mi et sairânte*.
ÈRK nOMAXE SECONDAinK (aUTELS). 303
Une de ces inscriptions dédicaloires de Monlierneuf de Poitiers, que je cite comme exemple, peut être lue de la manière suivante :
Hoc. oltare. XII. halendas. februarii, est, consecratum. in. honore, sanctoriim, apostoloruyn. Simonis. et. Judœ, et. omnium, apostolorum. et. Vincenlii. martyris, atque. ibi. stini, conditœ. reliquiœ. sanctorum. Abundi. Pelri. et, marlyrum. Maximi. presbyteri, Archelai diaconi.
C'est-à-dire :
Le XII des calendes de février, cet autel a été consacré en l'honneur des saints Apôtres saint Simon et saint Jude, de tous les Apôtres, et de saint Vincent, martvr.
Les reliques des saints Abundus, Pierre, et des martyrs Maxime, prêtre, et Archelaus, diacre, y ont été renfermées.
Crédf.nces. — Ce sont des niches, plus ou moins historiées, pratiquées dans l'épaisseur des murs, le plus souvent du côté de l'épître, mais quelquefois des deux côtés de l'autel.
Le pape Léon IV, qui vivait au IX* siècle, nous l'apprend quand il recommande, dans la curieuse instruction qu'il adresse aux évoques, qu'il y ait près de l'autel un lieu où Ton puisse jeter l'eau qui a servi à laver les vases sacrés, et que le prêtre y trouve de l'eau et du linge blanc pour se laver les mains et les essuyer après la communion (1).
Les crédences, avec des piscines pour l'écoulement des eaux, paraissent avoir succédé aux armoires qui, dès le V* siècle, existaient dans les églises des deux côtés de l'autel.
D'après Paulin, évêque de Noie, dans celle de droite étaient enfermés les objets composant le saint ministère, c'est-à-dire les calices et les autres vases en usage dans les cérémonies religieuses ; celle de gauche contenait les livres saints, savoir : le livre des Évangiles, ceux des psaumes et des épîtrcs et le missel.
Ce n'est que dans la 2« moitié du XII« siècle (cathédrale de Lau-
(1) Locus in secretario aut juxta allure iit prœparatus, xibi aqua effundi j>ossit, quando vasa abluuntur, et ibi linteum nitidum cum aqua dfpendeat,ut ibi saccrdos manus latet po,xi communionem.
DE CAUMONT. ABECEDAIRE D ARCHEOLOGIE.
sanne, Sugèrcs (Deux-Sèvres), Ponligny (Yonne), elc, et encore sontelles rares avant le XII I«. La plupart de celles qu'on voit dans les églises romanes ont été établies après coup.
A défaut de crédences, il paraît qu'il y avait, près de certains autels, des piscines pédiculées et percées, au fond de la cuveltc, d'uu trou pour l'écoulement de l'eau qui avait servi à laver les mains du célébrant.
J'ai dessiné celle que voici dans l'église de l'ancien prieuré de St-Gabriel (Calvados), où elle se trouvait encore en place dans le sanctuaire, du cûlé de l'épitrc ; la cuvette
en est très-peu profonde, et les moulures qu'elle porte sur cbaque face annoncent le XII« siècle.
PISCINE péDiCCLÉE DO XIl' SIÈCLE, A SAIlfT-AiBIIEt.
Fonts baptismaux.
LES fonts devaient élre en pierre ; le concile de Lérida, tenu en 52/i, décida que le prèlre qui ne pouvait s'en procurer, devait avoir un vase consacré exclusivement au baptême cl allaché ù l'église à perpétuelle dcnuuic. Conformément ù cette prescription, les anciens fonts qui existent sont presque tous en pierre, plus ou moins dure (calcaire marbre, grès, granité, etc.); un petit nombre seulement sont en plomb. On en a fait aussi en bronze.
Nous allons indiquer plusieurs types de fonts au XI' et au XII^ siècle.
Les fonts en forme de cuve^ ressemblant à une margelle de puits, sont le plus souvent parfaitement ronds, parfois ovales, ou quadrilobés comme celui de Ponl-à-Mousson, décrit par M. Digot et fi-
FO>T QCADRILOBE DE POST-i-MOOSSON.
guré dans le tome XII du Bulletin monumental ; les cuves baptismales sont parfois ornées de bas-reliefs, quelquefois aussi de colonnes cantonnées.
Le font de Ponl-à-\fousson réunit ces deux caractères.
DP. CAUMONT. ABÉCKDAIRF. d'aRCOÉOLOGIF.
Sur la face que je viens de présenter, on voit saint Jean-Bapliste prêchant la pénitence aux Publicains el aux soldats, qui venaient en foule le trouver dans le désert , ainsi que le rapporte saint Luc. Saint Jean est nimbé, un peu plus grand que les autres personnages, velu d'un manteau qu'il tient serré de la main gauche, et qui laisse à découvert le bras droit el une partie de la poitrine.
Sur le second bas-relief, le Précurseur, placé et vêtu comme dans le premier, baptise deux Juifs entièrement nus et plongés dans une cuve.
Sur la troisième face que voici, le Précurseur baptise Jésus-Christ. Le Sauveur, qui a dépouillé ses vêtements, est enfoncé jusqu'à la ceinture dans le Jourdain, dont les eaux s'amoncellent autour de lui. J.-C
iiU'irMK ni j^srs-r.HRisT srn i.r. komt de po:^T-i-»0«»01l.
porto un nimbe crucifî'rc ; il a les cheveux longs el partagés sur le fronU La niaiu gaucho est dans le neuve ol il bénit de la droite. Au-dessus de sa têlc, on a figuré le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, les ailes étendues, la léle en bas. Plus haut, on voit la lôlc de Diou le Père portant le nimbe cruaifère.
Vis-à-vis saint Jean, l'arlislo a sculpté un ange, debout, qui lient
étendu le vêtement que J.-C. va reprendre en sortant du fleuve. Plus haut, un autre ange qui vole, balance un encensoir près de h 'tête du Sauveur.
Dans le bas-relief suivant, un évèque, assisté d'un clerc, administre le baptême à deux catéchumènes ; un ange, qui plane au-
Vli DES B\S-REL1EFS DV FOST DE PO:ST-.\-MOCSSO!«.
dessus d'eux, figure l'esprit de Dieu descendant sur les nouveaux chrétiens.
J'ai dit qu'au Xlle siècle, on a coulé des fonts en bronze et en plomb. J'en ai décrit plusieurs dans le VI* volume de mon Cours cC antiquités monumentales (pages 3S, 39 et suivantes). Depuis celle publication, M. Bouet a dessiné les fonls de St-Évroult-de-Montfort, près de Gacé (Orne), qui offrent une cuve en plomb, portée sur un pédicule en pierre d'un style moins ancien, et se rapportant au XIII* siècle.
La circonférence du bassin de plomb est divisée par quatre figures drapées, les pieds nus, tenant à la main un livre, et placées sous des arcs découpés en dents de scie et d'un travail très-grossier. Ces figures, qui représentent les quatre Évangélistes, sont toutes quatre le produit
DE CAITMONT. AHKCKDAIRF. d'aRCHKOLOGIF:.
du même type ; le reste du pourtour de la cuve est occupé par les travaux des mois, chacun surmonté par le signe du Zodiaque correspondant ; mais ces sujets se répètent et sont placés sans ordre. La plupart sont
FONT BAPTISMAL A SAIST-ÉVROCLT UK MOflTFORT (OKKE].
représentés deux fois, et quelques-uns s'y rencontrent trois fois; le compartiment Juillet-Août s'y trouve quatre fois.
Il est facile de voir que les matrices qui ont servi à faire le moule portaient chacune deux mois.
Il existe une différence remarquable entre les grossiers arcs dentés, au milieu desquels sont placés les Évangélislrs et les arrhes élégantes qui encadrent les mois : celles-ci ressemblent beaucoup plus aux encadrements des calendriers que l'on trouve dans quelques anciens manuscrits, qu'aux arcatures qui existent dans les constructions en pierre.
Les arcs qui entourent les quatre Évangélisles sont le soûl renseignement qui puisse aider ù fixer l'époque do la fonle de la cuve, qui appartient au style roman ; les sujets doivent avoir subi un nu plusieurs remaniements, et on peut en apercevoir des traces dans une entaille semi circulaire qui existe au pied de quelques compap*
ÈRE ROMANE SECONDAIRE (fONTS BAPTISMAUX
timenls (Janvier-Février, Mai-Juin, Seplembre-Oclobrej et qui divisait l'année de quatre en quatre mois.
Il a été publié, dans un journal archéologique anglais, un article sur un font baptismal dont les bas-reliefs sont entièrement semblables à ceux de St-Évroult, et que l'auteur de cet article pense avoir été fondu en France, parce que, dit-il, les noms des mois et des signes sont en français ; dans ceux qui nous occupent les noms sont en latin.
DE CAUMONT. AbECKDAIRE D ARCHEOLOGIE.
M. DidroD a décrit cl Gguré, dans ses Annules archéologiqueSy un font en cuivre du XII*^ siècle qui existe dans l'église de St-Barthélemy de Liège. Plusieurs des bas-reliefs qui ornent celte intéressante cu\e baptismale, notamment celui qui représente le baptême de J.-C, ont beaucoup de rapport avec ceux des fonls de Pont- à-Mousson (p. 306).
Les fonts pédicules simples ou monopédiculés se composent d'un réservoir hémisphérique porté sur un fût cvlindrique reposant sur une base carrée.
To^r )io?!OpÉDiccLi de M^cnsTitLc (mixcie).
Dans les fonts pédicules simples, ou monopédiculés, le réservoir destiné à contenir de l'eau, et que je propose de nommer fontaine ou calice, est porté sur un fût cvlindrique assez court, reposant sur une base carrée, de sorte que le calice forme le chapiteau de celle colonne surbaissée.
Ces fonts offrent eux-mémts doux variétés :
Dans les uns, mais ce sont les plus rait?s, le calice est arrondi à l'extérieur comme à l'intérieur.
Dans les autres, le calice, hémisphérique en dedans et en dessus, se trouve encadré dans une table quadrangulaire dont l'épaisseur forme frise sur chaque fare.
ÈRK ROMANK SECONDAIRE ( FONTS BAPTISMAUX). 311
Quelques fonts pédicules sont très-larges: tel est celui qui f^^ existe dans la crypte de St- "^^ Eutrope, à Saintes. J'en ai vu d'une dimension à peu près égale dans le centre de la France.
Au XII* siècle, les fonts pédicules deviennent parfois d'une grande richesse et portent des moulures très-élégantes sur la partie extérieure du réservoir et sur celle qui supporte le fût. Le font de Cliéreng (Nord) est un des plus élégants de celle espèce.
FONT DE CnÉBENG (nORD),
Les fcnts pédicules composes ne diffèrent des précédents que par
DE CAUMONT. ABêcÉDAlBE d'aRCHKOI.OGiE.
l'addition de qualre colonnes auxiliaires, supportant les angles de la table.
Nous donnons pour exemple le font de Vermand, près St-Quentin, décrit par M. Goniarl dans le tome XXII du Bulletin monumental.
0 Le dessus, dit-il, présente une table quadrangulaire dans laquelle se trouve une ouverture hémisphérique de O"" 80<= de diamètre ; l'intérieur de la cuve est creusé en forme sphérique à une profondeur de 0» 30', avec un trou au fond pour Técoulement des eaux.
roxT RirTua&L de L'iauu oi Tctiii.xD.
u La partie supérieure du font présente extérieur«nent «ne frise, au bas de laquelle qualre chapiteaux, taillés en cannelures dans la même pierre, couronnent quatre colonneiles aujourd'hui eu pierre blanche unie, placées aux quatre angles.
« Ces colonnetics reposent sur un soubassement carré ; de chaque angle sort la tête d'un animal, dont les deux corpi rampants farnissent les deux cotés du carré.
ÈRE ROMANE SECONDAIRE ( FONTS lîAPTISMAOX ). 313
0 Ces fonts ont 1 mètre 5 ceDtimètres de hauteur ; chaque platebande , haute de 30 centimètres, porte i mèlre 15 centimètres de largeur ; elle est divisée tantôt en trois, tantôt en quatre compartiments, séparés par des colonuettes chevronnées. »
Le font pédicule composé de Zedelghem, près Bruges, décrit par M. l'abbé Andries, est sculpté en pierre bleue dite de Tournuy :
tt La cuve est portée sur un cylindre, couvert de tores de différentes dimensions, flanqué de quatre colonnettes ornées de filets en
VOE DD FONT K'N MVHBRE DE ZKDELr.HIîM, rr.ÈS DE HurfiFS.
spirale. Le tout repose sur un soubassement carré, dont les quatre
DE CADUONT. ABÉCÉDAIRE D* ARCHÉOLOGIE
côtés sont taillés en quarts de rond ornés de têtes de lion. Ce soubassement s'élève de 3 pouces au-dessus du sol.
a On a pratiqué, au centre de la partie supérieure, un réservoir hémisphérique bordé d'un large cordon d'arabesques gracieuses. Les espaces triangulaires compris entre ce cordon et les angles du carré sont garnis de masques symboliques. Peut-être sont-ce là autant de symboles du Démon, contre lequel se prononcent les exorcismes qui précèdent le baptême.
« La cuve est arrondie en-dessous. Les chapiteaux des colonuettes sont ornés de feuilles qui font l'office de consoles, et au moyen desquelles le passage de la forme cylindrique à la forme carrée est rendu moins brusque. L'épaisseur de la table quadrangulaire forme une frise ou bande sur chaque face ; des bas-reliefs existent sur ces quatre bandes.
Il Les sculptures de ces bas-reliefs représentent divers épisodes de la vie de saint Nicolas, évêque de Myre, en Lycie. »
Dans les fonts pentagonauxy le pédicule est souvent formé de plusieurs colonneltes groupées, taillées dans la même pierre, et l'exlé-
Ko\T rt?iTàco>àt Vf. c»Bor»r. (. iL\*nos).
rieur est penlagonal au lieu d'être carré ; mais les cinnplos en sont rares. I,rs fonis à canjalides sont romposrs d't.nc pr.M.dc coupe bé-
misphérique, portée pnr qnatre personnages en pied faisant l'oflice de caryatides. Deux de ces personnages ont ordinairement la face tournée vers le réservoir et le souliennent avec effort de leurs mains, en même temps qu'ils l'appuient sur leur poitrine et sur leiirs cuisses. Les deux autres tournent le dos à l'eau baptismale ; leurs mains élevées viennent s'appuyer sur les bords de la piscine qu'ils portent sur leurs reins.
Les fonts de cette espèce que j'ai vus sont en granité et taillés dans le même bloc.
Les fonts tabulaires à réservoir rectangle ont la forme d'un carré long, et le réservoir, au lieu d'être arrondi comme tous les autres, est lui-même carré. Tel est le font tabulaire placé dans le transept nord de la cathédrale d'Amiens. Il est élevé sur cinq supports, dont quatre sont disposés aux angles et un au milieu. Le réservoir, d'un seul morceau en pierre de liais, a hors œuvre 7 pieds 2 pouces sur 2 pieds 10 pouces ; il porte, à chacun de ses angles, une figure de prophète et présente l'image d'une table allongée.
BÉNITIERS. — Les bénitiers ont souvent affecté la forme des fonts baptismaux durant la période romane secondaire, quand ils ont été isolés. Ceux qui en diffèrent ont été accolés aux murs près des portes d'entrée des églises.
Sépultures et Tombeaux.
LA forme des cercueils ou des tombeaux non apparents a été à peu près la même depuis le XI" siècle jusqu'au XVP. Quelquefois, à partir du XIP siècle surtout, on remarque à l'intérieur un espace circulaire pour recevoir la tête.
Quelquefois aussi la place de la tête est indiquée par deux arêtes en pierre, mén-agées à l'extrémité du coffre. Le couvercle est tantôt plat, tantôt prismatique.
Outre l'eau bénite, on plaçait dans le cercueil des pots remplis de charbon, dans lesquels on brûlait de l'encens; ces pots étaient percés de petits trous sur la panse, pour que le charbon eût de l'air et que la combustion pût durer le temps nécessaire.
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOI.OGIE.
J'ai eu l'occasion d'observer un assez grand nombre de ces Toses, dont voici la forme la plus habituelle. Quelques-uns, destinés aux usages ordiuaires de la vie, ont été accidentellement convertis eu cassolettes, quand la perte de quelque parent a mis dans la nécessité d'en agir ainsi. Leur nombre, dans les sépultures, varie en général de un à quatre : quand il y en a quatre, ils sont souvent placés aux angles du cercueil.
Cet usaije existait très-certainement au XII« siècle et probablement longtemps auparavant. On place, dit G. Durand, de Cencens prés du cadavre pour comballre les mauvaises odiurs qu'il exhale ; cet encens est aussi le symbole des bonnes œuvres^ qui sont pour le défunt une recommandation puissante auprès de Dieu.
Depuis quelques années, M. l'abbé Cochet a publié le résultat de recherches étendues sur les sépultures, et un mémoire de cet auteur, imprimé dans le tome XXII du Bulletin vionumental, sera lu avec proGt.
Champs db sépulture remplis dp. cerccf.ils en pierre. — Dans le Poitou, la Saintonge, la Champagne et plusieurs autres contrées, on voit des espaces considérables, au-delù de l'enceinte actuelle des cimetières, qui sont en quelque sorte pavés de cercueils en pierre : les couvercles de ceux-ci se monlFjnt partout à rase terre, cl rien n'est plus saisissant que ces tombeaux disposés en lignes parallèles, formant, s'il est permis de parler ainsi, d'immenses bataillons.
On a porté à 20,000 le nombre des cercueils de pierre observés dans des cimetières ruraux antiques ; mais il est vrai de dire que ces inhumation» rcmontairnl, en partie, à des temps anlé-
kl{E ROMANE SECONDAIRE ( TOMBEAUX ).
rieurs au XP siècle, et en partie à des siècles postérieurs.
Les mêmes faits se présentent partout.
Dans quelques cercueils, on avait inhumé plusieurs membres de la même famille :
c'est, au moins, ce que j'ai conclu de la présence de deux et quelquefois de trois têtes réunies. Dans plusieurs sépultures, la tête de celui qui avait été inhumé le premier avait été ramenée vers les pieds pour faire place au second.
Dès l'année 1830, j'ai donné des détails assez étendus sur les cimetières dans le VI* volume de mon Cours d'antiquités.
Fanadx. — Les fanaux sont des colonnes creuses, rondes ou carrées, ayant au sommet plusieurs ouvertures dans lesquelles on entretenait , au moyen-âge (XIP et XIII« siècles surtout), des lampes allumées au milieu des grands cimetières. J'ai décrit dans le VP volume de mon Coursy pages 324 et suiv., plusieurs monuments de ce genre. Il paraît que tous les fanaux de cimetière avaient, à leur base, un autel orienté, où l'on disait la messe lors des inhumations. La lampe servait à éclairer, la nuit, les convois mortuaires qui venaient de loin , et qui pouvaient bien ne pas toujours arriver avant la fin du jour (Voir ce que j'ai dit, à ce sujet, dans le t. VI de mon Cours) (1).
Parmi les plus beaux fanaux de cimetière remontant au XII« siècle, on peut citer celui de Fenioux [Charente-
(1) Dei)u5s que j'ai le premier signalé et décrit les fanauX de cimctibrc, plusieurs antiquaires s'en sont occupe's, noiamment MM. de Cliasteigner, Ttxier,
DE CADMONT. ABliCKDAIRE D ARCHi:OLOGIE.
Inférieure), figuré dans mon Cours, pi. LXXXVII, W 2 ; celui de frouin (Charente) ; ceux de Ciron (Indre), de Fellelin (Creuse) , de Parigné-rÉvêque (Sarlhe), de Journel, etc., etc., etc.
Quelquefois les fanaux ont été remplacés par des chapelles sépulcrales, surmontées d'une colonnes creuse et d'un fanal.
Les chapelles sépulcrales et les lanternes des morts ont donc été établies dans un même but.
Le fanal allumé, sinon toujours, au moins dans certaines occasions au sommet des colonnes, était encore une sorte d'hommage rendu à la mémoire des morts, un signal rappelant aux passants la présence des trépassés et réclamant leurs prières pour eux. M. Lecointre- Dupont, de Poitiers, remarque que les colonnes ou fanaux se rencontraient particulièrement dans les cimetières qui bordaient les chemins de grande communication, ou qui étaient dans des lieux très-fréquentés.
Celle-
Tombeaux apparents. — Les tombeaux apparents n'appartiennent qu'ù des notabilités de l'époque à laquelle ils furent érigés.
(>onime il fallait éviter d'encombrer les églises, on les plaça souvent sous des arcades pratiquées dans l'épaisseur des murs, à l'inléricur et quelquefois à l'extérieur, dans les cluitres, les salles capilulaires etc. ; un petit nombre de tombeaux furent isolés dans les cryptes, les églises ou les chapelles.
de LaTlUcRlUe et Lccointre-Dupont, membrci d« la Soci<fttf fraoçaise d*Arcti(fo1o(rle poar la coufcrvation des monumcntu.
Les tombeaux placés dans l'épaisseur des murs, sous des arcades, reposent, tantôt sur un soubassement en pierre de taille, tantôt sur des colonnes cylindriques ou sur des espèces de chantiers. Le couvercle, quelquefois plat, est aussi parfois de forme prismatique ou triangulaire imitant la disposition d'un toit à double égout.
J'ai figuré, dans mon Cours d'antiquités et décrit (t. VI, p. 357 et suivantes), deux tombes arquées très-remarquables: Tune à l'extérieur du transept sud de l'église de St-Hilaire de Poitiers et datant du XI* siècle ; l'autre dans le transept nord de l'église d'Airvault (Deux-Sèvres).
Quand les cercueils étaient complets et hors terre, ils étaient portés assez souvent par de petites colonnes courtes ou par des piliers, et élevés ainsi au-dessus du pavé. J'ai figuré, dans l'atlas de mon Cours d'' antiquités, pi. C, deux cercueils semblables qui se voient dans la crypte de St-Maixent. L'un est celui du patron de la ville (saint Maixent) ; l'autre, celui de saint Léger, évêque d'Autun, dont les restes avaient été apportés de Bourgogne.
TOMBBàU évasé avec COCVERCLE PRISM.aïQDE A BOOTS HABATTCS.
Les tombeaux isolés et portés sur des tables de pierre élevées, comme le précédent, sur des colonneltes ou sur des espèces de chantiers (car ces deux genres de supports ont été indifféremment en usage), peuvent offrir un évasement considérable de la base à l'ouverture,
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de manière à former, avec le couvercle prismatique à bouts rabattus, la figure d'un prisme pentagonal taillé en biseau.
Au XIP siècle, les tombeaux se couvrirent d'un plus grand nombre demoulures; les arcades sous lesquelles s'abritèrent ceux qui étaient incrustés dans les murailles furent bordées d'archivoltes plus richement sculptées; le cercueil lui-même fut quelquefois renfermé dans une espèce de châsse en pierre couverte de moulures. Nous pouvons citer, pour exemple de ce progrès, le magnifique tombeau dont on voit les débris parfaitementconservés dans l'église de Souvigny, et celui de saint Junien (Haule- Vicnnc ), auquel nous avons déjà emprunté l'image delà Sainte Vierge entourée de l'uuréolc elliptique (p. 253) : sur les deux faces latérales de ce tombeau, on voit dans des niches vingt quatre statuettes sculptées en haut-relief, et représentant des vieillards. Ils sont rangés Iroi» à trois, II0U7.C du côté de la Vierge, et douxc du cOlé opposé ; ils soot b;irbus, assis sur des trônes et drni>és dan* de riche* vAtcmcnIs. Le
feRE ROMANE SECONDAIRE ( TOMBEAUX ).
nimbe, attribut de la sainteté, se montre derrière leur» têtes ; des couronnes entourent leurs fronts : ils tiennent d'une main une coupe au cou allongé ; de l'autre, une cithare.
Du reste, les petites arcatures qui les renferment sont décorées avec tout le luxe du «tyle roman fleuri :
l'art byzantin a déployé toutes les richesses de son ornementation capricieuse, au-dessus des arcs, sur les chapiteaux des colonnettes, sur les fûts surtout qui sont tour à tour losanges, cannelés en spirale, imbriqués, chevronnés , contrechevronnés , chargés d'étoiles, d'entrelacs et d'enroulements.
Voicil'esquisse d'une arcade tumulaire en saillie portée sur deux colonnes reposant ellesmêmes sur des lions, le long du mur méridional dans la cathédrale de Trêves; elle recouvre la tombe du cardinal Ivo, mort en 1U2 ; l'archivolte est garnie de rinceaux bien fouillés (!}.
Bouet del.
TOMBEAU DANS lA «^ATBÉWlAtE DB TRÊVES.
(1) Le pavé de l'église, ayant été exha'i^s(<, cache une partie de la tombe qui forme le soubassement des colonnes.
DE CAUMONT. ABÊCKDAIRF, d'aRCOKOLOGIE.
Je présente, comme spécimen des moulures exécutées sur les cercueils, une pierre tnmulaire portée, à ses extrémités, sur deux chantiers décorés en avant de trois colonnettcs, qui se trouvait dans le cloître de Nouaillé, îi trois lieues de Poitiers.
Le toit était orné de feuillages et de quatre rosaces ; les extrémités, de la ligure d'une croix. Une inscription gravée sur le faîte attestait que le tombeau était celui d'un prieur nommé Guillaume. Il devait être de la fin du XII* siècle.
Le Poitou, la Sainlonge et les contrées voisines ont été riches en tombeaux de ce genre :ni XII* siècle, et la forme s'en est perpétuée jusqu'il nos jours, puisqu'on voit partout de nombreuses pierres de la même forme sans sculptures, et ccrtainoment peu nncionncs, portées sur dos supports ou chanliors.
J'ai remarque, au musée de Niort, un tombeau fort intéressant, de la même forme. Ce tombeau, sculpté des deux côtés, devait conséqucmmenl être isolé et non, comme beaucoup d'autres, adossé ù un mur ou placé sous une arcade ; les scu'plures qui le recouvrent représentent une chasse. Ainsi, d'un côté, un homme à cheval, le faucon sur le poing et précédé d'un quadrupède, entre dans mic forêt figurée par des feuillages et des rntrel;icemonts perlés, au milieu desquels un chasseur à pied tient sou arc bandé pour percer nn animal (V. la p. 323) ; de l'autre, un chien suivi d'un porsonn?gc ù cheval, qui parait être une femme, poursuit des quadnipèdo* et des oiseaux qui se dirigent vers un engin carré, surveillé par un 'tiommc plaré en arrière et prêt h se saisir des oiseaux, à mesure qu'ils seront pris dans le piège. Ceci rappelle la chasse aux ramiers dans les Pvrénéos. Les extrémités du tombeau sont ornées d'une croix grecque et de